Lettres (page 44)
MDCCXXXI - A Mme DE GRANIEU. - Les matériaux des bâtiments célestes " au quartier des hommes. " - Ce que les Anges pourraient nous envier. - Transformer l'infirmité en oraison. - Comment Notre-Seigneur nous fait souvent le plus de bien. - Un cœur faible et assoupi, mais non point infidèle ……………………………………………………………………….236 MDCCXXXII - A M. BERCHAT (Inédite). - Délégation pour enquête canonique ………………237 MDCCXXXIII - A Mgr DE SALES, SON FRèRE. – Désagrément causé par les neiges. - Un service à rendre à M. de la Pierre. - Métamorphose soudaine du sieur Bonfils. - Pourquoi l'Evêque de Genève cèle le plus qu'il peut la nouvelle d'une apostasie. - Bonne mine et bon jeu. -Maladies, mariage et mort. - Témoignages d'honneur et d'affection donnés par le Saint au nouvel Evêque de Chalcédoine ………………………………………………………………………….238 MDCCXXXIV - Au PRéSIDENT CRESPIN (Inédite). - François de Sales assure le destinataire de son souvenir et de son dévouement. - Ermite qui saura bientôt toutes les nouvelles de la cour ..240
MDCCXXXV - A Mme BELLOT. - Prière à la destinataire de donner les ordres nécessaires pour le bon succès d'une œuvre de charité ……………………………………………………………241 MDCCXXXVI - Au PRINCE DE PIéMONT. - Excès de misère de la Sainte-Maison de Thonon, et sa triste conséquence. - D'où vient cette détresse. - Comment on peut y remédier …………242 MDCCXXXVII-A LA MèRE DE CHANTAL. - Le Saint " accommode " les Constitutions. - Comment tenir unies les Maisons du nouvel Institut ? - A défaut d'un hôtel " asses beau, " il faut se contenter d'un " trop beau. " - Démarches que doit faire à Rome Mme de Port-Royal pour obtenir de passer de son Ordre dans celui de la Visitation ……………………………….243 MDCCXXXVIII - A Mgr DE SALES, SON FRèRE. - Préparatifs pour le voyage de France. - l'Evêque voudrait laisser son frère en sa place. - L'impossibilité où il se trouve d'aller jusqu'à Turin. - Insolence de deux laquais au logis de François de Sales ; démêlé qui en résulte entre M. de la Valbonne et le baron de Tournon. - Méthode pour garder la paix et gagner les cœurs. - Prises d'habit au Monastère d'Annecy …………………………………………………………..244 MDCCXXXIX - A LA SOUS-PRIEURE DU CARMEL D'ORLéANS. - Dangereuse tentation survenue dans quelques Monastères de Carmélites. - Quand on est bien, ne pas chercher le mieux, de peur de trouver le mal. - Eloge des Supérieurs du Carmel. - Le manteau d'Elie et son esprit ….246
MDCCXL - A LA PRIEURE DU CARMEL D'ORLéANS (Inédite).
- Le Carmel ne doit point désirer de changer de Supérieurs. Affection du saint Evêque pour cet Ordre et spécialement pour la Prieure et la Sous-prieure d'Orléans ………………………………………………………247 MDCCXLI - A Mme DE BALLON. – L' " humeur " de l'Abbesse de Sainte-Catherine et celle de l'Evêque de Genève. – Aversion de l'esprit humain à recevoir " les conceptions d'autruy. " - Le Dieu de paix triomphant au milieu de la guerre. - Bonne saison pour la récolte …………248 MDCCXLII - A DEUX RELIGIEUSES DE L' ABBAYE DE SAINTE CATHERINE ………….249 MDCCXLIII - A M. BALLY (Inédite). - Un Capucin peintre de tableaux d'église. - Indications du Saint pour le groupement des personnages ………………………………………………………249
APPENDICE I LETTRES ADRESSéES A SAINT FRANçOIS DE SALES PAR QUELQUES CORRESPONDANTS
A - BREF DE SA SAINTETé PAULV (cf notes 387, 518 ; L3, note 97) (EN LATIN) (Non numérisé)….251 B - LETTRES DE CHARLES-EMMANUEL 1", DUC DE SAVOIE
I - (cf lettres 1567, 1566)……………………………………………………………251
II -(cf : note 517 ; lettre 1659 et lettre précédente)…………………………………252
II LETTRES ET PIèCES DIVERSES
A - LETTRE DU CHANOINE JEAN-FRANçOIS DE SALES A
M. BARTHéLEMY FLOCARD ……………..252
B - BREVET DE CHARLES-EMMANUEL 1", DUC DE SAVOIE, POUR LA COADJUTORERIE DE JEAN-FRANçOIS DE SALES …………………………………………………………………………………………………………….254
C - LETTRE DE CHRISTINE DE FRANCE, PRINCESSE DE PIéMONT,AU
CARDINAL SCiPION CAFFARELLI-BORGHESE ……………………………………………………………………………………………………………254
D - LETTRES DE VICTOR-AMéDéE, PRINCE DE
PIéMONT A L'ABBé PHILIBERT-ALEXANDRE SCAGLIA..255 I- Turin 19 mars 1620 (En italien - non numérisée)
1 - AU DUC DE SAVOIE – 4 avril 1620 ( En italien
- non numérisée) II- AU PRINCE DE PIéMONT -4 avril 1620 (En italien - non numérisée)
III - AU DUC DE SAVOIE – 5 juin 1620 (En italien
- non numérisée) IV-AU MêME – 25 juillet 1620 ( En italien -non numérisée) F - LETTRE DU CARDINAL PIERRE ALDOBRANDINI, AU PRINCE DE PIéMONT ……………………255
18 juillet 1620 (En italien – non numérisée)
III LA FONDATION DU MONASTèRE DE LA VISITATION DE NEVERS
HUITIèME DE L'ORDRE …………………………………………………………………………….256
Fac similé………………………………………………………………………………………….117 Glossaire des locutions et des mots surannés ……………………………………………………. 259 Index des correspondants et des principales notes biographiques et historiques de ce volume…. .268
Fin………………………………………………………………………………………………….292
www.JesusMarie.com
livres_gratuits_de_saint_francois_de_sales
www.JesusMarie.com Saint François de Sales
docteur de l'église catholique
1567 - + 28 décembre 1622
Lettres - tome 10 1621 - 1622
Tome XX de l'édition d'Annecy.
Notes et renvois p.
7 Index historique p;267 Appendice p. 249 AVANT-PROPOS L'impression de ce dixième volume des Lettres de saint François de Sales s'achevait, lorsque se déchaîna sur le monde la tempête de feu qui sévit encore à l'heure où nous écrivons ces lignes et dont la Providence seule connaît le terme. Au milieu des angoisses que firent naître les premiers mois de la guerre, il fallut revoir les dernières feuilles ; leur mélancolie s'alliait bien avec les événements, et le coup d'œil attristé, serein toutefois, jeté par l'Evêque de Genève sur la terre qu'il était près de quitter, semblait traduire l'impression universelle. " Plus je vay avant dans la voye de cette mortalité, plus je la treuve mesprisable, " lisions-nous sous la date du 19 décembre 1622 (lettre 1961), tandis que les nouvelles de mort parcouraient l'Europe. Et revenant quelques pages en arrière, nous trouvions ces lignes adressées à une mère pleurant son enfant tombé sur le champ de bataille : " Le cœur qui s'unit au cœur de Dieu ne se peut empescher d'aymer et d'accepter en fin suavement les traitz que la main de Dieu descoche sur luy... Ce cher filz est passé de ce monde a l'autre sous des bons auspices, a la suite de son devoir envers Dieu et le Roy : ne voyes plus ce passage qu'en l'eternité (lettre 1881). "
La mobilisation de nos typographes nous donna le loisir de relire et savourer lentement les deux cent-vingt Lettres du nouveau volume . Quoi d'étonnant si l'attention s'attardait sur les consolations prodiguées par le saint Evêque à tant d'âmes affligées qui recouraient à lui ? " De mettre la main" au cœur " blessé (1 et d'entreprendre " de le guerir, " il reconnaît que cela ne lui " appartient pas (lettre 1807) ; " mais il relève les courages, exhorte à " ne point se laisser emporter a la tristesse, car... les filles de l'amour de Dieu ont tant de confiance en sa Bonté, que jamais elles ne se desolent, ayant un refuge auquel elles treuvent tout contentement (lettre 1802)." Il veut qu'elles reposent leurs " attentes en la sainte reternité... O paix du cœur humain ! " s'écrie-t-il, " on ne te treuve qu'en la gloire et en la Croix de Jesus Christ (lettre 1860). " Puis, laissant entrevoir la grande espérance qui est la grande consolation : " Ne nous faschons pas, ma Fille ; nous serons bien tost tous reunis. Nous allons incessamment et tirons païs du costé ou sont nos trespassés, et en deux ou troys momens nous y arriverons (lettre 1948).
"
Lui-même touche à ce rivage éternel ; il est comme enveloppé des senteurs embaumées qui déjà lui arrivent de la véritable Arabie Heureuse (L2, lettre 230) : parfums de paix, de tranquille adhésion aux vouloirs divins, de joie surnaturelle. Les vents venant du large peuvent faire rage ; sa barque, si près du port, n'en est point ébranlée.
" Je me sens tellement invincible aux evenemens de ce monde, que rien ne me touche presque, " assure-t-il à la Mère de Chantal (lettre 1873)). Le dégoût, le mépris des choses d'ici-bas, des grandeurs factices, que nous avons admiré durant le cours de sa vie, s'accentue encore ; à son irréconciliable adversaire, la prudence humaine, il inflige des coups plus cinglants. Qu'elle clabaude " tant qu'elle voudra, qu'elle se tire les cheveux de despit, cette ennemie de la bonté du Crucifix (lettres 1787,1871,1937)
; " pour lui, " nourri en l'escole de la folie de la Croix, " il veut " vivre tout a fait selon l'esprit de la foy et la pointe de l'ame, selon les maximes de l'Evangile, qui... conduisent au parfait despouillement (lettres 1788,1927,1937). "
Cette aversion pour l'erreur et le bruit, pour le faux éclat et la fausse sagesse, lui faisait envier le sort de ceux qui " vivent paysiblement dans la sainte solitude " aux pieds du" divin Crucifié (lettre 1961). Son frère Jean-François, sacré comme son coadjuteur à Turin, le 17 janvier 1621 , peut désormais le remplacer ; il est " d'un esprit " zelé, et... brave homme pour reparer mon meschef (lettre 1865). " S'en réjouit-il uniquement dans l'espoir de " tenir la partie de Magdeleine, " laissant au nouveau Pontife " celle de Marthe (lettre 1931)
" ? A Dieu ne plaise ! – " Il faut... vivre une vie exposee au travail, puisque nous sommes enfans du travail et de la mort de nostre Sauveur (lettre 1821); " telle fut toujours sa maxime, constamment il la mit en pratique.
Plus que tous, peut-être, ses derniers jours furent laborieux. Il avait atteint un grand nombre d'âmes au cours de son ministère, il voulait davantage. Il fallait, au-delà même du tombeau, prêcher, consoler, guider les esprits et les cœurs, et il lui était " advis " que s'il pouvait " estre un peu en repos aux pieds de Nostre Seigneur, " il apprendrait " certaines choses " qu'il pourrait " laisser tres utilement a la posterité par escrit (lettre 1931)."
Les ouvrages qu'il méditait de composer pour obéir à " l'exhortation que tant de gens de bien " lui en avaient faite (lettre 1931), et dont sa correspondance et ses historiens nous ont transmis les titres, dépassaient de beaucoup en étendue ceux que sa plume avait déjà donnés au public . Il aurait enfermé dans ces divers traités l'essence même de ses Lettres innombrables. Surtout, il s'y fût mis lui-même, toute son âme sans cesse tournée à aimer le prochain, toute son existence consumée dans la pratique du don de soi. Nous savons, en particulier par l'Introduction à la Vie devote et par le Traitté de l'Amour de Dieu, que les meilleures pages sorties de la plume de saint François de Sales fixent, pour ainsi dire, une confidence, une révélation de sa vie intime, un aspect de son apostolat.
Si l'on songe, d'autre part, que déjà en 1609 il entretient l'un de ses correspondants de ces ouvrages qui lui tiennent au cœur, qu'il n'a point cessé d'y rêver, d'en préciser les lignes directrices, l'on regrette plus encore qu'il n'ait pas eu le temps de réaliser des projets si longtemps mûris et si chèrement caressés, qui nous eussent livré tout ensemble son testament littéraire et spirituel.
Une des choses qui frappent le plus en feuilletant ce volume, c'est le retour fréquent des lettres de condoléance, puis, le nombre inusité des lettres de recommandation. L'une d'elles le commence à la date du 3 janvier 1621, et plus de vingt-cinq s'échelonnent jusqu'à l'avant-dernière, du 24 décembre 1622, quatre jours avant la mort de François de Sales. Toutes les nécessités, toutes les détresses recourent à l'Evêque de Genève.
On le sait estimé des Cours souveraines, aimé des personnages de marque ; on le sait bon surtout, incapable de refuser le rôle, souvent ingrat, de solliciteur, et, sans relâche, sa plume charitable est mise à contribution : plaideurs, gentilshommes malheureux ou disgraciés, convertis, aspirants à la vie religieuse, veulent un mot de lui pour appuyer leurs requêtes. Il le trace rapidement, avec son tact habituel.
Le flot de sa correspondance grossit sans fin ; force lui est d'écrire moins parce qu'il écrit beaucoup, car " la multitude des lettres en empesche la longueur (lettre 1751). " Celles de ces deux dernières années sont en effet généralement courtes. Parfois, pourtant, le saint Directeur semble oublier la presse qui l'environne; c'est qu'il se trouve en face d'une nouvelle Philothée, et tandis que, volontiers, il laisse marcher seules celles qui sont déjà " accoustumees a la croix (lettre 1762), " prenant par la main l'âme novice dans le chemin de la perfection, il lui indique où poser ses pas, la remet ainsi " en la leçon de l'enfance (lettre 1816), " et, pour cette œuvre, il ne ménage point son temps.
Volontiers encore il se départira de sa brièveté en présence de certaines questions de dogme et de morale qu'il importe d'expliquer avec précision et par le détail, tant pour préserver les intelligences de l'erreur que pour faciliter à ses enfants spirituels la pratique de la vie intérieure ; lorsqu'il s'agira des Maisons de la Visitation dont les intérêts temporels, mais surtout surnaturels, resteront, jusqu'à la fin, son souci de prédilection ; ou bien chaque fois que, pris pour arbitre, il s'efforcera de faire régner l'entente et la paix, pour le plus grand bien des âmes et l'édification du prochain.
Telle lettre à la Sœur de Blonay est un traité abrégé de la foi, et telle autre, à la même (lettres 1781,1854), une dissertation sur la vraie nature de Dieu. Les doctrines les plus abstraites et les plus mystérieuses de la religion sont exposées et commentées, soit directement, soit à l'aide de comparaisons, d'une plume alerte et qui semble se jouer, avec une clarté, une élévation, une force qui, tour à tour, ravissent l'esprit et persuadent le cœur. Le vulgarisateur des Controverses se retrouve là tout entier, mais enrichi par l'expérience et la méditation, parvenu, depuis longtemps déjà, à cette simplicité et cette pureté de la forme qui en font l'un des plus sûrs précurseurs de nos grands classiques.
D'autre part, croirait-on qu'il écrit " la teste pleyne d'affaires (lettre 1777), " lorsqu'on le voit, dans les lettres à la Mère Favre et â mesdames de Montfan et de Dalet (lettres 1777,1779), explorer, avec une prudence souriante mais avertie, le terrain sur lequel bataillent la mère et la fille, refuser de trancher des débats au sujet desquels il n'est pas suffisamment informé, ménager les susceptibilités, mais poser avec fermeté les principes qui permettront de débrouiller et de régler les questions en litige ; rappeler à la Mère Favre que " nulle vertu n'est vertu sans la discretion, " et qu'il convient de faire présider " la moderation... en tous les exercices, ormis en celuy de l'amour de Dieu (lettre 1777) ; " prescrire à la comtesse de Dalet de contribuer aux dépenses de sa mère, excuser la jalousie et l'importunité de cette dernière, bref, s'efforcer, avec patience et délicatesse, de tout soumettre, dans les affaires d'ici-bas, à la vérité, à la justice, à la charité.
Sagesse et modération, fermeté et bonté, nous retrouvons toutes ces vertus dans la lettre 1787, à Mme des Gouffiers ; elle mérite d'être classée à part dans le genre le plus éloquent et le plus énergique, et peut-être est-elle le chef-d'œuvre de ce volume. De telles pages sont de nature à dissiper les préventions des critiques qui s'obstinent à ne considérer dans saint François de Sales que l'homme des symboles fleuris et des comparaisons agréables, que l'écrivain aux grâces empreintes de préciosité, qui va semant de roses la route du Ciel. Il entend, au contraire, que, pour suivre le Christ, nous nous laissions fouler " aux pieds, " que nous permettions " qu'on se joüe de nous comme d'une marotte, qu'on nous habille et deshabille, sans que nous disions mot... Ouy, il est vray, il veut cela ! et, s'il estoit besoin, il l'écrirait de son propre sang... Les habitans de Babylonne n'entendent point cette doctrine, " remarque-t-il tristement, " mais les habitans du mont Calvaire la prattiquent (lettre 1787). " Le saint Prélat l'aima, la pratiqua, l'enseigna toujours ; mais dans la blessure que sa parole évangélique faisait aux âmes, il sut, comme son Maître, faire couler le baume d'une surnaturelle tendresse. L'Evêque de Genève s'attarde volontiers, nous l'avons dit, dans les lettres qui traitent de l'Ordre de la Visitation. Il y a dix ans que l'Institut est fondé ; il compte neuf Maisons, quatre autres vont s'y ajouter en 1621 et 1622, une dizaine encore se préparent. Semblant pressentir que la fin de sa course approche, le Fondateur se hâte de corriger et compléter la première édition des Constitutions ; il fait tracer le plan des monastères, obtient de Rome pour dix ans le privilège du petit Office de la Très Sainte Vierge (lettres 1821,1832), mais surtout, il fixe en des pages immortelles sa pensée sur l'esprit, le but, le caractère spécial de son Institut. " Tout l'interieur et tout l'exterieur des Filles de la Visitation est consacré a Dieu ; ce sont des hosties de sacrifice et des holocaustes vivans, et toutes leurs actions et resignations sont autant de prieres et d'oraysons ; toutes leurs heures sont dediees a Dieu... et sont des fruictz de la charité. " Donc, " de charger les Monasteres... des prattiques qui divertissent de la fin pour laquelle Dieu les a disposés, il ne le faut pas faire (lettre 1906)." Doucement et fermement, à son ordinaire, il repousse les prétentions d'un Prélat au sujet de " l'education des filles seculieres... l'experience a fait voir, " dit-il à une Supérieure , " que vostre façon de vivre est presque incompatible avec cet exercice".
A quels esprits ouvrira-t-il plus volontiers les portes de sa Congrégation ? Ecoutons-le répondre : " Je prefere infiniment les douces et les humbles, quoy qu'elles soyent pauvres, aux riches moins humbles et moins douces, quoy qu'elles soyent riches (lettre 1906).
" Que les biens de ce monde soient " plustost... au fons de la mer " que d'être un obstacle à la " tres invariable humilité, douceur et naïfveté de cœur (lettres1937,1939)
" que le saint Evêque veut voir en ses Religieuses ! Les persécutions, les calomnies même ne doivent pas les pousser hors de cette voie. " Travailles en l'humilité, en l'abjection ; laisses dire et faire... " tel est son conseil à la Mère de Monthoux qui supporte une rude bourrasque (lettre 1939).
Sous un tel maître, celles qu'il nommait ses " douces Filles en Nostre Seigneur (lettre 1888) " profitaient tous les jours et devenaient plus affectionnees a la pureté et sainteté de vie. " Grande consolation pour leur Père de les voir toutes, " qui plus qui moins, éclairées de la vraye lumiere sur les profondes maximes de la perfection (lettre 1811).
" Il n'est pas besoin de dire qu'au premier rang brillait la Mère de Chantal ; on pourrait appliquer à sa sainteté ce que François de Sales lui écrivait de ses lettres (lettre 1832)
: elles me " sont, en comparaison de toutes les autres, ce que m'est vostre chere ame en parangon des autres, selon qu'il a pleu a Dieu de le faire. "
Trois années durant, la sainte Fondatrice est éloignée d'Annecy, totalement absorbée par l'organisation des Monastères français. Pourtant, les messages ne sont plus les épanchements d'autrefois : la consommation en Dieu est faite ; leur œuvre commune, la Visitation, voilà le sujet qui remplit leur correspondance. Unis pour cette fin par la volonté divine, ils s'y consacrent sans partage. Il plut à la Providence de les réunir pour un suprême adieu. Après une courte entrevue à Lyon, le 10 novembre 1622, ils s'y retrouvent dans les premiers jours de décembre. Une lettre - presque un billet - à Mme de Toulongeon (lettre 1960), nous permet de reconstituer cette rencontre, qui devait être la dernière, des deux âmes supérieures que Dieu avait liées l'une à l'autre, pour d'aussi grands desseins, par la plus forte et la plus pure amitié, et qui s'étaient élevées, l'une par l'autre, jusqu'aux plus hauts degrés de la perfection évangélique.
" J'eus ce bonheur, " écrit le Saint, " de treuver nostre bonne Mere icy, et l'y ay encor rencontree a mon retour." Confidence discrète que souligne le ton affectueux et comme attendri de la lettre entière. Il témoigne ensuite à Françoise de Chantal combien il est heureux de la voir " avec un si digne mary, duquel elle est parfaitement cherie. " Donc, ils ont évoqué, dans une rapide revue, tous ceux qu'ils avaient aimés, dirigés, établis; mais, nous le savons par leurs historiens, ils se préoccupèrent par dessus tout de leur Institut.
Ils durent s'entretenir aussi de la mort que lui, du moins, sentait proche, et des justes jugements de Dieu. Voici, en effet, qu'au cours des avis adressés à cette jeune femme à qui sa " complexion et sa santé... promettent une longue vie, " éclate soudain cette pensée de la fin et de l'éternité : " Souvenes vous neanmoins qu'aussi pouves vous mourir bien tost, et que vous n'aures rien de plus desirable a la fin, que d'avoir mis un grand soin a recueillir et conserver les faveurs de la Bonté divine. " - Invitation émue, où il est bien permis de percevoir un écho de la dernière conférence de sainte Jeanne-Françoise de Chantal avec saint François de Sales, avant que s'ouvrissent pour celui-ci les portes du Ciel !
C'est une des noblesses de l'homme que la constance dans ses affections ; elle fut un des traits saillants de l'Evêque de Genève.
" Bien aymer et pouvoir cesser de bien aymer sont deux choses incompatibles, " déc1are-t-il à l'un de ceux qu'il se plaisait à gratifier du doux nom de " frere "... " Les amitiés des enfants du monde sont de la nature du monde : le monde passe... " Mais, proteste ce cœur dont tous les amours furent " de Dieu, en Dieu et pour Dieu : Christus non perit, nec dilectio ejus." -Souvent, de longues années se sont écoulées depuis la première rencontre, on a vécu à des centaines de lieues de distance, parfois même il y eut de ces procédés qui brisent toute liaison humaine. Peu importe ! François de Sales demeure le même pour ceux auxquels il s'est une fois attaché ; " jamais il ne lasche sa prise (L2, lettre 187)"
On est touché de retrouver dans ce recueil des Lettres de ses dernières années, des noms de tous les groupes d'amis du saint Prélat : groupes de Savoie, de Rome, de Paris, de Dijon, de Grenoble. Les mots délicats, affectueux, pleins de grâce, sont semés à profusion dans ces pages. " Il y a, ce me semble, bien environ mille ans que je ne reçois point de vos lettres, " écrit-il à la Mère Favre (lettre 1852).
– " Oh ! si Dieu avoit disposé que nous fussions tous-jours ensemble, que ce seroit une chose suave ! " lisons-nous dans une réponse à Mme de Villeneuve (lettre 1815) ; " mais... nos montagnes gasteroyent Paris et empescheroyent le cours de la Seine si elles y estoyent, et Paris affameroit nos vallees s'il estoit parmi ces montagnes. " - A
D. Juste Guérin (lettre 1837) : " Que mes yeux portent d'envie a ceux de... ce garçon mon neveu, car ilz vous verront. Mais je ne porte point d'envie au cœur de qui que ce soit, car jamais il n'yen aura qui vous ayme et cherisse plus que le mien... "
François de Sales aime trop ses amis pour n'avoir pas le droit de tout leur dire. Avec autant de tact que de franchise, il signale au P. de Bérulle les traits " un peu trop penetrans " remarqués dans ses Discours de l'Estat et des Grandeurs de Jesus (lettre 1948). Qui le croirait ? il se " courrouce " avec Mme de Charmoisy pour obtenir que son jeune Henri soit " habillé convenablement... a sa qualité et au service auquel il est (lettre 1846)
; " et plus tard, après un nouveau reproche : " Ce qui est l'importance, c'est qu'on me dit qu'on n'ose pas vous le dire. Et moy, je suis tres bien resolu de vous le dire, et d'autres choses (lettre 1898)...
" - A ce point de vue, les pages écrites à Françoise de Toulongeon (lettres 1768,1960) méritent une attention spéciale. Il s'y montre d'une tendresse toute paternelle, mais vivement désireux de voir la fille de la Mère de Chantal mettre à profit, pour sa propre perfection, les leçons qu'elle a reçues : le tout insinué avec mesure, avec une exquise urbanité.
Pour reconquérir des amitiés perdues, le Saint saura faire d'humbles avances, et ne s'arrêtera qu'aux limites marquées par sa conscience et la dignité ; mais arrivé là, rien ne pourra le faire plier. Il est très catégorique à cet égard : " Croyes que mon cœur, placé au milieu des montaignes de neige et parmi la glace de mes propres infirmités, n'a point eu de froideur pour le cœur de ma tres chere Fille, que ce mien malheur me ravit, mays que j'ayme mieux perdre... que de manquer en la sainte sincerité que j'ay voüee au service de son ame que je ne sçaurois flatter sans la trahir, ni trahir sans la perdre ... "
En tournant les feuillets de ce volume, nous avons surtout fixé notre regard sur les lettres qui nous instruisaient de la doctrine et des méthodes de direction, ou qui nous révélaient l'intérieur de saint François de Sales. Les événements auxquels il est mêlé, ceux qui forment la trame de sa vie, ont à peine attiré notre attention. Paul V meurt, et, par suite, le voyage de France avec le Cardinal de Savoie, si longtemps projeté, est définitivement rompu ; sur l'ordre du nouveau Pape, l'Evêque de Genève va présider à Pignerol le Chapitre général des Feuillants ; dans son diocèse, les réformes d'abbayes se poursuivent, les affaires de la Sainte-Maison de Thonon sont un objet de démarches, de fatigues, de peines incessantes ; en novembre 1622, dernier départ d'Annecy... Toutes circonstances importantes de l'histoire de saint François de Sales, et qui mériteraient d'être étudiées à loisir. Mais, nous l'avouerons, à cette heure où le monde est bouleversé, nous cherchions plutôt une vision de paix : nous l'avons trouvée en contemplant l'âme de l'Evêque de Genève.
Nous aimions, en même temps, à jeter un regard en arrière et à saisir la suite et l'harmonie de cette belle existence. Reposant, consolant et - il faut le dire - rare spectacle que celui d'un homme ne se démentant jamais, égal à lui-même à toutes les heures de son passage ici-bas, fidèle à l'idéal entrevu dès ses années d'études, et réalisé plus parfaitement chaque jour, à travers la plus prodigieuse variété d'affaires qui ait jamais accablé une vie d'homme et d'écrivain. Il aima Dieu, il aima les âmes ; au service de cet amour, il mit constamment les dons de sa nature et les dons de la grâce. Par ses paroles, par ses écrits, par ses exemples, il travailla à établir le règne de la charité. Fin unique vers laquelle convergent les multiples aspects de cette figure mobile et diverse comme la vie, mais une aussi et continue par les pensées et les passions profondes qui l'animent.
Apôtre et Docteur de l'Amour, François de Sales garde depuis trois siècles son prestige et sa puissance d'attraction ; il les gardera toujours, car ce sont les paroles et les œuvres de l'amour qui dominent vraiment l'humanité. Ce sont elles aussi qui réconfortent, soutiennent, consolent ; et c'est pourquoi la lecture de ces pages sera bienfaisante aux chrétiens qui souffrent des maux de la France ; aux pères, aux mères, aux femmes, aux orphelins qui pleurent tant et de si chers morts tombés en héros pour la défense de la patrie et de la civilisation.
La compassion du saint Evêque de Genève est déjà un bienfait, mais surtout, il sait fonder ses consolations : les plus sublimes réalités de l'Evangile viennent, par lui, en aide à nos détresses. Il commence par élever les volontés au dessus des souffrances, des terreurs qui troublent la sensibilité et dépriment le caractère ; il achève en les fixant en Dieu. A l'homme aussi bien qu'au croyant, il apparaît comme un modèle et comme un guide.
LES EDITEURS.
Annecy, en la Fête de saint Joseph, 19 mars 1915.
N. B. - Contrairement aux prévisions des Editeurs, la nécessité d'un XIe volume de Lettres s'est imposée pour clore la Série. Il renfermera les Lettres sans date, celles qui ont été communiquées trop tard pour être insérées à leur place respective, et enfin une Etude générale sur la Correspondance du saint Docteur.La guerre, qui continue d'enlever à notre imprimerie ses meilleurs ouvriers, a retardé jusqu'à cette année 1918 le tirage des dernières feuilles du présent volume.
AVIS AU LECTEUR
Des Lettres publiées dans ce volume, un grand nombre ont été revues sur les originaux. La provenance indiquée à la fin de chaque pièce, est celle qui nous était connue au moment où elle nous a été communiquée. Lorsqu'un Autographe provient d'une Communauté française exilée ou dispersée, nous donnons l'ancienne adresse de celle-ci.
Les Lettres qui ne sont suivies d'aucune indication sont celles dont, à défaut d'Autographes ou de copies authentiques, on a dû emprunter le texte à des publications antérieures. Voir l'Avant-Propos du tome XI.
Les Editeurs sont seuls responsables de l'adresse et de la date qui précèdent chaque pièce, l'une et l'autre sont répétées à la fin quand elles figurent sur l'original, ou qu'elles sont authentiques, quoique fournies par les textes imprimés. Les points remplaçant quelque énumération de la date indiquent que cette partie de la date est donnée, mais fautivement, par l'édition à laquelle notre texte est emprunté.
Quand la date attribuée à une lettre n'est pas absolument sûre, elle est insérée entre []. Ces signes sont également employés pour les mots qu'il a fallu suppléer dans le texte.
Les divergences qui existent entre quelques minutes et le texte définitif sont données au bas des pages. Le commencement de la variante est indiqué par la répétition en italique des mots qui la précèdent immédiatement au texte, la fin est régulièrement marquée par la lettre de renvoi.
Des points placés au commencement ou à la fin des lettres indiquent un texte incomplet. Quand les Autographes ont subi quelque mutilation, nous l'indiquons chaque fois.
A la suite du Glossaire se trouve un Index, dans lequel il a été jugé à propos de fondre les noms des destinataires avec les titres des principales notes historiques et biographiques. Toutes les notes concernant le clergé de l'ancien diocèse de Genève sont tirées des Registres de l'époque, elles sont désignées par les deux initiales R. E.
Sauf indication contraire, tous les renseignements relatifs à la noblesse savoisienne sont empruntés au monumental ouvrage du Comte Amédée de Foras.. Armorial et Nobiliaire de l'ancien Duché de Savoie, si dignement continué par le Comte de Mareschal de Luciane, aujourd'hui décédé .
Indications sur "Sigles, Notes" : Voir L6 (Lettres6), p.6
NOTES ET RENVOIS Les chiffres en italique renvoient aux numéros de lettres ou de sermons ; les chiffres ordinaires renvoient aux numéros des notes de bas de page , exemples : "S1, 25, XX" = Sermons 1 (vol 7), note de bas de page 25, sermon n XX "L4, 210, 247, 390, 401" = Lettres 4 (vol 14), notes de bas de page 210 et 247 , lettres n 390 et 401
LETTRES DE SAINT FRANCOIS DE SALES
ANNEE 1621
MDCCXLIV A M. CLAUDE FRéMYOT Deux raisons qui font espérer à François de Sales la bienveillance du destinataire. - Sollicitation en faveur de
M. de la Tour d'Arerex.
Annecy, .3 janvier 1621.
Monsieur,
L'honneur que j'a y eu d'avoir esté aymé de feu monsieur vostre pere et de toute vostre famille me tient a jamais obligé a vostre service, outre le respect que vos merites exigent de moy. Et sur ce mesme fondement, j'ay une ferme esperance que vous me favoriseres de vostre bienveüillance, ainsy que tres humblement je vous en supplie, me resjouissant de tout mon cœur de vous sçavoir au rang ou vous estes en la cour, comme en un chemin par lequel, moyennant la grace de Dieu, vous arriveres un jour aux honneurs ausquelz l'exemple de vos predecesseurs et vostre vertu vous doyvent faire justement aspirer. Et avec cette occasion, je vous fay une tres humble recommandation des droitz de monsieur de la Tour d'Arrerex, present porteur, le bien et les affaires duquel je dois affectionner pour plusieurs raisons ; qui suis de tout mon cœur et seray toute ma vie, Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
3 janvier 1621.
A Monsieur Monsieur Fremyot,
Conseiller du Roy au Parlement de Bourgongne.
Revu sur un fac-similé conservé à la Visitation d'Annecy.
MDCCXLV A LA SOEUR CHAILLOT SUPéRIEURE DES URSULINES DE BESANçON L'Evêque de Genève se réjouit d'un projet de fondation d'Ursulines dans son diocèse. - Témoignages qu'il a donnés déjà et assurance nouvelle de son estime pour cet Institut.
Annecy, 3 janvier 1621.
Ma tres chere Seur, Quand je sceu le desir que Mme la Marquise de Lulin avoit de voir une Mayson de vostre Institut a Thonon, j'en remerciay Dieu de tout mon cœur et tesmoignay, en la façon que je peu, combien j'avois receu de contentement de l'advis que j'en avois ; car j'ay tous-jours cheri, estimé et honnoré les exercices de tres grande charité que vostre Congregation prattique, delaquelle j'ay aussi tres affectueusement desiré la propagation, et mesme en cette province de Savoye : comme en effect, sur quelque esperance qu'aucuns de la Compaignie de Jesus du college de Chamberi m'avoyent donné qu'on pourroit en eriger une Mayson en ce lieu la, j'obtins un brevet de permission pour cela de Son Altesse Serenissime (L5, note 560).
Mays si j'ay une fois le contentement que la pieté et ferveur de madame la .Marquise de Lulin me fait attendre, de voir en ce diocese une branche de ce saint arbre de Sainte Ursule, je m'essayeray de luy rendre toute sorte de preuves combien je le prise et affectionne. Qui me fait vous prier bien humblement, ma tres chere Seur, de contribuer a ce projet tout ce que, selon Dieu, vous pourres, ne doutant point que ce ne soit la plus grande gloire de Dieu et l'advancement et establissement de plusieurs ames en la pieté, et en fin une tres grande consolation pour les premieres qui viendront s'employer a ce bon œuvre.
Je vous supplie donq, et toutes vos cheres Seurs, de le favoriser charitablement et de me faire part en vos oraysons, qui suis, ma tres chere Seur,
Vostre frere et serviteur tres humble en Nostre Seigneur,
FRANçs, E. de Geneve.
3 janvier 1621, Annessi.
Revu sur une ancienne copie conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCXLVI AU CARDINAL ROBERT BELLARMIN (L7, note 622) La protection du Cardinal demandée pour le P. Reydellet.
Annecy, 6 janvier 1621.
Illustrissime, Révérendissime et très vénéré Seigneur, Le parfum de votre douceur et de votre bienveillante bonté attire à Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, comme à une forteresse(Ps 70,3) et à une maison de refuge,(Ps 30,3)
tous les malheureux et tous les accablés de dettes. Si c'est pour vous une charge, ne vous en prenez qu'à vous-même, Illustrissime Seigneur, qui avez voulu être tel que vous êtes.
Voici que le P. F. Louis Reydellet, de l'Ordre des Tertiaires de Saint-François, homme de famille distinguée, Religieux jusqu'ici fort considéré dans son Ordre , recourt présentement au Siège Apostolique comme à l'asile de tout l'univers chrétien, et il aura besoin, sans doute, de protecteurs et d'intercesseurs. Il a réclamé et réclame instamment la protection tutélaire de Votre Illustrissime Seigneurie, et parce qu'il sait quel culte profond j'ai pour vous, il m'a demandé de solliciter par lettre le secours de votre charité. Confiant en votre bienveillance, je le fais très humblement, sachant que Votre Illustrissime Seigneurie se rend volontiers l'œil de l'aveugle et le pied du boiteux. Je l'ai même encouragé à vous attendre comme la pluie, et à ouvrir sa bouche vers vous comme vers la rosée du soir (Jb 29,15).
Je baise avec humilité vos mains sacrées, et je supplie le Dieu tout-puissant de conserver et de protéger le plus longtemps et le plus heureusement possible Votre Seigneurie Illustrissime qui sait relever les mains fatiguées et fortifier les genoux affaiblis.(Is 35,3).
De Votre Illustrissime et Révérendissime Seigneurie, Le très obéissant et indigne serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
Annecy en Genevois, 6 janvier 1621.
Revu sur une copie conservée à l'archevêché de Malines, vol. Ignatiana, n 11.
MDCCXLVII A DON JéROME BOERIO, GéNéRAL DES BARNABITES (L7, note 930) Instante recommandation au sujet d'un aspirant à la vie religieuse.
Annecy, 7 janvier 1621.
Mon très Révérend et très honoré Père, Nous avons ici un jeune homme d'une famille honorable, qui m'est cher pour plusieurs raisons, mais surtout parce qu'il est bon séculier et très dévot. Or, il souhaite extrêmement pouvoir entrer dans votre Congrégation, et craint néanmoins de n'être pas reçu, étant eunuque dès le sein de sa mère ; c'est pourquoi il veut que je supplie Votre très Révérende Paternité d'être favorable à ses pieux désirs. Aussi, sachant qu'un eunuque a été même élevé au souverain Pontificat, et que le P. Valère Réginald, auteur du Thesaurus fori Pœnitentialis , malgré la même irrégularité, vit encore aujourd'hui dans la Compagnie de Jésus, je viens très volontiers supplier Votre Révérende Paternité, de vouloir bien favoriser celui-ci qui souhaite avec tant d'ardeur d'être admis dans l'état religieux. Il est d'ailleurs de bon esprit, doux, gai et pieux . C'est en priant Dieu notre Seigneur d'accorder à Votre Paternité et à toute sa Congrégation un véritable accroissement de prospérité, que je demeure Votre très humble, comme frère et serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.
7 janvier l621, Annecy.
Au très Révérend et très honoré Père, Le P. Général de la Congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul. Milan.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCXLVIII AU PèRE DOMINIQUE DE CHAMBéRY VICAIRE-PROVINCIAL DES CAPUCINS (INéDITE) Nécessité pour le bien public et la gloire de Dieu d'un voyage du Frère Adrien à Turin.
Annecy, 7 janvier 1621.
Mon Reverend Pere, Si vous ne l'aves point desagreable, je vous supplieray encor de donner permission et obedience au F. Adrien de faire un voyage a Turin, pour finir une negociation que personne ne sçauroit, comme je pense, si bien entendre que luy, et laquelle regarde, si je ne me trompe, le bien publiq et la gloire de Dieu. Je m'asseure qu'il se comportera si bien, que ni vous n'aures pas sujet d'estre marri de l'avoir accompagné de vostre benediction, ni moy de vous en avoir prié, qui suis de tout mon cœur, Mon Reverend Pere, Vostre tres humble confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
VII janvier 1621, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Milan.
MDCCXLIX A MADAME DE LA FLéCHèRE Une condition pour être exaucé de Dieu. - Préparation au départ.- Promesse et souhait paternels.
Annecy, 15 janvier 1621.
Certes, ma tres chere Fille, je ne sçai pas sur quel fondement madame la Comtesse bastit son esperance ; je la verray en passant, et confereray du vœu qu'elle devra faire . Mays certes, celles qui ont esté exaucees en telles occasions avoyent tasché de bien unir leurs volontés a celle de Dieu. Pour moy, j'y contribueray mes foibles prieres, desirant tres affectionnement la consolation de ce bon seigneur et de cette bonne dame. Je ne sçai encor nullement le jour de mon despart, mais je me tiens prest . Ma tres chere Fille, je suis tres entierement vostre et je le seray a jamais, moyennant la grace de Nostre Seigneur. Je rendray fidelement vos lettres a Grenoble et a Paris. Demeures en paix sous la protection celeste, a laquelle je vous recommande.
Annessi le xv janvier 1621.
Je salue les deux cheres filles .
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCL A LA MêME Incertitude au sujet d'un départ.
Annecy, 19 janvier 1621.
Je suis encor icy, ma tres chere Fille, et ne sçai encor point quand je feray le despart ; au moins croys-je que ce ne sera pas de cette semaine. Cependant, voyla une lettre de nostre chere Mere, que je receus avanthier. Dieu, par sa bonté, vous face croistre de plus en plus en sa sainte grace. J'attens mon frere pour la fin de ce moys , et il m'escrit qu'il pense demeurer quelques jours avec moy avant mon despart, de sorte qu'il croit que le voyage ne se fera pas si tost. Bon soir, ma tres chere Fille; vives toute pour Nostre Seigneur. Amen.
Le XIX janvier 1621.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCLI A MADAME LE MAISTRE Beaucoup de lettres, lettres courtes. - Une vie attachée à la croix. - Arrêt facile et salutaire sur le chemin de Rome. - Famille chrétienne.
Annecy, 24 janvier 1621.
Je n'escris jamais moins que quand j'escris beaucoup, ma tres chere Fille; la multitude des lettres en empesche la longueur, au moins a moy. Mais vostre cœur est bon, ma tres chere Fille, et je croy fermement qu'il connoist bien le mien, puisque Dieu l'a ainsy voulu. Mais de ne vous point escrire du tout, il ne m'est pas possible. En somme, ce n'est que pour vous saluer de toute l'estendue de mes affections, ma tres chere Fille, et vous asseurer que je n'oublie point vos afflictions, ni la condition de vostre vie attachee a la croix. Dieu, par sa bonté, en veuille bien sanctifier son nom et exalter sa gloire. Je vous prie, au reste, de dire a madamoyselle vostre mere que je suis de cœur l'un de ses enfans ; mays je le dis en verité. Et quand elle ira en esprit a Rome voir celuy qui y est, nostre bon frere , c'est son chemin de passer par icy, et sa commodité de s'arrester un peu parmi ces montaignes. Or sus, de plus je salue M.. d'Andilly et madamoyselle d'Andilly ; en somme, toute cette chere famille, ou la crainte, ains l'amour de Dieu regne, et sur laquelle j'invoque tres affectueusement la providence et protection divine. Salues bien a part, et comme vostre ame sçait qu'il le faut, le cœur de nostre Seur Marie Angelique , et dites luy que le mien est a elle, et que Dieu l'a voulu et le veut, ma tres chere Fille. Amen.
24 janvier 1621, Annessi.
MDCCLII A LA MèRE CLAUDINE DE BLONAY ABBESSE DE SAINTE-CLAIRE D'EVIAN (L6,note 502) (INEDITE) Affection réciproque de l'Evéque de Genève et du confesseur des Clarisses. - Sollicitude pour obtenir à ces Religieuses de hautes protections. - Une inquiétude de l'Abbesse et une permission du Pape.
Annecy, 24 janvier 1621
Ma Reverende Seur, Je presage que vostre Pere confesseur servira bien Nostre Seigneur en vostre monastere, et l'extreme desir que j'en ay ne me peut permettre d'en douter. Il a rayson de m'aymer, non pas que je le merite, mais par ce que Nostre Seigneur le veut et le commande, et que, de ma part, je le cheris beaucoup .
Monseigneur le Prince Cardinal ne m'a encor rien commandé touchant son abbaye , mais en tout ce que je pourray, je vous serviray au pres de luy, si j'ay lhonneur de l'approcher ; et quand il vous changera vostre orge en froment, le pain de la table n'en sera que meilleur. Je m'asseure que Monsieur de Calcedoine n'aura rien oublié pour faire reuscir la bonne volonté que Madame aura eüe de vous faire l'aumosne, et qu'il vous en rendra a bon compte estant icy, qui sera bientost. Vostre bon Pere confesseur m'a communiqué la difficulté que vous aves en vostre esprit sur certaines rentes constituees que vostre pere temporel a establies de quelques sommes d'argent qui vous avoyent esté donnees. Et je luy ay dit que vous ne devies en sorte quelcomque en estre en peine, car nostre Saint Pere le Pape qui sied a present , par une lettre bien expediee que j'ay, vous donne le pouvoir non seulement d'avoir de telles rentes legitimement constituees, mais aussi d'avoir des fons terriens; et peu s'en falut que, en lieu de le permettre, il ne le commandast expressement, tant il estime la mendicité onereuse es monasteres des filles qui sont situés en ces petitz lieux, bourgades et vilettes : de sorte que vous deves demeurer en paix de ce costé la, ma tres chere Seur ma Fille, et moy je suis et demeureray de tout mon cœur, Vostre tres humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XXIIII janvier 162l, Annessi.
A la R. Mere en N. S.,
La Seur Cl de Blonnay,
Abbesse de Ste Claire d'Evian.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. de Longeville, à Besançon.
MDCCLIII A MADAME DE RUANS (INéDITE) Ce qui empêche une âme d'être submergée par les eaux de la tribulation. Dieu " dans le buisson espineux. " - Un feu qui n'a point consumé la patience. - Déplaisirs qui déplaisent et consolent.
Annecy, janvier 1621 .
Je vous juge digne de compassion, ma tres chere Fille, vous voyant agitee de tant de sortes d'afflictions ; mays vous series bien plus a plaindre si Dieu ne vous tenoit de sa tressainte main dans la resolution en laquelle il vous a mise de vouloir a jamais estre toute sienne ; car sans cela, ma tres chere Fille, vostre ame ne seroit pas seulement agitee, ains elle seroit tout a fait submergee sous l'effort de tant d'adversités, et les eaux de la tribulation vous auroyent des-ja ensevelie dedans leurs ondes. Mays vous vives, ma tres chere Fille, mays vous subsistes, mays vous perseveres et receves constamment tous ces accidens ; c'est par cet essay que Dieu vous connoist pour sa fille legitime. Sa divine Majesté habite volontier dans le buisson espineux (Ex 3,2) de vostre cœur environné d'angoisses, et mesme maintenant que le feu qui a bruslé vostre mayson n'a point consumé ni reduit en cendre vostre patience. Demeures bien ainsy, ma tres chere Fille; reposes vostre soin sur la providence de vostre Sauveur, et il vous relevera et portera de sa puissance. Cependant, je vous remercie de la communication que vous m'aves faite de vostre desplaysir, car encor bien que ces desplaysirs me desplaysent entant qu'ilz attaquent un cœur que j'ayme grandement, si est ce qu'ilz me consolent entant qu'ilz perfectionnent un cœur auquel je souhaite toute sainte perfection, et duquel je suis veritablement, Ma tres chere Fille, Tres humble et tres affectionné serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
A Madame de Ruan.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.
MDCCLIV A M. MARC-FRANçOIS DE MALARMAY DE LAURAY Quel remède à une déception. - Peine que donne à l'Evêque de Genève la perspective d'un séjour à la cour. - Le cantique qu'il souhaite chanter quelque jour.
Annecy, [septembre 1620-janvier 1621 ]
En fin, Monsieur mon tres cher Frere, voyla, comme je pense, l'esperance de nostre voyage, ou plustost de nostre conversation au voyage, tout a fait dissipee; mais, quel remede ? Demeures en paix, mon tres cher Frere, et demeurons, malgré la distance des lieux, tous-jours tres unanimement serrés ensemble par ce lien indissoluble de nostre sainte amitié, que Dieu a fait et a rendu exempt de tout le dechet que la distance et absence a accoustumé de faire sur les amitiés humaines et transitoires: n'est ce pas, mon tres cher Frere ? Mais me voyci encor en une autre peine : c'est que je ne sçay si Son Altesse voudra point que j'aille faire une residence de quelques moys aupres de Madame, tandis que mon frere viendra aussi commencer la sienne icy.
En somme, Monsieur mon Frere, si Dieu n'y met sa bonne main, voyla la moitié de ma liberté engagee dans cette cour, ou de ma vie je n'eus un seul brin de dessein de vivre, ni en aucune autre, mon ame estant tout a fait antipathique a cette sorte de train. ]'espere, pourtant, que je pourray un jour, en cette vie mortelle, chanter : Seigneur, vous avez brisé mes liens ; je vous offrirai une hostie de louange.(Ps 115, 16)
Et si ce bien la m'arrive, mon tres cher Frere, vous m'ayderes a la suite de pouvoir adjouster plus hardiment qu'a cette heure : Et j'invoquerai le nom du Seigneur. (Ps 115, 17)
Vives tout a fait a jamais, comme vous faites, en cet amour celeste, Monsieur mon tres cher Frere, et aymes celuy qui est de tout son cœur, inviolablement, Vostre tres humble frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
MDCCLV A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MONTFERRAND (FRAGMENT) Un Père qui réclame des nouvelles de sa chère Fille.
Annecy, [janvier ou février] 1621 .
Que faites vous escartee en ce bon païs d'Auvergne, ma tres chere Fille ? car il me semble qu'il y a long tems que vous ne me dites mot ; et toutefois, l'amour n'est jamais muet, mesme le filial qui a tous-jours je ne sçai quoy a dire au Pere…………………….
Revu sur le texte inséré dans la Vie manuscrite de la Mère Favre, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy. MDCCLVI A M. BARTHéLEMY FLOCARD (L7, note 746) Heureuse arrivée et saints désirs de Mgr de Chalcédoine. - Mort du Pape; le Cardinal de Savoie en route pour Rome. - Souhait de l'Evêque de Genève.
Annecy, 5 février 1621.
Monsieur, Je vous remercie tres humblement de vostre douce congratulation sur la venue de mon frere Monsieur de Calcedoine, laquelle a la verité m'a bien apporté de la consolation, non seulement pour l'avoir veu Evesque tout consacré (note 23) et desireux de bien servir Dieu et son Eglise, mais aussi pour avoir remarqué en luy des bons talens propres a bien reuscir en cette charge. Mays nostre contentement eüt esté parfait si vous fussies venu avec luy. Or, ainsy que je vous escrivois ceci, j'ay receu vostre lettre et vostre paquet du 30 de janvier, avec la nouvelle de l'inopiné depart de Monseigneur le Prince Cardinal pour Rome, ou, si tost que je sceu des hier la mort du Pape , je m'imaginay qu'il accourroit pour la nouvelle election d'un autre Pape, a laquelle il pourra beaucoup plus contribuer y arrivant de bonn'heure qu'y allant plus tard. De sorte donq que les Papes meurent aussi bien que les pauvres gens, et que voyla le voyage de France ou tout a fait rompu, ou grandement differé. Que si mes vœux estoyent exaucés, il seroit tout a fait rompu par la promotion de Monseigneur le Prince Cardinal a la papauté, non tant pour lhonneur que j'ay d'estre son tres obeissant serviteur, comme pour le bien que, je m'asseure, en reviendroit au Christianisme. Mays la Providence de Dieu presidera et fera, s'il luy plait, un bon Pape , et moy je demeureray tres invariablement, Monsieur,
Vostre tres humble et tres affectionné compere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
v febvrier 1621, Annessi.
A Monsieur Monsieur Flocard, Collateral au Conseil de Genevois. Turin.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Helène de Thiollaz, au château de Monpont, près Alby (Haute-Savoie).
MDCCLVII A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE (L7, note 461) (FRAGMENT) Un doux sujet de conversation.
Annecy, 5 février 1621.
……………………………………………………………………. Cependant, il ne se peut dire combien de fois et de quelle affection M. de Calcedoine et moy parlons de la douce et incomparable amitié de laquelle vous nous favorises. Continues, je vous supplie, mon Reverend Pere, comme, de tout mon cœur, je vous honnore et cheris parfaitement……………………
Vostre tres humble et tres affectionné frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
MDCCLVIII A M. CHARLES-EMMANUEL PERRUCARD DE BALLON (L4, note 170) Un visiteur bravant l'âpreté de l'hiver. - Le voyage de France retardé par celui du Prince Cardinal à Rome.
Annecy, 6 février 1621.
Monsieur mon Oncle,
Comme il m'a esté un contentement tres particulier de voir monsieur de Cusinens mon cousin , et trop d'honneur quil ne soit venu que pour nous favoriser, Monsieur de Calcedoine et moy, aussi ay-je receu de la peine de celle quil a prise pour cela en ce tems qui est si aspre ; mays [il faut] que ceux que vous aymes souffrent ces exces de bienveuillance, et pour moy je n'ay rien a dire sur cela, sinon que nous sommes parfaitement vostres. A mesure que je me disposois au voyage de France et a faire tout ce que j'eusse peu pour y engager monsieur de Lea, mon cousin , puisque, comme bon pere, vous aggreies qu'il vint, le trespas du Pape, inopiné, a tiré Monseigneur le Prince Cardinal a Rome, qui partit six heures apres que Son Altesse eut la nouvelle du Siege vacant, suivi de Monseigneur l'Archevesque de Turin et du comte Guy Saint George et de quelques uns de ses domestiques, de sorte que me voyla en sejour jusques a Pasque. Du reste, je vivray tous-jours content en la volonté de Nostre Seigneur, que je prie de tout mon cœur vous conserver et combler de bonheur avec toute vostre chere compaignie, et suis Vostre tres humble et affectionné neveu, FRANçs, E. de Geneve.
VI febvrier 1621, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Paris, chez les Prêtres de la Mission, rue de Sèvres.
MDCCLIX A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (FRAGMENTS INéDITS) Voyage rompu par la mort du Pape. - Décision au sujet de la récitation de l'Office. - Le Monastère de Turin.
Annecy, vers le 7 février 1621 .
Tandis que de jour a autre je m'attendois de partir pour Paris, j'ay sursis d'escrire en France a qui que ce soit ; et a vous mesme, ma tres chere Mere, je n'ay escrit que des petitz billetz. Mais maintenant que la mort du Pape, ayant appellé a Rome M.. le Prince [Cardinal], a par consequent rompeu le voyage, ……………………………………..….. ………………………………………………………………………………….. se peut, le nouveau Pape. ………………………….. ou immediatement issues de. ……………….. que vous marques ni fait……………………………. Si faut, ma tres chere Mere, il faut redire les Pseaumes qui se seront ditz tandis que vous dormies, et se confesser dequoy vous ne les aves pas reditz ; car ce sont des parties notables de l'Office que vous estes obligee de dire, mais non pas sil ny avoit que trois ou quatre versetz. Le Monastere de Thurin ne pressera que dans quatre ou cinq moys. La signora Donna Genevra et le P. Dom Juste en ont pris possession et de douze cens escus de revenu, mais il a pourtant je ne sçai quoy encor a demesler . …………………………………………. plus pour elle et pour son s…………………. idolatre de son mirouer et ………………………… de la Visitation. J'ay res…………………………….. .
Revu sur l'Autographe conservé au 1er Monastère de la Visitation de Paris.
MDCCLX A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION DE PARIS Un cœur que le Saint a aimé " sur la foy de son bon Ange ". - Les grâces qui accompagnent celle de la Profession religieuse. - " Foible ombre d'attaque " au logis de l'Evêque de Genève.
Annecy, [vers le 7 février] 1621.
Je le confesse aussi de ma part, ma tres chere Fille; ce me seroit de la consolation tres douce de voir un peu clair dedans vostre cœur, que j'ay aymé a tastons et sur la foy de mon bon Ange. Vous deves travailler a la conqueste de la tressainte humilité, que le monde ne peut connoistre, non plus que la paix qu'elle nous donne. Je me res-jours dequoy vous estes toute professe. O que Dieu soit beni dequoy il vous a tant aymee ! car je ne doute point qu'avec la grace de la Profession il ne vous ayt donne la grandeur du courage, l'apprehension vive de la sainte eternite, l'amour de la sacree:humilite et la douceur de l'amour de sa divine Bonte, requis a la prattique parfaite de la Profession. Quelles chimeres de nouvelles ! moy ? qu'on m'ayt voulu tuer ? Les bons ne me tueront pas, parce qu'ilz sont bons ; ni les mauvais, parce que je ne suis pas bon. Ce n'a rien esté qu'une foible ombre d'attaque qui parut en mon logis. O ma tres chere Fille, vives toute en Dieu et pour son eternité. Je vous salue, ma tres chere grande Fille, avec la dilection que, comme je croy, vous sçaves que mon cœur a pour le vostre, et suis Vostre tres humble Pere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
MDCCLXI A MADAME DE RUANS Le feu et la fièvre. - Exemple de Job. - Une fille du Crucifié doit participer à sa croix. - Où nous conduisent les afflictions.
Annecy, 8 février 1621.
Voyla bien des feux, ma tres chere Fille: la fievre, comme un feu, enflamme vostre cors ; le feu, comme une fievre, brusle vostre mayson ; mais j'espere que le feu de l'amour celeste occupe tellement vostre cœur, qu'en toutes ces occasions vous dites : Le Seigneur m'a donné ma santé et ma mayson, le Seigneur m'a osté ma santé et ma mayson : ainsy qu'il a pIeu au Seigneur il a esté fait ; son saint nom soit beni (Jb 1,21). Il est vray, mais cela nous appauvrit et incommode grandement. Il est tout vray, ma tres chere Fille ; mais bienheureux sont les pauvres, car a eux appartient le Royaume des cieux (Mt 5,3). Vous deves avoir devant les yeux la souffrance et patience de Job, et considerer ce grand prince sur le fumier (Jb 2,8) ; il eut patience, et Dieu en fin luy redoubla ses biens temporelz (Jb ult 10) et 1uy centupla les eternelz. Vous estes fille de Jesus Christ crucifié: et quelle merveille y a il donq si vous participes en sa croix ? Je me suis teu, disoit David (Ps 38,10), et je n'ay point ouvert la bouche, parce que c'est vous, Seigneur, qui l'aves fait. O par combien de rencontres fascheux allons nous a cette sainte eternité ! Jettes bien vostre confiance et vostre pensee en Dieu: il aura soin de vous (Ps 54,23 ; 1 P ult), et vous tendra sa main favorable (Jb 14,15). Ainsy je l'en supplie de tout mon cœur, et qu'a mesure qu'il vous envoye des tribulations, il vous fortifie a les bien supporter en sa sainte garde.
FRANçs, E. de Geneve.
Le 8 febvrier 1621.
MDCCLXII A UNE DAME Trois causes de la diminution des lettres de François de Sales à sa fille spirituelle. - Une tribulation redoutable. - Job au milieu des reproches de ses amis. - Aimer Dieu dans les consolations, mais surtout dans les peines et les adversités.
Annecy, 27 février 1621.
Je sçai, ma tres chere Fille, je sçai bien la multitude de vos travaux, et ne les puis nullement sçavoir sans les ressentir. Mais je sçai bien aussi que Dieu, qui par sa divine providence vous a dediee a cette sorte de vie en ce monde, ne manque pas de vous fournir des saintes inspirations qui vous sont requises pour vous y comporter saintement. Et pour moy, je ne sçai pas ce que je ne voudrais pas faire pour contribuer a vostre consolation ; mais, ma Fille, troys choses me divertissent de vous escrire si souvent que je faysois au commencement de nostre connoissance. Il me semble qu'il n'en est pas tant de besoin maintenant que vous estes tant accoustumee a la croix ; et moy, je suis chargé d'aage, et, pour le dire a vous, d'incommodités qui m'empeschent de pouvoir ce que je veux, et de plus, la multitude des correspondances que j'ay acquises depuis ce tems la, fait que j'escris moins aux uns et aux autres. Mais, ma tres chere Fille, vous estes tous-jours presente a mes Messes, ou j'offre au Pere celeste son Filz bienaymé, et, en l'union d'iceluy, vostre chere ame, affin qu'il luy playse de la recevoir en sa sainte protection et luy departir son tressaint amour, notamment en l'occasion des proces et affaires que vous aves avec le prochain ; car c'est la ou il y a plus de peine de tenir ferme pour la douceur et humilité, tant exterieure qu'interieure, et j'y voy les plus asseurés bien empeschés : c'est pourquoy cette tribulation me donne plus de crainte pour les ames que j'ayme le plus. Mais, ma tres chere Fille, c'est la ou il faut tesmoigner nostre fidelité a Nostre Seigneur, affin que l'on puisse dire de nous, comme il est dit de Job, apres tant de reproches et de contrarietés que ses amis luy firent, qu'en tout cela Job ne pecha point de ses levres, ni ne fit rien de mal a propos (Jb 1,11).
Quelles benedictions vous puis je souhaiter plus aymables que celles la, d'estre fidele a Nostre Seigneur parmi les adversités de toutes sortes qui vous agitent ? car le souvenir que j'ay de vostre ame ne m'arrive jamais qu'avec mille souhaitz que je fay pour vostre avancement en l'amour de ce bon Dieu. Aymes le bien, ma chere Seur, en vos retraittes que vous faites pour le prier et adorer ; aymes le quand vous le receves en la sainte Communion ; aymes le quand vostre cœur sera arrousé de sa sainte consolation ; mais aymes le sur tout quand il vous arivera des tracas, des importunités, des secheresses, des tribulations; car ainsy vous a-il aymé en Paradis, mais encor a-il plus tesmoigné d'amour en vostre endroit parmi les fouetz, les clouz, les espines et les tenebres de Calvaire.
Pries le qu'il me supporte en sa misericorde, et qu'il me rende digne du service auquel il m'a appellé. Je suis en luy, d'une affection toute entiere,
Vostre tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur,
FRANçs, E. de Geneve,
Le 27 febvrier 1621.
MDCCLXIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE (L7, note 129) Réponse à une réclamation de Son Altesse. - Un " Memorial " à traduire pour être envoyé à Rome.
Annecy, [février] 1621 .
Monseigneur, Vostre Altesse Serenissime me commande que je luy envoye un Memorial de ce qui est requis d'estre impetré a Romme pour la restauration de la discipline ecclesiastique en ce païs. Mais, Monseigneur, Vostre Altesse l'a remis a monsieur Carron des il y a environ un an, que je l'envoyay, ainsy que m'asseure mon frere qui estoit lors en court. Et ne faut en cela que de le faire traduyre en italien, car quant a la forme avec laquelle la provision necessaire doit estre demandee au Pape, il en faut laisser le soin a ceux que monsieur l'Ambassadeur de Son Altesse employera. Dieu, par sa bonté, veuille bien tost faire reuscir cette si bonn'œuvre, pour en suite combler de bonheur Vostre Altesse, de laquelle suis, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Morrison, à Londres.
MDCCLXIV A M. JEAN CARRON Prière au destinataire de faire chercher un Mémoire déjà envoyé que le prince de Piémont réclame.
Annecy, [février] 1621 .
Monsieur, Par la lettre que .Monseigneur le Serenissime Prince m'a fait despecher, il me commande encor de luy envoyer un Memoyre des concessions qu'il faut obtenir a Romme pour la restauration de la discipline ecclesiastique deça les montz. Mais M. de Calcedoine, mon frere, m'asseure que vous, Monsieur, aves receu les articles du projet qui en fut fait icy et que j'envoyay il y a bien long tems, et que Monseigneur le Serenissime Prince vous l'avoit remis pour les faire traduire en italien, pour les donner a M. d'Aglié qui devoit aller a Romme . Il vous playse donq, Monsieur, de les faire chercher, et, comme je croy, ilz seront aysés a treuver, puisqu'ilz sont en quatre ou cinq feuilles jointes ensemble ; car, quant a la forme en laquelle la demande doit estre faite a Romme, c'est chose qu'il faut qui se face a Romme mesme. Ce pendant, Monsieur, je vous supplie tres humblement d'avoir un soin particulier de l'introduction des PP. de l'Oratoire a Rumilly, par ou il faut commencer, puisque c'est un'affaire qui ne peut souffrir aucun delay (L9, notes 827,844) ; et excuses mon importunité, puisque je suis de tout mon cœur, Monsieur,
Vostre ires humble et tres affectionné serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
MDCCLXV AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE (L2, note 234) Les raisons qui plaident en faveur de M. Gard pour lui obtenir un canonicat.
Annecy, 4 mars 1620.
Monseigneur, Sur la maladie du plus ancien chanoyne de Nostre Dame de cette ville , Vostre Grandeur sera suppliee de nommer messire Jean Baptiste Gard ; et sa vertu, sa pieté, sa suffisance m'obligent a luy desirer cet honneur qu'il a en quelque sorte merité par le service qu'il a des-ja rendu en cette mesme eglise des quelques annees en ça . En suite dequoy, je contribue ma tres humble supplication aupres de Vostre Grandeur, affin qu'il luy playse de le gratifier, puisque mesme il est filz d'un de ses officiers domestiques. Et tandis, vous faysant tres humblement la reverence, Monseigneur, je suis sans fin, Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
4 mars 1621, Annessi.
Revu sur l'Autographe conserve à la Bibliothèque Nationale (Fonds français, 3820, fol. 93)
MDCCLXVI AU PERE DOMINIQUE DE CHAMBERY VICAIRE - PROVINCIAL DES CAPUCINS Prière d'envoyer le Frère Adrien à Lyon tandis que François de Sales y sera.
Annecy, vers le 8 ou le 9 mars 1621
Mon Reverend Pere, Si le tems n'empire point, je pense partir demain pour aller a Lion, et par ce voyage, je serois bien ayse si je pouvais esclarcir le cœur de M. Magnin avec le Frere Adrien, et que le Frere Adrien accommodast pour une bonne fois toutes les affaires que l'on a de cette ville a Lyon pour ce qui regarde la soye . Or, je vous propose cette mienne pensee, affin que si vous l'appreuves, il vous playse donner l'obeissance audit Frere Adrien, affin quil vienne tandis que je seray-la, qui ne sera que 5 ou six jours. Et si, de plus, je puis rendre quelque service a Vostre Reverence, soit pour l'argent de Mlle Bellot , soit pour autre chose, je le feray de tout mon cœur, comme estant, Mon Reverend Pere, Vostre tres humble frere et serviteur, F., E. de Geneve. Au R. P. en N. S.,
Le P. Dominique de Chamberi,
Provincial des PP. Capucins.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Aurillac.
MDCCLXVII
A MADAME DE LA CHAPELLE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE
Etre fidèle dans les petites occasions, pour obtenir de l'être dans les grandes. – Les " ennemies de la devotion. " - Ce qui doit être attaché " au bout du desplaysir du peché. "
Annecy, [vers le 8 ou le 9 mars 1621 ]
Ce n'est que pour 15 jours ou trois semaines que j'absente, ma tres chere Fille. A mon retour, nous nous reverrons, Dieu aydant; et cependant , acceptes de bon cœur cette petite visite que la divine Bonté vous a faite. Il faut es petites occasions se rendre fidele, pour impetrer la fidelité es grandes (Mt 25,21). Demeures fort en paix, et repaisses vostre cœur de la suavité de l'amour celeste, sans lequel nos cœurs sont sans vie et nostre vie sans bonheur. Ne vous relasches nullement aux tristesses, ennemies de la devotion. Dequoy se doit attrister une fille, servante de Celuy qui sera a jamais nostre joye ? Rien que le peché ne nous doit desplaire et fascher, et au bout du desplaysir du peché, encor faut il que la joye et consolation sainte soit attachee. Je vous salue mille fois de tout mon cœur, et suis sans fin, ma tres chere Fille, Vostre serviteur plus humble, FRANçs, E. de Geneve.
A Madame de la Chapelle,
Religieuse de Ste Catherine.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Georgetown (Etats-Unis).
MDCCLXVIII A MADAME DE TOULONGEON Espoir d'une visite qui fit retarder une lettre. - Compliments affectueux à la destinataire au sujet de son mariage et de sa prochaine maternité. - A quelle fin Dieu nous donne ses faveurs. - Souvenir des bonnes résolutions prises autrefois. - Assurance de prières.
Lyon, 24 mars 1621 .
Madame,
L'esperance que j'ay tous-jours eu des une annee en ça d'aller en France, m'a retenu de vous ramentevoir mon inviolable affection a vostre service par lettre, puisque je croyais que quelque heureux rencontre me donnerait le moyen de vous rendre ce devoir en presence. Mais maintenant que je n'espere presque plus ce bien et que ce digne porteur me donne une commodité si asseuree, je me res-jouis de tout mon cœur avec vous, ma tres chere Fille (car ce mot est plus cordial), je me res-jouis et loüe Nostre Seigneur de vostre si estimable et aymable mariage, qui vous servira de fondement pour bastir et eslever en vous une douce et aggreable vie en ce monde, et pour heureusement passer cette mortalité en la tressainte crainte de Dieu, en laquelle, par sa grace, vous aves esté nourrie des vostre berceau ; car tout le monde me dit que monsieur vostre mary est un des plus sages et accomplis cavaliers de France , et que vostre liayson est non seulement noüee de la sainte amitié qui la doit serrer de plus en plus, mais aussi des-ja benite de la fertilité, par laquelle vous estes a la veille de vos couches, ainsy que [nostre Mere] m'asseure .
Il faut donq bien correspondre a toutes les faveurs du Ciel, ma tres chere Fille, car elles vous sont sans doute donnees affin que vous les facies proffiter a la gloire de Celuy qui vous gratifie, et a vostre salut. Je ne puis que je ne croye, ma tres chere Fille, que vous n'employies vostre courage a cela et que vous ne le facies, comme sachant que le bonheur de vostre mayson et de vostre personne depend de cela en cette vie passagere, et l'asseurance de l'immortelle apres celle cy.
Or sus, en ce nouvel estat de mariage auquel vous estes, renouvelles souvent les resolutions que nous avons si souvent faites de vivre saintement et vertueusement, de quelle condition que Dieu nous fist estre. Et si vous l'aves aggreable, continues a me favoriser de vostre bienveuillance filiale, comme je vous asseure, ma tres chere Fille, que d'un cœur tout rempli d'affection paternelle, je ne celebre jamais la tressainte Messe que tres particulierement je ne vous recommande a Dieu, avec monsieur vostre mary, auquel je suis et seray tous-jours, ainsy que je suis pour vous, Madame, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
La veille de Nostre Dame, a Lion.
MDCCLXIX A UNE SUPéRIEURE DE LA VISITATION L'éducation des petites filles incompatible avec la manière de vie des Religieuses de la Visitation. - Combien en prendre, si l'Evêque le commande.
Lyon, 25 mars 1621.
Sera-il point mieux de ne point vous escrire tout a fait, ma tres chere Fille, que de vous escrire si peu, comme l'accablement des honneurs et faveurs que je reçois icy me le peut permettre ? Mais, mieux vaut peu que rien tout a fait. Je ne puis croire que Monseigneur l'Evesque N. veuille vous charger de l'education des filles seculieres, quand vous luy aures fait humblement remonstrer que cela detraqueroit grandement vostre Mayson, nullement propre a rendre cet office ; car a la verite, l'experience a fait voir a Nessy que vostre façon de vivre est presque incompatible avec cet exercice . Mais si toutefois son esprit se rend grandement ardent a cela, on pourra, a ce commencement, en prendre jusques a trois seulement, et establir une des Seurs sur elles ; mais nullement davantage, ni pour l'avenir en faire suite. Vostre Pere spirituel, vostre Confesseur et ces bons Peres qui sont la et qui ont de la charite pour vostre Mayson, pourront, avec suavite, divertir ce destourbier la. Cependant, ma tres chere Fille, tenes vostre courage en Dieu, vives saintement en sa Providence, resjouisses vous d'avoir quelque chose a porter pour luy, car en cela consiste le vray estat des enfans de sa Bonte. En fin, ma Fille, je suis tout vostre.
FRANçs, E. de Geneve.
A Lion, le 25 mars 1621.
MDCCLXX A MADAME DE LA FLéCHèRE Un messager pour Avignon. - Visite forcément remise.
Annecy, 3 avril 1621 .
J'ay fait asses heureusement mon petit voyage, et ay escrit a nostre filz par M. Sappin , qui partit de Lyon pour Avignon il y aura demain trois semaines, et qui me promit de m'en rapporter des nouvelles avant [les] festes . Je n'ay point veu nostre seur des mon retour , n'ayant eu le loysir d'aller a la Visitation que ce matin pour dire la sainte Messe, et avons promis d'y retourner apres disné ; mais ces messieurs m'ont retenu pour leurs affaires, de sorte que ce sera demain, Dieu aydant. Vives tous-jours toute en cette divine Bonté, ma tres chere Fille, et je suis a jamais parfaitement vostre.
3 avril.
A Madame
Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCLXXI A MM. PIERRE ET JEAN DE VILLERS Condoléances offertes sur la mort d'un père, - Motifs de consolation proposés à ses enfants.
Annecy, commencement d'avril 1631 .
Messieurs,
Quand le bon Pere Arviset m'a dit l'autre jour a Lion que nostre bon pere estoit trespassé, je vous asseure que je fus touché vivement de la passion que les enfans ont accoustumé de sentir quand leur pere les quitte ; car je le respectais et honnorois ainsy filialement, ce bon pere, qui m'y avoit obligé en autant de façons qu'il se pouvoit faire.
Mais puisque tel a esté le bon playsir de Dieu qu'il s'en allast en son repos, non seulement j'acquiesce, ains je loüe la divine Providence qui luy a donné un bon long sejour en cette vie mortelle, et, ce qui importe le plus, l'a conduit si amiablement par le chemin de sa crainte et de sa grace, que nous avons tout sujet d'estre asseurés qu'il le fait jouir maintenant de sa gloire. C'est en quoy vous puisés sans doute la grande rayson de vostre consolation, et vivés, comme j'espere, satisfaitz d'estre enfans d'un tel pere et d'avoir si long tems esté en l'eschole de sa vertu et pieté.
Il ne me reste donq plus en cette occasion que de vous supplier de me vouloir tous-jours conserver en l'honneur et contentement qu'il m'avoit accordé pour toute ma vie, qui est que je serois de vostre mayson et censé comme l'un de ses enfans, vostre frere. Je le seray de mon costé en affection, et n'oublieray jamais l'extreme devoir que j'ay a la memoire de ce pere et au service de sa posterité ; vous suppliant encor, Messieurs, de me permettre qu'avec cette lettre je dise la mesme verité et face la mesme priere a mesdamoyselles vos cheres espouses , desquelles j'estime et ayme infiniment les bonnes et devotes ames, et ausquelles, comme a vous, je ne cesseray jamais de souhaitter les plus favorables benedictions du Ciel, demeurant a tous-jours de tout mon cœur, Messieurs,
Vostre tres humble, fidele frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve. A Messieurs de Villers, freres. A Dijon.
MDCCLXXII A M. MICHEL FAVRE Recommandations à un pèlerin de Lorette et de Rome. - Affaires qu'il doit traiter ; personnages qu'il doit voir. - Permissions à obtenir pour l'entrée de quelques dames à la Visitation.
Annecy, avril 1621 ,
Monsieur Michel, mon cher ami,
Je vous prie de recommander mon ame a la misericorde de Nostre Seigneur en tous les saintz lieux que vous visiteres en ce voyage de Rome. Je prie le Pere Monod , affin qu'il vous face recommander au Pere Recteur et au Pere Penitencier de Lorette , et que vous puissies retirer d'eux un certificat de vostre soin et diligence a rendre le vœu que vous alles faire .
A Rome, vous parleres avant toutes choses a M. Beybin , et luy communiqueres tous vos Memoires, tant pour les Seurs de la Visitation de Sainte Marie, que pour la visitation des Sueilz des Apostres et l'acceptation de l'alternative (L4, note 417) ; et suivres en tout son conseil.
Vous ne laisseres pas pourtant de voir au plus tost le Pere Diegue et le Pere Dom Sens de Sainte Catherine, jadis General des Feuillans , auquel vous remettres la lettre qui est pour Monseigneur le Cardinal de Sainte Suzanne , car je m'asseure que tant ledit Pere Dom Sens que le Pere Diegue s'employeront volontier pour l'affaire des Seurs de la Visitation, selon que je les en supplie. Mais il ne faut pas les employer qu'avec discretion et reserve, comme encor M. le chevalier de Lescheraine , qui, en cas de besoin, suppliera Monseigneur le Prince Cardinal de favoriser cette affaire .
J'avois prié le Pere Diegue de s'employer pour faire avoir permission a madame de la Flechere d'entrer a la Visitation de cette ville ; a madame de Granieu, en celle de Grenoble; a madamoyselle de Villeneuve, Marie Lhuillier, seur de madamoyselle de Frouville , et a madamoyselle de Montigny, Louise Pithou (L9, note 911), en celle de Paris. Je le supplie de faire en cela ce qui se pourra bonnement faire, et vous aussi particulierement. Alles en paix.
Il faut prendre l'Estat de ce diocese entre les mains du Pere Dom Juste, et changer le mieux qu'il se pourra la date .
MDCCLXXIII A M. JEAN JOLY DE LA ROCHE (L3, note 475) Une œuvre pie recommandée à M. de la Roche. - Nouvelles du prieur de Sonnaz.
Annecy, 19 avril 1621.
Monsieur mon Frere,
Il n'est nul besoin que l'on vous recommande les œuvres pies, que vous embrasses, graces a Dieu, avec tant de charité ; mays puisque monsieur de Vege, passant icy, a desiré que je vous suppliasse de le favoriser, et sa partie , d'un soin particulier pour leur accommodement, je le fay volontier, comme parent de l'une et ami de toutes deux. Et vous en supplie donq tres humblement, bien ayse d'avoir ce petit sujet de vous rafraichir les offres de mon service, qui suïs, Monsieur mon Frere, Vostre tres humble frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
XIX avril 1621, Annessi.
Nostre monsieur le Prieur de Saunax se porte tres bien, et sert Dieu et le prochain chatechisant es hospitaux , non sans ferveur et consolation, et non sans une sainte impatience de voir encor point ses desirs accomplis de deça, pour lesquelz neanmoins il ne se departira point de vostre direction. A Monsieur Monsieur de la Roche, seigr d'Aleri, Conseiller d'Estat et Chevalier en souverain Senat de Savoye. A Chamberi.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Poitiers.
MDCCLXXIV A M. ANTOINE QUARTERY Actions de grâces pour des témoignages de bienveillance. - Comment l'Evêque de Genève veut contribuer à la récompense de nombreuses bonnes œuvres faites par le destinataire. - Il lui en propose une nouvelle : l'établissement des Pères Capucins à Sion.
Annecy, 21 avril 1621.
Monsieur, En cette occasion du voyage que le R. P. Dominique, Provincial, et le R. P. Philibert , de l'Ordre des Capucins, font en vos contrees de Valey, je me sens obligé de vous remercier du favorable tesmoignage que vous rendites a Romme pour mon frere Monsieur l'Evesque de Calcedoine, qui est a present mon coadjuteur, lequel, s'il estoit icy presentement, vous eut aussi escrit luy mesme .
Mays ce n'est pas la seule preuve que j'ay eüe de vostre bienveuillance en mon endroit, y ayant si long tems que vous m'aymes et que j'ay este obligé a vous honnorer pour la pieté et probité, jointes au zele et a la prudence dont Dieu vous a doüe, me resouvenant fort bien de ce que vous aves fait pour le service de l'Eglise et le bien de vostre païs en toutes les occurrences. Et de mon costé, pour contribuer ce que je puis a vostre recompense pour tant de bonnes œuvres ausquelles vous aves ci devant cooperé, je prie Dieu qu'il vous face la grace de continuer de plus en plus, croissant incessamment en vertu et devotion, affin qu'apres une longue et utile vie temporelle, vous soyes treuve en l'estat de perseverance pour passer a l'eternelle.
Et voyla une bonne commodite qui se presente de rechef a vostre zele en l'establissement des Peres Capucins a Syon, ou, comme vous sçaves, ilz rendront mille sortes de bons et fideles services spirituelz a tout ce pais-la, et beaucoup plus qu'ilz ne pourroyent faire en aucune contree de la patrie ; et croy que mesme cela seroit proffitable au service temporel de Messieurs du païs, pour plusieurs dignes considerations que l'estat des affaires du monde me suggere . Or, comme apres Dieu vous aves le veritable honneur de l'establissement de cet Ordre a Saint Maurice , aussi pouvés vous grandement participer a celuy de l'establissement du mesme Ordre a Syon, ou je sçai que de long tems tous les bons le desirent. Et sur cett'esperance de vostre assistence, et du zele, prudence, bonté et bienfaisance du Reverend Evesque de Valey , j'ay donné courage a ces deux Peres, qui sont vrays serviteurs de Dieu et dignes d'estre aymés, de faire de leur part tout ce qu'ilz pourront bonnement pour ce bon œuvre, que je supplie de rechef la divine Providence de vouloir benir, et de vous faire de plus en plus prosperer en sa grace, Monsieur, me disant en toute verité, Vostre tres affectionné, bien humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XXI avril 1621, Annessi.
A Monsieur
Monsieur le Capitaine Quarteri.
St Maurice.
Revu sur l'Autographe appartenant à la famille de M. Oscar de Cocatrix, à Saint-Maurice (Valais).
MDCCLXXV A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE Dona Ginevra, bienfaitrice des Barnabites. - Une affaire en suspens.- Le monde et la vie de ce monde.
Annecy, 23 avril 1621.
Mon Reverend Pere,
C'est de tout mon cœur que je me res-jouis avec nostre tres chere signora D. Genevra du bon œuvre qu'ell'a fait, donnant dequoy jetter les fondemens de vostre eglise de cette ville, et je l'en remercie aussi par la lettre ci jointe . Nous roulons icy sans avoir pour encor nouvelles de la resolution que M. de Menthon prendra, en attendant la venue de Monseigneur le Prince Thomas qui aura charge de faire achever cett' affaire , ainsy que Monseigneur le Prince dit a nostre frere, M. de Calcedoine ; mays je ne laisseray pas de presser un peu tout bellement. O mon tres cher Pere, que le monde est mauvais et que je l'estime peu ! je dis la vie de ce monde. Continues, je vous supplie, a m'aymer, puisque je suis sans cesse et seray a jamais invariablement, Vostre tres humble et tres asseuré, inseparable frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve. M. de Calcedoine est a Sales, revenant de Bornand ou il alla il y a huit jours. Salues, je vous supplie, cherement ma tres chere fille la signora Donna Genevra.
23 avril 1621.
Au R. P. en N. S.,
Le P. Juste, Prevost de S, Dalmas (L7, note 464).
Revu sur l'Autographe conserve à Oloron, au Collège Sainte-Marie.
MDCCLXXVI A M. MICHEL DE MARILLAC Joie qu'apporte au Saint le portrait de la bienheureuse Marie de l'Incarnation. l'histoire de sa vie sera profitable aux gens du monde.
Annecy, 24 avril 1621.
Monsieur, Je vous rens mille actions de graces du portrait de la bienheureuse Seur Marie de l'Incarnation , et ne sçai ce que je pourrois recevoir de plus utile et aggreable a mon ame; puisque d'un costé j'ay un amour si plein de reverence pour cette sainte personne, et d'autre part, une si grande necessité de resveiller souvent en mon esprit les pieuses affections que sa veuë et sa tressainte communication a excitees autrefois en moy, tandis que six mois durant j'estois presque son confesseur ordinaire, et que, pour tant de diverses occasions du service de Dieu, elle me parloit et entretenoit presque tous les jours. On m'a dit que l'on avoit escrit et fait imprimer sa Vie, et ce fut la Mere Prieure de Lyon, que je vis l'autre jour estant la . O quel proffit elle rendra, et mesme aux seculiers, si la piece de son histoire du tems qu'elle fut au monde a esté bien representee, comme je croy qu'elle l'est, puisque c'est M. du Val qui l'a composee . En somme, je suis amateur et admirateur de cette sainte ame, et ayme tous ceux qu'elle a aymés en cette vie, et vous tres particulierement, Monsieur, de qui elle mesme me procura la bienveuillance, que je vous supplie me conserver. Et vous remerciant de rechef de ce saint portrait, je vivray, Dieu aydant, et mourray Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
D'Annessi, le 24 avril 1621.
MDCCLXXVII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MONTFERRAND Une vertu essentielle. - Obligation pour une fille de quitter " beaucoup de ses consolations."afin d'en laisser à sa mère. - Les Anges, d'avis différents, s'unissant dans l'amour à la volonté de Dieu. - Deux points sur lesquels le Saint ne veut point se prononcer. – " L'amas des fourmis. "- Le seul exercice où il ne faut point user de modération. - Ce que la Mère Favre doit conseiller à Mme de Dalet.
Annecy, 25 avril 1621.
En somme, ma tres chere Fille, il est vray, ainsy que je vous ay souvent dit, que la discretion est une vertu sans laquelle, au rapport de saint Anthoine (Cassian.Col. lat. Patrum 2,4), nulle vertu n'est vertu, non pas mesme la devotion, si toutefois la devotion veritable peut estre sans une veritable discretion.
Voyla la bonne madame de Canillac, des belles et rares qualités de laquelle vous m'aves la premiere rendu amateur , qui se plaint admirablement de madame de Dalet sa fille , dequoy ayant treuvé un esseim d'abeilles avec leur miel, elle s'amuse trop avec elles et mange trop de ce miel, contre l'enseignement du Sage qui a dit (Pr 25,16)
: As tu treuvé du miel, manges en discrettement. Elle vous aura dit toutes ses raysons en meilleurs termes que je ne sçaurois vous les representer, ormis peut estre celle-la, que vostre religieuse Mayson luy a une tres grande obligation, ainsy que vous mesmes m'aves escrit. Voyes, ma tres chere Fille, de contribuer au contentement de cette mere ce que vous pourres aupres de cette fille, laquelle a la verité est obligee a quitter, je ne dis pas un peu, mais beaucoup de ses consolations, pour spirituelles qu'elles soyent, pour en laisser beaucoup a sa mere. Je confesse que je ne sçai comme il se peut faire qu'une mere de tant d'esprit, de perfection et de pieté, et une fille de si grande. vertu et devotion, ne demeurent tout a fait unies en ce grand Dieu, qui est le Dieu d'union et de conjonction (1 Co 14,33);
mais je sçai bien pourtant que cela se fait, et que mesme les Anges, sans cesser d'estre Anges, ont des contraires volontés sur un mesme sujet (Dn 10,13 ; L6, note 273), sans pour cela estre en division ni en dissention, parce que ilz sont parfaitement amoureux de la volonté de Dieu, laquelle, soudain qu'elle paroist, est embrassee et adoree de tous eux. Hé, mon Dieu, ny a-il moyen que l'on ayde ces deux dames a la connoistre, cette sainte volonté ? car je suis asseuré qu'elle les rangeroit toutes deux a son obeissance.
Cette bonne dame, qui est mere, me parle d'un vœu de chasteté fait par la fille, et dit que c'est precipitamment. A cela je ne touche point ; car il y va bien des considerations pour juger qu'un vœu de chasteté puisse ou doive estre dispensé ou dispensable, puisque il ny a point d'estime comparable a l'ame chaste.
Mays elle parle, cette mere, d'autre chose, qui est qu'elle aymeroit mieux que sa fille fut Religieuse tout a fait, puys que en ce cas-la on ne la luy demanderait plus pour caution, et que l'administration des biens des enfans luy seroit conferee. Mais je ne sçai non plus que dire sur cela, ne sachant pas quell'est la vocation du Ciel et voyant les enfans de Mme de Dalet si petitz.
Une chose seule me touche plus que les autres de tout ce que cette dame m'escrit : c'est ce qu'elle dit que sa fille fait bourse a part parmi tant de peynes et travaux qu'elle void a sa mere, sans la soulager de son assistence. Or cela, ma tres chere Fille, est tout a fait contraire a mes sentimens. Saint François ne pouvoit gouster l'amas des fourmis ; mais il me semble qu'une fille qui a des moyens ne doit jamais les espargner pour sa mere, je dis mesme pour son repos et juste contentement.
Je vous escris la teste pleyne d'affaires et entre plusieurs tintamarres, et de plus, je vous escris a tastons ; car je sçai bien que pour bien parler en cette occasion, il faudroit ouyr bien au long les parties. Mais tandis que cela ne se peut, il faut parler pour la mere : il y a tous-jours un juste prejugé pour elle.
Au reste, elle ne desire de vous sinon que vous employiés vostre entremise pour moderer le zele que sa bonne fille a a ses retraittes, qui est chose qui ne se peut ni doit refuser, la moderation estant tous-jours bonne en tous les exercices, ormis en celuy de l'amour de Dieu, qu'on ne doit aymer par mesure, ains tout fait " sans mesure (S.Bern.
De diligendo Deo). " Employes vous donq bien a cette moderation, a laquelle il sera bien aysé de reduire cette bonne fille, puisque sa bonne mere luy permet qu'elle aille jouyr de la devotion en paix toutes les grandes festes de l'annee, et, outre cela, de six semaines en six semaines trois jours, qui est beaucoup.
C'est asses. Je m'asseure, ma tres chere Fille, qu'apres avoir invoqué le Saint Esprit, il vous donnera de la clarté pour bien faire, ou conseiller cette moderation.
Je suis, en Nostre Seigneur, parfaitement vostre. Je le supplie de regner tous-jours en vostre ame et en vostre chere Congregation, et qu'il vous inspire toutes de prier souvent pour moy. Amen.
Ce 25 avril 1621.
MDCCLXXVIII A LA COMTESSE DE DALET Les plaintes de Mme de Montfan ; trois partis qu'elle propose pour sa fille. -L'Evêque de Genève ne peut rien dire sur les deux premiers. - Il demande à Mme de Dalet d'aider sa mère de ses biens. - La jalousie de l'amour maternel. - Une tare très rare et très aimable.
Annecy, 25 avril 1621.
Madame,
Je serois bien en peine de vous escrire sur le sujet qui me convie si je n'estois authorisé de madame vostre mere ; car a quel propos oserois je mettre la main aux affaires qui se passent entre vous deux, et vous parler de vostre conscience, moy qui sçai que vous estes l'unique digne fille d'une si digne mere, pleyne d'esprit, de prudence et de pieté ? Mais puisqu'il le faut, sous cette si favorable condition, je vous diray donq, Madame, que madame vostre mere m'escrit tout ce qu'elle vous a dit et fait dire par plusieurs excellens personnages en comparayson desquelz je ne suis rien, pour vous ranger au desir qu'elle a que vous ne l'abandonnies de vostre assistence filiale en cette grande presse d'affaires temporelles en laquelle les occurrences que vous sçaves ont poussé sa mayson, qu'elle ne peut supporter de voir tomber sous le faix, et sur tout faute de vostre secours qu'elle tient y estre seul et uniquement necessaire. Elle propose troys partis pour cela : ou que vous vous retiries tout a fait en Religion, affin que les creanciers ne vous desirent plus pour caution et que la disposition des biens de vos enfans luy soit libre ; ou que vous vous remariies avec les advantages qui vous sont offertz ; ou que vous demeuries avec elle avec une seule bourse. Elle met dans sa lettre vos excuses pour les deux premiers partis, car elle dit que vous aves voüé a Dieu vostre chasteté, et que vous aves quatre bien petitz enfans, desquelz deux sont des filles ; mais pour le troysiesme je ne voy rien dans sa lettre.
Quant au premier, je ne suis pas pour interposer mon jugement si le vœu que vous aves fait vous oblige a ne point desirer dispense, bien qu'elle allegue une grande precipitation qui peut prevenir la juste consideration ; car veritablement la pureté de la chasteté est de si haut prix, que quicomque l'a vouee est tres heureux de la garder, et n'y a rien a preferer que la necessité de la charité publique.
Quant au second, je ne sçai si vous vous pourries legitimement descharger du soin que Dieu vous a imposé de vos enfans en vous rendant leur mere, et eux estans si petitz.
Mais pour le troysiesme, Madame, je vous dis que vostre bourse doit estre commune a madame vostre mere, en ces cas de si grande necessité. O Dieu ! c'est la moindre communication qu'on doive aux peres et aux meres. Je cuyde bien entrevoir quelque rayson pour laquelle il semble qu'une telle fille, chargee d'enfans, puisse garder sa bourse, mais je ne sçai pas si vous l'aves ; et si, je pense qu'il faut que cette rayson soit grande et grosse, pour le faire voir et considerer tout a fait. Entre les ennemis, l'extreme necessité rend toutes choses communes ; mais entre les amis, et entre de telz amis comme sont les filles et les meres, il ne faut pas attendre l'extreme necessité, car le commandement de Dieu nous presse trop (Ex 20,12 ; Dt 5,16 ; Ep 6,2). Il faut en ce cas relever le cœur et les yeux en la providence de Dieu, qui rend abondamment tout ce que l'on donne sur sa sainte ordonnance. Je dis trop, Madame, car je n'avois rien a dire sur cela que de renvoyer vostre chere conscience, pour ce regard, a ceux ausquelz vous vous en confies. Au reste, pour vos exercices spirituelz, madame vostre mere se contente que vous les facies a vostre accoustumee, ormis pour vos retraittes a Sainte Marie , qu'elle desire estre limitees aux grosses festes de l'annee, et, [outre] cela, a troys jours sur chaque quarantaine. Vous pouves aussi vous en contenter et suppleer, par des retraittes spirituelles dans vostre mayson, la longueur de celles que vous pourries faire en celle de Sainte Marie. O mon Dieu, ma chere Dame, qu'il faut faire des choses pour les peres et meres, et comme il faut supporter amoureusement l'exces, le zele et l'ardeur, a peu que je die encor l'importunité de leur amour ! Ces meres, elles sont admirables tout a fait : elles voudroyent, je pense, porter tous-jours leurs enfans, sur tout l'unique, entre leurs mammelles. Elles ont souvent de la jalousie ; si on s'amuse un peu hors de leur presence, il leur est advis qu'on ne les ayme jamais asses et que l'amour qu'on leur doit ne peut estre mesuré que par le desmesurement. Quel remede a cela ? Il faut avoir patience, et faire au plus pres que l'on peut tout ce qui est requis pour y correspondre. Dieu ne requiert que certains jours, que certaines heures, et sa presence veut bien que nous soyons encor presens a nos peres et a nos meres ; mais ceux ci sont plus passionnés : ilz veulent bien plus de jours, plus d'heures et une presence non divisee. Hé ! Dieu est si bon que, condescendant a cela, il estime les accommodemens de nostre volonté a celle de nos meres comme faitz pour la sienne, pourveu que nous ayons son bon playsir pour fin principale de nos actions. Or sus, vous aves la Moyse et les Prophetes, c'est a dire tant d'excellens serviteurs de Dieu : escoutes les (Lc 16,29).
Et moy, j'ay tort de vous entretenir si longuement, mais j'ay un peu de complaysance de parler avec une ame pure et chaste, et de laquelle il n'y a aucune sorte de plainte que pour l'exces de devotion ; tare si rare et si aymable, que je ne puis n'aymer pas et n'honnorer pas celle qui en est accusee, et n'estre pas a jamais, Madame, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Ce 25 avril 1621.
MDCCLXXIX A MADAME LE LOUP DE MONTFAN (INéDITE) Protestation d'estime et d'intérêt pour la destinataire. - François de Sales s'étonne qu'elle ait pu s'adresser à lui dans une affaire délicate. - Lettres à Mme de Dalet et à la Mère Favre. - Le Saint comprend la situation de Mme de Montfan et y compatit. - Se remettre à la Providence.
Annecy, 25 avril 1621.
Madame, Il n'estoit pas besoin, pour me faire affectionner vostre desir, que les Reverens Peres Coton et Duchesne , que j'honnore infiniment, employassent leur persuasion, car vostre seul nom me faisoit asses connoistre ce que je vous dois; et ma Seur Favre m'avoit, des le commencement qu'elle fut a Montferrand, si vivement exprimé la consideration qu'elle fait de vos dignes qualités, que je ne pourrois pas n'avoir du sentiment de vos afflictions quand vous me les eussies proposees, et mesme avec cette vivacité d'eloquence que vous aves tesmoignee en vostre lettre, capable d'esmouvoir un cœur de pierre.
Mais, Madame, permettes moy que j'admire comme vous aves peu penser qu'apres tant de remonstrances faites de vive voix par ces grans serviteurs de Dieu, si excellens ouvriers, le Reverend Pere Coton, le Pere Duchesne et autres, et sur tout l'employ de vostre authorité maternelle, de vos larmes, de vos souspirs et de cette puissante representation de vos douleurs et amertumes de cœur que vous aves mieux sceu faire qu'homme du monde, je puisse moy, pauvre prestre, homme esloigné et de si peu de sens que je suis, par des seules lettres, qui n'ont ni repliques, ni mouvement d'action, mettre la main dans le cœur de madame vostre fille pour le contourner a vostre volonté. Neanmoins, Madame, je me range a vostre intention et escris a madame de Dalet et a ma Seur Favre, courtement, parce qu'elles sçavent bien toutes vos raysons, et parce que vostre homme m'a treuvé ayant mon Sinode sur les bras, qui me tient a l'esprit et au cœur .
Nous n'avons pas laissé de conferer [de] vostre lettre, le Pere Bonaventure de Lyon, que nous avons le bonheur d'avoir Gardien icy , et moy. Je vous regarde, Madame, comme une mere toute comblee d'amour pour sa fille unique, de jalousie pour la conservation de vostre mayson, si digne d'estre conservee, pressee de mille attaques et affaires douloureuses. Tout cela je le ressens au fond de l'ame, et d'autant plus que je vous porte de respect et de sainte dilection, puisque je me souviens bien de madame de Montaret , et de son amour et de sa passion pour son filz . Or sus, j'escris a ces deux filles que vous dites avoir tant de liayson ensemble ; c'est a Dieu a donner l'efficace a mes paroles. Pries l'en, Madame, avec sousmission a son adorable Providence, a laquelle jamais creature ne se remit comme il est convenable, qu'elle n'en ayt esté soulagee et secourue (Eccli 2,11)
………………………………………………………………………………….
Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation de la Visitation de Montferrand, par la Mère de Chaugy, conservée au ler Monastère d'Annecy.
MDCCLXXX A M. ANTOINE RIGOULLET, ABBé DE MAUZAC (INéDITE) Une contestation née d'un excès d'amour. - Comment donner un avis après celui de plusieurs serviteurs de Dieu ?
Annecy, 25 avril 1621
Monsieur,
J'escris selon vostre desir a ces d[ames] , desquelles la conteste est toute aymable, puisque elle procede de l'exces de l'amour, en l'une de sa fille, et en l'autre de la devotion. Je confesse que je ne fus jamais si empesché d'escrire que j'ay esté, car apres vous, apres le grand Pere Coton , apres le P. Duchesne et tant d'autres serviteurs de Dieu, comme ose-je dire mot ? Je le fay neanmoins tumultuairement, comme ayant la teste toute pleyne des affaires de mon Sinode, et par consequent en une grande confusion d'attentions. Monsieur, aymes moy tous-jours, je vous supplie, et tenes pour certain que je vous honnore de tout mon cœur, et suis, Monsieur,
Vostre tres humble et tres affectionné frere et serviteur,
FRANçs, E. de Geneve.
xxv avril 1621, Annessi.
A Monsieur
Monsieur l'Abbé de Mauzac .
Lyon.
Revu sur l'Autographe conservé à Paris, à la Maison du Cénacle, rue de la Chaise.
MDCCLXXXI A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COMMISE DE LA VISITATION DE LYON Difficulté pour le saint Evêque de se prononcer au sujet d'une Novice. - Faire pour son salut tout ce que requiert la charité ; nécessité qu'elle y coopère. - Une question impossible à résoudre entièrement. - Qu'est-ce que Dieu ? - Sa présence en ce monde. - Il est le principe et la vie de toutes choses. - Aveu de l'impuissance et du néant de l'homme.
Annecy, 25 avril 1621.
Je ne me sçaurois determiner, ma tres chere Fille, sur la demande que vous me faites de l'opinion que j'ay, s'il est a propos qu'on retienne ou qu'on renvoye cette fille, parce que je ne la connois pas asses . Bien croy je que l'on pourroit luy donner encor un peu de tems, comme six semaines, et luy dire ou faire dire ouvertement ce que l'on requiert en son esprit et en sa conduitte, affin qu'elle vaquast serieusement a l'acquerir ; et si elle se rendoit souple on la pourroit garder, car veritablement elle a un extreme besoin de demeurer en la vie religieuse, son esprit, ce me semble, ne pouvant que courir fortune de beaucoup de detraquemens au monde. C'est pourquoy il faut, par charité, faire ce qui se pourra bonnement faire pour son salut. Que si de son costé elle ne coopere pas en s'humiliant, se sousmettant, renonçant a son esprit et suivant celuy de l'Institut auquel elle aspire, ce sera son dam et sa coulpe seule.. Quant a l'autre demande que vous me faites, il est impossible d'y respondre entierement, non seulement a moy, mais aussi aux Anges et aux Cherubins ; car Dieu est au dessus de toute intelligence, et s'il y avoit une intelligence qui peust comprendre ou parfaitement dire ce que Dieu est, il faudroit que cette intelligence fust Dieu, car il faudroit qu'elle fust infinie en perfection. Voyes, je vous supplie, les trois premiers chapitres du
2. Livre de l'Amour de Dieu,. mais sur tout voyes le premier chapitre, et encor les 9 .10. II. 12.13.14.15. chapitres du 3. Livre de l'Amour de Dieu, car cela vous donnera une suffisante lumiere pour concevoir en quelque sorte que c'est que Dieu : c'est a dire, vous apprendres, autant qu'il est requis, ce qu'il faut en croire.
Et voicy ce que, pour le present, je vous en puis dire. Dieu est un esprit infini, qui est la cause et le mouvement de toutes choses, auquel et par lequel tout est, tout subsiste et a son mouvement. Il est, par consequent, invisible en soy mesme, ne pouvant estre veu qu'en l'humanité de Nostre Seigneur, qu'il a unie a sa Divinité. Il est infini, il est par tout et tient tout par sa puissance; rien ne le tient pour le comprendre, ains il comprend et contient tout, sans estre contenu de chose quelcomque. En somme, ma Fille, comme nostre ame est en nostre cors sans que nous la voyons, ainsy Dieu est au monde sans que nous le voyons ; comme nostre ame tient en vie tout nostre cors tandis qu'elle est en iceluy, ainsy Dieu tient en estre tout le monde tandis qu'il est en'iceluy, et si le monde cessoit d'estre en Dieu, il cesseroit tout aussi tost d'estre. Et comme, en certaine façon, nostre ame est tellement en nostre cors qu'elle ne laisse pas d'estre hors de nostre cors, n'estant pas contenue en iceluy, puisqu'elle void, elle entend, elle oyt, elle fait ses operations hors de nostre cors et au dela de nostre cors, ainsy Dieu est tellement au monde qu'il ne laisse pas d'estre hors du monde et au dela du monde et de tout ce que nous pouvons penser. Et pour fin, Dieu est le souverain Estre, le principe et la cause des choses qui sont bonnes, c'est a dire qui ne sont point peché.
O ma Fille, c'est un abisme ! C'est l'Esprit qui vivifie tout, qui cause tout, qui conserve tout, duquel toutes choses ont besoin pour estre ; et luy, n'a besoin de nulle chose, n'ayant jamais esté que tres infini en tout ce qu'il est, et est tres heureux, ne pouvant ni commencer d'estre ni finir, parce qu'il est eternel et ne peut n'estre pas eternel. A luy seul soit honneur et gloire. Amen (1 Tm 1,17).
Je n'ay pas dit ceci pour vous dire ce que c'est, mais pour vous faire tant mieux entendre que je ne le puis ni sçay dire, et que je ne sçay que confesser que je suis un vray neant devant luy (Ps 38,6), que j'adore tres profondement, comme aussi l'humanité de nostre Sauveur a laquelle il s'est uni, affin qu'en icelle nous le puissions aborder, et le voir en nos sens et sentimens au Ciel, et en nos cœurs et en nos cors icy en terre au divin Sacrement de l'Eucharistie. Amen.
………………………………………………………………………….
FRANçS, E. de Geneve,
Le 25 avril 1621, Annessi.
MDCCLXXXII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Quelques affaires recommandées au prince.
Annecy, 30 avril 1621.
Monseigneur,
Ce porteur, Frere Adrian, va aupres de Vostre Altesse Serenissime pour des affaires de si bonne condition pour le service de Dieu et du publiq , et luy mesme est si zelé sujet de Son Altesse, qu'il n'est nul besoin que je le recommande a la bonté de Vostre Altesse. Mays puisqu'il le veut, je le fay tres humblement, Monseigneur, et avec luy encor l'affaire de la reformation des Monasteres de deça les montz et l'establissement si necessaire des Peres de l'Oratoire a Thonon et Rumilly; qui suis a jamais, de Vostre Altesse Serenissime, Monseigneur, Tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le 30 avril 1621
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCLXXXIII A M. MARC-FRANçOIS DE MALARMAY DE LAURAY Question et réponse d'amis. - La " loy invariable de l'eternite " de leur union. - François de Sales emprunte son portrait pour l'envoyer au destinataire. - Elévation vers Notre-Seigneur.
Annecy, [février-mai 1621 .]
Mon tres cher Frere,
Voyci la question que vous me faites : Vostre cœur n'aymera-il pas le mien tous-jours et en toutes saysons ? Et voyci ma response : O mon tres cher Frere, c'est une maxime de trois grans amans, tous trois saintz, tous trois Docteurs de l'Eglise, tous trois grans amis, tous trois grans maistres de la theologie morale : saint Ambroyse (De Officiis min.
33,126), saint Hierosme (Epist 3 ad Ruf.), saint Augustin (Lib de Amicitia ; L5, note 169) :
Amicitia quœ desinere potuit, nunquam vera fuit..
Tenes, mon cher Frere, voyla l'oracle sacré qui vous annonce la loy invariable de l'eternité de nostre amitié, puisqu'elle est sainte et non feinte, fondee sur la verité et non sur la vanité, sur la communication des biens spirituelz et non sur l'interest et le commerce des biens temporelz. Bien aymer et pouvoir cesser de bien aymer sont deux choses incompatibles. Les amitiés des enfans du monde sont de la nature du monde : le monde passe, et toutes ses amitiés passent, mais la nostre, elle est de Dieu, en Dieu et pour Dieu : Mais lui, il est toujours le même, et ses années n'ont point de fin. Le monde périt, et sa concupiscence aussi; le Christ ne périt point, et son amour non plus : consequence infallible. La chere seur m'escrit tous-jours avec tant d'effusion de son cher amour, qu'en verité elle m'oste le pouvoir de la bien remercier ; et j'en dis le mesme de vous, vous suppliant de vous remercier tous deux l'un l'autre de ce contentement que vous me donnes.
Au reste, voyla donq l'image de cet homme terrestre, tant je suis hors de tout pouvoir de refuser chose quelcomque a vostre desir. On me dit que jamais je n'ay esté bien peint, et je croy qu'il importe peu. L'homme passe comme une ombre, et c'est en vain que son cœur s'agite. (Ps 38,7) Je l'ay empruntee pour la vous donner, car je n'en ay point a moy . Helas ! si celle de mon Createur estoit en son lustre dans mon esprit, que vous la verries de bon cœur !
O Jésus, guérissez, réchauffez, perfectionnez, rendez conformes à vous ceux que vous avez marqués de votre lumière, rachetés par votre sang. Amen (1 P 1,18 ; Ap 9 )
…………………………………………………………………….
MDCCLXXXIV A LA MèRE DE MONTHOUX SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE NEVERS (FRAGMENT) La calomnie, marque excellente de l'approbation divine. - Effet que doivent produire en l'âme les souffrances intérieures.
Annecy, [mars-mai] 1621 .
Je loüe Dieu, ma tres chere Fille, dequoy cette pauvre petite Congregation des servantes de la divine Majesté est fort calomniee. Helas ! je regrette les pechés des calomniateurs, mais cette injure receue est une des meilleures marques de l'approbation du Ciel ; et, affin que nous sceussions entendre ce secret, nostre Sauveur luy mesme de combien de façons a il esté calomnié ! Oh ! que bienheureux sont ceux qui endurent persecution pour la justice (Mt 5,10) ! Vostre affliction interieure est encor une persecution pour la justice, car elle tend a bien ajuster vostre volonté a la resignation et indifference que nous aymons et loüons tant. Plus Nostre Seigneur soustrait ses consolations sensibles, plus il nous prepare de perfections, pourveu que nous nous humiliions devant luy et que nous jettions toute nostre esperance sur luy. ……………………………………………………………………………………
MDCCLXXXV A UN MAGISTRAT DE DIJON (INéDITE) Prière de " proteger en son bon droit " un ami du Saint.
Annecy, 1er mai 1621.
Monsieur,
Ce porteur, le sieur d'Areres, mon proche voysin et grand ami, allant pour voir, s'il peut, la fin d'un affaire qu'il a devant la cour, je l'accompaigne de ma tres humble supplication, que je vous fay, de le proteger en son bon droit qui ne m'est pas moins cher que si c'estoit le mien propre, pour l'obligation d'amitié que je luy ay. Et je me prometz aysement, Monsieur, cette faveur de vostre bonté, qui en ay desja tant receues d'autres, et qui sçai le playsir que vous prenes en l'exercice de vostre courtoysie partout ou vous voyes de l'equité. Ainsy je prie Dieu qu'il vous conserve et face abonder en ses tressaintes benedictions, Monsieur, et suis invariablement, Vostre tres humble et tres affectionné, obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le premier may 1621.
Revu sur l'Autographe conservé dans l'église paroissiale de Vaysse-Péchaurie (lot).
MDCCLXXXVI A M. CLAUDE DE BLONAY (L2, note 148) L'installation d'un martinet dans les terres du baron de Thorens. - Emprunt d'outils sollicité auprès de la Sainte-Maison de Thonon.
Annecy, 2 mai 1621.
Monsieur,
Puysque la Sainte Mayson n'employe pas a present les outilz qu'ell'a pour un martinet, et que mesme les Peres Chartreux ne s'en servent point, je vous prie de les faire prester a mon frere de Thorens, qui fait dresser maintenant un martinet . Et faysant peser et bien marquer lesditz outilz, ilz seront rendus bien conditionnés toutes les fois que vous le desireres, ou ladite Sainte Mayson. Cependant je suis a jamais, Monsieur, Vostre tres humble confrere, FRANçs, E. de Geneve.
2 may 1621, Annessi.
A Monsieur
Monsieur de Blonnay,
Praefect de la Ste Mayson. Thonon.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Thonon. MDCCLXXXVII A MADAME DES GOUFFIERS Sur quoi l'on juge souvent des affections. - Un papier introuvable. - Notre-Seigneur a-t-il jamais plaidé, - Sa divine maxime. - François de Sales la défend avec énergie et appuie son raisonnement sur la doctrine de saint Paul. - La sagesse de Dieu, c'est la folie de la Croix. - Révolte de la prudence humaine. - Petite ouverture sur l'intérieur du Saint. - Conseillers sûrs et prudents pour Mme des Gouffiers. - Sévère réprimande ; les ruses de l'amour-propre démasquées. - Décision dernière.
Annecy, commencement de mai 1621 .
Je ne vous dis point l'amour plus que paternel, certes, que mon cœur a pour vous, ma tres chere Fille, car je pense que Dieu mesme qui l'a creé vous le dira; et s'il ne le vous fait entendre, il n'est pas en mon pouvoir de le faire. Mais pourquoy vous dis je cela ? Parce, ma tres chere Fille, que je ne vous ay pas escrit si souvent que vous eussies peut estre desiré, et que quelquefois on fait jugement des affections plus par les feuilles de papier que par les fruitz des veritables sentimens interieurs, qui ne paraissent qu'es occurrences rares et signalees, et qui sont plus utiles. Or sus, vous me demandes un papier que jusques a present je n'ay sceu treuver, et que M. n'a nullement. Vous desires que s'il n'est pas entre nos mains, on envoye vistement pour en avoir un pareil de Romme. Mais, ma Fille, il me semble qu'a Troyes on a changé d'Evesque ; et si cela est, il faut donq sçavoir son nom .
Et pour ne vous plus faire de preface, je vous vay dire sans art et sans deguisement ce que mon ame desire de vous dire. Jusques a quand sera ce, ma tres chere Fille, que vous pretendres d'autres victoires sur le monde et l'affection a ce que vous y pouves avoir, que celles que Nostre Seigneur en a remportees et a l'exemple desquelles il vous exhorte en tant de façons ? Comment fit-il, ce Seigneur de tout le monde ? Il est vray, ma Fille, il estoit le Seigneur legitime de tout le monde: et plaida il jamais pour avoir seulement ou recliner sa teste (Mt 8,20) ? On luy fit mille tortz : quel proces en eut il jamais ? devant quel tribunal fit il jamais citer personne ? Jamais, en verité, ains non pas mesme il ne voulut citer les traistres qui le crucifierent devant le tribunal de la justice de Dieu ; au contraire, il invoqua sur eux l'authorité de la misericorde (Is 53, 12 ; Lc 23,34). Et c'est ce qu'il nous a tant inculqué : A qui te veut oster en jugement ta tunique, donne luy encor ton manteau (Mt 5,40).
Je ne suis nullement superstitieux, et ne blasme point ceux qui plaident, pourveu que ce soit en verité, jugement et justice ; mais je dis, j'exclame, j'escris, et, s'il estoit besoin, j'escrirois avec mon propre sang, que quicomque veut estre parfait et tout a fait enfant de Jesus Christ crucifié, il doit prattiquer cette doctrine de Nostre Seigneur. Que le monde fremisse, que la prudence de la chair se tire les cheveux de despit, si elle veut, et que tous les sages du siecle inventent tant de diversions, pretextes, excuses qu'ilz voudront ; mais cette parole doit estre preferee a toute prudence: Qui te veut oster ta tunique en Jugement, donne luy encor ton manteau.
Mays, ce me dires vous, cela s'entend en certain cas. Il est vray, ma tres chere Fille ; mais, graces a Dieu, nous sommes en ce cas la, car nous aspirons a la perfection, et voulons suivre au plus pres que nous pourrons celuy qui, d'une affection veritablement apostolique, disoit (1 Tm 6,8) : Ayant dequoy boire et manger, et dequoy nous vestir, soyons contens de cela ; et crioit apres les Corinthiens (1 Co 6,7) : Certes, des-ja totalement et sans doute il y a faute et coulpe en vous, dequoy vous aves des proces ensemble. Mays escoutes, ma Fille, escoutes le sentiment et le conseil de cet homme qui ne vivoit plus en luy mesme, mais Jesus Christ vivoit en luy (Ga 2,20) : Pourquoy, adjouste il, pourquoy n'endures vous pas plustost qu'on vous defraude (1 Co 6,7) ? Et notes, ma Fille, qu'il parle non a une fille qui aspire d'un air particulier, et apres tant de mouvemens, a la vie parfaitte, mais a tous les Corinthiens ; notes qu'il veut qu'on souffre le tort ; notes qu'il leur dit qu'il y a de la coulpe pour eux de plaider contre ceux qui les trompent ou defraudent. Mais quel peché ? Peché, parce que par ce moyen ilz scandalizoyent les mondains infideles qui disoyent : Voyes comme ces Chrestiens sont Chrestiens ! leur Maistre dit : A qui te veut oster ta tunique, donne luy encor ton manteau ; voyes comme pour les biens temporels ilz mettent en hazard les eternelz, et l'amour tendre et fraternel qu'ilz doivent avoir les uns pour les autres. Notes de rechef, dit saint Augustin (Serm in Monte 1,19), la leçon de Nostre Seigneur : il ne dit pas : A qui te veut oster une bague, donne luy ton carcan, qui sont l'un et l'autre superflus ; mais il parle de la tunique et du manteau, qui sont choses necessaires. O ma tres chere Fille, voyla la sagesse de Dieu, voyla sa prudence, et qui consiste en la tressainte et tres adorable simplicité, enfance, et, pour parler apostoliquement, en la tres sacree folie de la Croix (1 Co 1,21).
Mais, ce me dira la prudence humaine, a quoy nous voules vous reduire ? Quoy ? qu'on nous foule aux pieds, qu'on nous torde le nez, qu'on se joüe de nous comme d'une marotte, qu'on nous habille et deshabille, sans que nous disions mot ? Ouy, il est vray, je veux cela ; et si, je ne le veux pas moy, ains Jesus Christ le veut en moy. Et l'Apostre de la Croix et du Crucifix s'escrie (1 Co 4,11) : jusques a present nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nuds, nous sommes bafoués ; et en fin, nous sommes faitz comme une peleure de pomme, la racleure du monde, ou une peleure de chastaigne, ou une coque de noix. Les habitans de Babylone n'entendent point cette doctrine, mais les habitans du mont Calvaire la prattiquent.
Oh ! me dires vous, ma Fille, mon Pere, vous estes bien severe tout a coup. Ce n'est pas tout a coup, certes ; car des que j'eus la grace de sçavoir un peu le fruit de la Croix, ce sentiment entra dans mon ame et n'en est jamais sorti. Que si je n'ay pas vescu conformement a cela, ç'a esté par faiblesse de cœur, et non par sentiment ; le clabaudement du monde m'a fait faire exterieurement le mal que je haïssais interieurement (Rm 7,15). Et oseray je dire cette parole, a ma confusion, a l'oreille du cœur de ma fille ? Je ne fis jamais revanche ni presque mal qu'a contrecœur. Je ne fay pas l'examen de conscience, mais, selon que je voy en gros, je croy que je dis vray; et tant plus inexcusable suis-je.
Au reste, je le veux bien, ma Fille, soyes prudente comme le serpent (Mt 10,16), qui se despouille tout a fait, non de ses habitz, mais de sa peau mesme, pour rajeunir ; qui cache sa teste, dit saint Gregoire (S.J.Chrysost. 33 in Mt) (c'est a dire, pour nous, la fidelité aux paroles evangeliques), et expose tout le reste a la mercy de ses ennemis pour sauver l'integrité de celle la.
Mais en fin, que vous veux je dire ? J'escris avec impetuosité cette lettre que j'ay esté forcé de faire a deux fois ; et l'amour n'est pas prudent et discret, il va de force et devant soy. Vous aves la tant de gens d'honneur, de sagesse, d'esprit, de cordialité, de pieté ; ne leur sera il pas aysé de reduire madame de C. et madame de L. a quelque parti dans lequel vous puissies avoir une sainte suffisance ? Sont elles des tigres, pour ne se laisser pas sagement ramener a la rayson ? N'aves vous pas la M. N., en la prudence duquel tout ce que vous estes et tout ce que vous pretendes serait tres bien asseuré ? N'aves vous pas M. N. , qui vous fera bien cette charité de vous assister en cette voye chrestienne et paysible ? Et le bon Pere [Binet ] ne prendra il pas playsir a servir Dieu en vostre affaire, qui regarde a peu pres quasi le salut de vostre ame, et du moins tout a fait vostre advancement ën la perfection ? Et puis, madame de Chantal ne doit elle pas estre creuë ? car elle est voirement, certes, je ne dis pas ires bien bonne, mais elle est encor asses prudente pour vous bien conseiller en ceci.
Que de duplicités, que d'artifices, que de paroles seculieres, et peut estre que de mensonges, que de petites injustices, et douces, et bien couvertes, et imperceptibles calomnies, ou du moins des demi calomnies, employe-on en ce tracas de proces et de procedures ! Dires vous point que vous vous voules marier, pour scandalizer tout un monde par un mensonge evident, si vous n'aves un precepteur continuel qui vous souffle a l'oreille la pureté de la sincerité ? Ne dires vous point que vous voules vivre au monde et estre entretenue selon vostre naissance, que vous aves besoin de cecy et de cela ? Et que sera ce de toute cette formiliere de pensees et imaginations que ces poursuittes produiront en vostre esprit ? Laisses, laisses aux mondains leur monde : qu'aves vous besoin de ce qui est requis pour y passer ? Deux mille escus, et moins encor, suffiront tres abondamment pour une fille qui ayme Nostre Seigneur crucifié. Cent et cinquante escus de pension, ou deux cens, sont des richesses pour une fille qui croit en l'article de la pauvreté evangelique.
Mays si je n'estois pas Religieuse de clausure, ains seulement associee a quelque Monastere, je n'aurois pas dequoy me faire appeller Madame sinon par une ou deux servantes. - Et comment ? Aves vous jamais veu que Nostre Dame en eust tant ? Que vous importe il que l'on sache que vous estes de bonne mayson selon le monde, pourveu que vous soyes de la mayson de Dieu ? – Oh ! mais, je voudrois fonder quelque mayson de pieté, ou du moins faire des grandes assistences a une Mayson ; car estant infirme de cors, cela me feroit plus gayement supporter. - Da, il est vray, ma tres chere Fille, je le sçavois bien que vostre pieté faysoit planche a l'amour propre, tant elle est piteusement humaine. Certes, en somme, nous n'aymons pas les croix, si elles ne sont d'or, emperlees et esmaillees. C'est une riche, quoy que tres devote et admirablement spirituelle abjection que d'estre regardee dans une Congregation comme fondatrice, ou du moins comme grande bienfaitrice. Lucifer se fust contenté de demeurer au Ciel a cette condition-la. Mais de vivre d'aumosne comme Nostre Seigneur, de prendre la charité d'autruy en nos maladies, nous qui d'extraction et de courage sommes cecy et cela, cela certes est bien fascheux et difficile. Il est vray, il est difficile a l'homme, mais non pas au Filz de Dieu (Mt 19,26), qui le fera en vous.
Mais n'est ce pas une bonne chose d'avoir le sien pour l'employer a son gré au service de Dieu ? - Le mot a son gré fait l'esclaircissement de nostre differend. - Mais je dis, a vostre gré, mon Pere ; car je suis tous-jours vostre fille, Dieu l'ayant ainsy voulu. - Or sus, mon gré donq est que vous vous contenties de ce que M. [Vincent] et madame de Chantal aviseront, et que le reste vous le laissies pour l'amour de Dieu, et l'edification du prochain, et la paix des ames de mesdames vos seurs, et que vous le consacries ainsy a la dilection du prochain et a la gloire de l'esprit chrestien. O mon Dieu, que de benedictions, que de graces, que de richesses spirituelles pour vostre ame, ma tres chere Fille, si vous faites ainsy ! Vous abonderes et surabonderes ; Dieu benira vostre peu, et il vous contentera. Non, non, il n'est pas difficile a Dieu de faire autant avec cinq pains d'orge (Mt 14,19), comme Salomon avec tant de cuisiniers et de pourvoyeurs.
Demeures en paix. Je suis tres invariablement Vostre vray serviteur et Pere, FRANçs, E. de Geneve.
MDCCLXXXVIII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS On ne peut avoir les mérites du Calvaire avec les consolations du Thabor. - Aversion de l'Evêque de Genève pour les procès. - L'exemple de Jésus-Christ. – " Corniches dorees pour une image de papier. " - Unité en Dieu.
Annecy, commencement de mai 1621 .
Ma tres chere Mere,
…………………………………………………………………………………………….
Voyla que j'escris a ma tres chere fille , selon mon veritable sentiment. C'est la verité : on parle perpetuellement d'estre enfant de l'Evangile, et personne presque n'en a les maximes entierement en l'estime qu'il faut. Nous avons trop de pretentions et de desseins, nous voulons trop de choses : nous voulons avoir les merites du Calvaire et les consolations de Thabor tout ensemble, avoir les faveurs de Dieu et les faveurs du monde. Playder ! o vrayement, je ne le veux nullement. A celuy qui te veut oster ta robe, donne luy encor ta tunique (Mt 5,40 ; Lc 6,29). Que pense elle ? Quatre vies des siennes ne suffiroyent pas pour terminer son affaire par voye de justice. Qu'elle meure de faim et de soif!
De justice, car bienheureuse sera elle (M5 5,6).
Est il possible que ses seurs ne lui veuillent rien donner ? Mais si cela est, est il possible que les enfans de Dieu veuillent avoir tout ce qui leur appartient, leur Pere Jesus Christ n'ayant rien voulu avoir de ce monde qui luy appartient ? O mon Dieu, que je luy souhaite de biens, mais sur tout la suavité et la paix du Saint Esprit, et le repos qu'elle doit avoir en mes sentimens pour elle ; car je puis dire que je sçay qu'ilz sont selon Dieu, et non seulement cela, mais qu'ilz sont de Dieu. Qu'est il besoin de tant d'affaires pour une vie si passagere, et de faire des corniches dorees pour une image de papier ? Je luy dis paternellement mon sentiment, car je l'ayme, certes, incroyablement ; mais je le dis devant Nostre Seigneur, qui sçait que je ne mens point (2 Co 11,31 ; Ga 1,20).
………………………………………………………………………………………..
Que vous diray je plus ? Rien autre, ma tres chere Mere, sinon que je cheris incomparablement vostre cœur, et comme le mien propre, si mien et tien se doit dire entre nous, ou Dieu a establi une tres invariable et indissoluble unité, dont il soit eternellement beni. Amen.
1621.
MDCCLXXXIX A M. JEAN DE CHATILLON (L5, note 108) Compassion et approbation. - Ce qu'il faut faire de quatre cents florins.- Annonce d'un voyage.
Annecy, 10 mai 1621.
Monsieur, Je suis marri dequoy nous n'avons pas eu le bien de vous voir au Sinode , mais sur tout dequoy ça esté pour estre indisposé de santé. Vous aves extremement bien procedé en l'affaire de Suzanne et de monsieur de Vallon , et vous ne sçauries faire que bien a mon gré, puisque vous aves et le zele et la capacité. Je vous prie d'assister M. le Curé de Vuallier pour le retirement des 400 florins, desquelz on en donnera 150 a M. Sonnerat , et a chacun des trois curés qui ont servi a Draillans , 50 ; les autres cent demeureront es mains dudit sieur curé de Vuallier, a conte des despens supportés et de ceux qu'il faudra encor supporter au premier jour. Vous sçaures que dans peu de jours j'iray par dela avec deux des seigneurs de la Chambre des Comptes de Savoye, par ordre de Son Altesse et de Monseigneur le Prince . A tant, je demeure, Monsieur, Vostre plus humble et tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.
x may 1621, Annessi.
A Monsieur de Chatillon,
Plebain de Thonon et docteur en Theologie.
D'après une copie conservée à la Visitation d'Annecy.
MDCCXC A LA COMTESSE DE DALET " Rien d'estimable en comparayson d'une ame continente, " - Nulle obligation de justice pour Mme de Dalet de soutenir sa maison paternelle ; en quels cas elle doit ou ne doit pas le faire, - La " separation des sejours " souvent nécessaire à l'union des cœurs. - Une parole qui a ravi le Saint.
Annecy, 11 mai 1621.
Madame.
C'est en la presence de Dieu que je vous dois particulierement escrire cette lettre, puisque c'est pour vous dire ce que vous deves faire pour sa plus grande gloire es choses que vous m'aves marquees.
Apres donq avoir invoqué son Saint Esprit, je vous dis que je ne voy nulle juste occasion en tout ce que vous me dites et que madame vostre mere me dit, pour laquelle vous devies violer le vœu que vous aves fait de vostre chasteté a Dieu ; car la conservation des maysons n'est pas considerable sinon pour les princes, quand leur posterité est requise pour le bien publiq. Et si vous esties princesse, ou celuy qui vous souhaite prince, puisque vous aves des enfans de vostre premier mari l'on vous devroit dire : Contentes vous de la posterité que vous aves ; et a luy : Faites de la posterité d'une autre princesse. En somme, le Saint Esprit a fait dire clairement qu'il n'y a rien d'estimable en comparayson d'une ame continente (Eccli 26,20).
Demeurés donq la, puisque Dieu vous a inspiré de le vouloir et vous donne la grace de le pouvoir. Ce grand Dieu benira vostre vœu, vostre ame et vostre cors, consacrés a son nom.
2. Il est tout vray que vous n'estes nullement obligee par droit de justice d'assister de vos moyens la mayson de monsieur vostre pere , puisque vos moyens et ceux de vos enfans, par l'ordre establi en la republique, sont separés et independans de la mayson de monsieur vostre pere, et qu'il n'est point en necessité effective ; et d'autant plus qu'en effect vous n'aves rien receu de vostre dot, promis seulement, et non payé.
3. Au contraire, s'il est veritable que vous ruineries vos enfans et ce qui est a eux, et que vous vous ruineries vous mesme si vous vous chargies des affaires de vostre mayson paternelle, sans pour cela l'empescher de se ruiner, vous estes obligee, du moins par charité, de ne le faire pas ; car a quel propos ruiner une mayson pour en laisser encor ruiner une autre, et donner des remedes contre un mal irremediable, aux despens de vos enfans ? Si donq vous sçaves que vostre secours sera inutile au soulagement de monsieur vostre pere, vous estes obligee de ne l'y point employer au prejudice des affaires de vos enfans.
4. Mais, Madame, si vous pouves l'ayder sans endommager notablement vos enfans, comme il semble apparemment que vous le puissies faire, puisque vous estes unique et que tout ce que vous pourres empescher d'estre vendu demeurera en fin a vos enfans, monsieur vostre pere et madame vostre mere ne pouvant avoir d'autres heritiers, il m'est advis que vous le deves faire ; car ce ne sera qu'abandonner vos moyens d'une main et les reprendre de l'autre.
5. Et quand mesme vous incommoderies vos affaires pour contenter madame vostre mere, pourveu que ce ne fut pas avec trop de perte de vos enfans, encor me sembleroit il que vous le devries faire, pour le respect et l'amour que vous estes obligee de luy porter.
6. Et quant au reste, je pense qu'il seroit plus a propos, pour vostre repos et pour la suite de l'eslection que vous aves faite d'une perpetuelle pureté, que vous demeurassies a part en vostre petit train, a la charge que vous vissies souvent madame vostre mere, laquelle, si j'entens bien sa lettre, ne seroit point marrie que mesme vous fussies Religieuse, pourveu que vous luy communiquassies vos moyens pour la retenir en possession des biens de la mayson. Et veritablement, ne vous voulant pas ranger a un second mariage, ni ne pouvant pas seconder le courage que je voy en cette dame a tenir grand train et portes ouvertes a toutes sortes d'honnestes conversations, je ne voy comme ce ne seroit pas plus a propos que vous demeurassies a part, n'y ayant rien d'esgal a la separation des sejours pour conserver l'union des cœurs entre ceux qui sont de contraires, quoy que bonnes humeurs et pretentions.
Voyla mon opinion, Madame, sur la connoissance que j'ay de l'estat de vos affaires. Oh ! s'il eust pleu a Dieu que je vous eusse veuë a Lyon, que de consolation pour moy, et combien plus certainement et plus clairement j'eusse peu vous expliquer mon sentiment ! Mais puisque cela n'a pas esté, je m'attendray a recevoir vos repliques, s'il vous semble que j'aye manqué a comprendre le fait que vous m'aves proposé, et je m'essayeray a reparer les manquemens. Et je vous supplie, Madame, de ne point vous mettre en aucune consideration qui vous puisse oster la liberté de m'escrire, puisque je suis et seray desormais tout a fait et sans reserve vostre tres humble et tres affectionné serviteur, qui vous souhaitte le comble des graces de Nostre Seigneur, et sur tout un progres continuel en la tressainte douceur de charité et la sacree humilité de la tres aymable simplicité chrestienne ; ne me pouvant empescher de vous dire que j'ay treuvé parfaitement douce la parole que vous mettes en vostre lettre, disant que vostre mayson est des communes et rien plus ; car cela est cherissable en un aage ou les enfans du siecle font de si gros broüa de leurs maysons, de leurs noms et de leurs extractions.
Vives tous-jours ainsy, ma tres chere Fille, et ne vous glorifies qu'en la Croix de Nostre Seigneur, par laquelle le monde vous est crucifié, et vous au monde (Ga 6,14). Amen.
Je me dis de rechef, de tout mon cœur, Vostre serviteur tres humble, FRANçs, E. de Geneve.
Le 11 may 1621.
MDCCXCI AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er (L1, note 175) Nombreuse famille en détresse par suite de la longueur d'un procès. - Le Duc est supplié d'y mettre ordre.
Annecy, 13 mai 1621.
Monseigneur,
La multitude des enfans, et notamment de filles, qui sont en la mayson de Bressieu Roüer , est veritablement digne d'extreme compassion. Or, ilz ont une praetention en Piemont, laquelle ilz sollicitent il y a long tems et ne peuvent en voir l'issüe ; qui retient toute cette famille en langueur . Et par ce qu'ilz ont desiré mon intercession aupres de Vostre Altesse, affin qu'il luy playse d'ordonner au Magistrat de leur faire bonne et brieve justice, je la supplie en toute humilité, Monseigneur, de leur departir cette si juste et charitable faveur qu'elle ne refuse a personne et que, plus que nul autre, je me prometz de la veritable bonté et equité de Vostre Altesse Serenissime, delaquelle j'ay lhonneur d'estre, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le XIII may 1621.
Revu sur l'Autographe conserve à Turin, Archives de l'Etat. MDCCXCII AU MêME Voyage à Thonon sur l'ordre du prince.
Annecy, 14 mai 1621.
Monseigneur,
Ayant receu le commandement de Vostre Altesse pour m'acheminer a la Sainte Mayson, je ne manqueray pas de me rendre a Thonon au premier jour , et de luy rendre compte de tout ce que j'y auray fait et treuvé, puisque je suis, de Vostre Altesse Serenissime, Monseigneur, Tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XIIII may 1621, Annessi.
Revu sur l'Autographe conserve à Turin, Biblioteca Civica.
MDCCXCIII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Un saint projet en voie d'exécution. - Liste des abbayes du diocèse de Genève et de leurs titulaires.
Annecy, 14 mai 1621.
Monseigneur,
Je feray au plus tost le voyage de Thonon, selon le commandement de Vostre Altesse, ne me pouvant empescher de me res-jouir avec elle du commencement qu'elle donne a l'execution du saint projet qu'elle fit estant en cette ville, pour la reformation des Monasteres et le bien publiq de l'Eglise en cette province ; ne doutant point que, comme c'est un tres grand service de Dieu, aussi sa divine Majesté n'en recompense Vostre Altesse des tres grandes benedictions que je luy souhaite incessamment, comme estant sans fin, Monseigneur, Vostre tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XIIII may l621 Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
Bien qu'il semble qu'il n'importe pas beaucoup de sçavoir a qui les prieurés et abbayes que l'on veut unir appartiennent, puisque on ne pretend pas d'unir les portions des Abbés et Prieurs, ains seulement celles des moines, si est ce que, pour obeir a Son Altesse, je marque icy les noms des possesseurs des dittes abbayes et des prieurés :
L'abbaye d'Aux est a Monseigneur le Serenissime Prince Cardinal. Cheyseri, a R. M. Gaspard [de] Ballon, aumosnier de Madame. Tamié, a R. P. François Nicolas de Riddes, aumosnier de Son Altesse, senateur au Senat de Savoye, qui en est Abbé titulaire. Bellevaux, a M. Aymé Mermonio de Luirieu, commendataire.
Contamine, a la Sainte Mayson de Thonon.
Chindrieu, a M. Louys de Gerbaix, dit de Saunax, clerc de l'Oratoire de Lyon.
Rumilly, a R. P. F. Bernard de Graillier, titulaire.
Le prieuré du Chesne, a R. P. Robert Jacquerod de Bonnevaud, Religieux [ de] Talloire, titulaire.
Bonneguette, a la Sainte Mayson.
Saint Paul pres Evian, a M. Jean François de Blonnay, commendataire. Silingie, a M. Berard Portier, dit de Mieudri, commendataire. Vaux, a M. J acques de Losche, commendataire.
L'abbaye d'Entremont, a M. Pierre Gaspard de Roncas, commendataire. Saint Joire pres Chamberi, a la Sainte Mayson de Thonon.
L'abbaye de Six, a M. Humbert de Mouxi, commendataire.
Pellionex, a M. Claude Reydet, dit de Choysi, commendataire. Le Saint Sepulcre les Annessi, a M. Claude de Menthon de Montrottier, commendataire.
L'abbaye d'Autecombe, a M. l'Abbé de la Mente.
Les monasteres des filles appartiennent comme s'ensuit :
Sainte Claire hors ville de Chamberi, a dame de Rubod ; Bonlieu, a dame de Lucey ; Sainte Catherine les Annessi, a dame Peronne de Cirisier ; Le Betton, a dame Saint Agnes.
MDCCXCIV AU COMTE CLAUDE-JéROME DE SAINT-MAURICE (INéDITE) Recours à la courtoisie du destinataire,
Annecy, 18 mai 1621.
Monsieur, Je sçai combien vostre courtoysie est grande, et que vostre bon naturel vous fera tous-jours favoriser monsieur de Corsier, present porteur ; mars je ne puis esconduire le desir qu'il a que je vous supplie de l'avoir en recommandation pour l'affaire qui le fait aller la. Et je vous en supplie donq, et de me croire tous-jours tel que tous-jours je veux estre : c'est, Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XVIII may 1621, Annessi.
A Monsieur
Monsieur le Comte de Saint Maurice.
Revu sur l'Autographe conservé à Bologne, dans la chapelle de Sainte-Catherine. MDCCXCV AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Mme de Charmoisy désire envoyer son fils à Paris pour affaires. - Elle en sollicite l'autorisation du prince par l'intermêdiaire de l'Evêque de Genève.
Annecy, 18 mai 1621,
Monseigneur,
Non seulement la tres humble sujettion a Vostre Altesse Serenissime que la nature a imposee au sieur de Charmoysi par sa naissance, mais le soin qu'il a pleu a Vostre Altesse, par sa bonté, de tesmoigner pour luy et l'honneur de tant de faveurs qu'il en a receües (L9, note 209), obligent madame de Charmoysi, sa mere, et ses parens a ne point disposer de sa personne sinon avec la permission et l'aggreement de Vostre Altesse. C'est pourquoy, Monseigneur, laditte dame ayant quelques affaires a Paris, et estant conseillee d'y envoyer plus tost son filz que d'y aller elle mesme pour les conclure, ell'en demande les commandemens de Vostre Altesse Serenissime, sous lesquelz et elle et son filz veulent a jamais vivre en tres humble sousmission et obeissance . Et si Vostre Altesse l'a aggreable, tandis que son filz sera la, il employera les heures qui luy resteront apres ses affaires aux exercices convenables a sa condition, affin qu'a son retour il ne soit pas treuvé moins capable de l'honneur et du bonheur qu'il a d'estre tous-jours au service particulier de la personne de Vostre Altesse. Et parce que la mere et le filz m'ont choysi entre tous leurs parens pour en faire la supplication a Vostre Altesse, avec eux je la fay en toute humilité et reverence, comme estant, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, le XVIII may 1621.
A Monseigneur Monseigneur le Serme Prince de Piemont. Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Adelaïde Vu , à Carouge (Genève).
MDCCXCVI AUX CONSULS ET AUX HABITANTS DE MONTFERRAND Sur la demande des consuls, l'Evêque de Genève condescend à laisser encore à Montferraod la Mère Favre, mais sans vouloir s'engager pour toujours.
Annecy, 21 mai 1621
Messieurs,
Je respons a vostre lettre, et correspons, autant que je le puis, a vos desirs, vous asseurant que je laisseray le plus long tems que le service de Dieu me le permettra ma Seur Marie Jacqueline Favre au monastere ou, par vostre pieté, elle se treuve maintenant, et ou je suis grandement consolé qu'elle employe les graces que la divine Providence luy departira. Que si je pouvois vous dire que ce sera pour toute sa vie, je le ferois volontier pour contenter vostre zele et celuy de tant d'ames qui se consolent avec elle ; mais vous vous imagineres bien quelles occasions peuvent se presenter pour la retirer et destiner ailleurs, selon que la gloire de Celuy auquel elle est vouee le requerra. Je vous le souhaite tous-jours propice, et a toute vostre honnorable ville, Messieurs; je suis en luy, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
A Annessi, le 21 may l621.
A Messieurs les Consulz et habitans de Montferrand. MDCCXCVII A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COMMISE DE LA VISITATION DE LYON Des visiteuses qui porteront au monastère de Valence " des unguens et parfums de devotion. " - Course en Chablais. - Prétendantes pour la Visitation d'Annecy.
Annecy, vers le 21 mai 1621.
Ma tres chere Fille, J'ay tant escrit aujourd'huy, que je n'ay plus aucun moyen de vous escrire au long comme je desirerois. A moy ne tienne que la bonne Seur Marie entre en la Mayson de la Visitation de Valence toutes les fois qu'il luy plaira, et Mlle de Conches aussi , asseuré qu'elles y porteront des unguens et parfums de devotion qui seront de grande utilité pour encourager les Seurs. Entant que je puis, donq, je leur donne cette liberté. Mais veritablement, il faudra que Monseigneur de Valence ou le…. authorise ces entrees, car ce sont eux qui en auront le vray pouvoir. Je partiray la semaine qui vient pour aller a Thonon, ou je ne seray que huit ou dix jours, pendant lesquelz nous parlerons bien de vous, le bon pere et les freres et moy ; ilz se portent tous tres bien. Les [filles] qui doivent venir icy [le feront environ] le tems marqué, avant que je parte ; ce pendant elles donneront ordre a leurs affaires et a l'asseurance de leur dot . Continues a estre toute a Nostre Seigneur, ma tres chere Fille, et salues toutes nos Seurs bien cherement, je vous en prie, et M. l'Abbé de Mauzac, et M. Brun qui est tout de mes amis. Je suis tres parfaitement vostre. Amen.
…may 1621.
MDCCXCVIII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Un " desplaysir " arrivant au milieu d'un sentiment de résignation.- Première impression au réveil. - Nouvelles de la santé de François de Sales. - Il s'occupe des livres réguliers de son Institut.
Annecy, [vers la fin de mai] 1621 .
Ma tres chere Mere,
Vous verres en la lettre de ce bon Pere le desplaysir qui certes m'a un peu touché ; mais cette nouvelle m'ayant pris dans le sentiment que j'avois d'une totale resignation en la conduitte de la tressainte Providence, je n'ay rien dit en mon cœur, sinon : Ouy, Pere celeste, car tel est vostre bon playsir (Mt 11,26).
Et ce matin, a mon premier reveil, il m'est venu une si forte impression de vivre tout a fait selon l'esprit de la foy et la pointe de l'ame, que, malgré mon ame et mon cœur, je veux ce que Dieu voudra, et je veux ce qui sera de son plus grand service, sans reserve ni de consolation sensible ni de consolation spirituelle ; et je prie Dieu que jamais il ne permette que je change de resolution.
J'ay eu despuis Pasques, de perpetuelles incommodités ; mais je n'y voyois aucun remede ni aucun danger. Elles sont tout a fait passees, graces a Dieu, que je supplie de me les renvoyer quand il luy plaira. J'ay reveu les Directoires (L9, note 360.) ; je les fay copier pour vous les envoyer. Je reverray aussi les Constitutions, affin qu'avant vostre depart vous les fassies reimprimer .
Je les tiendray tous-jours courtes, reservant beaucoup de choses pour mettre au livre des Advertissemens , la briefveté estant requise en semblables affaires ; et quand on escriroit trente ans, on n'empescheroit pas qu'il ne demeurast tous-jours quelque doute pour les espritz delicatz et barguignans. Le soin des Superieurs, leur devotion et leur esprit doit suppleer a tout.
Mille tres cheres salutations a vostre chere ame, ma tres chere Mere, a laquelle Dieu m'a donné d'une maniere incomparable.
FRANçs, E. de Geneve.
MDCCXCIX A LA MèRE DE LA ROCHE SUPERIEURE DE LA VISITATION D ORLEANS (FRAGMENT INéDIT) " Un couple de filles " cher à François de Sales.
Annecy, [mai ou juin 1621 .]
…………………………………………………………………………… [Dieu soit] loüé que vous ayes la mon autre tres chere fille, la Mere Seur Marie de Jesus, qui m'a tant saintement aymé en ses plus jeunes annees et qui continue a cela. Certes, voyla un couple de filles que je salue souvent en esprit, et sur tout a la sainte Messe. …………………………………………….
Revu sur l'Autographe conservé au Carmel d'Orléans.
MDCCC AU PRINCE DE PIéM0NT, VICTOR-AMéDéE La bonté de Son Altesse, seul espoir d'un homme d'honneur chargé d'enfants.
Thonon, 1er juin 1621.
Monseigneur,
Ce porteur, le sieur de Lespine , se treuvant accablé de la recherche qui se fait par la Chambre des Comptes des restatz et deniers desquelz feu son pere estoit demeuré debiteur et obligé, sans moyen quelcomque ni esperance de pouvoir exiger lesditz restatz qui sont deuz par les communes, lesquelles ont asses a faire de fournir aux charges presentes, il recourt a l'unique remede, qui est la bonté et debonaireté de Son Altesse et a la vostre, Monseigneur, affin qu'il luy playse d'estre propice a son impuissance et le delivrer de cette recherche. Et par ce qu'il est grandement chargé d'enfans et d'aillieurs homme d'honneur, je l'accompaigne de ma tres humble supplication et recommandation aupres de Vostre Altesse Serenissime, delaquelle je suis, Monseigneur,
Tres humble, tres obeissant orateur et tres fidele serviteur,
FRANçs E. de Geneve.
A Thonon, le 1er juin 1621.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCCI A M. BARTHéLEMY FLOCARD Injustes soupçons sur de fidèles serviteurs de Henri de Nemours, dissipés. - En qui nous devons placer toute notre confiance.
Annecy, 7 juin 1621.
Monsieur,
Mille actions de graces de vos deux lettres, receues a Tonon, ou j'estois allé selon le commandement de Son Altesse et de Monseigneur le Serenissime Prince. .Monsieur Le Poivre vous dira toutes nouvelles de Paris et de cette ville, et peut estre encor comme monsieur le procureur fiscal est tout a fait a luy, et grandement estimé pour le fidele service quil a rendu et rend tous les jours a Sa Grandeur . En somme, tout se raccommode avec le tems et l'entremise des amis aupres de ce grand Prince, et je ne doute point qu'ainsy encor se remettront les affaires de tous les autres que Sa Grandeur avoit soubçonnés de ne luy estre pas si utiles serviteurs . Quelle esperance donq pour nous autres qui n'avons jamais donné le moindre sujet de soupçon, mays sur tout pour vous qui, avec tant de veritable fidelité et utilité, travailles pour son service ! Je veux esperer que vous en seres tres bien contenté et recompensé. Cependant, tout en Dieu, si mes souhaitz sont exaucés, vous vivrés auquel seul il faut colloquer toute nostre confiance, et me tiendres tous-jours de plus en plus, comme je le suis tres constamment et de tout mon cœur, Monsieur, Vostre tres humble compere et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
7 juin 1621, Annessi.
Mille remercimens du bon office fait vers M. de Saint Riran ; j'attendray ce que M. le President de Monthou m'en dira . A Monsieur Monsieur Flocard,
Conseiller et Collateral au Conseil de Genevois.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mllee Helène de Thiollaz, au château de Monpont (Alby).
MDCCCII A MADAME RIVOLAT Condoléances et consolations à une veuve affligée et souffrante.
11 juin [1615-1621 ]
Vous sachant vefve, ma chere Fille, je compatis a la douleur que vous aurés sentie en la separation que vous aves souffert, et vous exhorte neanmoins de ne point vous laisser emporter a la tristesse ; car la grace que Dieu vous a faite de le vouloir servir, vous oblige a vous consoler en luy ; et les filles de l'amour de Dieu ont tant de confiance en sa Bonté, que jamais elles ne se desolent, ayant un refuge auquel elles treuvent tout contentement. Qui a rencontré cette source d'eau vive ne peut longuement demeurer alteré des passions de cette vie miserable (Jn 4,10). Je sçai que vous estes malade; mais, ma chere Fille, a mesure que vostre maladie redouble, vous deves redoubler vostre courage, en esperance que Celuy qui, pour monstrer son amour envers nous, a choysi la mort de la croix (Ph 2,8), vous tirera de plus en plus a son amour et a sa gloire par la croix et tribulation quil vous envoye. Ce pendant, je prieray Nostre Seigneur pour vous et vostre trespassé, et desire que vous me recommandies aussi souvent a la divine misericorde. Je suis en luy Vostre humble, affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Xl juin.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Gaudin, à Pernes (Vaucluse).
MDCCCIII AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Comment faire fleurir la Sainte-Maison de Thonon. - Envoi d'un Mémoire.
Annecy, 12 juin 1621.
Monseigneur,
Ayant visité la Sainte Mayson de Nostre Dame de Compassion, Ell' en recevra la relation, qui est toute la mesme que celle de messieurs de la Chambre des Comptes , et verra, s'il luy plait, les necessités qu'il y a d'y faire des establissemens permanens pour la faire fleurir selon la tres pieuse intention de Vostre Altesse qui l'a fondee . Dequoy escrivant un Memoire a part , dans le paquet que j'addresse a Monseigneur le Serenissime Prince pour moins importuner Vostre Altesse, il ne me reste que de continuer mes supplications a Dieu, qu'il face de plus en plus abonder Vostre Altesse en ses saintes benedictions ; qui suis a jamais et invariablement, Monseigneur, Vostre tres humble, tres-obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
XIl juin 1621, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCCIV AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE L'Evêque de Genève adresse au prince le compte-rendu de sa visite à la Sainte-Maison et quelques avis pour " remedier aux manquemens " qu'il y a trouvés. - Prière de poursuivre la réforme du clergé régulier et séculier.
Annecy, 12 juin 1621.
Monseigneur,
Vostre Altesse verra par le resultat ci joint ce qui a esté treuvé bon par les sieurs de Lescheraine et Bertier et moy touchant l'estat present de la Sainte Mayson de Thonon, en la visite que, par le commandement de Son Altesse et de la Vostre, Monseigneur, j'y ay faite ces jours passés. Mays les moyens de remedier aux manquemens qui y sont, je les ay mis a part en un feüillet que je joins a cette lettre, laquelle je finis suppliant tres humblement Vostre Altesse de ne se point lasser en la poursuite et resolution que Dieu luy a inspiree de faire au plustost reformer l'estat ecclesiastique, tant regulier que seculier, de la province de deça, estant chose tres asseuree que Dieu contreschangera ce soin de Vostre Altesse de mille et mille benedictions que luy souhaitte incessamment, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.
Annessi, 12 juin l621.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
ADVIS PARTICULIER POUR LES NECESSITéS PRESENTES DE LA SAINTE MAYSON
DE NOSTRE DAME DE COMPASSION FONDEE PAR SON ALTESSE A THONON
Les huit prestres de la Congregation qui font le service en l'eglise de Nostre Dame et portent la charge des ames vivent veritablement en bons ecclesiastiques seculiers, sans scandale, et celebrent les saintes Messes journalieres qui ont esté establies. Mays premierement : l'eglise n'est pas entretenüe proprement, ni assortie des meubles convenables, par ce que lesditz prestres tirans un chacun son gage a part, il ny a pas dequoy fournir aux necessités communes, lesquelles ensuite sont negligees. Secondement, l'Office des Heures canoniales n'y est pas fait avec la bienseance et devotion exterieure qu'il seroit requis, lesditz ecclesiastiques n'estans pas duitz et nourris a cela, ains seulement assemblés sous la condition des gages. Tiercement, les maysons sont en mauvais estat, par ce que ladite Congregation n'en a point de soin, et ce, dautant que tout le revenu d'icelle s'employe a l'entretenement des personnes et payement des gages ; de sorte que l'argent de Son Altesse manquant, il ny a pas ou prendre les commodités requises aux reparations. Quartement, le revenu de laditte Congregation n'est pas bien ramassé, parce que chascun y estant a gage particulier, nul ne fait le mesnage commun, ains donnent tout le bien a cense, et l'admodiateur gaigne une grande partie, de laquelle, par consequent, la Congregation est privee.
L'unique remede a ces inconveniens seroit de composer cette Congregation, non de prestres a gages, mais de vrays prestres de l'Oratoire, ainsy que la Bulle fondamentale de la Sainte Mayson porte ; puisque mesmement il y en a en France qui, pour la communion du langage, pourront faire convenablement la charge des ames, et qu'il y en a qui sont sujetz de Son Altesse, et que tous demeurent entierement sous-mis a la jurisdiction des Evesques, en sorte que l'Evesque de Geneve, qui sera tous-jours dependant de Son Altesse, aura l'authorité de les contenir, sans qu'il soit necessaire de recourir hors de l'Estat. Et ainsy, le revenu que possedent a present les ecclesiastiques seculiers de Nostre Dame n'estant point employé en gages particuliers, ains estant mis tout en commun, il y aura dequoy faire une Congregation de beaucoup davantage de Peres, qui, mesnageant par leurs freres les biens, auront dequoy entretenir les meubles de l'eglise, les Offices et ce qui dependra d'eux, en une grande reverence et politesse : et cette partie de la Sainte Mayson, qui est la fondamentale, et laquelle paroist le moins, paroistra indubitablement le plus et edifiera infiniment. Et dautant que les prestres qui y sont maintenant sont gens de bien, on pourra leur prouvoir d'entretenement convenable leur vie durant, estans presque tous vieux, cependant que l'on introduira les Peres de l'Oratoire petit a petit, par les moyens qui seront advisés.
Il y a encor un defaut notable en la Sainte Mayson, car il ny a point de refuge pour les convertis, qui neanmoins y doit estre selon la premiere intention pour laquelle fut erigee cett'œuvre; de sorte que mesme le sieur de Corsier , converti auquel on avoit assigné entretien, n'en a nulle sorte de commodité, et mourroit de faim si d'autres gens que ceux de la Sainte Mayson ne s'incommodoyent pour luy. Et neanmoins, il est gentilhomme de bon lieu et duquel la parentee a beaucoup souffert pour le service de Son Altesse ; il est tres homme de bien et bon ecclesiastique, mais non pas propre pour la charge des ames. Et de plus, il se convertit de tems en tems des honnestes hommes, comme de nouveau le sieur de Prez, sujet de Son Altesse et homme de grande capacité, qui demeure tout a fait sans secours de ce costé la .
Or, a cela il ny a point de remede, sinon en faysant bien revenir les deniers de la fondation de Son Altesse, et ordonner que l'on face un establissement particulier pour ce membre de la Sainte Mayson.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MDCCCV AU MêME Cisterciennes et Clarisses qui désirent une réforme. - Mesure à prendre pour l'établissement des Chartreux à Ripaille. - Les scandales de l'abbaye d'Aulps.
Annecy, 12 juin 1621.
Monseigneur, Puysque j'ay occasion d'escrire a Vostre Altesse Serenissime, je la supplie tres humblement d'avoir aggreable que je luy represente l'extreme besoin qu'ont les Religieuses de Cisteaux de deça les mons, et celles de Sainte Claire hors la ville de Chamberi (note 157)
(sujettes au General des Conventuelz surnommés, de deça, de la Grand'manche , d'estre ou reformees ou changees selon le projet ci devant envoyé a Vostre Altesse; et cela est dautant plus desirable que la plus part des Religieuses mesme le desirent et souspirent apres ce bien.
J'adjousteray de plus, Monseigneur, qu'il seroit requis, pour l'establissement des PP. Chartreux a Ripaille (L6, note 432) et en l'abbaye d'Aux , que Vostre Altesse commandast et fit commander par leur General au P. D. Laurens de Saint Sixt, leur Procureur en Savoye (L8, note 407), de se rendre aupres d'elle pour terminer ce projet ainsy qu'il est requis ; car, Monseigneur, de reformer ces Religieux d'Aux qui y sont maintenant, il est impossible. Monsieur l'Abbé de Tamié a fait ce qu'il a peu pour cela, et monsieur le President de Lescheraine ayant esté la cette semaine, au retour de Tonon, y a treuvé un si extreme scandale qu'il ne sçait plus qu'en dire. Et par aventure, Monseigneur, qu'il seroit a propos que Vostre Altesse ou Monseigneur le Prince Cardinal appellast ledit sieur President pour ouïr plus de particularités sur ce sujet et sur celuy de la Sainte Mayson que les escritz n'en peuvent declarer ; ce que je dis dautant plus volontier, que j'ay reconneu audit sieur de Lescheraine une grande suffisance d'esprit et beaucoup de bon zele .
Dieu, par sa bonté, face de plus en plus prosperer Vostre Altesse, delaquelle je suis tout a fait, Monseigneur, Tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.