Lettres (page 45)

François de Sales · Lettres

Texte français, domaine public · Source : jesusmarie.free.fr — Lettres, tomes 1 à 11 (édition d'Annecy) · 55 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

MDCCCV bis (lettre MMXLV du volume XXI reclassée)

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL ler (L1, note 175) (INéDITE) Recommandation en faveur d'un nouveau converti, fils d'un hérétique obstiné. - Eloge de son courage dans les durs assauts qu'il a dû soutenir pour la foi. - Pourquoi le gentilhomme, réduit à la pauvreté, ne peut profiter des libéralités assignées par le Duc à la Sainte-Maison de Thonon. - Le marquis de Lullin le présentera à Son Altesse.

Annecy, 17 juin 1621.

Monseigneur, Me resouvenant avec extreme consolation du grand zele que Vostre Altesse tesmoigna a la conversion des huguenotz a Thonon, il y a 25 ans , et sur tout du soin qu'elle prit pour le sieur Depréz, l'un des plus obstinés d'entre eux et qui, par son malheur, ne sceut pas faire son proffit de la debonaireté de son Prince souverain , je prens une sainte confiance en la pieté de Vostre Altesse, Monseigneur, pour la supplier qu'en lieu du pere il luy playse recevoir le filz, qui, ayant tres bien estudié es loix et se treuvant fort estimé parmi les heretiques, apres avoir meurement examiné les raysons catholiques, avec un courage que Dieu seul peut donner, a la veüe de son pere et de tous ceux de ce malheureux parti, et, s'il se peut dire ainsy, les foulant saintement aux pieds, fit la profession publique de la foy catholique il y a justement un moys ; et apres avoir soustenu une rude batterie de convices, injures, reproches et calomnies, qui sont les armes des hœretiques, en fin s'est retiré, comme au port, dans les Estatz de Vostre Altesse delaquelle il est nay sujet et vassal, dont il s'estime fort heureux. Mays comm' il a quitté son pere pour Dieu, il a quant et quant quitté tous les moyens de sa mayson; et si ceux que Vostre Altesse donne a la Sainte Mayson de Nostre Dame de Compassion de Tonon pour le refuge des convertis estoyent effectivement receuz selon son intention , j'eusse procuré qu'il en eut eü sa part; mays cela n'estant pas, je supplie tres humblement Vostre Altesse de le gratifier de sa providence paternelle, affin que par sa liberalité, ou par l'employ de la personne d'iceluy, il puisse subsister. Et puisque monsieur le Marquis de Lulin , qui l'a recueilly fort charitablement, le presentera a Vostre Altesse, je ne m'estendray pas davantage en cette supplication, sachant combien Vostre Altesse prend de playsir a bien faire.

Ainsy Dieu la face de plus en plus prosperer, et je suis invariablement, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XVII juin 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la comtesse Vassallo Perron, à Turin.

MDCCCVI A UN CARDINAL (INéDITE - EN ITALIEN) Demande d'une dispense pour un jeune clerc nommé à un bénéfice.

Annecy, 22 juin 1621.

Illustrissime, Révérendissime et très vénéré Seigneur, La chapellenie de Notre-Dame de Consolation érigée dans la paroisse de Menthon étant vacante , Barthélemy Flocard en a été pourvu sur les instances de la famille des fondateurs à laquelle il appartient, et surtout parce qu'il est pauvre et manque d'autres moyens de subsistance. Mais comme il n'a pas l'âge pour être prêtre dans le courant de l'année, la dispense Apostolique lui est nécessaire ; on l'espère en faveur des fondateurs ses prédécesseurs dont ce Barthélemy est issu. Je viens donc supplier humblement Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime de daigner le favoriser et faire cette charité, d'autant plus qu'il est de bonnes mœurs et de bon esprit . Vous baisant très humblement les mains, je souhaite que Notre Seigneur vous donne tout vrai bonheur, et suis, De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, Le très humble et très dévoué serviteur, FRANçOIS, Evêque de Genève.

Annecy, le 22 juin 1621

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Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz, au château de Monpont (Alby).

MDCCCVII A MADAME DE CHAMOUSSET Commune affliction en la perte du baron de Villette. - A Dieu de guérir les cœurs. - Pourquoi nous est donnée la vie en ce monde.

Annecy, 24 juillet 1621.

Mon cœur ayme trop le vostre, Madame ma tres chere Cousine, ma Fille, pour ne voir pas et ne sentir pas sa douleur en cette si recente et veritablement grande perte que nous venons tous de faire . Mais, ma tres chere Fille, de mettre la main a vostre cœur et d'entreprendre de le guerir, il ne m'appartient pas, et sur tout le mien estant certes des plus affligés de toute nostre parentee, comme celuy qui cherissoit passionnement ce cher oncle, qui m'honnoroit reciproquement, avec beaucoup d'affection, de sa digne et aymable bienveuillance, Je prie donq Dieu, ma chere Cousine, qu'il vous soulage luy mesme de sa sainte consolation, et qu'il vous face ramentevoir, en cette occasion, de toutes les resolutions qu'il vous a jamais donnees d'acquiescer en toutes occurrences a sa tressainte volonté, et de l'estime que sa divine Majesté vous a donnee de la tressainte eternité a laquelle nous devons esperer que la chere ame de celuy de qui nous ressentons la separation est arrivee ; car, helas ! ma chere Cousine, nous n'avons de vie en ce monde que pour aller a celle de Paradis, a laquelle nous nous avançons de jour en jour, et ne sçavons pas quand ce sera le jour de nostre arrivee. Or sus, vostre pere est hors du pelerinage plein de tant de travaux ; il est arrivé au lieu de son asseurance, et s'il ne possede pas encor la vie eternelle, il en possede la certitude, et nous contribuerons nos prieres a l'acceptation de son bonheur perdurable, Ma chere Cousine, je vous escris ainsy sans art, plein de desir que vous m'aymies tous-jours, et que vous crories que je seray toute ma vie,

Vostre tres humble cousin et serviteur,

FRANçs, E, de Geneve.

Le 24 julliet 1621.

MDCCCVIII A LA MèRE DE MONTHOUX SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE NEVERS La prudence humaine bien éloignée de la pure charité. - Ce qu'il y a de naturel dans l'érection des Maisons religieuses ; ce qui doit être surnaturel. - Quel esprit le Fondateur veut voir régner dans sa Congrégation. - Le Maître et la Dame des Monastères de la Visitation.

Annecy, 24 juillet 1621.

O ma tres chere Fille, quelle pitié de considerer les effectz de la prudence humaine en ces ames dont vous m'escrives ! Le mien et tien regnent d'autant plus puissamment es choses spirituelles, qu'il semble estre un mien et tien spirituel ; et cependant il est tout a fait non seulement naturel, mais charnel. O combien tout cela est esloigné de cette pure charité, qui n'a point de jalousie ni d'emulation, et qui ne cherche point ce qui luy appartient (1 Co 13,4) ! Ma Fille, cette prudence est opposee a ce doux repos que les enfans de Dieu doivent avoir en la Providence celeste.

On diroit que l'erection des Maysons religieuses et la vocation des ames se fait par les artifices de la sagesse naturelle; et je croy, certes, que, quant aux murailles et a la charpenterie, l'artifice en peut estre naturel ; mais la vocation, l'union des ames appellees, la multiplication d'icelles, ou elle est surnaturelle, ou elle ne vaut rien tout a fait. Nous avons trop de considerations d'estat et trop de finesse mondaine en ces choses que Dieu fait par une speciale grace. Tous-jours les pauvres rejettees ont eu la benediction et la multiplication, comme Lia, Anne et les autres.

Mays, ma tres chere Fille, il faut demeurer en paix, en douceur, en humilité, en dilection non feinte (2 Co 6,6), sans se plaindre, sans remuer les levres. O si nous pouvons avoir un esprit d'une entiere dependance du soin paternel de nostre Dieu en nostre Congregation, nous verrons multiplier avec suavité les fleurs des autres jardins, et en benirons Dieu comme si c'estoit es nostres. Qu'importe il a une ame veritablement amante que le celeste Espoux soit servi par ce moyen ou par un autre ? Qui ne cherche que le contentement du Bienaymé, il est content de tout ce qui le contente. Croyes moy, le bien qui est vray bien ne craint point d'estre diminué par le surcroist d'un autre vray bien, Servons bien Dieu, et ne disons point : Que mangerons nous ? que boirons nous (Mt 6,31) ? d'ou nous viendront des Seurs ? C'est au Maistre de la mayson d'avoir cette sollicitude, et a la Dame de nos logis de les meubler ; et nos Maysons sont a Dieu et a sa sainte Mere. Dissimules avec amour toutes ces petites tricheries humaines, ma tres chere Fille ; donnes, tant que vous pourres, l'esprit d'une veritable et tres humble generosité a nos cheres Seurs, que je salue de toute mon ame.

Vous estes tous-jours plus ma tres chere fille et tout a fait bienaymee, et je suis Vostre tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 24 julliet 1621.

MDCCCIX AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE Témoignage rendu au zèle et au talent de M. de la Pesse. - Un moyen, pour le prince, de montrer son contentement à ses serviteurs et de tenir en ordre ses affaires.

Annecy, 25 juillet 1621.

Monseigneur,

J'attens de jour a autre le despart de monsieur de Varenne pour vous envoyer le certificat de l'execution fidele du vœu que Vostre Grandeur m'avoit confié pour Nostre Dame de Laurette . Mays ce pendant, monsieur de la Pesse m'ayant communiqué la prœtention qu'il a de perseverer au service qu'il a exercé ci devant en vostre Conseil de ce pays, je me sens obligé de recommander a Vostre Grandeur sa tres humble supplication, non seulement par ce qu'il est fort homme de bien, mais par ce qu'il s'est tres affectionnement employé en sa charge en un tems difficile et pour des occasions esquelles on ne pouvait pas nier qu'il ne fallut qu'il eüt du zele et du courage ; et peut on dire que sans la fermeté et la diligence de monsieur le collateral Floccard son beaufrere , et la sienne, le sieur Bonfilz, qui avoit une grande industrie et un grand support, ne fut jamais venu au compte auquel l'authorité de Son Altesse l'a reduit . Et par ce, Monseigneur, que je suys tesmoin d'une partie du soin que ledit sieur Floccard et le sieur de la Pesse ont eü pour cela, je ne fay nulle difficulté d'interceder maintenant en ce sujet, auquel il me semble que Vostre Grandeur doit tesmoigner le gré qu'elle sçait a ses serviteurs quand ilz luy ont rendu des bons services ; laissant a part que la tranquillité et l'asseurance des serviteurs anime et tient en ordre les affaires, comme les mouvemens ont accoustumé de les embarasser.

Et je supplie tres humblement Vostre Grandeur de croire que je luy propose mes sentimens avec fidelité et sincerité, n'ayant aucun interest en toute cett' affaire que celuy de son service et du repos de ceux qui y sont et s'y employe (sic) utilement. Je me promez de Vostre Grandeur cette creance, selon vostre bonté, Monseigneur, qui suys invariablement Vostre tres humble et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

xxv julliet 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Brioude.

MDCCCX AU BARON GASPARD DE CHEVRON-VILLETTE Condoléances et consolations.

Annecy, 28 juillet 1621.

Monsieur mon Cousin,

Ce porteur va de la part de M. de Cha1cedoine et du Chevalier, mes freres , comme aussi de la mienne, pour vous offrir nostre service en cette occasion de la perte que vous aves faite, laquelle, comme elle est extreme, aussi nous la ressentons vivement avec vous ; et ne laissons pas pourtant de vous prier de soulager vostre cœur de tout vostre pouvoir, en consideration de la grace que Dieu vous a faite, et a tous ceux qui ont le bien de vous appartenir, vous ayant laissé la jouissance de ce bon pere a longues annees, ne l'ayant retiré qu'a l'aage apres lequel cette vie ne pouvoit plus guere durer sans beaucoup de peines et de travaux qui accompaignent ordinairement la viellesse. Mais vous deves encor plus vous consoler dequoy ce bon pere a vescu toutes ses annees dedans l'honneur et la vertu, en l'estime publique, en l'affection de sa parentee et de tous ceux qui le connoissoyent, et en fin dequoy il est decedé dans le sein de l'Eglise et parmi les actions de la pieté : de sorte que vous aves dequoy esperer qu'il vous assistera mesme en la vie des Bienheureux. Et tandis, je vous offre de rechef mon fidele service, et a madame la Baronne de [Villette] ma cousine , qui suis de tout mon cœur, Monsieur mon Cousin, Vostre tres affectionné cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 28 julliet 1621.

MDCCCXI A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Salut et souhait au cœur de la Mère de Chantal. - Condescendances paternelles. - Le prix de la paix. – Pourquoi " il faut tenir bon dans l'enclos " des Règles. - Edification donnée par les Sœurs d'Annecy. - Hommage d'honneur et de respect à l'Archevêque de Bourges, persécuté.

Annecy, vers la fin de juillet 1621 .

Ma tres chere Mere,

Dieu qui a disposé de nos ames pour n'en faire qu'une en sa dilection, soit a jamais beni. Je salue vostre cœur qui m'est plus pretieux que le mien propre. Hé ! que je desire que nostre vie ne vive pas en nous, mais en la vie de Jesus Christ Nostre Seigneur (Ga 2,20)

! Et que puis je desirer de mieux pour nostre cœur ?

Pour la grande fille , je luy escriray au premier jour (lettre 1813), car je voy bien que nous sommes en une sayson en laquelle il faut que les peres commencent a faire leur paix. Helas ! il est pourtant vray que mon cœur n'a point de tort ; car j'escrivis innocemment et tout a fait sans fiel (lettre 1787), quoy qu'avec un peu de liberté et contre le sentiment de cette fille. La haine irreconciliable que j'ay aux proces, aux contentions et aux tracas, me fit escrire ainsy. Puisque le Reverend Pere et vous treuves bon de donner la somme que vous me marques, je l'appreuve grandement, puisque cela est plus conforme a la douceur que Nostre Seigneur enseigne a ses enfans. Je voudrois pourtant bien que cette chere fille prattiquast de son costé ce mesme enseignement, et j'espere qu'elle le fera un jour. O que la paix est une sainte marchandise qui merite d'estre achetee cherement !

Ouy, je dis qu'il faut tenir bon dans l'enclos de nos Regles et de nostre Institut, car Dieu ne l'a pas produit pour neant, ni ne l'a pas fait desirer en tant de lieux pour estre changé. L'edification que les Maysons donnent tous les jours fait foy de l'intention du Saint Esprit; car c'est merveille combien la reputation de la vie devote s'aggrandit par la communication de nos Seurs, lesquelles je voy aussi proffiter tous les jours et devenir plus affectionnees a la pureté et sainteté de vie. Je fus une heure et demie au parloir: je vis troys de nos Seurs, et je fus fort consolé de voir comme la vraye lumiere leur fait voir la verité des grandes et profondes maximes de la perfection, qui plus qui moins, mais toutes, a mon advis, avancees ; et plusieurs dames estrangeres qui les ont veuës s'en sont allees les larmes aux yeux et avec des goustz extremes.

Ma tres chere Mere, je salue vostre cœur de tout le mien, qui est tres parfaitement et irrevocablement vostre en Nostre Seigneur, nostre unique amour. Je salue toutes nos Seurs, et vous supplie de saluer tres humblement Monseigneur nostre Archevesque, que je ne puis asses dignement honnorer a mon gré despuis qu'il a esté persecuté a la façon des anciens Evesques de l'Eglise . Je voudrois bien luy pouvoir manifester le sentiment d'honneur et de respect que j'ay pour luy.

Je suis de plus en plus, ma tres chere Mere, tout uniquement vostre en Nostre Seigneur. Dieu soit beni.

FRANCs E. de Geneve.

MDCCCXII A UNE PERSONNE INCONNUE (FRAGMENT) Un portrait peu ressemblant d'une grande servante de Dieu.- La faute que regrette François de Sales, et quelle en fut la cause.

Annecy, [juin-août] 1621 .

…………………………………………………………………………….. Vous desires de voir le portrait de la tres devote madamoyselle Acarie que m'a fait avoir sa fille aisnee, Prieure des Carmelines d'Orleans . Il n'a pas tout a fait son air, mais seulement un peu, et la forme de son visage : si vous en desires un, je vous le feray faire par nostre peintre . Ce fut une grande servante de Dieu, que j'ay confessee plusieurs fois et presqu'ordinairement six mois durant, et notamment en ses maladies de ce tems la. O que je fis une grande faute de ne pas faire mon proffit de sa tres sainte conversation ! car elle m'eust tres volontier communiqué toute son ame; mays l'infini respect que je luy portais me retenoit de l'enquerir. On a imprimé sa Vie, que je receu seulement hier. Dieu veuille qu'elle soit autant exactement escrite comme je sçai qu'elle le sera veritablement, l'autheur estant un grand serviteur de Dieu (note 104). …………………………………………………………………………………..

MDCCCXIII A MADAME DES GOUFFIERS Démarche paternelle du Saint auprès d'une personne froissée des avis reçus. - Mélange d'humilité, d'affection et de fermeté. - Mieux vaut perdre une fille spirituelle que de manquer à la sincérité envers les âmes.

Annecy, 2 août 1621.

Je crains en fin, si nous demeurons ainsy sans dire mot, ma tres chere Fille, que vostre cœur n'apprenne petit a petit a me des-aymer, et certes je ne le voudrais pas, car il me semble que la chere amitié que vous aves euë pour moy n'ayant pris ni peu prendre source que de la volonté de Dieu, il ne la faut pas laisser perir ; et quant a celle que Dieu m'a donnee pour vostre ame, je la tiens tous-jours vive et imperissable en mon cœur. .

Or sus, puisque la methode de ce tems porte que c'est au Pere de commencer et recommencer l'entretien et le sacré commerce de l'affection, dites tout ce que vous voudres, ma .chere Fille, mais en effect vous aves tort. Ma lettre (lettre 1787) n'estoit certes point si amere qu'une douce fille ne l'eust addoucie ; elle estoit toute pleyne d'une paternelle confiance. Et je veux bien qu'il y eust de la rusticité: mais faut il se despiter pour cela ? Vous sçaves bien le païs ou vous m'aves pris : deves vous attendre des fruitz delicatz d'un arbre des montaignes, et encor, d'un si pauvre arbre comme moy ? Oh ! bien, ne me soyes plus que ce qu'il vous plaira ; moy, je seray tous-jours vostre, mais je dis tout a fait, et, si je ne puis autre chose, je ne cesseray point de le tesmoigner devant Dieu es saintz Sacrifices que j'offriray a sa Bonté.

O ma Fille, ma Fille, Dieu veuille faire regner l'esprit de Jesus Christ crucifié sur nostre esprit, affin que nostre esprit vive selon cet esprit souverain qui m'a rendu et me conserve eternellement vostre. Et croyes que mon cœur, placé au milieu des montaignes de neige et parmi la glace de mes propres infirmités, n'a point eu de froideur pour le cœur de ma tres chere Fille, que ce mien malheur me ravit, mays que j'ayme mieux perdre, pourveu que Dieu ne soit point courroucé, que de manquer en la sainte sincerité que j'ay voüee au service de son ame que je ne sçaurois flatter sans la trahir, ni trahir sans la perdre ; et cette perte-la seroit mon affliction, car j'ayme cette fille, comme estant Son tres humble Pere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Ce 2 aoust 1621.

MDCCCXIV A LA SOEUR LE JAY PRéTENDANTE TOURIèRE DE LA VISITATION DE PARIS Une condition de " grand proffit " en la Maison de Dieu. - Heureux changement de maîtres. - La fonction des tourières: sa noblesse et son importance.

Annecy, 2 août 1621.

Ma tres chere Fille, Je suis grandement consolé de sçavoir que vous estes arrestee plus particulierement au service de Nostre Seigneur en la Mayson de sa tressainte Mere, en une condition que j'estime de grand proffit : J'ay choisi d'estre abject, dit le Prophete (Ps 83,11), en la mayson de mon Dieu, plus que d'habiter les tabernacles des grans, qui souvent ne sont pas si pieux. Vous aves esté heureuse d'avoir jusques a present servi Dieu en la personne d'une maistresse de laquelle Dieu est le Maistre et avec laquelle vous aves eu toutes sortes de sujetz de proffiter spirituellement ; mais vous estes encor plus heureuse d'aller servir ce mesme Seigneur en la personne de celles qui, pour le mieux servir, ont quitté toutes choses. C'est un grand honneur, ma chere Fille, d'avoir en charge la conservation d'une mayson toute composee d'espouses de Nostre Seigneur ; car, qui garde les portes, les tours et les parloirs des monasteres, il garde la paix, la tranquillité et la devotion de la mayson, et de plus, peut grandement edifier ceux qui ont besoin d'aborder le monastere. Il n'y a rien de petit au service de Dieu, mais il m'est advis que cette charge du tour est de tres grande importance, et grandement utile a celles qui l'exercent avec humilité et consideration. Je vous remercie de la participation que vous m'aves donnee de vostre contentement, et vous prie de saluer mesdames de Lamoignon , et, quand vous la verres, madame de Villeneuve .

Vostre tres humble frere et serviteur en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

Ce 2 aoust 1621.

MDCCCXV A MADAME DE VILLENEUVE Peine de la destinataire sur le prochain départ de la Mère de Chantal.- Paris et les montagnes de Savoie. - Regard vers l'éternité. - Un désir de la Sœur Hélène-Angélique Lhuillier et une promesse du Fondateur. Le Saint-Esprit, lien des âmes.

Annecy, 2 août 1621.

Certes, vous estes grandement ma tres chere fille ; or, penses donq si mon cœur n'est pas touché de tendreté sur l'apprehension que vous me tesmoignes par vostre derniere, du retour de nostre tres chere Mere de Sainte Marie en ce païs . Oh ! si Dieu avoit disposé que nous fussions tous-jours ensemble, que ce seroit une chose suave ! Mais quel moyen, ma tres chere Fille ? Nos montagnes gasteroyent Paris et empescheroyent le cours de la Seine si elles y estoyent, et Paris affameroit nos vallees s'il estoit parmi ces montagnes. Un jour, ou plustost en la tressainte eternité a laquelle nous aspirons, nous serons tousjours presens les uns aux autres, si nous vivons en ce passage selon la volonté de Dieu.

Je le croy bien, ma tres chere Fille, que nostre chere Seur Helene Angelique, nostre chere fondatrice, voudroit ou retenir la sa chere Mere, ou venir icy avec elle. O que si cela estoit convenable. que volontier je desirerois de la voir un peu en ces desers ! Mays il ne faut pas seulement y penser. Une chose vous puis je dire: que cette tant chere Mere differera sa venue jusques a l'extremité, quoy qu'elle soit grandement desiree et requise icy ; mays nous nous promettons aussi que le tems estant venu, vous recevres doucement la separation de cette ame, laquelle ne sera pas une mort comme l'est la separation que l'ame fait de son cors, car le Saint Esprit, qui est la vie de nos cœurs, vous animera tous-jours de son saint amour, et vous tiendra de plus en plus unie a nous et nous a vous. Salues, je vous supplie, cherement le cœur de la tres aymee Seur Helene Angelique, qui est bien heureuse de s'estre quittee d'elle mesme pour estre tout a fait a Dieu, qui la benisse et vous aussi, Madame ma tres chere Fille.

2 aoust 1621

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du 1er Monastère de Paris, par la Mère de Chaugy, conservée à la Visitation d'Annecy.

MDCCCXVI A M. MAGNIN (INéDITE) Salutation et gratitude.

Annecy, 3 août 1621.

Monsieur, Le sire Pierre Richard (L6, note 822) allant expres a Lyon pour vous offrir son service et s'asseurer de vostre bienveuillance, je l'accompaigne volontier pour vous saluer et vous remercier de l'affection qu'il vous a pleu de me tesmoigner, particulierement des mon retour de Lyon ; vous priant de tout mon cœur de continuer, comme je persevereray toute ma vie au desir de vous rendre service, qui suis de tout mon cœur, Monsieur,

Vostre affectionné et plus humble voysin et serviteur en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

3 aoust 1621, Annessi.

[Je me réjouis ] infiniment du progres que Dieu donne aux justes [armes] du Roy . Je salue de toute mon affection monsieur de Saunax, avec esperance de luy escrire au premier jour sur les affaires qu'[il] sçait . A Monsieur

Monsieur Magnin, marchand

a Lyon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Lennick Saint-Quentin (Belgique).

MDCCCXVII A LA MèRE DE LA MARTINIèRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE VALENCE Dieu, qui donne les charges, donne en même temps son secours pour les remplir. - Humilité et vaillance. - L'importance du gouvernement d'un Monastère.

Annecy, 4 août 1621.

Je vous connois asses, ma tres chere Seur, ma Fille, pour vous cherir de tout mon cœur en la dilection de Nostre Seigneur, qui, ayant disposé de vous pour la charge en laquelle vous estes, s'est par consequent obligé soy mesme a soy mesme de vous prester sa tressainte main en toutes les occasions de vostre office, pourveu que vous correspondies de vostre part par une sainte et tres humble, mais tres courageuse confiance en sa bonté. Dieu appelle a son service les choses qui ne sont point (1 Co 1,28) comme les choses qui sont, et se sert du rien comme du beaucoup pour la gloire de son nom. Demeures en vostre propre abjection comme dans la chaire de vostre superiorité, et soyes vaillamment humble et humblement vaillante en Celuy qui fit le grand coup de sa puissance en l'humilité de sa Croix. Une fille ou femme qui est appellee au gouvernement d'un Monastere est appellee a une grande besoigne et de grande importance, sur tout quand c'est pour fonder et establir ; mais Dieu estend son bras tout puissant a mesure de l'œuvre qu'il donne. Tenes vos yeux en ce grand Sauveur, et il vous delivrera de la pusillanimité et de l'orage (Ps 54,9). Ces Seurs qui sont avec vous sont bien heureuses de servir la, par leur bon exemple et humble observance, de fondement a cet edifice spirituel . Je suis a jamais

Vostre tres humble et tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

Le 4 aoust 1621.

MDCCCXVIII A MADAME LE LOUP DE MONTFAN Le grand défaut que peut avoir l'amour, hors celui de Dieu. - " Passeport" et" excuse" de l'excès dans la tendresse des mères. - Douce réprimande.

Annecy, 4 août 1621.

Madame,

Je vous honnore, et madame vostre fille , tres parfaitement, et voudrois bien contribuer tout ce qui seroit en moy pour vostre. contentement reciproque. A elle, s'il plaist a Dieu, j'en diray mon opinion a part ; mais a vous, je le dis maintenant, me promettant que vostre bon courage le prendra en bonne part.

Madame, l'amour, quel qu'il soit, si ce n'est celuy de Dieu, peut estre trop grand, et quand il est trop grand il est dangereux. Il passionne l'ame, parce qu'estant une passion et la maistresse des passions, il agite et trouble l'esprit ; parce que c'est une perturbation, et treuvant des regles, il desregle toute l'economie de nos affections. Or ne faut il pas croire, Madame, que l'amour des meres envers les enfans ne puisse estre de mesme ; ains, il l'est d'autant plus librement qu'il semble qu'il le soit loysiblement, avec le passeport, ce semble, de l'inclination naturelle, et l'excuse de la bonté du cœur des meres.

Nous parlons asses souvent de vous, le bon Pere [Bonaventure ] et moy, et nous en parlons avec respect et dilection. Neanmoins, vous me pardonneres, s'il vous plaist ; mais quand il me raconte les eslans et presseures de vostre cœur sur la maladie de madame de [Dalet], je ne me puis tenir de dire qu'il y avoit de l'exces. Or sus, mais si vous treuves que je die trop librement ma pensee et que j'aye tort, quel moyen y auroit il de m'excuser ? Et toutefois je ne desire nullement de rien perdre de vostre bienveuillance, car je l'estime trop, et prise infiniment le cœur dont elle vient et l'esprit de son origine. Et en somme, je veux dire en un mot, que vous aves tant de puissance a mouvoir les cœurs, que le mien ayant sceu les traitz de vostre esprit, en estant tout espris, vous n'aves pas besoin d'estre aydee pour mouvoir celuy de madame de [Dalet] a tout ce qu'il vous plaira ; m'asseurant qu'apres les forces de l'Esprit de Dieu, auquel il faut que tout cede, les vostres seront en toutes occurrences les plus grandes.

Vives a Dieu, Madame, et a la tressainte Trinité, en laquelle je suis Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, jour de Saint Dominique, 1621.

MDCCCXIX A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Départ trop précipité d'un porteur. - Le Saint révise les Constitutions de son Institut. - Il faut souffrir les lenteurs des officiers de la Cour de Rome, puisqu'on s'est inopportunément mis à leur merci. - M. Rolland, démissionnaire de son canonicat pour mieux servir son Evêque. - " Deux grandes Filles qui sont un peu de l'humeur de leur Pere. " - Le retour de la Mère de Chantal et les inclinations du Fondateur. - Un archevêque sans archevêché. - Tristesse de François de Sales au sujet de Mme des Gouffiers.

Annecy, 7 août 1621.

Si celuy qui doit porter ces lettres part, comm'il dit, demain de grand matin, certes, ma pauvre tres chere Mere, il n'y a pas moyen de vous envoyer les Constitutions jusques a la semaine suivante ; car il faut que je les revoye, ayant des-ja, des le commencement, treuvé des fautes en l'escriture. Or, je les vous envoyeray ou par cette commodité, si le porteur retarde un jour de plus, ou par la fine premiere qui se presentera, laquelle sera bien tost. Or, ce sera a vous de voir si on les fera imprimer a Paris ou a Lyon .

De Rome, je n'ay encor nulles nouvelles des le despart de M. Michel . J'en attens tous les jours, mais les choses y vont avec tant de tardiveté, que si je me croyois moy mesme, je ferois ce que ceux qui y sont et qui entendent les affaires disent de nous, et particulierement de moy : Nous importunons a force de demander des choses que nous pouvons faire sans les demander ; et neanmoins, puisque nous les demandons, il faut souffrir de ne les point avoir que sous les conditions ordinaires de ceux qui les expedient. Or sus, puisque toutefois nous sommes en ce train, nous ne devons rien oublier pour obtenir, et nous n'oublierons rien, Dieu aydant. Je suis bien marry dequoy nostre fille a perdu son filz , et ne laisse pas pour cela d'esperer qu'elle portera plus heureusement ceux que Dieu luy donnera ci apres.

Quand il sera tems de vous envoyer un ecclesiastique pour vous accompaigner au retour, vous m'advertires, et je vous envoyeray ou M. Michel, ou M. Rolland qui a une affaire par dela, laquelle il pourroit peut estre bien faire en ce tems la, et vous serviroit bien au voyage pour tout le tems que vous desireries, puisqu'il n'est plus chanoine de Nostre Dame, ayant quitté cette place pour avoir plus de commodité de faire ce que je desire de luy ; mays il ne faut encor pas faire bruit de ceci .

Nous attendons le P. [D.] Juste, pour Saint Laurent, et nous sçaurons ce que l'on devra attendre du Monastere de Turin ; et en cas qu'on n'y aille pas, au moins si tost, on pourroit laisser davantage nostre grande Fille a Montferrand, ou l'employer ailleurs, sil estoit treuvé expedient. Ces deux grandes Filles de Montferrand et d'Orleans sont un peu de l'humeur de leur Pere, elles sont un peu penchantes du costé de la condescendance et complaysance au parloir ; mais il sera aysé de les moderer en bonne partie, car du tout, il ny a pas moyen. M. de Chalcedoine m'a corrigé de ce costé la, et nous vivons avec plus de regle, mays il m'eschappe tous-jours de faire quelque faute ; et bien que ce soit fort peu, neanmoins mes vielles habitudes m'estant imputees, on me compte une faute pour trois.

Ma tres chere Mere, si vous connoissies qu'il fust plus utile que vous demeurassies la encor quelque tems, quoy que mes sens y repugnent, ne laisses pas de demeurer doucement, car je me plais a gourmander cet homme exterieur ; et j'appelle l'homme exterieur mon esprit mesme, entant qu'il suit ses inclinations naturelles . Or je dis cecy pour ce que vous me dites en vostre derniere lettre.

Si tost que nous aurons des nouvelles de Dijon, je vous en advertiray, et je me doute que ce soit pour une Mayson, parce que le P. Arviset, Jesuite (note 76), me dit a Lyon que cela se traittoit encor.

J'ay releu vostre lettre, et je treuve que nostre Mgr l'Archevesque est fort bien recompensé . Dieu veuille que les habitans de Bourges le soyent aussi, et je l'espere, puisque celuy qui succede est si capable et homme de bien ; mays je ne sçai si c'est le Penitentier de Bourges ou celuy de Paris . Je vous supplie, ma chere Mere, de bien cherement saluer ce cher Archevesque qui sera tous-jours mon Archevesque, nonobstant qu'il quitte son archevesché et que j'en aye un autre a Vienne .

Je suis, ma tres chere Mere, et suis tous-jours plus entierement, plus invariablement et plus parfaitement vostre, et tous-jours plus incomparablement. Je suis de l'advis du P. Binet pour nostre seur de Gouffiez , et neanmoins je voudrois bien regaigner son cœur, car il me semble qu'elle n'en treuvera pas un qui soit plus pour elle que le mien ; et il n'est pas bon d'abandonner les amitiés que Dieu seul nous avoit donnees. Et je me souviens tous-jours que cette fille couroit un jour si vistement a la dilection de Dieu et despouillement de soy mesme, que je suis tout estonné de voir qu'elle se soit revestue derechef d'elle mesme, et si fortement. O pleust a Dieu que jamais elle ne fust partie d'icy ! Dieu eust bien treuvé d'autres moyens d'eriger la Mayson de Moulins et de Paris. Toutefois, je me reprens, et dis que Dieu a tout bien fait (Mc 7, 37) et a tout bien permis, et espere que, comme sans nous il nous avoit donné cette fille, sans nous aussi il la nous redonnera, si tel est son bon playsir. Mais de l'inviter a venir , il ne le faut pas faire, si Dieu ne nous fait expressement connoistre qu'il le veuille ; il luy faut laisser faire ce coup purement a luy, selon sa douce Providence. Helas ! je pensois escrire a ma tous-jours plus chere fille Mme de Port Royal, et il n'y a moyen, non plus que de vous envoyer les Constitutions ; ce sera au premier jour. O que j'ay le cœur affligé sur la nouvelle du trespas de M. de Termes !

Le 7 aoust 1621.

A ma tres chere Mere,

Madame de Chantal, Superieure de Ste Marie. A Paris.

Revu sur une copie conservée à la Visitation de Montelimar.

MDCCCXX A UNE DAME La bonne " affaire que de n'avoir point de proces ! " - Félicitations à la destinataire de ce qu'elle fait pour les éviter. – " Se contenter en la suffisance. " - Conseils et décisions pour la confession. - De quoi dépend surtout notre perfection. - Petites obéissances. -A quelle leçon remettre un esprit vif et subtil.

Annecy, 21 août 1621.

J'attendois tous-jours que cette bonne fille vint pour vous escrire plus confidemment, ma tres chere Fille, car je sçavois qu'elle viendroit bien tost.

J'escris a M. selon vostre desir, bien content que je suis de vous pouvoir rendre quelque petit service, mesme pour vos affaires domestiques, et sur tout puisqu'elles sont utiles au bien de vostre ame pour laquelle j'ayme tout ce qui vous appartient. O que c'est un bon affaire que de n'avoir point de proces ! Je suis marri dequoy a Chamberi on ne parle quasi que de cela, et qu'on en parle si chaudement et si passionnement ; et je suis consolé dequoy vous aves essayé d'accommoder celuy duquel vous m'escrives, et dequoy vous en parles avec le respect qui est deu a la partie, et dequoy monsieur vostre mary se rend si facile a lascher le sien pour l'assoupir.

Dieu soit loüé du contentement que vous aves de la suffisance qu'il vous a donnee ! Et continues bien a luy en rendre graces ; car c'est la vraye beatitude de cette vie temporelle et civile, de se contenter en la suffisance, parce que, qui ne se contente de cela ne se contentera jamais de rien, et, comme vostre livre (TAD 8,8) dit (puisque vous l'appelles vostre livre), a qui " ce qui suffit ne suffit pas, rien ne " luy suffira jamais. Or, aymés le donq, ce pauvre livre, ma tres chere Fille, et puisque Dieu y a mis des consolations pour vous, pries bien sa sainte Bonté qu'il vous donne le goust pour les bien savourer et les rendre utiles a vostre chere ame, pour bien se nourrir au pur amour celeste pour lequel elle fut faite.

Au reste, ma tres chere Fille, cette si grande crainte qui vous a ci devant si cruellement angoissee doit estre meshuy terminee, puisque vous aves toutes les asseurances qui se peuvent avoir en ce monde d'avoir fort entierement expié vos pechés par le saint Sacrement de Penitence. Non, il ne faut nullement revoquer en doute que les dependances de vos fautes n'ayent esté suffisamment exprimees ; car tous les theologiens sont d'accord qu'il n'est nullement besoin de dire toutes les dependances ni les acheminemens du peché. Qui dit : J'ay tué un homme, il n'est pas besoin qu'il die qu'il a tiré son espee, ni qu'il a esté cause de plusieurs desplaysirs aux parens, ni qu'il a scandalizé ceux qui l'ont veu, ni qu'il a troublé la ruë en laquelle il l'a tué ; car tout cela s'entend asses sans qu'on le die; et suffit seulement de dire qu'il a tué un homme par cholere, ou de guet a pend par vengeance, qu'il estoit homme simple ou ecclesiastique : et puis, laisser le jugement a celuy qui vous escoute. Qui dit qu'il a bruslé une mayson, il n'est pas requis qu'il die ce qui estait dedans par le menu; ains suffit de dire s'il y avait des gens dedans, ou s'il n 'y en avait point.

O ma tres chere Fille, demeures tout a fait en paix ; vos confessions ont esté bonnes jusques a l'exces. Pensés meshuy a vostre advancement a la vertu, et ne pensés plus aux pechés passés sinon pour vous humilier doucement devant Dieu et benir sa misericorde qui vous les a pardonnés par l'application des divins Sacremens. L'Introduction a la Vie devote est toute souëfve et bonne pour vous, ma tres chere Fille. Ce qui vous estonne, c'est que vous voudries estre tout a coup telle qu'elle prescrit ; et toutefois, ma tres chere Fille, cette mesme Introduction vous inculque que de composer vostre vie a ses enseignemens n'est pas la besoigne d'un jour, ains de toute nostre vie, et que nous ne nous devons nullement estonner des imperfections qui nous arrivent parmi les exercices de nostre entreprise. Ma Fille, la devotion n'est pas une piece qu'il faille avoir a force de bras : il faut voirement y travailler, mais la grande besoigne depend de la confiance en Dieu ; il y faut aller bellement, quoy que soigneusement.

Il est vray, certes, que l'obeissance vous sera fort utile ; et puisque vous desires que ce soit moy qui vous en impose les loix, en voyci quelques unes :

Premierement, une fois le jour vous vous prosterneres devant Dieu, et, levant les yeux au ciel, vous feres le signe de la Croix sur vous, adorant Dieu; et vous releveres.

2. Vous feres un acte d'humilité tous les jours, donnant la salutation du bon jour ou du bon soir a quelqu'un de vos serviteurs ou servantes, avec un acte interieur par lequel vous reconnoistres cette personne-la vostre compaigne en la redemption que Nostre Seigneur a faite pour elle.

3. Vous appelleres le plus souvent que vous pourres vostre servante ma mie.

4. Vous lires tous les jours au moins une page de quelque livre spirituel.

5. Vous ne vous confesseres jamais d'avoir violé ces petites obeissances, quand mesme vous ne les observeres point, puisqu'elles ne vous obligent ni a peché mortel ni a peché veniel ; ains seulement, de tems en tems, vous m'advertires si vous les observes. Il vous servira, si vous vous accoustumes de recommander une fois le jour mon ame avec la vostre a la misericorde de Dieu, par quelque orayson jaculatoire, comme en sortant de table : O Dieu, ayes pitié de nous et nous receves entre les bras de vostre misericorde. Ma Fille, tout ceci est menu, mais proffitable; et avec le tems nous pourrons en changer, ou adjouster. Ne vous lasses point, ma tres chere Fille ; il faut remettre vostre esprit, qui est vif et subtil, en la leçon de l'enfance. Alles ainsy tout bellement, et Dieu vous aggrandira. Escrives moy quand il vous plaira. Or sus, il faut finir, ma tres chere Fille. Dieu soit a jamais au milieu de vostre chere ame, et je suis tout a fait, de toute la mienne et d'une affection toute sincerement paternelle, Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 21 aoust 1621.

MDCCCXXI A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS L'effort de l'amour impuissant. - Repos en la Providence. - Ce que doivent faire les " enfans du travail et de la mort de nostre Sauveur. " - Contradictions au sujet de l'Office récité par les Sœurs de la Visitation. - L'avis d'un solliciteur en Cour de Rome. - Plan des monastères.

Annecy, 24 août 1621.

O mon Dieu, ma chere Mere, que j'ay esté ayse ce matin de treuver mon Dieu si grand que je ne pouvois seulement pas asses imaginer sa grandeur ! mais puisque je ne le puis magnifier ni aggrandir, je veux bien, Dieu aydant, annoncer par tout sa grandeur et immensité (Ps 70,15). Cependant, cachons doucement nostre petitesse en cette grandeur ; et, comme un petit poussin tout couvert des aisles de sa mere demeure en asseurance et tout chaudement, reposons nos cœurs sous la douce et amoureuse providence de Nostre Seigneur, et abritons nous chaudement sous sa sainte protection (Ps 16,8 ; 60,5 ; 91,1 ; Mt 23,37). J'ay bien eu d'autres bonnes pensees, mais plustost par maniere d'escoulement de cœur en l'eternité et en l'Eternel que par maniere de discours. Dieu soit loüé dequoy vous estes en vostre mayson. Les difficultés que vous aves euës d'y aller y affermiront vostre demeure, selon la methode qu'il plait a Dieu d'employer en son service .

Je juge qu'il soit a propos que vous revenies avec une bonne resignation pour retourner la quand le service de Dieu le requerra ; car il faut ainsy vivre une vie exposee au travail, puisque nous sommes enfans du travail et de la mort de nostre Sauveur. Mais vous ne vous deves point haster ; car, comme vous dites, l'hyver ne vous empeschera point vostre voyage, estant necessaire que vous arresties un peu parmi vos Filles qui sont en France .

Helas ! que je deplore affectionnement cette absolue separation que cette grande fille fait de nous pour demeurer a la mercy du monde ! Or neanmoins je n'en puis mais.

Quant a l'Office , on m'a dit qu'on y treuvoit a redire dequoy, es festes principales, on mettoit les Pseaumes de Nostre Dame avec le chapitre, les versetz et l'orayson du jour. Mon Dieu, que cette plainte est delicate ! Les Peres de l'Oratoire font bien plus ; et en Italie, plusieurs Evesques ont composé tout entierement les Offices des Saintz de leurs Eglises. Mais il n'y a remede, il faut souffrir que chacun parle a son gré ; et pour addoucir tout, tant que nous pourrons, il faudra donq dire tout a fait l'Office de Nostre Dame, et a la fin adjouster une commemoration du jour, car a cela on n'auroit rien a dire .

On a obtenu a Rome la continuation du petit Office encor pour dix ans, apres les sept escheus que l'on avoit des-ja . Mon solliciteur dit que l'on a tort de recourir a Rome pour les choses esquelles on s'en peut passer, et des Cardinaux l'ont dit aussi : car, disent ilz, il y a des choses qui n'ont point besoin d'estre authorisees parce qu'elles sont loysibles, lesquelles quand on veut authoriser sont examinees diversement ; et le Pape est bien ayse que la coustume authorise plusieurs choses qu'il ne veut pas authoriser luy mesme, a cause des consequences. Mais de cela nous en parlerons a vostre retour.

J'ay fait faire icy un beau plan de monastere que je vous envoyeray au premier jour ; et celuy qui l'a fait est tres bon maistre , et l'a fait sur les descriptions que saint Charles a fait faire des monasteres , en s'accommodant neanmoins a l'usage de la Visitation. Et je pense qu'il faudra faire, au plus pres qu'il se pourra, selon la commodité des lieux, tous les Monasteres ainsy ; et tousjours les treilles bien ferrees et les jalousies de bois esloignees des grilles ; car c'est un grand playsir de parler en asseurance es parloirs. Il faudra aussi mettre un balustre derriere la grille du chœur, en la mesme façon qu'au parloir.

J'attens .M.. Crichant , que je caresseray de tout mon cœur. Dieu vous benisse, ma tres chere Mere, et vous sanctifie de plus en plus. Je suis pour jamais, ma tres chere Mere, vostre, comme vous sçaves.

FRANçs, E. de Geneve.

Ce 24 aoust 1621.

MDCCCXXII A M. ROCH CALCAGNI (L4,note 465) Remerciements et offres de services.

Annecy, 30 août 1621.

Monsieur,

J'ay tous-jours conservé la vive affection que vos merites ont aquise sur moy des il y a long tems, et a laquelle vous m'aves obligé par les demonstrations d'amitié dont vous m'aves favorisé, particulierement au passage de monsieur Michel par vostre ville . Je vous en remercie donq bien humblement, et vous prie de croire que je conserveray constamment le desir que j'ay tous-jours protesté, de vous honnorer de tout mon cœur et madamoysel1e vostre femme , et de vous rendre toute ma vie service, si jamais je suis si heureux que d'en avoir le moyen. Au moins rendray je ce devoir a vostre bienveüillance de prier Dieu qu'il vous comble de ses cheres graces, qui suys, Monsieur, Vostre bien humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XXX aoust 1621 Annessi.

A Monsieur Monsieur Calcagne. A Playsance.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte Morandi, à Plaisance (Italie).

MDCCCXXIII A LA PRéSIDENTE DE SAUTEREAU Souvenir fidèle et reconnaissant. - Grand avantage des afflictions.

Annecy, 30 août 1621.

Madame,

Je continueray toute ma vie en l'affection que Dieu m'a fait concevoir et que les faveurs receues de vostre mayson m'obligent d'avoir, pour vous honnorer avec un'invariable et extreme dilection. Ce papier ne vous est presenté que pour vous ramentevoir cette verité, puisque la suffisance du porteur m'excuse de vous entretenir davantage, et le peu de loysir que j'ay m'empesche de le pouvoir faire. Madame, je vous regarde en esprit, et quoy que tousjours vous ayes tenu vostre cœur en Dieu, il m'est advis que maintenant il est encor plus entierement attaché a sa Bonté, n'ayant plus aucun objet avec luy, comme il n'en eut jamais sans luy, ni hors de luy. Vives ainsy, Madame, en cet estat auquel la condition de cette vie mortelle vous a reduit. Que bienheureuses sont les afflictions qui relevent et lancent nos affections en Celuy qui est le Pere de misericorde et le Dieu de toute consolation (2 Co 1,3) ! Je suis sans fin, Madame, Vostre tres humble et fort fidele serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

30 aoust 1621.

A Madame

Madame la Presidente de Sautereau.

Revu sur J'Autographe conservé à Grenoble, à la Bibliothèque de la Ville (N 739).

MDCCCXXIV AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Une œuvre de piété qu'il faut soutenir et affermir.

Annecy, .31 août 1621.

Monseigneur, Entre toutes les œuvres de pieté par lesquelles Vostre Altesse a signalé sa devotion envers la tressainte Vierge Mere de nostre Sauveur, il n'yen a peut estre point de plus illustre que celle de la fondation de la Sainte Mayson de Thonon (note 184) ; mays, pour l'affermir, il faut remedier a quelques defautz quy y sont. Et par ce que monsieur le President de Lescheraine, qui vint sur le lieu aux festes de Pentecoste de la part de Vostre Altesse , en sçait toutes les particularités, je la supplie tres humblement de l'oüir ou faire ouir sur cela, et de seconder de sa protection une si digne fondation; qui suys invariablement, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

31 aoust 1621l, Annessi.

Revu sur l'Autographe conserve à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCXXV AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Ce qu'il faudrait pour empêcher la décadence de la Sainte-Maison de Thonon. - Supplique pour l'établissement des Pères de l'Oratoire à Rumilly, et la réforme de quelques Monastères.

Annecy, 31 août 1621.

Monseigneur,

Puysque monsieur le President de Lescheraine aura l'honneur de vous faire la reverence et qu'il fut l'autre jour a Tonon pour voir, de la part de Son Altesse, l'estat de la Sainte Mayson de Nostre Dame de Compassion, je m'asseure que Vostre Altesse desirera de sçavoir toutes les particularités des defautz qu'il y aura remarqués. Et je ne doute point qu'il ne represente a Vostre Altesse, qu'entre tous les remedes par lesquelz on peut le mieux empescher la decadence de ce lieu de pieté, l'introduction des Peres de l'Oratoire seroit le plus propre, ainsy qu'estans a Tonon ensemblement nous l'avions jugé ; dont j'ay desja donné advis [à] Vostre Altesse Serenissime (lettre 1804)

laquelle je supplie tres humblement de proteger tous-jours cette Sainte Mayson, comme un œuvre de grande qualité pour la gloire de Dieu et le lustre du nom de la serenissime Mayson de Son Altesse, de la main delaquelle est sortie cette piece de devotion, affin qu'elle ne perisse pas, ou du moins qu'elle ne perde pas, faute de bon ordre, la grande reputation sous laquelle ell' a esté fondee contre l'heresie et pour l'accroissement de la sainte religion catholique.

Je supplie encor Vostre Altesse Serenissime de se resouvenir de l'establissement des Prestres de l'Oratoire en l'eglise de Rumilly, en l'occasion qui se presente maintenant, que le sieur de Saunas, sujet de Son Altesse, un jeune gentilhomme des plus sçavans theologiens de son aage, y desire contribuer sa personne des-ja vouee a cette Congregation, et son prieuré de Chindrieu (L9, note 373), et que le Curé de Rumilly, decrepite et extremement malade, est jugé a mort par les medecins qui asseurent que dans bien peu de jours il decedera .

Je supplie encor Vostre Altesse de jetter les yeux de sa bonté et de son zele sur les Monasteres de Cisteaux, de Saint Benoist et de Saint Augustin de deça les montz, ou la Regle n'est point observee, et ou elle ne peut estre restablie, ni mesme es Religions des filles ou ell'est si necessaire, sans l'execution des projetz que Vostre Altesse fit icy en cette ville , dont je luy envoyay le Memoire l'annee passee . Et faysant en toute humilité la reverence a Vostre Altesse, je demeure, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

31 aoust 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCXXVI A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (FRAGMENTS) Respect des Religieuses de la Visitation pour leurs curés.- La charitable réception des infirmes ne restera pas sans récompense.

Annecy, [août] 1621 .

Ma tres chere Mere,

……………………………………………………… Je ne croy pas que monsieur le Curé de Saint Paul vous face aucune sorte d'ennuy, puisqu'il n'y a point de Religion qui porte tant de respect aux curés que la vostre, ni qui ayt tant de convenance avec l'estat ordinaire de l'Eglise. J'ay treuvé fort bon que la Superieure puisse oster, quand bon luy semblera, les officieres, comme c'est a elle de les establir . Je suis bien ayse aussi que vous aymies les boiteuses, les bossues, les borgnes et mesme les aveugles, pourveu qu'elles veuillent estre droittes d'intention ; car elles ne laisseront pas d'etre belles et parfaites au Ciel. Et si l'on persevere a faire la charité a celles qui ont ces imperfections corporelles, Dieu en fera venir, contre la prudence humaine, une quantité de belles et aggreables, mesme selon les yeux du monde . Ma tres chere Mere, je suis tres parfaitement vostre tres affectionné serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCXXVII A MADAME AMAURY Faire toutes choses en leur temps. - Une obéissance très agréable à Dieu ; exemple de la Sainte Vierge. - Double sacrifice de " la brebis" et de " la brebiette ". - Mme Amaury tapissant l' " oratoire " de la Visitation de Paris.

Annecy, [août-septembre] 1621 .

Vostre lettre que M. Crichant m'a rendue m'est de grande consolation, ma tres chere Fille, estant ayse de voir que, comme je n'oublie point vostre cœur, il n'oublie pas nomplus le mien.

Vous aves rayson, certes, de benir Dieu sur l'inspiration qu'il donne a vostre fille, la choisissant pour le meilleur parti de cette vie mortelle . Mays, ma Fille, il faut faire toutes choses en leur tems (Eccl 3,1). Ce n'est pas certes moy qui ay praefigé l'aage auquel il faut que les filles soyent Religieuses, ains le sacré Concile de Trente (Sess 25, de Relig 15). Croyes moy, ma tres chere Fille, s'il ny a rien d'extraordinaire qui presse, demeures sousmise en paix a l'obeissance des loix ordinaires de l'Eglise. Mieux vaut l'obeissance que les victimes (1 R 15,22). C'est une sorte d'obeissance grandement aggreable a Dieu, que de ne point desirer de dispense sans grande occasion. Nostre Dame n'en demanda point pour enfanter avant le terme ordinaire, ni pour parler avec Nostre Seigneur avant l'aage auquel les enfans ont accoustumé de parler.

Marches ainsy:doucement, et tout vous reüscira a benediction, et pour vostre personne mesme. Apres l'enfant, Dieu ouvrira la porte a la mere ; et il n'est pas defendu de cuire, au sacrifice, la brebis au lait de la brebiette (Dt 14,21).

En toute occasion, je vous serviray tres affectionnement. Vous estes hors de necessité d'estre aydee en ces occasions, puisque Dieu vous a laissé le R. P. Suffren (L9, note 99) et que ces Seurs de la Visitation sont [tant obligées a votre dilection.] Et puisque vous aves monté sur l'eschelle pour tapisser leur or[atoire au jour de leur entrée en leur] nouvelle mayson, elles [doivent] beaucoup faire pour tapisser leur monastere de vos [bonnes affections et de celles de votre chère fille.]

Recommandes moy a la misericorde de Dieu et a la bonté de sa Mere.

Vostre plus humble et plus affectionné frere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Madame

Madame Amaury.

A Paris.

Revu en partie sur l'Autographe conservé à la Visitation de Meaux.

MDCCCXXVIII

A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COMMISE DE LA VISITATION DE LYON

(INéDITE) Progrès de la Sœur de Blonay en calligraphie. - Bonté paternelle du Saint. -Nouvelles de famille.

Annecy, 20 septembre 1621.

Certes, vous estes bien brave, ma tres chere Fille, de sçavoir si bien escrire ; mays pour vous rendre maistresse en ce mestier, il faut forcer vostre main, pour un tems, d'escrire ainsy a tous, et non seulement a moy qui, plus que tous peut estre, supporterois plus doucement vostre mauvaise escriture. Dieu, par sa bonté, tienne de sa sainte main madamoyselle de la Ramilliere par tout ou ell'ira , et vous console de plus en plus en son saint service. Monsieur de Blonnay vostre pere, et M. le Prieur vostre frere , souperent hier ceans, et ce porteur, qui est bien fort de mes amis , vous dira quilz se portent tres bien. A la premiere occasion je vous escriray tout amplement, car je suis tout a fait vostre. Dieu soyt a jamais nostre Tout, et a toutes nos Seurs, et a M. Brun .

Annessi, le xx septembre 1621.

A la Mere Supre de Lyon.

Revu sur l'Autographe qui, en 1896, se conservait a la Bibliothèque Royale de Turin. MDCCCXXIX A MADAME DE VILLENEUVE Un amour qui vient du "Maistre et Createur de l'amour. " - Douces plaintes " apprestees au verjus. " - Pourquoi Mme Flocard mérite d'être aimée.

Annecy, 20 septembre 1621.

Our certes, il est vray, ma tres chere Fille, j'ay tort, mais je dis tres grand tort, si je ne vous cheris d'une dilection toute particuliere. Vostre cœur, qui en a une singuliere pour le mien, merite, pour le moins, bien ce reciproque. Mays avec cela, ma tres chere Fille, le Maistre et le Createur de l'amour a fait celuy qu'il m'a donné pour vous d'une façon que, le recevant, je le doy employer de toutes mes forces. Aussi fay-je certes, ma tres chere Fille; luy mesme, l'autheur, le sçait et le void bien, et je ne doute point qu'il n'en asseure vostre esprit. Non, non, ma Fille, n'ayes pas crainte de me surprendre, j'entens tres bien vostre langage : vos plaintes ne sont pas aigres, ce sont des douceurs d'un enfant envers son pere ; si elles sont apprestees au verjus, ce n'est que pour leur donner le haut goust. Faites en seulement souvent de ces plaintes, ma tres chere Fille, affin qu'autant de foys que vous feres semblant de ne croire pas que vous estes ma tres particulierement tres chere fille, je proteste de mon costé que vous l'estes et le seres a jamais invariablement; car j'ay un extreme playsir a repeter cette verité.

O que nostre tres chere Seur Helene Angelique est bienheureuse d'estre en cette vocation avec le bon playsir de Dieu, qui luy donne la clarté et la consolation convenable et propre a graver profondement son tressaint et pur amour en son cœur.

M. Flocard qui vouloit revenir icy a cause de sa femme, avoit rayson, car sa femme est digne d'estre aymee, puisqu'elle tasche de tout son cœur de bien aymer Dieu ; et ayant sceu l'honneur que vous faites a son mari ……………….tous-jours privee de la presence de son mari qui est en Piemont des il y [a] 11 moys .

Or sus, ma tres chere Fille, je suis invariablement et tres singulierement Vostre tres humble et tres fidele serviteur.

Et vous estes ma tres chere fille en Celuy qui est nostre Tout, qui est beni es siecles des siecles.

20 septembre 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Thinault, à Poitiers.

MDCCCXXX A UNE DAME DE PARIS Quels sont les services que Dieu préfère. - Lenteur des meilleurs arbres à produire leurs fruits. - Un secret de la Providence. - Comment un Saint achève sa page.

Annecy, 20 septembre 1621.

Ce m'a esté une tres douce consolation de sçavoir des nouvelles de vostre ame, ma tres chere Fille, de vostre ame, dis je, qu'en toute verité la mienne cherit tres singulierement.

La peine que vous aves a vous mettre en l'orayson n'en diminuera point le prix devant Dieu, qui prefere les services qu'on luy rend parmi les contradictions, tant interieures qu'exterieures, a ceux que l'on luy fait entre les suavités ; puysque luy mesme, pour nous rendre aymables a son Pere eternel, nous a reconciliés a sa Majesté en son sang, en ses travaux, en sa mort (Col 1,20).

Et ne vous estonnes nullement si vous ne voyes pas encor beaucoup d'avancement, ni pour vos affaires spirituelles, ni pour les temporelles. Tous les arbres, ma tres chere Fille, ne produisent pas leurs fruitz en mesme sayson ; ains, ceux qui les jettent meilleurs demeurent aussi plus long tems a les produire, et la palme mesme cent ans, a ce qu'on dit (L9, note 173).

Dieu a caché dans le secret de sa providence la marque du tems auquel il vous veut exaucer et la façon en laquelle il vous exaucera; et peut estre vous exaucera il excellemment en ne vous exauçant pas selon vos pensees, mais selon les siennes.

Demeures ainsy en paix, ma tres chere Fille, entre les bras paternelz, du soin tres amoureux que le souverain Pere celeste a et aura de vous, puisque vous estes sienne et n'estes plus vostre ; car en cela ay je une suavité nompareille de me ramentevoir le jour auquel, prosternee devant les pieds de sa misericorde, apres vostre confession, vous luy dediastes vostre personne et vostre vie, pour, en tout et par tout, demeurer humblement et filialement sousmise a sa tressainte volonté.

Ainsy donq soit il, ma tres chere Fille; et je suis irrevocablement Vostre tres humble et obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 20 septembre 1621.

O mon Dieu, ma tres chere Fille, que cette Providence eternelle a de moyens differens de gratifier les siens ! O que c'est une grande faveur quand il conserve et reserve ses gratifications pour la vie eternelle ! J'ay dit ce mot pour achever de remplir la page. Dieu soit a jamais nostre Tout. Amen.

MDCCCXXXI A MADAME BAUDEAU Pourquoi François de Sales conseille à la destinataire de rester sous la conduite de son confesseur ordinaire. - Comment user de la direction de l'Evêque de Belley.

Annecy, 20 septembre 1621.

Dieu soit au milieu de vostre chere ame, ma tres chere Fille, pour y regner a toute œternité. Je suis consolé de la consolation que vous avés dequoy Monseigneur de Belley est vostre Prœlat, bien que ce soit avec ma perte , Je me confie en sa bonté qu'il vous verra de bon cœur es occurrences de vostre profit spirituel ; mays puisque vous me demandes mon advis, je vous diray, ma chere Fille, que c'est un personnage grandement appliqué au service de Dieu et de son Eglise, au milieu de Paris qui est un monde ou tant de gens voudront avoir part a sa charité, que vous deves faire vostre exercice ordinaire a l'Oratoire, sous la conduite de vostre Pere ordinaire, qui est, ce me semble, le P. Menan , et de troys moys en troys moys voir ce grand Praelat pour la suavité de vostre esprit. Ma tres chere Fille, je vous dis en toute verité que j'ay du contentement bien particulier a penser en vous, ayant conneu en vostre cœur une veritable inspiration de bien servir Nostre Seigneur par la sainte obeissance que vous deves a sa volonté. C'est un grand bonheur que ce soit en cet aage, en cette condition et en cette ville. Aymes moy tous-jours saintement, ma tres chere Fille, comme de tout mon cœur je vous souhaite mille et mille benedictions.

xx septembre 1621.

A Madame

Madame Baudeau, marchande gantiere.

A la Perdrix, au Pont aux Oyseaux .

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Toulouse.

MDCCCXXXII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Ce que sont pour l'Evêque de Genève les lettres et l'âme de la Mère de Chantal ; désir de la revoir en Savoie. - Les Constitutions de la Visitation et le privilège du petit Office. - Projets de fondations en Provence et dans la Val d'Aoste. - Heureuse mort de M. de Termes. - Intérêt affectueux pour la parenté de la Sainte. - Nouvelles de la Communauté d'Annecy. - Dijon va recevoir les Filles de Sainte-Marie. - Un point d'observance à insérer dans leurs Constitutions. - Accablement d'affaires. -François de Sales condescend à soigner sa santé. - Promesse de lettres.

Annecy, 21 septembre 1621.

Je viens finalement a vous, ma tres chere Mere, pour vous dire que j'ay receu trois de vos cheres lettres, et vous rens graces du soin que vous aves de m'escrire ainsy souvent ; aussi est ce la plus grande consolation que j'aye en cett' espece, car vos lettres sont, en comparaison de toutes les autres, ce que m'est vostre chere ame en parangon des autres, selon qu'il a pleu a Dieu de le faire.

Vous aves donq esté bien malade, puysque vostre cœur n'a pas peu dissimuler qu'il ne pouvoit pas donner asses de force a vostre cors pour aller a Bourges . Ayes en soin encor de ce cors, car il est a Dieu, ma tres chere Mere. Ce qui ne se peut faire aujourd'huy se fera demain, et ce qui ne se peut faire icy se fera au Ciel.

Le porteur, M. Crichant , que j'ayme grandement, vous dira en quel estat nous sommes en ce païs ; et dans quinze jours ou troys semaines nous verrons, comme j'espere, clair en nos affaires. Alhors, si je voy qu'il soit a propos, je vous envoyeray un homme pour vous accompaigner. Si moins, je vous laisseray encor la en paix, quoy qu'avec quelque sorte d'impatience de vous revoir de deça, puisque, comme vous m'escrives, l'air de Paris ne vous est pas salutaire.

Voyla les Constitutions. De sçavoir si, en les faysant reimprimer, il faudra les faire de rechef appreuver par les docteurs de Paris, c'est a l'imprimeur de le sçavoir. Je pense, quant a moy, que non, puisque mesme M. de Damas, qui a appreuvé la premiere impression, est docteur de Paris .

Il est vray qu'il ne faut plus recourir a Rome, puisque on peut eviter cet incomparable tracas qu'on y a en telles matieres. Le Pape a octroyé encor pour dix ans le petit Office ; reste de sçavoir si on fera tirer le despeche, car il coustera encor peut estre beaucoup.

Deux maysons de Congregation de Provence, qui ne sont es terres du Pape, veulent estre reduites en Monasteres de nostre Institut et en ont escrit a Grenoble affin d'y pouvoir envoyer des filles pour faire le novitiat ; si cela reuscit, ce sera par l'ordre de Rome, et cela affirmera de plus en plus l'approbation, comm' aussi un autre Monastere ancien de la Val d'Aouste, qui fera mesme supplication . En somme, si ces examinateurs et censeurs sans authorité, qui font tant de questions sur toutes choses, se peuvent donner un peu de patience, ilz verront que tout est de Dieu. Je ne pense pas qu'il faille pour encor employer vostre argent en des chandeliers ; j'en diray la rayson a M. Crichant, si je m'en resouviens tantost qu'il va partir.

M. Jantet ne part pas encor, et je reserveray a ce tems-la d'escrire a beaucoup de dames ausquelles il ne m'est pas possible de faire response maintenant. Je receu hier des lettres de Paris, mais je n'ay eu loysir encor de les voir, a cause de nos troubles qui m'entretindrent hier au soir bien tard avec M. le President, pour conferer de plusieurs choses .

O certes, il est vray, la mort de M. de Termes m'a infiniment tourmenté le cœur ; je ne puis m'empescher que je n'en sente de tems en tems des vives atteintes ; mays il est bien heureux d'estre mort si chrestiennement, et pour une si juste cause .

Je recommande a Dieu monsieur vostre filz et vostre beaufilz et monsieur vostre neveu , et tout ce a quoy vostre maternité m'oblige. J'ay grand' envie d'escrire a nostre Monseigneur l'Archevesque quand il sera dehors de Bourges ; il me semble que Dieu l'ayme bien. J'escriray a nos Seurs Anne Catherine, Jeanne Marie et Helene Angelique .

Nos Seurs d'icy sont toutes bien, et nous avons des braves et douces Novices , que j'ay confessees avec les autres pour-l'extraordinaire d'aoust, et je les treuve a mon gré. Il y a quantité de bonnes et braves postulantes, non en la mayson, car il n'y en a plus, mays parmi ce pais.

Quand je sçauray ce que je pourray faire pour ma tres chere fille de Port Royal, je le feray, mays de quel cœur ! C'est beaucoup que sa mere soit gaignee . Hier je receu une lettre de madame la Premiere de Bourgoigne , qui m'escrit que nos Seurs seront receues a Dijon pour la Saint Martin ; si cela est, voyla une nouvelle peine pour vous . Je n'ay point veu madame de Royssieux, ni ne sçai pas ou elle est, bien que par la lettre de madame la Premiere il semble qu'elle ne soit plus a Dijon .

Il semblerait bon que l'on mist es Constitutions que la Superieure puisse changer les officieres a son gré parmi l'annee, mais je n'ay pas eu le loysir de l'inserer : faites le, s'il vous plait, a l'endroit le plus convenable .

En somme, je me porte bien, mais je confesse que je suis plus accablé d'affaires que jamais. Mon diocese m'en donne a cause de quelques accidens et d'une pretention que M. Crichant vous dira.

Le bon Pere Binet ne me presse point de vous laisser ; je luy escriray par M. Jantet, et [à] madame la Marquise de Menelay qui [m'a écrit] si cordialement. Nous vivons de regle quant au manger, et je n'escris plus le soir, parce que mes yeux ne le peuvent pas porter, ni certes mon estomach. Il ne tiendra pas a moy que je ne soys longuement vieux.

J'escriray par M. Jantet a Orleans, a nostre Superieure, et a toutes nos Superieures , et a la bonne Mere des Carmelites d'Orleans et a la Sousprieure . Cette bonne Mere m'est une si parfaitement bonne fille................ des-ja il y a vingt ans.

Dieu vous conserve, Dieu vous benisse, Dieu vous remplisse de plus en plus de son tressaint amour. Amen, ma tres chere Mere.

Le 21 septembre 1621.

MDCCCXXXIII AUX RELIGIEUX DU MONASTèRE DE SIXT (L8, note 198) (INèDIT) Exhortation à parachever la réforme du Monastère par la Profession religieuse.

Annecy, 23 septembre 1621

Messieurs mes Confreres,

Ayant treuvé icy monsieur Lachat, Curé de Vuallier , j'ay voulu employer sa bonne volonté pour vous faire tenir en main propre ces quattre motz, par lesquelz je desire vous ramentevoir l'affection que vous aves tesmoigné ci devant, de vouloir faire la Profession de Religion, qui est grandement necessaire pour le bon establissement de vostre Monastere . Et partant, je vous prie de prendre une finale resolution du tems convenable et des personnes que vous desires qui vous y assistent ; et m'en advertissant, je donneray ordre de mon costé affin que rien ne vous manque, moyennant la grace de Dieu, lequel ce pendant je prie vous combler de sa sainte grace ; qui suis, Messieurs, Vostre tres humble et tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le XXIII septembre 1621.

A Messieurs

Messieurs les Religieux de Sixt

Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.

MDCCCXXXIV A MADAME D'AIGUEBELETTE Souffrir souvent doit apprendre à bien souffrir. - Délicatesse et prudence du saint Evêque au sujet d'un avis contraire au sien pour la fréquence des Communions.

Annecy, 25 septembre 1621.

Je vous voy bien tous-jours, ma tres chere Fille, sur vostre lit et parmi plusieurs sortes d'afflictions. Que si mon cœur sçavoit treuver quelque bon allegement pour le vostre, il le contribueroit tres affectionnement. Mays, ma Fille, tout ce que je sçai pour cela, vous le sçaves, et l'ordinaire hantise que les desplaysirs ont avec vous, vous aura rendue encor plus sçavante en l'art de bien souffrir. En somme, qui veut bien recevoir les coups des accidens de cette vie mortelle, il doit tenir son esprit en la tressainte volonté de Dieu et son esperance en la bienheureuse aeternité. Tout ce tracas de peines et d'ennuys passera bien tost, ce ne sont que des momens (2 Co 4,17) ; et puis, nous n'avons encor point respandu de sang (He 12,4) pour Celuy qui respandit tout le sien pour nous sur la croix. Je suis consolé de la consolation que vous prenes en la reception du tres divin Sacrement, mais je n'ay pas eu le loysir de parler au bon P. Recteur du desir que vous auries de communier plus souvent ; et de plus, je n'eusse pas osé, n'estant pas la rayson que je donne la leçon a des si braves maistres. Si c'estoit luy seul qui retranchast les Communions, j'auroys bien eu asses de courage ; mays quand c'est par l'advis de toute la Compaignie, il me suffit bien d'user de mon opinion contraire, sans que je les importune contre la leur. Je croy bien que la resolution que la Compaignie a pris sur cela, est en partie fondee sur l'extreme incommodité que ce leur seroit sil failloit estre si souvent au confessional, ayans tant d'autres saintes occupations ; mais il faut s'accommoder a cela et tant mieux ruminer la Communion du dimanche toute la semaine suivante. Ma tres chere Fille, Dieu benira vostre sousmission, et supleera a la consolation que vous auries de communier plus souvent, par celle que vous aures d'avoir obei a vostre confesseur.

Je suis de plus en plus tout vostre.

F., E. de Geneve.

XXV septembre 1621.

A Madame d'Aiguebellete.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Cracovie.

MDCCCXXXV AU PèRE FRANçOIS BILLET, ORATORIEN (INéDITE) Mémoires envoyés et à envoyer pour l'établissement des Oratoriens à Rumilly.

Annecy, 27 septembre 1621.

Monsieur, Je vous envoye le Memoire requis pour retirer les fruitz que, par artifice, on veut celer appartenir a la cure de Rumilly, et avec cela le double de la response que Monseigneur le Prince a fait a la lettre par laquelle je luy ramentevois le desir qu'il a eu de l'introduction des RR. PP. de l'Oratoire en l'eglise de ce lieu la (lettre 1825) ; et lundi prochain je luy envoyeray les Memoires qu'il demande, affin quil ne tienne pas a moy que sa commission [d'] institution ne soit bien tost executee. Je vous prie de saluer madame de la Flechere, qui m'excusera bien si je ne luy escris pas, n'en ayant nul loysir. Je suis, Monsieur, Vostre tres humble et tres affectionné confrere, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 27 septembre 1621.

Au Reverend Pere Billet.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MDCCCXXXVI A MADAME DE PECHPEIROU Trois mots d'affection. - Humble demande de prières.

Annecy, 12 octobre 1621.

Tenes, voyla donq, ma tres chere Fille, trois motz tout fin seulz, pour vous dire que mon cœur cherit le vostre et luy desire mille et mille benedictions, affin quil vive constant et consolé parmi les accidens si varians de cette vie mortelle. Mays pries bien Dieu, ma tres chere Fille, qu'il me face la misericorde de me pardonner mes pechés, affin que je puisse un jour voir sa sainte face avec vous et nostre chere madame de Villesavin , es siecles des siecles. Amen.

Vostre serviteur tres humble,

FRANçs, E. de Geneve.

12 octobre 1621.

A Madamoyselle

Madamoyselle de Piperou.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. La Caille, à Paris.

MDCCCXXXVII A DON JUSTE GUéRIN, BARNABITE Cordiale jalousie et défi d'amitié. - La Cour céleste et la cour terrestre à une cérémonie de prise d'habit. - Princesses pleines d'humilité " en leur serenissime altesse et grandeur. "

Annecy, 12 octobre 1621 .

O mon tres cher Pere,

Que mes yeux portent d'envie a ceux de N. et de ce garçon mon neveu , car ilz vous verront. Mais je ne porte point d'envie au cœur de qui que ce soit, car jamais il n'y en aura qui vous ayme et cherisse plus que le mien fait, et si je ne craignois d'offencer celuy de ma tres chere fille (dites moy son nom moderne , je dirois absolument : ni tant que le mien fait et fera a jamais.

Or sus, que fait elle, cette chere fille ? .M. N. et M. N. me firent un grand cas de quoy toute la cour de Madame, des serenissimes Princes et Princesses, furent a sa reception au novitiat ; et moy, je me res-jouys en la creance que j'ay dequoy Nostre Dame, les Anges et les Saintz de Paradis y furent et l'honnorerent de leur attention, et Dieu nostre Seigneur de sa benediction.

Nous sommes apres a faire les formalites pour le prieure . O mon Dieu, que le monde est fascheux en ces saintes occasions !

Mais dites moy, je vous prie, mon tres cher Pere, puis je loysiblement oser vous supplier de faire tres humblement la reverence de ma part a nos Serenissimes Dames Infantes, ou du moins a la Serenissime Princesse Catherine ? car, mon Pere, si cela est bonnement permis a mon indignité, faites le, je vous en prie de tout mon cœur, et dites leur que je les revere infiniment a cause de leur altesse, que je regarde avec toute extreme sousmission ; mais que je les revere tres infiniment a rayson de la profonde humilité qu'elles prattiquent en leur serenissime altesse et grandeur. Au moins, mon Reverend Pere, faites bien sçavoir a la Serenissime Infante Catherine que je luy souhaite les benedictions des plus serenissimes Princesses qui furent jamais, et sur tout la perseverance aux desirs fervens d'aymer de plus en plus Jesus Christ crucifié, qui est la benediction des benedictions.

0 mon Pere, on me presse, et il faut faire partir cet enfant, qui est vostre puisqu'il est mien, filz de mon frere, qui me le donna, mourant tout a fait comme un saint entre mes bras, comme l'autre mourut entre les vostres .

Je suis tout vostre, mon cher Pere, je dis tout vostre, sans reserve.

FRANçs, E. de Geneve.

Ce 12 octobre 1621.

MDCCCXXXVIII A LA PRINCESSE DE PIéMONT, CHRISTINE DE FRANCE (L9, note 263) (INéDITE) Un neveu de François de Sales, page de Madame.- Délicate manière de remercier.

Annecy, 19 octobre 1621.

Madame,

Ce m'est un si grand honneur qu'il ayt pleu a Vostre Altesse Serenissime de commander que le filz de mon frere soit receu au nombre de ses pages , que je ne sçai comme former le tres humble remerciment que j'en doy a vostre bonté ; laquelle je supplie donq, en toute reverence, d'avoir aggreable qu'en lieu de tout autre tesmoignage de reconnoissance, je benisse Dieu de la douceur et debonaireté qu'il a donné au cœur de Vostre Altesse, Madame, pour le bonheur de vos serviteurs, et que, comme je suys infiniment tres-obligé de fayre, j'invoque journellement la divine Providence pour vostre prosperité, Madame, demeurant invariablement Vostre tres humble, tres fidele et tres-obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 19 octobre 1621.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Metz.

Fac-similé page suivante

MDCCCXXXIX A MADAME TALON (INéDITE) Prières pour un défunt et consolations à ceux qui le pleurent.

Annecy, 19 octobre 1621.

Madame,

Apres avoir souhaité a l'ame de feu monsieur Talon l'aeternel repos que Nostre Seigneur a aquis par son sang a tous ceux qui meurent en sa grace, je souhaite a vostre cœur la tressainte consolation qu'il doit prendre en la volonté de sa divine Providence qui dispose de ses creatures en sa bonté. Vostre bon Ange et vostre pieté vous auront des-ja suggeré les raysons pour lesquelles il faut recevoir avec tranquillité ces ordinaires evenemens de nostre commune mortalité ; et pour cela, il ne me reste qu'a vous asseurer que, comme j'estimois beaucoup les bonnes qualités et l'amitié de ce cher trespassé, aussi vivray-je tous-jours avec un grand desir de vous pouvoir tesmoigner par quelque service que je suis, Madame,

Vostre plus humble et tres affectionné serviteur en Nostre Seigneur,

FRANçs, E. de Geneve.

19 octobre 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.

MDCCCXL AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Dédommagement pour le grand Aumônier de la princesse de Piémont, privé de remplir entièrement sa charge.

Annecy, 21 octobre 1621.

Monseigneur,

C'est la plus grande ambition, mars la plus juste que je puysse avoir, que celle d'estre conservé au service de Madame, puisque Vostre Altesse, par sa seule bonté, m'y a appellé. Et par ce que ma charge ne me permet pas d'y rendre mon devoir par ma presence, non plus que mon insuffisance d'y estre utile, je remercie en toute humilité Vostre Altesse dequoy elle aggree que l'un des enfans de feu mon frere entre au nombre des pages de Madame, pour apprendre en son enfance les premiers elemens de ce service auquel sa naissance l'oblige de faire l'employ de toute sa vie ; tenant lieu d'une marque visible que Vostre Altesse me fait lhonneur de m'advouer, Monseigneur, Son tres humble, tres fidele et tres obeissant orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 21 octobre 1621.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCXLI A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE (FRAGMENT) Une prière en échange d'un souhait. - Belle situation du monastère de Grenoble. - Hors de la Providence divine, tout n'est qu'affliction.

Annecy, [octobre] 1621 .

…………………………………………………………. Pries tous-jours bien devotement Nostre Seigneur pour moy qui ne cesse de vous souhaiter la suavité de son saint amour, et, en iceluy, celle de la dilection bienheureuse du prochain, que cette souveraine Majesté ayme tant. Je m'imagine que vous estes la, en ce bel air, ou vous regardes, comme d'un saint hermitage, le monde qui est en bas, et voyes le ciel auquel vous aspires, a descouvert. Je vous asseure, ma tres chere Fille, que je suis grandement vostre, et croy que vous faites bien de vivre totalement dans le giron de la Providence divine, hors de laquelle tout n'est qu'affliction vaine et inutile (Eccles 2). Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur. Amen. FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCXLII A MADAME LE NAIN DE CREVANT Vocation précoce. - L'aiguille s'attachant à l'aimant. - Message affectueux.

Annecy, [fin septembre-novembre] 1621 .

J'ay oüy de la bouche du bon M. Crichant l'histoire de l'entree et reception de vostre chere petite fille en l'Ordre sacré des Carmelites, et comm'elle passa de vostre sein maternel, ma tres chere Fille, dans celuy de la bonne Mere Magdeleyne de Saint Joseph . J'espere que cette action sera benie de la main de Celuy qui ayme la promptitude des bons desseins et des bonnes executions, et qui treuva mauvaise la trop grande prudence de cet enfant qui vouloit aller ensevelir son pere avant que de se ranger tout a fait a sa suite (Mt 8,21). Il y a un peu de l'extraordinaire en l'action de cette fille, et peut estre encor en sa reception ; mays ce n'est pas merveille qu'une eguille non engraissee, non distante, non frottee d'ail, non empeschee par le diamant, s'attache si promptement et si puissamment a son aymant (TAD 7,14). Or sus, Dieu soit loüé, ma tres chere Fille : voyla vostre holocauste presque consommé avant qu'il soit bonnement sur l'autel . La divine Majesté vous benisse de plus en plus de son saint amour, et le cœur de monsieur vostre mari qui conspire si doucement avec vous pour aspirer tout a fait a Dieu et ne respirer qu'en luy . Je suis invariablement Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve. Mon cœur est tout a fait dedié a celuy de madamoyselle de Verton, vostre chere seur , dans lequel j'ay veu que Dieu regne. Playse a sa divine Majesté que ce soit a toute eternité. Amen.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Boulogne-sur-Mer.

MDCCCXLIII A MADAME DE LA CROIX D'AUTHERlN

(INéDITE)

Souhait d'amour de Dieu. - Quelques nouvelles.

Annecy, 3 novembre 1621.

Sans un seul moment de loysir je vous escris ce mot, ma tres chere Fille, pour seulement saluer tres cherement et tres ardemment vostre cœur bienaymé, auquel je souhaite incessamment un perpetuel accroyssement de l'amour tressaint de nostre Dieu. Certes, je voudroys bien vous faire mention de ce que vous m'escrivites la derniere foys que vous pristes la peyne de me faire sçavoir de vos nouvelles ; mays il ny a pas moyen. La chere seur de Cernex fut icy l'autre jour et me dit qu'elle y vouloit prendre mayson ; ce ne sera donq pas sans parler de vous. La Seur de Chatel est tous-jours elle mesme, bonne fille . Or sus, Dieu qui a commencé en vous le bon œuvre de vostre salut l'achevera et parfaira selon sa tres bonne et tres aymable volonté (Ph 1,6 ; 2,13) . Tenes vostre ame eslevee en sa souveraine Bonté; c'est le souhait invariable de Vostre tres humble Pere et serviteur, F., E. de Geneve.

A la premiere asseuree commodité je vous escriray derechef.

3 novembre 1621.

A Madame Madame de la Croix d'Auturin.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Boarelli di Verzuolo, à Saluces. MDCCCXLIV A MADAME DE GRANIEU La règle des désirs. - Joie de l'Evêque d'avoir des nouvelles de Grenoble. - Les Sœurs de la Visitation en leur monastère. - Malades et " petite infirmière. "

Annecy, 3 novembre 1621.

Dieu sçait pourquoy il permet que tant de bons desirs ne reuscissent pas qu'avec tant de tems et tant de peyne, et que mesme quelquefois ilz ne reuscissent point tout a fait. Quand il n'y auroit aucun autre proffit que celuy de la mortification des ames qui l'ayment, ce seroit beaucoup. En somme, il faut ne vouloir point les choses mauvaises, vouloir peu les bonnes, et vouloir sans mesure le seul bien divin, qui est Dieu mesme. Je sçai veritablement, ma tres chere Fille, que mes lettres vous sont aggreables ; car Nostre Seigneur, qui a voulu que mon ame fust toute vostre, me donne connoissance de ce qui se passe en vostre cœur par ce que je sens dans le mien. Il est vray, ma tres chere Fille, Grenoble est tous-jours en mon cœur ; et vous, ma tres chere Fille, au milieu de ce mesme Grenoble. Je suis donq bien consolé quand je sçai des nouvelles de cette ville-la, en ce tems auquel on en dit tant et de si diverses.

Beni soit Dieu qui conserve la personne du Roy, si chere a tout ce royaume et a toute l'Eglise. Nous faysons icy les prieres, et pour ses affaires militaires et pour les nostres.

Je suis bien ayse de la possession en laquelle nos Seurs sont de leur monastere , et vous aussi avec elles, puisque, par vostre assistence et de ces bonnes dames, les y ayant colloquees, vous y estes en leurs personnes, et elles y sont pour vous, qui, servant le mesme Seigneur en vostre pieuse vocation, estes un mesme esprit avec elles.

Et vous aves aussi esté une petite infirmiere, puisque vous aves eu tant de malades ces moys passés; et vous aves esté infirme de leur infirmité, car puisque c'estoyent mesme des personnes si cheres, comme monsieur vostre mary et vostre filz bienaymé , vous aves bien peu dire : Qui est infirme, que je ne sois infirme avec luy (2 Co 11,29) ? Dieu soit loüé, qui, par ces alternatives, nous conduit a la ferme et invariable tranquillité de l'eternel sejour.

Vives toute en Dieu, ma tres chere Fille, et aymés en luy Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le 3 novembre 1621.

MDCCCXLV A MADAME DE LA FLéCHèRE (INéDITE) Politesse à rendre au prince Thomas de Savoie. - La pensée de François de Sales au sujet d'une alliance mal assortie.

Annecy, 6 novembre 1621.

Ma tres chere Fille, J'escris a M. Troulliou selon l'advis de M. Billet et le vostre. Il ny a pas grande ceremonie a faire la reverence a Monseigneur le Prince pour le filz , puisque il n'a rien pour le present a traitter avec luy. Monsieur le President de Monthouz fera cet office sans difficulté. Le Pape commit la dispense de M. de Cormand (L9, notes 155,201) a l'Official de Belley ; mais je ne croys pas qu'aucun prestre l'ayt celebré dans mon diocaese sans qu'il m'en ayt adverti. Comme que ce soit, nous sçaurons la verité par le tems ; mays ayant veu la grande indisposition de la volonté des parties, je ne puis que je ne doute qu'a l'advenir il ny ait quelque sorte de repentir. Neantmoins, les parties estant si prudentes et asses d'aage, je m'en remetz a elles. O ma Fille, demeurons en Dieu. Je suis tout a fait Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

VI novembre 1621, Annessi.

A Madame

Madame de la Flechere.

Rumilly.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme de Loisy, née Chevreul, au château de Terrans (Saône-et-Loire). MDCCCXLVI A MADAME DE CHARMOISY (INéDITE) Aimable courroux du Saint ; il veut Henri de Charmoisy " habillé convenablement. " - Sage et chrétienne sentence. - Le prince Thomas content du séjour d'Annecy.

Annecy, 10 novembre 1621.

Je vous escrivis avanthier, ma tres chere Cousine ma Fille. Mais maintenant il faut que je me courrouce un peu avec vous, par ce que mon neveu n'est pas habillé convenablement ni a sa qualité, ni au service auquel il est ; et outre que cela luy detraque l'esprit, voyant tous ses compagnons beaucoup mieux que luy, cela est blasmé par ses amis, desquelz quelques uns m'en ont parlé avec zele . Il ny a remede, ma tres chere Fille, il faut suivre les loix du monde, puisque on y est, en tout ce qui n'est pas contraire a la loy de Dieu. Je vous escris ceci a la desrobbee et du cœur que vous sçaves que j'ay pour vous, ma tres chere Fille, comm'estant tout a fait . Vostre tres humble cousin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

x novembre 1621.

Monseigneur le Prince treuve ce sejour beaucoup plus aggreable que celuy de Chamberi, et delibere de venir fort souvent faire des alternatives. Je ne sçai pas encor quand il partira .

A Madame

Madame de Charmoysi.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives du prince Trivulzio. MDCCCXLVII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Vains bruits de guerre. - Difficultés à Dijon pour l'établissement de la Visitation ; les protecteurs du futur Monastère- M. Brûlart mécontent à tort de l'Evêque de Genève. - La mort du comte de Fiesque ; compassion pour sa veuve. - Une âme toute au gré du Saint. - En quel cas on peut permettre l'entrée des personnes affligées dans les couvents. - Prière à la Mère de Chantal de revoir les Constitutions. - Une petite ruse de cour. - La lettre à Mme de Villesavin. - Deux ponts brûlés à Paris. - L'affaire de l'Abbesse de Port-Royal et celle de la Sœur Lhuillier. - C'est à la Sainte à juger de l'opportunité de son retour ou de la prolongation de son séjour à Paris. - Contentement réservé pour l'autre vie. - Messages.

Annecy, 10 ou 11 novembre 1621 .

En fin, ma tres chere Mere, monsieur Crichant est donq arrivé, puisque, comme je voy par vostre derniere lettre, vous aves receu celles que je vous envoyois par luy (lettres 1829,1832).

Mais je suis marry de l'allarme que vous aves prise pour l'estat de nos affaires de deça, qui, graces a Dieu, jusques a present n'a rien d'extraordinaire, sinon que ceux de Geneve, s'estant mis en extreme defiance, font contenance de se preparer a la guerre ; mais on ne croid pas pourtant qu'ilz veuillent commencer, puisque s'ilz l'entreprenoyent sans le commandement du Roy, uilz seroyent tout a fait ruynés, et l'on ne peut se persuader que Sa Majesté les veuille porter a ce dessein : de sorte que nous dormons les nuitz entieres, et fort doucement, sous la protection de Dieu.

Nous avons veu madame de Royssieu , qui n'eut loysir de demeurer icy que deux jours. Elle nous a dit tout ce qui s'est passé a Dijon, ou il sera a propos que vous arresties deux ou trois moys pour appaiser ces messieurs du party contraire, qu'il faut combattre et abbattre par la douceur et l'humilité ; encor qu'a mon advis nous ayons l'advantage, puisque monsieur le Duc et madame la Duchesse de Bellegarde , madame de Termes et la pluspart du Parlement est pour nous, et particulierement Monsieur l'Evesque de Langres, qui a le zele, la prudence et l'authorité apostolique en ce païs la , et qu'outre cela nous aurons l'assistance de Monseigneur nostre bon Archevesque .

Madame de Royssieu m'a dit que monsieur le premier President avoit quelque amertume contre moy a rayson de ce qui s'est passé de la part de monsieur de Sauzea ; en quoy, sil est vray, il a un tort tres grand, car non seulement je n'envoyay pas monsieur de Sauzea au Puis d'Orbe, mais, avec toute la dexterité qui me fut possible, je m'essayay de divertir la poursuite que l'on faisoit pour l'y attirer, comme sachant bien que son courage estoit trop fort et trop verd pour la conduite d'une telle Mayson que je voyois devoir estre conduite doucement et avec respect. Mais, ma tres chere Mere, je vous supplie de ne point parler de ceci, si vous ne voyes tout a fait qu'il en soit tems; et je croy que son cœur se laissera gaigner par la verité, puisque mesme, comme m'asseure madame de Royssieu, madame la premiere Presidente est toute portee a nous favoriser, comm'aussi elle me l'a tesmoigné par une sienne lettre, et que la bonté et sincerité de son cœur me le fait croire fermement.

Nos Seurs de Grenoble, avec leur Pere spirituel, monsieur d'Aouste , qui est un grand serviteur de Dieu, desirent que l'on face imprimer le Formulaire de la reception des Prœtendantes au novitiat et des Novices a la profession avec les Regles et les Constitutions; mais je croy pourtant que cela doit estre en deux petitz volumes, et que le Formulaire des receptions soit en lettre asses grosse pour estre leüe aysement .

J'ay grandement regretté la mort du bon monsieur le Conte de Fiesque, que j'honnorois certes avec amour des il y a tantost vingt ans que j'eu le bien de le voir a Paris; a quoy il m'avoit mesme obligé a ce dernier voyage, quil me fit la faveur de me voir de si bon cœur chez les Peres de l'Oratoire. Mais je me res-jouis dequoy ayant vescu si devotement, on ne peut douter quil ne soit trespassé saintement entre les bras de la misericorde de Dieu, veu mesme quil a exposé sa vie pour une si juste et digne cause . Je me suis imaginé en cett'occasion la les douleurs du cœur de madame la Contesse sa chere femme, et n'ay peu contenir le mien d'en recevoir de la tendreté, bien que j'aye eu confiance en Dieu, a qui ell'est, qu'il la tiendroit de sa main paternelle en la tranquillité et resignation qu'il a accoustumé de donner a ses enfans bienaymés quand ilz sont affligés. Je ne me resouviens pas d'avoir jamais veu cette dame qu'une fois chez madame de Guise , ou je ne luy parlay presque point, et un'autre fois chez monsieur de Montelon , ou je l'entretins environ une heure ; mais je confesse la verité, que je treuvay son ame tellement a mon gré, que je ne puis ne la cherir pas et ne l'estimer pas autant qu'il m'est possible ; et je luy escrirois fort volontier pour le luy tesmoigner, si ce n'estoit la pensee que j'ay que vous feres aussi bien cest office pour moy comme moy mesme, puisque vous connoisses mon cœur comme le vostre, lequel je vous prie de luy offrir avec mon tres humble service. Je suis extremement consolé qu'elle se soit un peu soulagee parmy nos Seurs de Bourges, qui, je m'asseure, auront reciproquement receu un grand contentement d'avoir eu lhonneur de sa presence.

Et a ce propos, ma tres chere Mere, je ne fay nulle difficulté que les Evesques et, en leur absence, les Peres spirituelz des Maysons de la Visitation, ne puissent, ains ne doivent charitablement faire entrer les dames en telles occurrences, sans quil soit besoin quelconque que cela soit declaré dans les Constitutions, par la douce et legitime interpretation de l'article du Concile de Trente qui est mis en la Constitution De la Clausure (Const 2), car on le prattique bien ainsy en Italie et par tout le monde, mesme pour des moindres occasions : car je vous laisse a penser, si l'on fait bien entrer des jardiniers, des jardinieres, non seulement pour l'ageancement necessaire des jardins, mais aussi pour les embellissemens non necessaires, ains seulement utiles a la recreation, comme sont les berceaux, les palissades, les parterres, les entrees de telles gens estant jugees necessaires non par ce que ce quilz font soit necessaire, ains seulement par ce que ces gens la sont necessairement requis pour faire telle besoigne, si nous ne pourrons pas justement estimer l'entree des dames desolees par quelque evenement inopiné estre necessaire, quand elles ne peuvent pas aysement treuver hors du monastere les soulagemens et consolations si convenables. En Italie, tout communement, on fait entrer les filles desquelles on craint en quelque sorte le peril de leur pudicité ; les mal mariees, quand elles sont en doute d'estre grandement maltraittees de leurs marys ; les filles qu'on veut instruire non seulement en la devotion, mais aussi a lire, escrire, chanter. De sorte qu'a mon advis, Monsieur de Langres pourra prendre resolution sur cela, qui suffit es occasions de grande pieté qui tiennent lieu de necessité morale, et qui, a mon advis, n'a pas deu estre exprimé, pour eviter la censure de tant de gens qui ont tant de complaysance a contreroller semblables choses, selon le zele quilz se forment en leur rigueur.

Je vous ay des-ja escrit que vous prenies la peine de voir si rien aura esté oublié es Constitutions, affin que vous le facies adjouster ; car je ne puis jamais gaigner tant de loysir que tout ce que je fay ne se ressente de mon tracas, et me semble quil va tous les jours croissant. Vous pourres bien, ma tres chere Mere, complaire a madamoyselle la Princesse de Montpensier en ce qui regarde l'addition des commemoraisons des Saintz qui occurrent, et, de Paris, porter cet usage es Monasteres dans 1esquelz vous passeres venant a Dijon, et de Dijon icy; m'estant advis que la grande pieté et vertu de cette grande Princesse merite que l'on reçoive ses desirs comme quelque sorte d'inspiration.

Monsieur Duret , qui vous presenta sa petite niece tandis que nous estions la, m'avoit, il y a quelques mois, prié de vous remercier avec luy de la reception de cette fille. Mais maintenant il me fait prier de vous ramentevoir le desir que je vous avois tesmoigné pour la consolation de cette fille et de ses parens ; qui me fait croire qu'il y a eu quelque changement en cest affaire, ou bien, qu'a la façon de la court, il desire mon remerciement pour engager davantage celle a qui il sera fait ; mais, comme que ce soit, en tout ce qui se pourra bien et legitimement passer, je le vous recommande comme mon bon et ancien ami .

M. Crichant m'a dit que nostre tres chere et tres bonne madame de Villesavin avoit une de mes lettres qu'elle aymoit bien fort ; et par ce que je crois que ce soit celle par laquelle je luy envoyois l'Exercice du matin et de la reunion a Dieu, que j'escrivis avec une grande affection (L8, notes 975, 977), je vous prie de luy en demander une copie dextrement, comme de vous mesme ; m'estant advis que l'affection que je porte a cett'ame me fit exprimer mieux qu'a mon ordinaire.

J'avois escrit jusques icy, quand j'ay receu vostre lettre du 26 octobre, laquelle me donne sujet de vous supplier, comme je fay de tout mon cœur, de ne vous mettre nullement en peine de ce qui se passe en ce païs icy puisque, comme vous dira monsieur de la Pesse, present porteur , graces a Dieu il ny a rien a craindre.

M. Crichant m'a veritablement escrit du bruslement des deux pontz ; mais il ne me donne point advis comme se sera passé cet accident pour le regard de madame Baudeau, marchande gantiere qui demeuroit sur le Pont aux Oyseaux, de laquelle pourtant je ne puis m'empescher d'estre en soucy, et a laquelle j'avais escrit par luy mesme (lettre 1831).

Je fay responce au R. P. Binet (lettre 1848) ;

apres que vous l'aures veüe, je vous prie de la luy faire recevoir cachettee. Quant au bon monsieur du Val , je crois que sil eut esté en ma place il eust fait comme moy, qui, encor a present, ne me puis resoudre que comme j'ay fait, estimant de ne pouvoir nommer un meilleur arbitre en l'affaire dont il s'agit que le Pape, lequel accordant la demande de Port Royal, tesmoignera suffisamment de la volonté de Dieu, et speciale, puisque il s'agit d'un point ou il y a beaucoup de difficulté.

Mme de Villeneuve ne m'escrit nullement de l'affaire de nostre chere Seur Helene Angelique , ni de rien qui en approche ; mais M. Crichant m'escrit bien que monsieur et madamoyselle d'lnterville desireroyent extremement que vous fussies presente a la Profession de cette tres chere fille, a la consolation de laquelle je ne sçay ce que je ne voudrois pas contribuer. Or, pour toutes telles affaires, il me semble que vous pouves vous resoudre plus aysement que je ne sçaurois faire icy, puisque ce que vous voyes sur les lieux mesmes vous donne meilleure instruction que je n'en sçaurois prendre. C'est pourquoy je vous supplie de vous servir en cette occasion de vostre propre jugement ; car, comme vous dites, il se pourroit bien faire que les affaires de Dijon vous donneroyent asses de loysir pour estre encor a Paris au mois de fevrier, attendu mesme qu'aussi tost que j'auray l'asseurance de cest affaire et que je sçauray comm'elle se devra conduire, j'escriray a nostre grande Fille de Monferrand affin qu'elle aille vous attendre la, et parmi tout cela il se passera fort aysement deux ou troys moys .

Certes, et moy aussi desirerois bien fort de revoir la bonne madame la Presidente Amelot , mais je ne le desire pas pourtant, puisque je ne voy rien qui me puisse faire esperer ce contentement en ce monde ; il faudra donq attendre apres cette vie. Ce pendant, je vous prie de la saluer tres cherement et tres cordialement de ma part.

Je recommanderay a Dieu le cœur du bon monsieur de Marillac qui, je m'asseure, a bien sceu treuver une sainte et veritable consolation au desplaysir de sa perte .

Je me resouviens fort bien d'avoir veu M. Guichard et a Paris et a Belley …………………………

Revu sur une copie faite par M. Michel Favre, conservée à la Visitation d'Annecy. MDCCCXLVIII AU PèRE éTIENNE BINET, DE LA COMPAGNIE DE JéSUS Les désirs de Mme de Port-Royal d'entrer à la Visitation. - Conduite du Saint en cette affaire; à qui il en a remis la solution. - Eloge de la virilité de l'Abbesse. - Pureté de vues et désintéressement du Fondateur ; sa démission de ses propres pensées.

Annecy, 11 novembre 1621.

Mon Reverend Pere, Avec mille actions de graces de la peine que vous aves prise a m'escrire, je vous diray pour response, qu'estant a Paris, je ne voulus jamais acquiescer au desir que Madame de Port Royal me tesmoigna de se retirer de l'Ordre auquel elle avoit si utilement vescu jusques alhors, et veritablement, je n'apportay en ce païs non pas mesme aucune cogitation de cela ; mais, coup sur coup, je receu par lettres force bonnes remonstrances par lesquelles elle m'excitoit a treuver bonnes ses pensees et appreuver ses souhaitz. Je gauchis tant que je peus et ne me tesmoignay seulement froid, mais tout a fait contraire a ses propositions ; jusques a ce qu'apres dixhuit moys, une personne de grande consideration m'escrivit en sorte que je jugeay convenable de ne point faire le juge souverain en cette occasion, ains de laisser la decision finale a l'evenement. Je m'abstins donq de la conseiller, et luy escrivis que, puisque son cœur ne treuvoit pas du repos en tout ce que je luy avois dit et escrit, elle pourroit faire faire la sollicitation de ce qu'elle desiroit. Que si Sa Sainteté luy en faisoit la concession, il y auroit une tres probable apparence que son desir est de la volonté de Dieu, attendu que la chose estant de soy mesme difficile, elle ne pourroit reuscir sans un special concours de la faveur divine ; que si, au contraire, Sa Sainteté l'esconduisoit, il n'y auroit plus autre occasion de faire autre chose que de s'humilier et appayser son cœur. Voyla, mon Reverend Pere, jusques ou j'ay passé.

Je voyois bien que cette praetention estoit extraordinaire, mais je voyois aussi un cœur extraordinaire ; je voyois bien l'inclination de ce cœur a commander, mais je voyois que c'estoit pour ruiner cett' inclination qu'elle vouloit se lier a l'obeissance ; je voyois bien que c'estoit une fille, mais je voyois qu'elle avoit esté plus que fille a commander et gouverner, et qu'elle le pourroit bien estre a bien obeir.

Pour l'interest de la Visitation, certes, mon Reverend Pere, je proteste devant Dieu et devant Vostre Reverence que je n'y pensay nullement, ou si j'y pensay, ce fut si peu que je n'en ay nulle memoire. Je confesse bien que j'ay une particuliere dilection pour l'Institut de la Visitation ; mais madame de Chantal, vostre chere fille et la mienne, vous dira que pour cela je ne voudrois pas avoir fourvoyé la plus excellente creature du monde et la plus accreditee, de sa juste vocation, encor qu'elle deut devenir sainte canonizee en la Visitation. Je me res-jouis quand Dieu y tire des bons sujetz, mais je n'employay jamais ni parole ni artifice, pour saint qu'il fut, pour en attirer aucun, sinon quelques foibles prieres devant Dieu. L'inconstance des filles est a craindre, mais on ne peut pas deviner ; et la constance en celle cy est esgalement, ains advantageusement, a bien esperer.

Mon Dieu, mon Pere, que nostre ancienne amitié me fait extraordinairement apprivoiser et espancher mon ame avec la vostre ! C'est trop. Je me laissay aller a l'advis d'autruy; je m'en retourneray aussi volontier a l'advis de ceux qui prendront la peine d'examiner cette affaire, mais sur tout au vostre, lequel donq j'attendray tres affectionnement et recevray tres cherement, estant a jamais, Mon Reverend Pere, Vostre tres humble et tres affectionné confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XI novembre 1621, Annessi.

Au R. P. Estienne Binet,

Superieur de la Mayson professe de St Louys

de Paris.

Revu sur une ancienne copie conservée dans la salle capitulaire de Notre-Dame de Paris.

MDCCCXLIX A M. DE SOULFOUR (INéDITE) Respect et affection. - Recommandation en faveur de deux amis.

Annecy, 11 novembre 1621.

Monsieur ,

Je ne separeray point ceux que Dieu a si saintement conjoint (Mt 19,6). Je vous salue donq tres humblement, et madamoyselle vostre tres chere compaigne, ma fille bienaymé (sic), vous suppliant tous deux de m'aymer tous-jours aussi constamment comme fidelement et invariablement je vous honnore. Ce porteur, le sieur de la Pesse, vous dira toutes nos nouvelles, et comme nous ne cessons point de faire prier Dieu pour les justes armes du Roy . L'occasion pour laquelle il va, n'est qu'une juste (sic) persecution, pour laquelle dissiper il aura besoin de vostre conseil et assistence ; mays il est beaufilz de feu M.le President ..……………………… Monsieur, il y a la un fort honneste advocat de ce païs, nommé M. Monet , qui a quelque envie de pouvoir, es occasions, entrer au service de Monseigneur de Nemours es offices de robbe longue ; en quoy je confesse qu'il ne suit pas mon sentiment, car il y a trop d'agitations en ce tems ci ; mays il est mon ami, et je le sers selon son goust, vous suppliant, en ce qui se pourra bonnement faire, de le favoriser. Je suis humble serviteur de monsieur Le Fevre ,

XI novembre 1621.

A Monsieur

Monsieur de Soulfour.

Revu sur l'Autographe conservé au Carmel de la rue Denfert-Rochereau, à Paris.

MDCCCL A MONSIEUR ET MADAME DE FORAS " Un petit feu de joye " sur le gain d'un procès. - Sainte exhortation à persévérer dans l'union mutuelle.

Annecy, novembre 1621.

Mille et mille benedictions a Dieu, dequoy en fin, Monsieur mon tres cher Frere et Madame ma tout a fait tres chere Seur ma Fille, vous voyla exemptz de ces fascheux proces, par lesquelz, comme parmi des espines, Dieu a voulu que les commencemens de vostre heureux mariage se soyent passés . M. de Chalcedoine, mon frere, et moy en avons fait un petit feu de joye, comme participant a tout ce qui vous regarde. Or sus, bien que vostre grossesse vous incommode un peu sensiblement tous deux, ma fille qui la sent, et mon tres cher frere qui la ressent, il me semble toutefois que je vous voy tous deux avec deux cœurs si contens et si courageux a bien servir Dieu, que ce mal mesme que vous sentes et ressentes vous console ; comme marque que, n'ayant pas exemption entiere de toute affliction en ce monde, vostre parfaite felicité vous est reservee au Ciel, ou je m'asseure que vous aves vos principales pretentions. O mon tres cher Frere, continues a bien soulager par vostre aymable presence ma tres chere fille. O ma tres chere Seur, perseveres a bien lier mon tres cher frere a vostre cœur, car, puisque Dieu vous a donnés l'un a l'autre, soyes donq bien tous-jours comme cela ; et croyes bien tous deux que je suis, de l'un et de l'autre, mon tres cher Frere et ma tres chere Fille ma Seur, Tres humble et invariable serviteur, FRANçs E. de Geneve.

D'Annessi, ce 11 novembre 1621.

Je vous prie de saluer cherement de ma part madamoyselle de Lamoignon . S'il vous arrive quelque commodité, mon tres cher Frere, de voir Mme de Soret , je vous supplie de me ramentevoir en sa chere et sainte bienveuillance.

A Monsieur de Foras.

A Paris.

MDCCCLI A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COMMISE DE LA VISITATION DE LYON (INéDITE) Sollicitude de François de Sales pour ses Filles de Valence. - Ce qui ne nuit point au salut est "bien peu considerable. " - Avis pour la réception d'une Novice.

Annecy, novembre 1621.

Ma tres chere Fille,

Je ne manqueray pas de respondre a tous les articles que vous m'aves envoyé, au premier loysir que j'en auray, vous remerciant tres humblement des bonnes nouvelles que vous m'envoyes des Seurs de Valence (notes 239,240), ausquelles je souhaitte toute sainte consolation. Mais j'eusse bien desiré de sçavoir quelque particularité de la petite fondatrice, qui semble avoir si peu de force et de santé corporelle pour resister a ce mauvais aïr que l'on dit estre en ce païs là prœsentement . J'espere que Dieu les protegera affin qu'elles puissent faire là une heureuse succession de ses servantes. Je voudrois bien pouvoir donner quelque consolation au cœur de la mere de ceste pauvre malade que vous aves ; mais je pense que si elle releve un peu son attention a la vie œternelle, elle moderera aysement l'apprehension que la nature luy peut avoir donné de l'accident de sa fille, lequel me semble bien peu considerable, puisqu'il ne nuit point au salut, ains souventefois l'asseure daventage.

Je salue de tout mon cœur toute vostre trouppe. Et pour le point duquel vous m'escrives, de la reception au voyle noir de ceste Novice , il me semble que vous deves humblement et respectueusement accepter la permission que monsieur de Saint Nizier vous donne, puisque, comme vous m'escrives, la chose a esté arrestee du temps de monsieur l'Abbé de Mauzac ; sinon que l'occasion se presentast de procurer que Monseigneur l'Archevesque en escrivist ou a monsieur de Saint Nizier ou a vous, lequel M. de Saint Nizier, peut estre, ne veut pas assister cest'action seulement en consideration de ce qu'elle n'a pas esté arrestee de son temps. Mais en toutes telles occurrences, ceux qui sont sur les lieux et qui voyent l'estat present des espritz a qui vous aves affaire, vous pourront encor mieux conseiller. Cependant, vives joyeuse en Nostre Seigneur, selon lequel je suis tres parfaitement vostre.

FR., E. de Geneve.

Annessy, le XIe novembre 162I.

A ma tres chere Fille en N. S., La Mere Superieure de la Visitation de Ste Marie. A Lion.

Revu sur l'original qui se conservait à la Visitation du Puy.

MDCCCLII A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MONTFERRAND " Mille ans" sans lettres. – Une " nouvelle besoigne" pour la grande Fille. - Le bonheur de travailler beaucoup pour Dieu. - Des cœurs que le départ de la Mère Favre affligera.

Annecy, 11 novembre 1621 .

Il y a, ce me semble, bien environ mille ans que je ne reçois point de vos lettres, non plus que vous des miennes. Or sus, voyci arriver une nouvelle besoigne pour vostre charité, ma tres chere grande Fille. C'est que l'on va fonder a Dijon, ville de telle importance que vous sçaves. Nostre Mere ne peut encor pas bonnement partir de Paris ; or, vous estes sa seconde en l'Institut, et sa premiere fille : nous ne voyons pas moyen de vous exempter de la peine de cette fondation. Or je ne vous plains pas, car c'est un grand bien de travailler beaucoup pour Dieu ; mais je plains nostre tres chere madame de Dalet , qui peut estre en souffrira dans son cœur, et je la cheris et honnore si fort, que cela me fait bien de l'apprehension. Toutefois, ell'est toute a Dieu, et je m'asseure qu'elle preferera son service a la consolation que vostre presence luy peut donner. Je plains aussi nos Seurs de là, mays j'espere en la Providence divine qu'elle les soulagera. On vous envoyera a propos (note 383), et cependant, ma tres chere Fille, vives toute en Dieu, et salues bien l'ame de madame de Dalet de la part de la mienne qui est toute vostre et a elle aussi. Monsieur vostre pere et tous les vostres se portent tres bien, et Mme de la Valbonne se comporte encor mieux en la sainte devotion.

Annessi, le XI.

A ma tres chere Seur en N. S.,

[La Mère] Marie Jaqueline [Favre,] [Supér]ieure du Monastere Ste Marie de la Visitation.

A Montferrand. Recommandee a la Supere de Lyon. Je salue cherement nos Seurs, et ma chere Seur Anne Françoise a part .

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Collonges, aumônier de la Visitation de Chambéry.

MDCCCLIII A M. MAGNIN Remerciements, recommandation, nouvelles.

Annecy, 12 ou 13 novembre 1621.

Monsieur,

Je vous remercie du soin qu'il vous a pleu de prendre pour me faire avoir des lettres que les Seurs de la Visitation vous ont addressees, comme encor de la varieté des nouvelles du monde, que je prie Dieu de nous vouloir donner de jour en jour meilleures, pour la prosperité du Christianisme, et en particulier pour celle du Roy et du royaume. Je sçai que ce jeune garçon, estant de ce païs et asses bien conditionné, treuvera en vous une affection charitable pour, s'il se rencontre, estre logé a quelque service. Mais ses amis et parens ayant desiré que je vous le recommandasse, je le fay volontier, avec esperance que vous ne le prendres pas a importunité, puisque cette mienne recommandation, comme toutes les miennes, se fait tousjours avec la condition et reserve que vous n'en ayes aucune incommodité.

M. le Prince Thomas, qui a logé ceans ces trois ou quatre jours passés pour faire la chasse en ces plaines voysines, a mis, comme l'on vient de me dire, en alarme ceux de Geneve, qui ont le plus grand tort du monde de se laisser agiter par tant de vaines apprehensions, puisqu'on observe si soigneusement les derniers articles qui ont esté passés . Je suis de tout mon cœur, Monsieur, Vostre plus affectionné voysin et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A M. Magnin, marchand [à Lyon].

MDCCCLIV A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COMMISE DE LA VISITATION DE LYON La Supérieure de la Visitation de Valence hors de danger; vertu des Sœurs. - Ce qui mortifie plus que le mal. - Vérités de la foi douces et attrayantes ; vérités austères. - Qu'est-ce que la foi nue et simple ? - Comment " vivre en vérité et non point en mensonge. " - Messages.

Annecy. 28 novembre 1621.

Selon vostre lettre, ma tres chere Fille, du 14e novembre, nous avions des-ja pensé de choisir icy une Superieure pour Valence ; mais Dieu soit loüé dequoy pour maintenant vous n'en aures pas besoin, puisque par sa misericorde celle qui y est est hors de danger, ainsy que vous nous escrives du 19 de ce mesme moys ; et je suis grandement consolé de ce que vous me dites, qu'elle et ses compaignes sont si bien disposees a souffrir pour Nostre Seigneur, qui ne leur aura pas donné ce courage qu'avec plusieurs autres vertus. Je vous prie, par la premiere commodité, de les bien saluer toutes, specialement la Superieure, la fondatrice et madamoyselle de la Gamelle .

J'ay certes grande compassion du cœur de la mere de vostre malade ; car, combien qu'en verité cet accident de la fille soit honnorable devant Dieu et ses Anges, et par consequent doive estre souffert avec amour et douceur, si est ce neanmoins que je sçay combien les cœurs des meres sont tendres et sujeiz a s'inquieter en des pareilles occasions esquelles, selon les yeux vulgaires des hommes, il y a quelque sorte d'abjection ; et c'est l'abjection des maux qui mortifie principalement l'esprit du sexe. Que si j'ay du loysir, j'escriray quatre motz a cette bonne mere. Les verités de la foy sont quelquefois aggreables a l'esprit humain, non pas seulement parce que Dieu les a revelees par sa parole et proposees par son Eglise, mais parce qu'elles reviennent a nostre goust, et que nous les penetrons bien, nous les entendons facilement, et sont conformes a nos inclinations. Comme, par exemple: qu'il y ayt un Paradis apres cette vie mortelle, c'est une verité de la foy que plusieurs treuvent bien a leur gré, parce qu'elle est douce et desirable ; que Dieu soit misericordieux, la pluspart du monde le treuve fort bon et le croit aysement, parce que la philosophie mesme nous l'enseigne : cela est conforme a nostre goust et a nostre desir. Or, toutes les verités de la foy ne sont pas de la sorte : comme, par exemple, qu'il y ayt un enfer eternel pour la punition des meschans, c'est une verité de la foy, mais verité amere, effroyable, espouvantable et laquelle nous ne croyons pas volontier, sinon par la force de la parole de Dieu. Et maintenant, je dis premierement : que la foy nue et simple est celle la par laquelle nous croyons les verités de la foy sans consideration d'aucune douceur, suavité et consolation que nous ayons en icelles, par le seul acquiescement que nostre esprit fait a l'authorité de la parole de Dieu et de la proposition de l'Eglise ; et ainsy nous ne croyons pas moins les verités effroyables que les verités douces et aymables. Et alhors nostre foy est nue, parce qu'elle n'est point revestue d'aucune suavité ni d'aucun goust ; elle est simple, parce qu'elle n'est point meslee d'aucune satisfaction de nostre propre sentiment. Secondement, il y a des verités de la foy lesquelles nous pouvons apprehender par l'imagination : comme, que Nostre Seigneur soit né en la cresche de Bethleem, qu'il ayt esté porté en Egypte, qu'il ayt esté crucifié, qu'il soit monté au Ciel.

Il y en a des autres lesquelles nous ne pouvons nullement apprehender par imagination : comme la verité de la tressainte Trinité, l'eternité, la presence du cors de Nostre Seigneur au tressaint Sacrement de l'Eucharistie ; car toutes ces verités sont veritables d'une façon qui est inconcevable a nostre imagination, d'autant que nous ne sçavons imaginer comme cela peut estre, mais neanmoins nostre entendement le croit tres fermement et simplement, sur la seule asseurance qu'il prend en la parole de Dieu. Et cette foy la est veritablement nue, car elle est destituee de toute imagination ; et elle est parfaitement simple, parce qu'elle n'est point meslee d'aucune sorte d'actions que de celle de nostre entendement, lequel, purement et simplement, embrasse ces verités sur le seul gage de la parole de Dieu. Et cette foy ainsy nue et simple est celle que les Saintz ont prattiquee et prattiquent parmi les sterilités, aridités, degoustz et tenebres.

Vivre en verité et non point en mensonge, c'est faire une vie totalement conforme a la foy nue et simple, selon les operations de la grace et non selon les operations de la nature ; parce que nostre imagination, nos sens, nostre sentiment, nostre goust, nos consolations, nos discours peuvent estre trompés et errans. Et vivre selon ces choses la, c'est vivre en mensonge, ou du moins en un perpetuel hazard de mensonge (mais vivre selon la foy nue et simple, c'est vivre en verité) : ainsy qu'il est dit du malin esprit, qu'il ne s'arresta pas en la verité (Jn 8,44), parce qu'ayant eu la foy au commencement de sa creation, il s'en escarta, voulant discourir sans la foy sur sa propre excellence, et voulut faire le fin soy mesme, non selon la foy nue et simple, mais selon les conditions naturelles, qui le porterent a l'amour desmesuré et desreglé de soy mesme. Et c'est le mensonge auquel vivent tous ceux qui n'adherent pas avec simplicité et nudité de foy a la parole de Nostre Seigneur, mais qui veulent vivre selon la prudence humaine, qui n'est autre chose qu'une fourmiliere de mensonges et de vains discours. Voyla ce qu'il m'a semblé vous devoir estre dit sur vos deux demandes.

Je desire fort de sçavoir comme vous aures fait sur la reception de la fille pour laquelle M. de Saint Nizier faisoit difficulté .

Je voy bien qu'il n'y aura pas loysir d'escrire a nostre Seur Colin ; c'est pourquoy je vous prie de la saluer cordialement de ma part, et de me recommander a la misericorde de Nostre Seigneur, puisque je suis de tout mon cœur, parfaitement et tout a fait invariablement tout vostre, qui salue toutes nos Seurs et M.. Brun .

28 novembre 1621.

MDCCCLV A MADAME DE LA FLéCHèRE Excellent prédicateur qui prêchera volontiers son premier Carême à Rumilly.

Annecy, 28 novembre ou décembre 1621 .

Je vous escris courtement, ma tres chere Fille, et vous remercie de vostre lettre que j'ay receue hier matin, suivant laquelle je vous diray que si vous n'aves point de predicateur pour ce Caresme, j'en fourniray un des plus braves et bons que vous puissies desirer, qui prescha hier a la Visitation et preschera un de ces jours devant ce peuple . Je l'ouys, et, avec M. de Calcedoine, M.. l'Abbé d'Abondance et les Peres Barnabites et M.. le Prevost , je jugeay qu'il avait un des plus excellens talens qui aye esté de long tems en ce païs. Et bien quil n'ayt encor fait que six ou sept sermons, si est ce quil est capable de prescher devant les Roys et les peuples egalement, et ce qui me plait, c'est qu'il presche devotement. Or sera-il bien ayse de faire son premier Caresme sans ceremonie, en vostre ville, si je le luy dis. Si donq monsieur Billet le treuve a propos, il pourra en parler selon sa prudence avec Messieurs de la ville ; et soudain que je sçauray ce qui sera resolu, je l'arresteray tout a fait, car des hier je luy en parlay. Je parleray a M. Faber pour faire faire l'adjournement de ce bon prestre, heritier de M. Viret , et reparleray de vostre bonne volonté a la premiere rencontre que je feray de ceux qui vous blasment des dismes. Ma tres chere Fille, je suis veritablement tout a fait Vastre inseparable serviteur, compere et Pere.

28.

A Madame

Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCLVI AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er Un sûr moyen de faire prospérer l'Etat. - Envoi d'une pièce concernant l'établissement des Oratoriens à Rumilly.

Annecy, 29 novembre 1621.

Monseigneur,

Je loüe Dieu dequoy Vostre Altesse persevere au dessein de la restauration de la discipline ecclesiastique en ce païs, asseuré que je suys qu'a mesure que le zele de Vostre Altesse fera croistre en ses Estatz la gloire de la divine Majesté, vostre coronne, Monseigneur, fleurira de plus en plus. Et selon qu'il a pleu a Vostre Altesse de m'ordonner, je luy envoye ce qui est presentement requis pour l'establissement des Peres de l'Oratoire a Rumilly, qui est une chose pressante; et demeure ce pendant, de toutes mes affections, Monseigneur, Vostre tres humble, tres obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, le XXIX novembre 1621.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

DESPECHES REQUIS DE LA PART DE SON ALTESSE SERENISSIME POUR L'INTRODUCTION DES PERES DE L'ORATOIRE EN LA VILLE ET EGLISE DE RUMILLY

1. Lettre au Pere Pierre de Berule, General de la Congregation de l'Oratoire , affin quil vienne ou depute quelqu'un pour accepter des mains de l'Evesque de Geneve ladite eglise parroissiale.

2. Lettre a l'Evesque de Geneve en conformité.

3. A Monseigneur le Serenissime Prince Thomas , affin que les gens de Son Altesse tenans le Senat et la Chambre, entant qu'il fut besoin, portent et favorisent cett' affaire. 4. Brevet en faveur desditz Peres de l'Oratoire pour l'union du prieuré de Chindrieu et de celuy de l'Aumosne, pres Rumilly , et de celuy de Sainte Agathe de la ville de Rumilly , a la Congregation dudit Oratoire establie en l'eglise d'iceluy Rumilly : qui tous trois les ditz prieurés ne valent que cinq cens ducatons, ou environ, de revenuz .

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCL VII

A M. JEAN CARRON L'église de Rumilly et ses quatre corps d'ecclésiastiques. - Peines qu'elle a données à son Evêque. - Quel remède y apporter. - Les désirs de M. de Sonnaz. - Avantages qui résulteraient pour la gloire de Dieu et le service de Son Altesse de l'introduction des Pères de l'Oratoire.

Annecy, 29 novembre 1621.

Monsieur,

Je vous rens mille actions de graces du soin qu'il vous a pleu de prendre pour me faire avoir response de Monseigneur le Serenissime Prince en faveur de l'introduction des Peres de l'Oratoire a Rumilly, ou l'on ne sçauroit dire combien leur venüe est necessaire ; car, Monsieur, imaginés vous qu'en cette seule eglise il y a quatre diverses especes d'ecc1esiastiques : 1. Le Prieur, qui est Religieux de l'Ordre de Cluny , dependant du prieuré de Nantua qui est a present en France ; 2. le sacristain seculier, qui est dependant du prieuré ; 3. le curé et le vicaire ; et

4. cinq ou six Altariens, qui font un petit cors a part.

Il n'est pas croyable combien de peine cette petite trouppe ainsy composee m'a donné de peine (sic ) des 20 ans en ça, a cause des continuelz proces et altercatz que les uns ont eu perpetuellement les uns (sic) avec les autres, avec un extreme scandale du peuple. Or, par l'introduction des Peres de l'Oratoire, cette eglise demeure toute unie, et administree par un mesme esprit de paix et de douceur ; car les Peres de l'Oratoire ne sont pas comme les autres Religieux, qui ne peuvent pas avoir la charge des parroisses. Et de plus encor, ilz ne sont pas exemptz de la jurisdiction des Evesques, ains demeurent en leur sujettion comme les curés ; de sorte qu'on n'a pas besoin, en cas de desordre, de sortir du païs pour les ramener au devoir. Et de plus encor, il se treuve des-ja des tres bons ecclesiastiques du pays qui n'attendent que leur venue a Rumilly pour s'associer a eux et se ranger a la Congregation. Au reste, monsieur de Saunaz est filz de monsieur de Saunaz qui fut pendu a Geneve pour le service de Son Altesse, lors de l'Escalade , et va achever a ces festes de Noël son noviciat en la mesme Congregation, et meurt de desir que son prieuré de Chindrieu soit uni a l'eglise de Rumilly pour ce bon œuvre. Et quant au Prieur de Rumilly, on pourra traitter avec luy.

Et ce qui est grandement a noter, c'est que le prieuré de Rumilly depend de Nantua qui en prouvoit, et Nantua est hors de l'Estat de Son Altesse, et encor, ledit Nantua a le droit de presenter le curé. Comm' aussi, le prieuré de Chindrieu depend de Cluni, et bien que le Prieur moderne n'ayt pas esté institué de la part de monsieur de Cluni , ça esté par une grace speciale que fit le Pape Clement a ce jeune gentilhomme, qui estoit lors un enfant, a ma remonstrance et supplication, en consideration de la mort du pere qui mourut a moytié martir dans Geneve ; en faveur dequoy Sa Sainteté se contenta de donner ce morceau de pain en commende, pour cette fois tant seulement. Or, Monsieur, je vous escritz ainsy au long toutes ces particularités affin que vous voyiés que cette introduction des Peres de l'Oratoire sera non seulement utile au service de la gloire de Dieu et des ames, mays encor selon le service de Son Altesse Serenissime et l'utilité de nostre patrie; qui me fait d'autant plus hardiment vous supplier de nous procurer au plus tost les expeditions que je demande, puis que je n'ay plus presque que deux moys de loysir pour disposer de la cure de Rumilly, apres lesquelz la provision tumbera es mains du Pape.

Monsieur, je suis tout a fait Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XXIX novembre 1621, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat. MDCCCLVIII A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATION Humilité et confiance de François de Sales au jour anniversaire de son sacre.- Heureuse navigation sous la protection de la Sainte Vierge.

Annecy, 8 décembre [1619-1621 .]

Hé certes, ma tres chere Fille, si je ne regardois qu'a ma conscience, cette journee me seroit de grande confusion et digne de vos larmes, plustost que de vostre congratulation. Mais Dieu est bon, il void la grandeur de ma charge et la vanité de mes forces ; c'est pourquoy je dis comme saint Ambroyse (Ep. 21 adAug.Valent. 36) : Je ne crains pas d'une crainte qui oste le courage, par ce que j'ay un bon Maistre. Ma Fille, aymes moy bien tous-jours avec toutes nos cheres Seurs, et pries la divine Providence de m'estre de plus en plus misericordieuse pour le pardon de mes fautes passees, et de plus en plus propice pour mon amendement a l'advenir. La tres glorieuse Vierge, nostre tres bonteuse Dame et tres pitoyable Mere, nous veuille combler de son saint amour, affin que vous et moy ensemblement, qui avons eu le bonheur d'estre appellés et embarqués sous sa protection et en son nom, fassions saintement nostre navigation en humble pureté et simplicité, affin qu'un jour nous nous treuvions au port de salut qui est le Paradis, pour loüer et benir eternellement son Filz nostre Redempteur. Amen.

MDCCCLIX A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE Défaut de surnaturel dans les " meres temporelles. " - Ne pas regarder ses pensées. - Grands et petits esprits. - D'où proviennent quelquefois les ardeurs et les indifférences.

Annecy, 13 décembre 1621.

Je compatis infiniment a cette bonne dame ; elle n'est que de trop bon naturel, ou du moins, son bon naturel n'est pas asses dompté par le surnaturel en elle. Helas ! ces pauvres meres temporelles ne regardent pas asses leurs enfans comme ouvrages de Dieu, et les regardent trop comme enfans de leur ventre ; elles ne les considerent pas asses comme enfans de la Providence eternelle et des ames destinees a l'eternité, et les considerent trop comme enfans de la production temporelle et propres au service de la republique temporelle. Or bien, si je puis, je luy escriray maintenant, si j'en ay tant soit peu de loysir.

Puisque vous voyla montee en vostre nouvelle Mayson (note 336), j'ay confiance en Dieu que vous dites : Ah ! mon ame, vole au mont comme un passereau (Ps 10,2). Mais vous regardes trop vos pensees. Que vous importe il si vostre cœur reçoit des atteintes des apprehensions anciennes du temporel ? Mocques vous de ces apprehensions, et demeures ferme sur la parole de nostre Maistre (Mt 6,33) : Cherches premierement le regne de Dieu et sa justice, et toutes les choses necessaires a cette chetifve vie vous seront adjoustees. C'est la le port de nos asseurances ; et ne permettes point de repliques ni de mais sur cela.

Qu'appelles vous grand esprit, ma tres chere Fille, et petit esprit ? Il n'y a point de grand esprit que celuy de Dieu, qui est si bon qu'il habite volontier es petitz espritz ; il ayme les espritz des petitz enfans, et en dispose a son gré, mieux que des vieux espritz. Si la fille du procureur dont vous m'escrives est douce, maniable, innocente et pure, ainsy que vous le dites, mon Dieu, gardes vous en bien de la renvoyer ; car, sur qui habite l'Esprit du Seigneur, sinon sur les pauvres et innocens qui ayment et craignent sa parole (Is ult 2) ? Icy, nous avons des filles du voyle noir, Associees, qui font tres bien : mais qu'importe il que celle ci soit Associee, jusques a ce qu'elle soit capable du chœur ? C'est pour des telles filles que ce rang de Seurs a esté mis es Constitutions (Const 1).

[Je ne treuve non plus rien a redire pourquoy l'autre fille ne doive estre receuë, je dis tres amoureusement.] O quand les filles ont le cœur bon et le desir bon, encor qu'elles n'ayent pas ces grandes ardeurs de resolution, il n'importe. Les ardeurs viennent quelquefois de la condition naturelle des espritz, comme quelquefois aussi les indifferences ; et Dieu sçait bien enter sa grace sur l'un et sur l'autre dans les vergers des Religions.

Mais pour toutes telles occurrences, vous aves Moyse et les prophetes (Lc 16,29), vous aves vostre tres bon Pere spirituel : oyés le, escoutes le, et le salues cherement de ma part. Vives, ma tres chere Fille, de cette vie divine, toute remise es mains de Nostre Seigneur.

Je suis de plus en plus, tres entierement tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 13 décembre 1621.

MDCCCLX A MADAME DE VEYSSILIEU Compassion pour des afflictions multipliées. - Ne pas établir son cœur sur les choses de ce monde. - Quelle espérance doit nous réjouir.

Annecy, 13 décembre 1621.

Il ne faudroit pas vous avoir au milieu de mon cœur, ma tres chere Fille, pour ne pas avoir avec vous part a vos afflictions ; mays il est tout vray, qu'estant ce que je vous suis, et a vostre mayson, je compatis grandement a toutes vos afflictions, et de madame de la Baume, vostre seur . Mays, ma tres chere Fille, il me semble que vous estes un peu plus susceptible des consolations que cette chere seur ; c'est pourquoy je vous dis que nous avons tort si nous regardons nos parens, nos amis, nos satisfactions et contentemens comme choses sur lesquelles nous puissions establir nos cœurs. Sommes nous, je vous prie, en ce monde qu'avec les conditions des autres hommes et de la perpetuelle inconstance dans laquelle il est establi ? Il faut s'arrester la, ma tres chere Fille, et reposer nos attentes en la sainte œternité a laquelle nous aspirons. O paix du cœur humain! on ne te treuve qu'en la gloire et en la Croix de Jesus Christ. Ma tres chere Fille, vives ainsy, et res-jouisses souvent vostre cœur bien aymé en la veritable esperance de jouir un jour œternellement de la bienheureuse et invariable œternité. Je suis pressé, ma tres chere Fille, et ne me reste de loysir que pour vous dire que je suis a jamays tout vostre et Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve. Et madame de Pizançon comme se porte elle ? Je luy escriray tout a la fine premiere commodité. La niece qui est icy est bienheureuse d'estre si bonne et douce Religieuse comme ell'est .

13. X. 162I.

A Madame Madame de Visselieu.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Toulouse.

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MDCCCLXI A UNE DAME DE GRENOBLE Un heureux échange avec Dieu. - Sentiments d'humilité et de confiance que doit garder la destinataire. - La Providence divine sur les êtres sans raison et sur ses servantes.

Annecy, 13 décembre 1621.

L'une et l'autre pensee est bonne, ma tres chere Fille: puisque vous aves tout donné a Dieu, vous ne deves rien chercher en vous que luy, qui est sans doute, luy mesme, le contres change du mauvais petit tout que vous luy aves donné. O comme cela aggrandira vostre courage et vous fera marcher confidemment et simplement (Pr 10,9) !

Et c'est bien fait de penser toutefois que vostre sterilité vient de vostre defaut, sans neanmoins vous amuser a rechercher quel est ce defaut ; car cela vous fera marcher en humilité. Penses vous, ma tres chere Fille, que Sara, Rebecca, Rachel, Anne mere de Samuel, sainte Anne mere de Nostre Dame, et sainte Elizabeth, fussent moins aggreables a Dieu quand elles estoyent steriles que quand elles furent fertilisees ? Il faut aller fidelement au chemin de Nostre Seigneur, et demeurer en paix autant en l'hiver de la sterilité qu'en l'automne de la fertilité.

Nos Seurs sont consolees sur l'esperance de la paix ; elles le doivent estre encor plus en la parole de l'Espoux celeste, qui conserve les siens comme la prunelle de ses yeux (Dt 32,10 ; Ps 16,8).

Saint Hierosme dit a une fille de ses devotes (ep 43 ad Marcellam) : Celuy n'a besoin de planche qui marche dessus la terre ; celuy n'a besoin de toit qui est couvert du ciel. Dieu, qui fait des maysons aux escargotz et aux tortuës, qui ne pensent point en luy et ne chantent point ses louanges, laissera il ses servantes assemblees pour sa louange sans monastere ?

Ma Fille, je suis de plus en plus tout a fait Tout vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Le 13 decembre 1621.

MDCCCLXII A DOM BRUNO D'AFFRINGUES, GéNéRAL DES CHARTREUX Conséquence d'une affection qui ne peut être cachée. - Mlle de Bressieu, postulante chartreusine. - Bon espoir du Saint.

Annecy, 13 décembre 1621.

Mon tres Reverend Pere,

Comme cacheroit on le feu ? Je ne puis non plus celer l'extreme affection que j'ay au milieu de mon cœur a vous honnorer de toute ma force; et chacun croid que, reciproquement, j'aye le bonheur d'estre grandement aymé de vostre bonté, et sur cela, comme vous voyes souvent, on recourt a mon intercession es occurrences esquelles on recherche vostre faveur. Messieurs de Bressieux ont une seur au monastere de Melans qui a grand desir d'y estre Religieuse. Ilz vous supplieront, mon tres Reverend Pere, de les gratifier de vostre authorité, requise pour cela ; et puis qu'ilz le souhaitent, j'implore avec eux vostre charité, ce que je fay d'autant plus volontier, que si je puys prendre connaissance des qualités de cette fille par celles de son aysnee qui est ma belleseur , elle sera vertueuse et bonne servante de Dieu . Et j'allegue cet argument ainsy a la bonne Foy, affin de dire encor une des raysons pour lesquelles je doy cooperer aupres de Vostre Paternité pour le bien et la consolation de cett' ame, puis que mesme je me prometz d'estre advoüé de vostre debonaireté tel que je suis et que l'on me croid, Mon tres Reverend Pere, Vostre tres humble et tres affectionné confrere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XIII decembre 1621, Annessi.

Au tres Reverend Pere en N. S., Le Pere General de l'Ordre des Chartreux.

Revu sur l'Autographe qui se conservait à la Grande-Chartreuse.

MDCCCLXIII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS " Une lettre d'empressement. " - Regrets sur la mort de Mme des Gouffiers. - Ce que dirait la Mère de Chantal si elle voyait François de Sales écrire si tard.

Annecy, 15 décembre 1621.

C'est bien une lettre d'empressement, car veritablement je ny puis mettre sinon que nous sommes icy tous en tres bonne santé, et moy particulierement, avec bonne esperance de vous revoir de mesme quand Dieu nous donnera la consolation de vostre retour, pour lequel je vous envoyeray ou M. Roland ou M. Michel (note 247) pour le tems que vous m'advertirés, que vous marqueres a vostre gré, selon que le service de Dieu vous semblera le requerir. Helas ! que la pauvre madame de Gouffier est bien morte a l'improuvëu, et que j'en ay esté touché ! Vous m'avies escrit qu'elle estoit hors de danger et pleyne d'un extreme desir d'estre retiree dans vostre Mayson, et j'en avois esté consolé. Certes, je le suis encor de son trespas, puisque Dieu l'a voulu ainsy et luy a donné la grace de s'unir a sa volonté . Bon soir, ma tres chere Mere; Dieu vous comble de ses plus cheres benedictions, qui sont ses dilections. Je vous escris tout a fait a la desrobee et si tard, que je vous voy, ce me semble, me dire : Retires vous. J'ay esté averti ce soir du depart de ce porteur, beaufrere de la petite Seur Jane Marguerite, que Dieu absolve . Et je vay donq faire l'obedience a nos Seurs .

A la chere Fille .M.me de Port Royal .....

xv decembre 1621.

Revu sur l'Autographe conservé au presbytère de l'église paroissiale de Subligny (Cher).

MDCCCLXIV A UNE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE Visite qui aurait été faite volontiers. - Les affections qui naissent de la contemplation de la crèche. - Mystère où se mêlent l'amour et la rigueur. Sainte Paule préférant Bethléem aux délices de Rome. - Ardente prière.

Annecy, 25 ou 26 décembre [1619-1621 ]

Me treuvant dans ces bonnes festes environné de mille affaires, il ne m'est presque pas bien possible de vous aller visiter, ma tres chere Fille. Je l'eusse pourtant fait de bon cœur, pour vous entretenir toutes de quelques considerations sur le saint mystere que nous celebrons ; mais, ma chere Fille, rien ne vous manquera, puisque vous seres en la presence de cet Enfant sacré duquel vous tiendres l'idee en vostre memoire et imagination, comme si vous le voyies naistre dans sa pauvre petite cresche de Bethlehem.

Mon Dieu, que cette naissance fait naistre de saintes affections dedans nos cœurs ! ains sur tout de la parfaitte abnegation des biens, des pompes, des soulas de ce monde. Je ne sçai, mays je ne treuve point de mystere qui mesle si suavement la tendreté avec l'austerité, l'amour avec la rigueur, la douceur avec l'aspreté. Jamais on ne vit un plus pauvre ni un plus heureux accouchement, ni jamais une si somptueuse et si contente accouchee. Certes, qui accouche du Filz de Dieu n'a que faire de mendier du monde des consolations exterieures. Sainte Paule ayma mieux aussi vivre hospitaliere en Bethlehem que de demeurer riche dame a Rome, luy estant advis que jour et nuit elle oyoit en son cher hospital es cris enfantins du Sauveur en la cresche (S.Jér.

ep 108 ad Eustoch 20), ou, comme parloit saint François, du cher " Enfant de Bethlehem (S.Bonav. Legend S. Fr d'Assise, 10), " qui l'incitoit au mespris des grandeurs et affections mondaines et l'appelloit au tressaint amour de l'abjection.

Ce cher petit Sauveur le sçait bien, ma tres chere Fille, que des ce matin mon cœur crie et reclame JESUS pour le vostre. Ouy, tres doux Jesus, bausme pretieux, qui donnes toute suavité aux Anges, aux hommes, entres, possedes l'ame de cette chere fille; qu'elle jouisse pleinement de ces affections, affin que l'odeur de ce Nom parfumé (Ct 1,2) rejaillisse en toutes ses actions.

Helas ! ma Fille, vous m'estes toute chere, parce que vous n'aves rien de cher que Jesus et, qu'en luy et par luy, je sçai bien que je vous suis bien cher. Que je le sois donq encor plus cette annee ; mais sur tout, que Jesus le soit de plus en plus jusques a la tressainte eternité. Amen.

Vostre tres affectionné Pere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXIV bis (lettre MMXLIV du volume XXI reclassée) A LA MèRE DE CHASTEL SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE GRENOBLE (FRAGMENT INéDIT) Ne pas tourmenter son cœur, ni s'attendrir sur soi-même.

[1619-1621 ]

……………………………………………………………… Je voy que vostre cœur a tous-jours un grand desir de bien faire et une crainte de l'imprudence ; mais ne le tourmentés point, je vous prie, ce cœur bien aymé ; redresses le doucement pour l'amour de Dieu a qui il est dedié, qui le benira et favorisera en tout ce qui sera pour sa gloire. Il faut estre tres humble et courageuse, et Dieu sera vostre force. Gardes vous bien des attendrissemens et des larmes qui proviennent de l'amour et compassion que nous avons sur nous mesme. ……………………………………………………………….

Revu sur le texte inséré dans un ancien Ms. conservé à la Visitation de Bourg-en-Bresse.

MDCCCLXV A UN AMI (FRAGMENT) Seule réponse au mépris. - Bonnes espérances que donne le nouvel Evêque de Chalcédoine. - La misère de ce siècle.

Annecy, [1621 .]

………………………………………………. Ce n'a rien esté ou presque rien, ce petit mespris que l'on m'a fait; et je dis de bon cœur : (Act 7,60) Domine, ne statuas illis hoc peccatum ; et j'adjousterois volontier, si j'osois : quia nesciunt quid faciunt (Lc 23,34). Nous avons icy nostre Monseigneur de Chalcedoine, lequel, ou je suis trompé, ou il reparera beaucoup de fautes que j'ay faites en ma charge, ou je confesse que j'ay failli en tout, ormis en l'affection ; mais ce frere est d'un esprit zelé, et, ce me semble, brave homme pour reparer mon meschef. Je suis bien ayse que nos Filles de Sainte Marie soyent en leur monastere ; ce ne sera pas un petit attrait a plusieurs ames pour se retirer du monde, puisque l'on est si miserable en ce siecle que l'on ne regarde pas tous-jours le celeste Espoux au visage, ains a ces ageancemens exterieurs, et que souvent nous estimons les lieux plus devotieux que les autres, a cause de leur forme. …………………………………

FRANçs, E.de Geneve.

MDCCCLXVI A MADAME DE LA CHAPELLE RELIGIEUSE DE L'ABBAYE DE SAINTE-CATHERINE Que faire quand on se voit toujours retomber dans les mêmes imperfections ? - Une leçon qu'il faut apprendre. - Moyen d'acquérir la .douceur de cœur à l'égard du prochain.

[1618-1621 ]

Ma chere Fille,

Je vous respondray en peu de paroles, puisqu'aussi bien sçay je ce que vous m'eussies dit, par vostre lettre, comme si je vous eusse oüye parler de bouche ; car en fin, c'est que vous estes tous-jours celle la que vous m'aves dit les annees passees. A quoy je vous respondray : Premierement, que vous vous deves doucement supporter, en vous humiliant beaucoup devant Dieu, sans chagrin ni descouragement quelcomque. Secondement, vous deves renouveller tous les propos que vous aves ci devant faitz de vous amender. Et bien que vous ayes veu que, nonobstant toutes vos resolutions, vous estes demeuree engagee en vos imperfections, vous ne deves pas pour cela laisser d'entreprendre un bon amendement, et l'appuyer sur l'assistence de Dieu. Vous seres toute vostre vie imparfaitte, et y aura tous-jours beaucoup a corriger ; c'est pourquoy il faut apprendre a ne se point lasser en cest exercice. Tiercement, travaillés pour acquerir la suavité du cœur envers le prochain, le considerant comme œuvre de Dieu, et qui en fin jouyra, s'il plait a la Bonté celeste, du Paradis qui nous est preparé. Et ceux que Nostre Seigneur supporte, nous les devons tendrement supporter, avec grande compassion de leurs infirmités spirituelles…………………………………………………..

MDCCCLXVII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Danger de suivre la prudence humaine pour la réception des sujets à la Visitation. - Comment Dieu a fait le cœur de François de Sales. - Son amour pour les âmes, tout surnaturel.

Annecy, [1620 ou 1621 .]

Ma tres chere Mere,

…………………………………………………… Sur cest article que vous m'escrives, de la reception des filles, il y a un extreme danger qu'on ne se jette trop sur la prudence humaine, qu'on ne se fonde trop sur la nature et trop peu sur la grace de Dieu. J'ay peine d'empescher qu'on ne considere la foiblesse de la complexion et les infirmités corporelles. On voudroit qu'au festin, il n'y entrast ni borgne, ni boiteux, ni maladif (Lc 14,13) ; en somme, on a bien peine de combattre contre l'esprit humain, pour l'abjection et pure charité. J'adjouste donq ce mot, ma tres chere Mere, pour vous dire que, selon vostre ordre, j'ay escrit a nostre Seur de N. amoureusement, et je vous asseure, ma tres chere Mere, que c'est de tout mon cœur, car j'ayme cette pauvre fille d'un cœur parfait. .Mays c'est grand cas, il n'y a point d'ames au monde, comme je pense, qui cherissent plus cordialement, tendrement et, pour le dire tout a la bonne foy, plus amoureusement que moy ; car il a pleu a Dieu de faire mon cœur ainsy. Mais neanmoins, j'ayme les ames independantes, vigoureuses et qui ne sont pas femelles ; car cette si grande tendreté brouille le cœur, l'inquiete et le distrait de l'orayson amoureuse envers Dieu, empesche l'entiere resignation et la parfaitte mort de l'amour propre. Ce qui n'est point Dieu, n'est rien pour nous. Comme se peut il faire que je sente ces choses, moy qui suis le plus affectif du monde, comme vous sçaves, ma tres chere Mere ? En verité, je les sens pourtant ; mais c'est merveille comme j'accommode tout cela ensemble, car il m'est advis que je n'ayme rien du tout que Dieu et toutes les ames pour Dieu. Hé, Dieu ! Seigneur, faites encor cette grace a toute mon ame, que ce soit en vous seulement .

Ma tres chere Mere, ce discours est infini. Vives joyeuse, toute pleine de Dieu et de son saint amour.

Bon soir, ma tres chere Mere. Je sens cette unité que Dieu a faite, d'un extraordinaire sentiment.

FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXVIII A MADEMOISELLE JOUSSE (INéDIT) Conseils à une aspirante à la Visitation.

Annecy, [1620 ou 1621 ]

Ma chere Fille,

Sur la resolution que vous aves declairee a monsieur vostre pere , je vous exhorte de perseverer a demander sans cesse la clarté du Saint Esprit et sa sainte conduite, en attendant que vous venies icy, et que Mme de Chantal [soit de re]tour, affin qu'en chose de si grand' importance et en laquelle il s'agist de la disposition de toute vostre vie mortelle, nous ne facions rien que par la volonté et inspiration de Celuy qui nous a preparé l'eternelle. Je suis de tout mon cœur, ma tres chere Fille, Vostre humble, affectionné serviteur, F., E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à la Trappe de Mortagne.

MDCCCLXIX A M. PIERRE JAY Une " ample " approbation. - Comment il faudrait traiter les choses pieuses et saintes pour détourner habilement les âmes de la lecture des romans. - Hameçon du pêcheur d'hommes. - La délicatesse du monde. - Projet d'un ouvrage.

Annecy, 1620 ou 1621.

Monsieur, Apres avoir leu vos cayers, je vous les renvoye avec une approbation autant ample que vous la sauries desirer de moy. Mais, mon Dieu, il faut que je vous die que la connoissance que je prens tous les jours de l'humeur du monde me fait souhaitter passionnement que la divine Bonté inspire quelque sien serviteur d'escrire au goust de ce pauvre monde. Je veux dire, Monsieur, que s'il vous plaisoit de suivre vostre pointe et traitter des choses pieuses et saintes d'une façon aggreable, historique et qui charmast un peu la curiosité des espritz du tems, cela les retireroit, ou au moins divertiroit, de la pestilente lecture des Amadis , des romans et de tant d'autres sottises, et ilz avaleroyent insensiblement l'aggreable hameçon qui les retireroit de la mer du peché dans la nacelle de la vertu.

En fin, Monsieur, nous sommes pescheurs, et pescheurs des hommes (Mt 4,19). Nous devons donq employer a cette pesche non seulement des soins, des travaux et des veilles, mais encor des appas, des industries, des amorces, ouy mesme, si je l'ose dire, de saintes ruses. Le monde devient si delicat, que desormais on ne l'osera toucher qu'avec des gans musqués, ni panser ses playes qu'avec des emplastres de civette; mays qu'importe, pourveu que les hommes soyent gueris et qu'en fin ilz soyent sauvés ? Nostre reyne, la charité, fait tout pour ses enfans. Prenes donq courage, Monsieur, suives les mouvemens de ce grand et gratieux genie qui vous anime.

Il faut que je vous confie un secret que je n'ay encor dit qu'a deux de mes bons amis. Croiries vous que, tout pesant que je suis, je fay dessein d'escrire, par une methode de narration historique, les principaux pointz de nostre croyance ? Mays, helas ! si je n'ay point d'autre loysir que celuy que la cour me laisse, je mourray comme les femmes enceintes, sans produire ce que j'ay conceu. . . .

…………………………………………………………………

MDCCCLXX A UNE DAME Le prix des tribulations. - Bonheur des âmes que Dieu appelle à son service.

[1616-1622 ]

O que Dieu est bon, ma tres chere Fille ! Il est vray qu'il est bon a tous, mays souverainement a ceux qui l'ayment. Les tribulations sont plus pretieuses que l'or et le repos aux ames que Dieu a choysies. J'escris a nostre Seur Superieure selon vostre desir et celuy de cette chere fille, car je ne puis ni ne dois faire autrement ; elle sera bien heureuse, cette ame, si elle persevere constamment. Meilleure est une heure es portiques de Dieu, que mille et millions es cabinetz des pecheurs (Ps 83,11). Or vous y estes encor, ma tres chere Fille, en ces porches sacrés de Nostre Seigneur, puisque vous pretendes et pretendres invariablement a la conjonction de vostre ame a son Dieu, et qu'elle fait la pluspart de son sejour au mont sacré du Calvaire. Dieu soit a jamais au milieu de vostre ame, pour l'enflammer de plus en plus de son pur amour, qui est la plus digne et la plus desirable benediction de vostre esprit. Je suis de tout le mien, tres invariablement et parfaitement

Vostre tres humble serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXXI A UNE DAME La merveilleuse importunité de la prudence humaine. - Manière de purifier nos intentions. - Deux volontés en l'âme de saint Paul, et en la nôtre. -Agir pour Dieu, afin de lui être agréable, et laisser le reste.

[1618-1622 ]

Je respons a la demande que la bonne Mere de Sainte Marie m'a faite de vostre part, ma tres chere Fille. Quand la prudence humaine se mesle de nos desseins, il est malaysé de la faire taire ; car elle est merveilleusement importune, et se fourre ardamment et hardiment en nos affaires malgré nous.

Que faut il faire la dessus affin que l'intention soit purifiee ? Regardons si nostre dessein peut estre legitime, juste et pieux ; et s'il le peut estre, proposons et deliberons de le faire, non plus pour obeir a la prudence humaine, mais pour, en iceluy, accomplir la volonté de Dieu.

Si nous avons une fille, par exemple, que la prudence humaine dicte devoir estre colloquee en Religion pour quelques raysons de l'estat de nos affaires, or sus, nous dirons en nous mesmes (je ne dis pas devant les hommes, mais devant Dieu) : O Seigneur, je vous veux offrir cette fille, parce que, telle qu'elle est, elle est vostre ; et bien que ma prudence humaine m'incite et incline a cela, si est ce, Seigneur, que si je sçavois que ce ne fust pas aussi vostre bon playsir, malgré ma prudence inferieure je ne le ferais nullement, rejettant en cette action ladite prudence que mon cœur sent, mays a laquelle il desire ne point consentir, et embrassant vostre volonté que mon cœur n'apperçoit pas selon son sentiment, mais a laquelle il consent selon sa resolution. O ma tres chere Fille, c'est a tout propos que l'esprit humain nous travaille de ses pretentions et se vient importunement ingerer parmi nos affaires. Nous ne sommes pas plus saintz que l'Apostre saint Paul, qui sentoit deux volontés au milieu de son ame : l'une qui vouloit selon le viel homme et la prudence mondaine, et cette cy se faisoit plus sentir ; et l'autre qui vouloit selon l'esprit de Dieu, et celle cy estoit moins sensible, mais laquelle pourtant dominoit, et selon laquelle il vivoit (Rm 7,21); dont d'un costé il s'escrioit :

O moy miserable homme, qui me delivrera du cors de cette mort (Rm 7,24) ? et d'autre part il s'escrioit : Je vis, non plus moy mesme, mais Jesus Christ vit en moy (Ga 2,20).

Et a chaque pas, presque, il nous faut faire la resignation que Nostre Seigneur nous a enseignee : Non ma volonté, mais la vostre, O Pere eternel, soit faite (Lc 22,42). Et cela fait, laisses clabauder la prudence humaine tant qu'elle voudra, car l'œuvre ne sera plus sienne; et vous luy pourres dire comme les Samaritains dirent a la Samaritaine apres qu'ilz eurent oüy Nostre Seigneur : Ce n'est plus meshuy pour ta parole que nous croyons, mays parce que nous mesmes l'avons veu et entendu (Jn 4,42).

Ce ne sera plus pour la prudence mondaine, bien que ce soit elle qui ayt excité la volonté, que vous feres cette resolution, mais parce que vous aves conneu que Dieu l'auroit aggreable : ainsy, par l'infusion de la volonté divine, vous corrigeres la volonté humaine.

Demeures en paix, ma tres chere Fille, et serves bien Dieu en la peyne et fascherie de la grossesse et de l'enfantement, que vous dresseres aussi selon son bon playsir. Et je prie sa souveraine Bonté qu'elle vous comble de benedictions, vous suppliant de m'aymer tous-jours en luy et pour luy, qui m'a, en toute verité, rendu Vostre tres humble serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXXII A M. ALBERT DE GENèVE-LULLIN Mission assignée par Dieu aux grands de ce monde. - Où doivent-ils mettre leur perfection. - Efficacité de leur exemple. - Un mot de Trajan et les paroles de l'Apôtre. - La première leçon des maîtres.

[1618-1622.]

Monsieur, Je vous prie de vous mettre souvent devant les yeux et rappeller en vostre esprit ce que la tres sage bonté de Dieu a voulu operer en vostre ame et par vostre moyen, en vous donnant des biens, de la faveur et de l'authorité.

Les princes et les grans seigneurs ont pour l'ordinaire en naissant ce que le simple peuple s'efforce d'acquerir avec bien de la peine. Que si quelque chose leur manque, ilz peuvent tout en Celuy qui leur a tout donné (Ph 4,13), et il leur suffit de vouloir pour estre asses puissans. Mais affin que leur volonté soit plus conforme a la regle de toute bonne volonté, leur perfection doit estre de vouloir seulement ce que Dieu veut. Or, il est vray que Dieu ne veut autre chose d'un prince, sinon qu'en regissant tous ses sujetz avec crainte et amour, il ayme et craigne Dieu avec une crainte filiale et un amour tres pur, tressaint et tres cordial. Souvent leur indulgence est une pure cruauté, et leur justice, une grande misericorde. Leur exemple est le point d'ou depend le bonheur et le malheur du peuple, et partant ilz doivent tous dire avec Trajan : " Je dois estre tel prince envers mes sujetz, que je desirerois de rencontrer un prince si j'estois sujet (Eutrop. Brev.ab urbe condita 1,8,5). "

De mesme aussi, comme chaque seigneur et chaque gentilhomme est un petit monarque en sa mayson, ilz ne doivent pas s'oublier de ces paroles de l'Apostre (Col 4,1) : Vous qui estes maistres, faites a vos serviteurs ce qui est juste et convenable, vous souvenans que vous aves un autre Maistre au Ciel et des Rois sur la terre, de qui vous dependes. Ilz ne doivent donq pas faire chez eux comme des lions, et revolter leurs domestiques, et opprimer leurs serviteurs ; mais leur pieté doit estre genereuse, et leur courage plein de clemence et de bonté. C'est la leur premiere leçon, d'ou ilz apprendront a rendre a Dieu et a leur Roy tous les devoirs de leur sujettion, et a leurs sujetz tous les offices d'une puissance qui ne doit marcher que sur la justice et sur la bonté.

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MDCCCLXXIII A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS (FRAGMENT) Pensée du Saint sur le monde et les mondains. - Nouvelles de son âme.

[1619-1622 ]

……………………………………………………….. Plus je vay avant, plus je treuve le monde haïssable et les pretentions des mondains vaines, et ce qui est encor pis, plus injustes. . Je ne puis rien dire de mon ame, sinon qu'elle sent de plus en plus le desir tres ardent de n'estimer rien que la dilection de Nostre Seigneur crucifié, et que je me sens tellement invincible aux evenemens de ce monde, que rien ne me touche presque. O ma Mere, Dieu comble de benedictions vostre cœur, que je cheris comme mon cœur propre. Je suis sans fin vostre, en Celuy qui sera par sa misericorde, s'il luy plait, sans fin tout nostre.

FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXXIV AU COMTE CLAUDE-JéROME DE SAINT-MAURICE (INéDITE) Réclamation d'un legs fait pour une chapelle par le beau-père du destinataire.

Annecy, [1620-1622 ]

Monsieur,

Ayant fort souvent esté prié par le sieur Peyssard, vicaire en l'eglise parroissiale de cette ville , de vous representer combien la chapelle de Chitri, qui y est , a besoin de vostre soin et d'un legat que feu .M.. de Treverney avoit fait pour icelle, je le fay maintenant par cette commodité, sachant que vous aurés grandement aggreable que je vous rende ce devoir, et que vous prendres playsir a faire ce bien-la en un lieu qui porte le nom et les marques d'une mayson qui n'est qu'une avec la vostre et qui s'est si honnorablement, jadis, signalee en la vertu et pieté. Ce pendant, je ne cesseray jamays de- vous souhaiter toute sorte d'accroissement de prosperité en la grace de Nostre Seigneur, ni d'estre, Monsieur,

Vostre serviteur tres humble et tres affectionné,

FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.

MDCCCLXXV A LA MèRE DE BLONAY SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (FRAGMENT) Bénédictions et vœux de François de Sales pour la petite Aimée de Blonay. -Doux et lointains souvenirs du Chablais.

[Juin 1620-1622 ]

………………………………………………………. Je vous peux bien appeller ma tres chere Fille, car vous m'aves esté chere, en verité je le puis dire ainsy, des le ventre de vostre mere, ou au moins des la mammelle, ou je vous ay cent fois benite et souhaité la couronne et le loyer des vierges, espouses de Jesus Christ, en ce tems bienheureux, ma chere Fille, ou, avant que d'estre pasteur en chef, j'avois la grace de courir chercher les brebis de mon Maistre, et que j'estois si courtoysement et si amiablement accueilli chez vous. Ma vraye Fille, il me fait, je vous asseure, grand bien de m'entretenir avec vous de ces premieres annees de mon premier service a la tressainte Eglise : cela m'anime a la ferveur et me fait doucement souvenir combien il y a long tems que vous estes ma fille………………………………………

MDCCCLXXVI A UN ECCLéSIASTIQUE Pourquoi ne faut-il pas accueillir facilement la calomnie. - Conduite à tenir envers les calomniateurs. - En quel sens le pardon doit être héroïque.

Annecy, [1621 ou 1622 ]

Monsieur,

Trois jours avant l'arrivee en cette ville de ce bon Frere hermite que je treuve bien a mon gre , j'eus des-ja quelque advis de cette fascheuse affaire qu'il m'a communiquee de vostre part ; et comme apres avoir eu une bonne impression d'une personne qualifiee, j'ay beaucoup de difficulte a m'en desprendre, je ne permis pas a cette relation si mauvaise d'entrer dedans mon esprit, ains je l'arrestay a la porte, suyvant l'ancien advis :

Celuy que trop facilement Par la calomnie on enchante, Ou bien il est sans jugement, Ou bien il a l'ame meschante.

Neanmoins, la cheute de Salomon, que j'ay si souvent en la pensee, me mit, je vous asseure, grandement en peine ; et fus grandement soulage quand ce bon Frere m'eut parle et que j'eus veu le tesmoignage plus grand qu'aucune exception de monsieur l'Archidiacre , duquel le tesmoignage est digne de tres grand respect. Or sus, Dieu soit loüé. Voicy mon advis : Premierement, puisqu'ainsy que me dit ce porteur et que vostre lettre me signifie, la calomnie n'est pas encor entree dans la foule du peuple, et qu'au contraire les plus apparens et les plus dignes juges des actions humaines de ce païs la sont tout a fait resolus en l'opinion de vostre probité, je prefere la dissimulation au ressentiment; car nous sommes au cas de l'ancien sage (Tacite Annal.4,34) :

" Spreta exolescunt ; si irascare, agnita videntur ; "

et, comme j'ay accoustumé de dire (IVD 3,7), la barbe n'est ni arrachee ni bruslee, ains seulement coupee ou rasee : elle recroistra facilement. 2. Je voudrois que la dissimulation fust franche, et comme doivent estre les actions heroïques qui se prattiquent pour l'amour de Dieu : sans se plaindre, sans tesmoigner des grandes repugnances au pardon, car la candeur du cœur qui pardonne fait tant plus connoistre le tort de l'injuriant. 3. Neanmoins, il faudroit oster de devant les yeux des malins tout ce qui les peut provoquer et qui n'est pas du service de Dieu. …………………………………………….

FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXXVI bis (lettre MMXLVI du volume XXI reclassée) A LA MèRE DE CHANTAL (FRAGMENT) Ardentes aspirations du saint Evêque.

Annecy, 6 janvier [1621 ou 1622 ]

………………………………………….. Ah ! quand serons nous entierement mirrhe par mortification, encens par orayson et or par charité ? Quand traitterons nous des affaires de ce siecle avec les yeux fichés au Ciel ? Quand affectionnerons nous un chacun au rang qui luy appartient, selon le desir de Nostre Seigneur ? Quand ne chercherons-nous plus rien pour la consolation de nos cœurs ? Quand ne chercherons nous plus que Celuy qui nous va par tout cherchant pour avoir nos cœurs et les remplir de benedictions ? O qu'il est desirable que nous aymions Dieu solidement et constamment !……………………………………

MDCCCLXXVII A LA MèRE DE MONTHOUX SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE NEVERS Bourrasque et contradiction suscitées par l' "ennemy." - Le véritable esprit de l'Evangile; ce qu'il aime, comment il inspire nos paroles.

Annecy, [fin 1621, ou commencement de 1622 ]

Ma tres chere Fille,

Cette brouillerie me tient en peine jusques a ce que je sache qu'elle soit accoysee . L'ennemy, qui a veu que c'estoit tout de bon que ce petit Institut s'augmentoit pour la gloire de Dieu, a suscité cette bourrasque, et encor une autre contradiction de la part de certaines servantes de Dieu, que j'honnore infiniment ; et croy que leur rare pieté ne leur permettra pas de vivre longuement sans se remettre sur le train d'une pure et simple dilection de Dieu et du prochain . (a) Sa divine Bonté nous veuille a jamais defendre de la prudence et sagesse, et des saillies de l'esprit humain, et nous face tout a fait vivre en la suite de l'esprit du saint Evangile, qui est simple, doux, amiable, humble, et qui ayme le bien en tous, pour tous, et par tout ou il est ; et qui nous fait tellement aymer nostre vocation que nous n'en aymons pas moins les autres, et qui nous fait parler avec veritable sentiment d'honneur, de respect et d'amour de tout ce que Dieu veut estre en son Eglise pour le bien de ses enfans et pour son service. J'espere que ces bonnes ames cesseront de vous tourmenter quand elles feront une serieuse reflexion sur la dilection de Dieu et du prochain, et sur vostre humble patience. Ce grand Dieu vive a jamais en vostre ame, ma tres chere Fille, et je salue toutes nos cheres Seurs. FRANçs, E. de Geneve.

MDCCCLXXVII bis (lettre MMXLVII du volume XXI reclassée)

A UNE SUPéRIEURE DE LA VISITATION (FRAGMENT) Les grandes résolutions d'un Fondateur.

1621-1622 .

J'ay fait des resolutions bien grandes de me reposer entierement en Dieu, de suivre tranquillement sa providence et de ne tenir gueres de conte de cette prudence naturelle, specialement es choses qui dependent de la celeste grace, comme les vocations de nos Seurs, l'erection des Maysons et la conduite d'icelles. Soyes toute courageuse, ma chere Fille; Dieu est nostre Tout, et il tient le cordeau de nostre conduite dans les labyrinthes et embarras que la sagesse humaine fait en cette vie mortelle; tout reuscit a bien a ceux qui l'ayment (Rm 8,28)…………………………….

ANNEE 1622

MDCCCLXXVIII AU DUC ROGER DE BELLEGARDE (INéDITE) Raison divine de l'élévation du destinataire. - Une victime du " crime d'autruy. " - Prière instante de maintenir ce malheureux dans sa charge. – "" Bien faire aux pauvres" pour obliger Notre-Seigneur à prendre soin de nous.

1622 .

Monsieur, Dieu vous a mis au lieu et au grade auquel il vous a eslevé par vos merites, affin que vous soyes, pour l'amour de luy, le refuge commun des affligés, mais particulierement de ceux qui tombent en adversité plus par malheur que par malice. Mondon, present porteur, est veritablement l'un de ceux la, grandement vexé pour le crime d'autruy, ains pour le fait d'autruy qui n'est pas tout a fait crime, ainsy que Vostre Grandeur, Monsieur, pourra mieux discerner que nul autre, sil vous plait d'oüir le discours de cet accident. Il recourt donq avec la confiance qu'il a, et que mesme je luy ay augmentee, en vostre requité et debonaireté, affin qu'il vous playse, Monsieur, de le delivrer de la totale ruine delaquelle il est menacé et des-ja presque tout accablé, le conservant en l'office d'archer du praevost et en celuy qu'il avoit pour la garde du sel, a Gex. Vostre Grandeur, comme je sçai, a une tres singuliere inclination a bien faire aux pauvres, et voyci une tres singuliere occasion de la prattiquer et, en certaine façon, d'obliger Nostre Seigneur a prendre soin particulier de vostre chere ame, a laquelle je ne cesseray jamais de souhaiter mille et mille benedictions, et sur tout l'aeternelle a la fin de vos jours, pendant lesquelz je vous supplie de m'advouer, Monsieur, Vostre invariable, tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

.……..[16]22.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Orléans.

MDCCCLXXIX A MADAME DE VAUDAN Prendre du loisir pour arranger ses affaires, et être Religieuse d'affection, en attendant de l'être d'effet.

1622.

Madame, Je loüe Dieu de vostre perseverance, et vous aves rayson de prendre suffisamment du loysir pour pourvoir dignement aux affaires que vous laisseres au monde. Ce pendant l'œil de la Providence eternelle, qui regarde vostre cœur, ne laissera pas de vous tenir au nombre de ses espouses, puisque si vous n'estes pas encor Religieuse par effect vous l'estes en affection, et ne differes de l'estre que pour l'estre mieux. Continues, je vous prie, Madame, a prier pour mon ame, puisqu'elle cherit tres affectueusement la vostre, et que je suis Vostre tres humble et tres affectionné serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

A Madame la Chevaliere de Vaudan.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du Monastère de la Val d'Aoste, conservée à la Visitation d'Annecy.

MDCCCLXXX A LA MèRE FAVRE SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE MONTFERRAND L'Evêque n'a autorité que sur les Religieuses qui ont fait profession dans son diocèse, et celles-ci appartiennent toujours au Monastère où elles ont prononcé leurs vœux. - Formalités à remplir pour les fondations. – Le président Favre et ses justes désirs. - Charges honorables de ses fils. Pourquoi François de Sales voudrait voir retarder l'établissement de la Visitation à Riom ; moyen terme que l'on peut prendre. - Projet pour Aurillac. - Une petite Novice de treize ans.

Annecy, janvier 1622 .

Ma tres chere Fille,

Il faut que je vous die naivement et comm'a vous, que je n'ay nulle authorité es Maysons qui ne sont pas en mon diocaese, ni sur les personnes, ni sur les dependences, ormis sur les Seurs qui sont sorties d'icy, qui, selon leurs vœux et la reciproque obligation qu'elles ont a ce Monastere duquel elles sont tous-jours, et le Monastere envers elles pour les recevoir a toutes bonnes occurrences, demeurent tous-jours membres inseparables de cette Mayson, delaquelle elles ne sont nullement privees, puisque elles n'en sont point dehors sinon par obeissance et selon l'Institut. C'est pourquoy, ma tres chere Fille, en toutes occasions de fondation, il faut que les Superieures des lieux ou l'on recourt pour avoir des Seurs prennent advis et conseil avec les Peres spirituelz et autres sages amis et amies, et que, avec le consentement du Chapitre et l'obeissance de l'Evesque, ou, en son absence, du Pere spirituel, elle dispose (sic) des personnes convenables a la fondation. Et quand c'est hors de la diocaese qu'il faut aller fonder et que l'obeissance est donnee par le Pere spirituel, il faut que le Vicaire general de l'evesché atteste que le Pere spirituel est deputé pour la direction du Monastere; et faut observer encor cela quand, selon que le Concile de Trente l'ordonne (Sess 25, de Regul.8), un Monastere eslit et desire une Superieure d'un autre monastere hors du diocaese ou se fait l'election.

De sorte, ma tres chere Fille, que pour les deux fondations que vous me marques, vous n'avies nul besoin de m'advertir sinon en ce qui regarde la disposition de vostre chere personne, pour laquelle je ne voy nul lieu de me dispenser contre les promesses faites a tant de personnes, mays sur tout a monsieur vostre pere, qui ne peut quasi plus rien esperer pour l'accomplissement de ses consolations en ce monde, que de vous voir au Monastere de Chamberi que l'on va entreprendre , affin de vous avoir aupres de luy, d'ou il a esloigné tous messieurs vos freres par les charges honnorables dont ilz sont tous prouveuz maintenant, puisque, comme vous sçaves, M.de Feliciaz est senateur et juge maje de la province de Chablaix ; monsieur de Charmettes a la cour, aupres de Madame; monsieur nostre President de Genevois icy , d'ou il ne peut absenter, non plus que monsieur de Vaugelaz de la cour de France ; de sorte quil ne reste que monsieur le Doyen de la Sainte Chapelle . Mays, comme que ce soit, il est malaysé de repliquer au desir d'un pere, si juste comm'est celuy de voir sa fille, puysque cela se peut bonnement faire, et selon la gloire de Dieu. Et bien que ce tres bon pere, comme tout dedié a Dieu luy mesme, se remet tres volontier a tout ce qui sera jugé plus a propos pour l'employ de sa fille au service de la plus grande gloire de cette celeste Majesté, si est ce que cela mesme nous oblige tant plus a le consoler en ce qui se pourra. Voyes la lettre quil m'escrit, ma tres chere Fille, et vous connoistres ce que vous et moy devons vouloir en cette occasion. Voyla donq quant a ce point.

Et quant a la fondation de madame de Chazeron , je vous diray mon: advis, qui est que l'on la contente en tout ce que l'on pourra, et sur tout quant a la qualité et quant aux privileges de fondatrice, dont elle puisse joüir des maintenant.

Mays j'appreuverois merveilleusement que l'on ne se hastat pas tant de faire le Monastere de Riom, non seulement pour donner du tems aux autres Institutz des filles, Carmelites, Urselines et autres qui y sont, mays principalement pour en donner a vostre Monastere de Montferrant de se bien establir, sur tout en personnes ; car c'est cela que j'apprehende en toutes les fondations, qu'elles ne se facent sans filles bien formees et solides en cette vertu religieuse que l'Institut requiert autant ou plus qu'aucun autre Institut qui soit en l'Eglise, puisque dautant plus qu'il y a moins d'austerité exterieure il faut quil y ayt de l'esprit interieur. Je voudrois donq que l'on prist du tems pour ce Monastere de Rioms et que, sil se pouvoit, on retirast les filles qui en veulent estre en vostre monastere de Montferrant, avec leurs pensions annuelles ; puys, la nouvelle Mayson estant faite a Rioms comme une nouvelle ruche, on y envoyast des filles toutes faites, comm'un essein d'abeilles prest a faire le miel . J'en dis de mesme de la proposition que l'on fait pour Aurillac , ou j'aurois grande inclination, en voyant tant en ce bon Pere Recteur qui vous escrit . Je croy que nostre Mere ira la ; et avec ces dames du païs et elle, vous pourres prendre meilleur advis par l'opinion de vos bons Peres spirituelz que vous aves la, et vos amis, que non pas par la mienne qui ne void pas des icy ce qui pourroit estre plus a propos. A cela donq je vous renvoye, m'estant advis que je le doy.

L'inconvenient que vous apportes pour Aurillac seroit dissipé par celuy que je propose, que les filles vinssent faire leur novitiat a Montferrant.

Ma tres chere Fille, il ny a point de difficulté que l'on ne puisse donner l'habit a la petite fille de treze ans, en consideration de son si bon pere . Mays affin que cela se face comm'il est expedient, il faut qu'elle face le premier essay de quelques semaines, apres lequel, sil (sic) ell'est jugee propre, il faut avoir dispense de M. l'Evesque ou du Pere spirituel, car autrement cela tireroit consequence plus grande. Et certes, il n'est pas convenable que l'on engage ces si jeunes filles a l'habit, car il y [a] bien plus de peine a oster l'habit a une fille qu'a la renvoyer avant qu'elle l'ayt (sic) pris l'habit .

Je ne voy pas quil y ayt aucun inconvenient que madame de Dalet entre es monasteres de cette province-la ; au contraire, il me semble que la gratitude et bienseance requierent qu'elle y entre.

Je treuve que c'est une grande Providence de Dieu que les Supperieurs, en ce commencement, ne soyent pas trop empressés de vostre conduite ; elle se fera plus suavement par les advis des amis que vous employerés. J'escris a ces deux bons Peres que vous me nommés et a Mme la Princesse de Joinville , avec les deux motz que Mme de Da1et a marqués de Monseigneur et 1. . . . . . . Salues, je vous prie, ce cœur la de Mme de Dalet.

Vives toute a Dieu, ma tres chere Fille, et ne bouges, ce reste de tems, d'aupres du petit Enfant qui vous dira, au commencement de ses ans, que l'eternité de laquelle il vient, a laquelle il est, a laquelle il va est seule desirable. Bonjour, ma tres chere Fille, et a toutes nos Seurs.

FRANçs, E. de Geneve.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Aurillac.

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MDCCCLXXXI A LA COMTESSE DE MIOLANS Compassion et condoléances. - Le seul Consolateur. - Condition nécessaire pour la guérison des corps et des cœurs. - Les " troys douces paroles " de sainte Blandine. - Où se retirer à l'abri des maux de la terre. - François de Sales se réjouit du repos que Mme de Miolans a trouvé à la Visitation.

Annecy, 8 janvier 1622.

Madame, Bien que je n'eusse pas eu le bonheur de vous connoistre quand j'eu la premiere nouvelle de vostre desplaysir, si est ce que je ne laissay pas d'estre vivement touché de compassion pour vostre cœur, m'imaginant combien forte avoit esté cette inopinee secousse ; et si mes souhaitz eussent esté autant pleins d'efficace comm'ilz le furent d'affection et de tendreté, je croy que des lors vous eussies ressenti quelque sorte de veritable alegement. Mays, Madame, les pensees des hommes sont vaynes (Ps 93,11) et inutiles en elles mesmes ; Dieu seul est le Maistre et le Consolateur des cœurs, c'est luy seul qui apayse les ames de bonne volonté (Lc 2, 14). Or, celles-la sont de bonne volonté esquelles Dieu met son bon playsir, et il met son bon playsir es ames qui, selon sa bonne volonté, esperent en luy.

Que ce fut un bon advis, Madame, que celuy que vous receutes de son inspiration, vous proposant de vous retirer pour un peu de la presse des consolateurs du monde, quoy que bons consolateurs, pour, en repos, remettre la playe de vostre cœur es mains du Medecin et Operateur celeste ! puisque mesme les medecins terrestres confessent que nulle guerison ne se peut faire sinon en la quietude et tranquillité. Les paroles interieures que Dieu dit au cœur affligé qui recourt a sa bonté sont plus douces que le miel (Ps 118,103), plus salutaires que le bausme praetieux a guerir toutes sortes d'ulceres. Le cœur qui s'unit au cœur de Dieu ne se peut empescher d'aymer et d'accepter en fin suavement les traitz que la main de Dieu descoche sur luy. Vostre sainte Blandine ne treuvoit point de plus grand soulagement parmi les blessures de son martire que la sacree cogitation qu'ell'exprimoit souspirant ces troys douces paroles : " Je suis chrestienne. " Bienheureux est le cœur qui sçait bien employer ce souspir !

Madame, je vous dirois volontier, pour remede a vostre douleur, que qui veut exempter son cœur des maux de la terre, il le faut cacher dans le Ciel, et, comme dit David (Ps 30,21), il faut musser nostre esprit dans le secret du visage de Dieu et dans le fonds de son saint tabernacle. Regardes bien a l'eternité a laquelle vous tendes; vous treuveres que tout ce qui n'appartient pas a cette infinie duree ne doit point mouvoir nostre courage. Ce cher filz est passé de ce monde a l'autre sous des bons auspices, a la suite de son devoir envers Dieu et le Roy : ne voyes plus ce passage qu'en l'eternité. Madame, on me presse de donner cette lettre, qui est des-ja trop longue pour estre si peu consideré (sic). Je benis Dieu dequoy ces Seurs de Sainte Marie vous ont esté aggreables en cett'occasion de vostre retraitte, et de quoy il vous a fait faire ce choix pour cette petite retraitte. Je sçai qu'elles se tiennent pour avoir esté grandement honnorees et edifiees de vostre sejour parmi leur abjection, et glorieuses que Monseigneur l'Archevesque les ayt favorisees de son commandement qui, en toutes rencontres, leur doit estre tres cher, et particulierement quand il regarde a vostre consolation.

Je suis a jamais de tout mon cœur, Madame, Vostre tres humble et obeissant serviteur en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

VIII j[anvier 1622 ].

A Madame Madame la Comtesse de Miolans. A Lion.

Revu sur l'Autographe conserve à la Visitation de Voiron.

MDCCCLXXXII AU CHANOINE JEAN MOCCAND PRIEUR DU MONASTèRE DE SIXT (L8, note 199) (FRAGMENT INéDIT) Les Constitutions de la Visitation à Sixt.

Annecy, 15 janvier 1622 .

……………………………………………………………………… Je luy ay donné une copie des Regles de saint Augustin et des Constitutions de la Visitation, affin que sur icelles vous puissies cueillir ce qui vous semblera a propos . ……………………………………………………………

Revu sur le texte inséré dans le 1er Procès de Canonisation.

MDCCCLXXXIII A LA MèRE DE MONTHOUX SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE NEVERS La joie de l'âme au jour de la distribution du salaire éternel. - Réponse effective de Dieu à la confiance. - Douce réunion autour de la Mère de Chantal.

Annecy, 22 janvier 1622.

Ma tres chere Fille,

Rien tout a fait maintenant, parmi ce deluge de lettres que j'escris, sinon que je vous souhaitte tous-jours de plus en plus courageuse en ce saint service de Dieu auquel vous estes. O combien de veritables consolations vostre ame recevra elle au jour auquel, comme dit l'Evangile d'aujourd'huy (Dom. Septuag Mt, 20,1) le grand Maistre de la vigne dira a son facteur : Appelle les ouvriers, et leur rens le salaire. Il faut estre constante et toute remise en cette sainte Providence qui vous a mise en besoigne. J'ay sceu, j'ay veu vos peines interieures et exterieures ; j'ay conneu que Dieu a sousmis sa main a vostre cœur, affin qu'il ne flechist point sous la pesanteur du fardeau (Ps 36,24). C'en sera tous-jours de mesme, quand vous dresseres vos yeux et vos esperances devers son sanctuaire.

Je vous voy toute pleyne de consolation sur le passage de la bonne Mere, que ce porteur va prendre

car je vous laisse a penser quel contentement de se revoir ensemble : nostre Mere, nostre Seur Paule Hieronime et ma fille Marie Aymee. Je suis tres parfaitement tout vostre, ma tres chere Fille. FRANçs, E. de Geneve.

Le 22 janvier 1622.

MDCCCLXXXIV A LA MARQUISE DE MAIGNELAIS Remerciements pour des faveurs passées ; prière de les continuer aux Sœurs de la Visitation de Paris. - L'exemple du Sauveur, ami des petits et des enfants.

Annecy, 23 janvier 1622.

Madame, Puisque non une seule rayson, mais plusieurs bien justes et urgentes retirent la bonne Mere Superieure de la Visitation Sainte Marie de Paris a Dijon et de deça, il est bien raysonnable que je vous remercie, ainsy que je fay tres humblement, des consolations et faveurs qu'elle a recueillies de vostre continuelle charité : vous suppliant neanmoins tous-jours de les luy continuer en la personne de cette trouppe de filles qu'elle laisse la pour le service de la gloire de Dieu, qui est tout vostre amour, et duquel la providence a preparé vostre cœur pour estre le refuge et la protection des petites servantes de son Filz, qui en sont d'autant plus necessiteuses que l'aage et l'imbecillité de leur establissement est plus tendre et sujet a la contradiction.

J'espere que l'humilité et la connoissance de leur petitesse les conservera non seulement en la grace de Dieu, mais aussi en vostre bienveuillance, Madame ; et que parmi tant d'autres ames plus relevees et dignes de vostre faveur, que vostre pieté appuye de son zele, elles aussi, en leur rang, vivront a l'abry de vostre debonaireté, laquelle se souviendra que son Mirouër et son Exemplaire et Patron ayme plus tendrement les petites gens, basses et infirmes, ouy mesme les plus jeunes petitz enfans, pourveu qu'ilz se laissent sousmettre a ses mains et prendre entre ses bras (Mt 19,13 ; Mc 10,13).

Et pour moy, je vous supplie de m'advoüer, comme je le suis de toute l'affection de mon cœur, Vostre tres humble et tres obeissant serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

Annessi, ce 23 janvier 1622.

MDCCCLXXXV . A LA MèRE DE CHANTAL, A PARIS Un Père spirituel pour la Visitation de Paris. - Deux filles du Saint au Carmel d'Orléans. - Entente nécessaire pour le voyage de la Mère de Chantal et le départ de nouvelles Sœurs destinées aux fondations de France. – " L'histoire de la consultation" pour la Mère Angélique Arnauld. - Comparaison " un peu rigoureuse" entre la Règle de saint Benoît et l'Institut de la Visitation. - Avertissement qu'il faut donner à l'Abbesse. Une première Communion. - Quelques mots sur les futures fondatrices du Monastère de Dijon.

Annecy, 23 janvier 1622 .

…………………………………………………………………………………………… La pensee m'est venue, en escrivant a M. Berger, que peut estre Monseigneur le Cardinal le rendra vostre Pere spirituel a Paris, puisque il se va rendre ecclesiastique aux Quatre Tems des Cendres ; et je croy que la Mayson en seroit bien et cordialement assistee .

Je vous prie qu'en entrant ou sortant d'Orleans vous prenies occasion de voir la Mere Prieure des Carmelines, fille aysnee de la Seur Marie de l'Incarnation, laquelle, tandis que je fus a Paris, il y a vingt ans, estoit non seulement ma fille spirituelle, mais ma partiale, aagee d'environ treize ans, et qui avoit un naturel bon, franc et naïf ; comm' aussi la Mere Sousprieure, qui fit en ce tems la son premier vœu de virginité et sa confession generale devant moy .

Je me trompe si vous ne treuves a Moulins quelque sorte de tentation a cause de la singularité de ma Seur Marie Aymee ; mais je pense pourtant que ce ne sera qu'une tentation humaine et digne de charité. M. Boucher, chancelier et theologal d'Orleans, est mon ancien compaignon d'estude, qui m'a tousjours grandement aymé .

Puisque la conduite de vostre chemin de Paris a Dijon, pour passer par les monasteres, requiert que vous venies a Moulins, et que les Seurs que l'on prendra icy et a Grenoble vous aillent prendre la, il faudra donq sçavoir a point nommé le tems auquel il les faudroit envoyer et comme quoy les choses passeront, c'est a dire d'ou viendra l'advis que nous devons recevoir ; mais il me semble pourtant que n'y ayant que quarante lieuës d'icy a Dijon, ce sera grandement allonger le chemin de passer a Moulins . Je ne sçay pas bonnement combien il y a de Moulins a Montferrant, mais si cela est asses commode, je pense que ce seroit de la consolation a ces filles que vous allassies prendre leur Superieure pour Dijon, laquelle, comme je prevoy, il y aura peine de tirer, selon que vous verres par la lettre qu'elle m'escrit, ci jointe .

J'ay des-ja adverti ma Seur Marie Marguerite Milletot , outre laquelle il seroit peut estre bon d'envoyer encor la, la Seur Bernarde Marguerite , laquelle s'est tellement amendee qu'en fin elle est receuë a la Profession.

Je suis de l'advis de M. de Marillac, que nos Seurs allant par les chams portent leur crucifix avec elles .

J'ay veu l'histoire de la consultation faite pour nostre tres chere fille madame de Port Royal , sur laquelle il n'y a rien a dire sinon que je voy un examen merveilleusement ponctuel, en ce que on y a pensé que, [à cause de] la longueur du tems et [de] la multitude des actions de superiorité, nonobstant la protestation et le continuel desadveu interieur, cette fille soit tellement obligee de demeurer qu'elle ne puisse pas faire autrement ; car bien que cela soit probable en terme de conscience, si est ce que cela n'est pas advoüé de tous, et de plus, le Pape en peut dispenser. Je tiens aussi la comparayson de la perfection de la Regle de saint Benoist avec l'Institut de la Visitation un peu rigoureuse et desadvantageuse, car il faudroit faire la comparayson de la Regle de saint Benoist avec la Regle de saint Augustin ; et bien que peut estre la Regle de saint Benoist demeurast encor superieure en perfection, si est ce que la comparayson empescheroit tout mespris pour la Visitation, c'est a dire toute tentation de mespris. Mais tout ceci que je vous dis sur cette consultation, ne doit estre nullement allegué, ains simplement consideré avec humilité, et laisser en sincerité la decision a Rome. Et partant, il faut bien advertir cette chere fille qu'elle n'use pas de la vivacité de son esprit pour repliquer et respondre, et qu'au moins en cela elle suive l'Institut de la Visitation. Et comme que ce soit, elle pourra de tems en tems soulager son esprit, puisqu'elle a la permission d'entrer a la Visitation ; et si, j'espere que s'accommodant doucement au bon playsir de Dieu, il la consolera finalement.

Si vous sçavies, ma chere Mere, combien il m'arrive de destours en cette ville du depart de M. Rolland, vous ne series pas estonnee si je n'escris pas aux cheres ames que la mienne et la vostre ayment tant. Madame la Presidente Amelot sçait bien, je m'asseure, que mon cœur est tout sien devant Dieu et ses Anges. Je me res-jouis avec elle de l'honneur [et] du bonheur que sa chere fille Marie aura a cette feste de Pasques en sa premiere Communion; et si j'estois la, je prendrois bien a faveur d'estre son instituteur a cette action qui, a la verité, est bien importante. Le petit livret du Pere Fulve Androce, de la Confession et Communion , contient plusieurs petitz pointz propres a cela ; mais puisque, comme je croy, le R. P. Suffren est a Paris , rien ne luy peut manquer. Nous envoyerons donq, quand vous le marqueres et ainsy [que] vous l'ordonneres, des filles pour vous accompaigner a Dijon, selon le nombre que vous nous diries estre necessaire. Nous avons pensé pour cela a ma Seur Marie Adrienne Fichet, laquelle est de bon esprit et de bon cœur, comme vous sçaves ; a ma Seur Françoise Augustine, de Moyran pres Saint Claude, que je confesse estre une fille grandement a mon gré, et, si je ne me trompe, tout a fait irreprehensible en l'interieur et en l'exterieur ; ma Seur Marguerite Scholastique, de Bourgoigne, qui est douce, maniable et de bon esprit, cousine germaine de vostre Assistante ; ma Seur Marguerite Agnes, qui est d'aupres de Vienne, qui est de bonne mayson, de bonne observance et d'une aggreable simplicité ; a ma Seur Peronne Marie Benod, Seur domestique grandement douce et pliable ; outre ma Seur Marie Marguerite Milletot, qui viendra de Grenoble, que vous connoisses. et ma Seur Bernarde Marguerite, qui est celle de Dijon que vous nous envoyastes, de la capacité de laquelle, bien qu'on ayt douté quelques moys durant, on a despuis eu bonne satisfaction. Il est a considerer si vous treuveres. plus a propos qu'on la fasse professe icy ou qu'on l'envoye pour faire profession a Dijon, sur l'attestation qu'on luy feroit icy de sa capacité ; car nous avons pensé que peut estre seroit on bien ayse que cette action se fist la, en presence de ses parens et amys, et la rendre ainsy la premiere fille de ce Monastere.

Or, ce sera donq a vous, ma tres chere Mere, de nous advertir si vous voudres ou moins ou plus de filles, et quand elles devront partir………………………………………………

MDCCCLXXXVI A LA MèRE DE BEAUMONT SUPéRIEURE DE LA VISITATION DE PARIS Humilité et courage. - La face de " l'ancienne Anne ; " son cantique. Dieu donne " abondance de lait" aux mères. - Vivre en joie. - Une " condition qui suffit, et sans laquelle rien ne suffit " à une Supérieure. Loisir trop court pour toutes les lettres que le Saint voudrait faire.

Annecy, 23 janvier 1622.

Ma tres chere Fille, Je vous souhaite de tout mon cœur une grande humilité dedans un grand courage, affin que vostre courage soit tout a fait en Dieu, qui par sa bonté vous soustienne, et, en vous, la sainte charge que l'obedience vous a imposee. Je l'espere, ma chere Fille, et que vous seres comme. l'ancienne Anne, laquelle, avant qu'elle fut mere, changeoit souvent de visage, comme touchee de diversités de pensees et d'apprehensions ; mays estant devenue mere, dit l'Escriture sacree (1 R 1,18), sa face ne fut plus variante ni diversifiee, par ce, comme je croy, qu'elle fut accoysee en Dieu qui luy avoit fait connoistre son amour, sa protection et son soin sur elle. Car ainsy, ma tres chere Fille, si jusques a present le souci de vostre conduite et l'apprehension de vostre future superiorité vous a un peu agitee et vous a souvent fait varier en pensees, maintenant que vous voyla mere de tant de filles, vous deves demeurer tranquille, sereine et tous-jours egale, vous reposant en la Providence divine qui ne vous eut jamais mis toutes ces cheres filles entre les bras ni dans vostre sein, que quant et quand il ne vous eut destinée (sic) un secours, un'ayde, une grace tres suffisante et abondante pour vostre soustien et appuy. Le Seigneur, disoit Anne (1 R 2,6), mortifie et vivifie, il meyne aux enfers et en rameyne ; le Seigneur rend pauvre et enrichit, il abbaysse et sousleve. Adjoustés, ma tres chere Fille, comme un'autre Anne: le Seigneur charge et descharge. Et il est vray, car quand il impose quelque charge a une de ses filles, il la renforce tellement que, soustenant la charge avec elle, elle est comme deschargee. Penses vous qu'un si bon Pere comme Dieu voulut vous rendre nourrice de ses filles sans vous donner abondance de lait, de beurre et de miel ? Or, de cela, il n'en faut point douter.

Mays prenes seulement garde a deux ou troys motz que mon cœur va dire au vostre. Rien ne fait tant tarir le lait es mammelles, que les regretz, les afflictions, les melancolies, les amertumes, les aigreurs. Vives en sainte joye parmi vos enfans, monstres leur une poitrine spirituelle de bonne veüe et de gracieux abord, affin qu'elles y accourent en gayeté. C'est cela que le Cantique marque en la louange des mammelles de l'Espoux : Tes tetins sont meilleurs que le vin, odorant ? de parfums prœtieux (Ct 1,1) ; le lait, le beurre et le miel sont sous ta langue (Ct 4,11). Je ne dis pas, ma Fille, que vous soyes flatteuse, cajoleuse et rieuse, mays douce, suave, amiable, affable. En somme, aymes d'un amour cordial, maternel, nourricier et pastoral vos filles, et vous :feres tout, vous seres toute a toutes (1 Co 9,22) : mere a toutes, secourable a toutes. C'est la seule condition qui suffit, et sans laquelle rien ne suffit. Ma Fille, je me confie que Dieu, qui vous a choysi pour le bien de plusieurs, vous donnera l'esprit, la force, le courage et l'amour pour plusieurs. A luy soit a jamais honneur, gloire et benediction (Ap 5,13). Amen. Je suis invariablement vostre, et je me confie que vous n'en doutes nullement.

VIVE JESUS !

Le XXIII janvier 1622.

Quel moyen d'escrire a ma chere Seur Jeanne Marie, ma niece , et a ma Seur Anne Constance , et a ma Seur Marie Anastase , et a ma grande fille Marie Marguerite ? Il ne se peut, car il ne me reste plus de loysir que pour un mot a ma tres chere fille Helene Angelique (lettre 1889) la nouvelle espouse de nostre Maistre. Toutes sont neanmoins mes tres cheres filles, au milieu de mon cœur.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Toulouse.

MDCCCLXXXVII A LA PRéSIDENTE DE HERSE Insuffisance des commissions verbales. - Devoir auquel l'Evêque ne manque pas.

Annecy, 23 janvier 1622.

Tay bien chargé ce porteur qu'il allast vous saluer, et monsieur vostre cher mary et vostre petit homme mon cher filleul , de ma part et tres humblement. Mays seroit il bien possible que je ne luy donnasse pas cette petite marque visible de la verité du desir que j'ay de vivre invisiblement en vostre chere ame, Madame ma chere Commere et ma Fille tres aymee ? Je ne cesse point, je vous asseure, et ne celebre jamais le saint Sacrifice que je ne presente vostre cœur a Dieu, et n'invoque sa protection et faveur sur vostre chere famille. Je le dois, je le sçai bien ; aussi ne le vous dis je pas, ma tres chere Fille, pour m'en vanter, mays pour la complaysance que j'ay a le penser, et a croire que je vous fay playsir de vous en asseurer. Or sus, c'est asses. Vives donq de plus en plus en ce celeste amour de Nostre Seigneur qui vous y oblige par mille benedictions qu'il vous a donnees, et sur tout par l'inspiration qu'il vous a departie de le vouloir et de le desirer ; et, en ce desir, vivés joyeuse et saintement contente, voire mesme parmi les ennuis et les afflictions qui ne manquent jamais aux enfans de Dieu. Je suis tout a fait invariablement Vostre tres humble et tres obeissant serviteur et compere, FRANçs, E. de Geneve.

A Annessi, le 23 janvier 1622.

A Madame

Madame la Presidente de Herce.

MDCCCLXXXVIII A LA MèRE DE LA ROCHE SUPERIEURE DE LA VISITATION D ORLEANS Trois choses apportant à François de Sales de la consolation.- Affection mutuelle de l'Evêque d'Orléans et de l'Evêque de Genève. - Espérance qui sera surpassée. - Un porteur de lettres pas encore en route. - Fille de sainte qui deviendra sainte. - Les " douces Filles " du bienheureux Fondateur.

Annecy, 23 janvier 1622.

Les larmes receües par les mains de Mme de Royssieu , vostre lettre tout maintenant venue par la voye de Lyon, mais sur tout vostre dilection tesmoignee par l'un et l'autre moyen, ma tres chere Fille, me donnent un'extremement douce consolation. Monsieur Roland vous dira toutes les nouvelles que vous pourries desirer de deça, d'ou, comme je croy, plusieurs vous escriront plus amplement que moy qui n'en ay nul loysir; aussi est il a propos que je soys court, pour ne point divertir la consolation que vous aures a recevoir nostre bonne Mere.

Si faut il pourtant que je vous die que rien ne me pouvoit estre plus doux et aggreable en vostre lettre, que la bonne nouvelle que vous me donnés de la favorable souvenance que Monseigneur l'Evesque d'Orleans a de moy ; et bien que je sache que ce bien provienne de son bon naturel, qui est franc et genereux, si ne laisse je pas de le reconnoistre de Dieu, qui, m'ayant donné une singuliere affection envers ce Praelat, a voulu quil y eut en luy cette aggreable correspondance et qu'il eut une bonne inclination pour moy. Je connois certes en luy beaucoup d'excellentes qualités grandement propres au service de Dieu et de l'Eglise, lesquelles il faut esperer devoir estre egalement utiles quand elles seront bien employees, ainsy qu'il commence a les rendre par la praedication, et qu'il continuera sans doute tous-jours plus fructueusement. Ce luy sera un grand bien de s'obliger a la vie apostolique par cette solemnelle action de l'authorité apostolique. Je sçai la grande esperance que son peuple a de luy, et je sçai que sil l'entreprend il la surpassera; et son courage le luy fera entreprendre. J'ay grande envie de luy escrire, mais il ny a moyen maintenant, tant je suis accablé; et cependant je vous prie, ma tres chere Fille, de luy baiser tres humblement les mains de ma part, l'asseurer de mon fidele service et, sans en faire semblant, sçavoir dextrement de luy sil aura aggreable que je luy escrive par foys. Nostre chere et cordiale Seur Prieure des Carmelites recevra, je m'asseure, le chapelet et ma lettre par monsieur Jantet, a qui, si je m'en souviens bien, je remis le tout (note 317) ; et n'estant pas encor parti de Beley, ce n'est pas merveille si ni elle ni vous ne l'aves encor pas receu. Cependant, je salue tres cherement le cœur de cette fille bienaymee, qui sera sainte aussi bien que sa mere, si mes souhaitz sont exaucés; et si nostre bonne Mere la peut voir entrant en la ville ou sortant, j'en. seray consolé: aussi luy escris je (note 530) que cette chere Seur est mon ancienne et partiale fille. Je salue aussi tres affectionnement et intimement la Mere Sousprieure , qui sçait bien que Dieu veut que je la cherisse comme je fay.

La fille qui accompagna icy Mme de Royssieu me demanda une recommandation pour elle envers vous, et je la luy donnay comme a une fille l'humeur et l'interieur de laquelle je ne connoy nullement. Vous entendres bien ce que je desire, qui est sur tout le bien et la consolation de vostre Mayson. Je confesse que j'ay grand tort de ne point escrire a ma Seur Marie Michele , que j'ayme neanmoins de tout mon cœur; ni a ma Seur Marie Françoise Belet, que j'affectionne grandement non seulement par ce qu'ell'est ma fille, mays par ce qu'ell'estoit chere a la bonne Mme Le Blanc ; ni a ma petite fille Anne Marguerite Clement qui, a la verité, est grandement bienaymee de mon ame, nonobstant la petite duplicité des scrupules qu'elle me demanda avant son depart .

Or sus, ce sont toutes mes douces Filles en Nostre Seigneur, que je supplie continuellement de les rendre tout a fait saintes; et vous de mesme, ma tres chere Fille, a qui je suis tres entierement tout dedié et, en verité, tres cordialement vostre. Amen.

Le XXIII janvier 1622.

A ma tres chere Fille en N. S.,

Ma Seur Claude Agnes de la Roche,

Supere de la Visiton de Ste Marie. Orleans.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Rennes.

MDCCCLXXXIX A LA SOEUR LHUILLIER NOVICE DE LA VISITATION DE PARIS La victime sur l'autel. - Souhaits de bonheur, de courage et de sainteté pour le jour du sacrifice. - Mme de Villeneuve unie à l'immolation de sa sœur. - La vie naissant de la mort.

Annecy, 24 janvier 1622.

Or sus, ma tres chere Fille, en fin vous voyla donq sur l'autel sacré en esprit, affin d'y estre sacrifiee et immolee, ains consumee en holocauste devant la face de Dieu vivant. O que cette journee soit contee entre les journees que le Seigneur fait (Ps 117,24) ! Que cette heure soit une heure entre les heureuses que Dieu a benites de toute eternité et qu'il a assignees pour l'honneur de toute l'eternité ! Que cette heure soit fondee en la tressainte humilité de la Croix et aboutisse a la tres sacree immortalité de la gloire ! Que de souhaitz mon ame fera sur cette chere journee pour l'ame de ma chere Fille ! O combien de saintes exclamations de joye et de bon augure sur ce cœur bienaymé ! O combien d'invocations a la tressainte Mere Vierge, aux Saintz et aux Anges, affin qu'ilz honnorent de leur speciale faveur et presence cette consecration de l'esprit de ma tres chere Fille, de laquelle ilz ont obtenu la vocation et inspiré l'obeissance a la vocation !

Je ne separe point de vostre esprit, ma tres chere Fille, celuy de la tres chere seur [de Villeneuve], ma fille bienaymee. C'est pourquoy je le considere avec le vostre en la mesme action ; car, comme vous sçaves, elle se treuva avec vous unie d'affection et d'amour au jour de vostre visitation , et semble que des lhors elle immola des-ja en resolution son cœur avec le vostre.

Que je suis consolé quand je m'imagine que, selon mon esperance, on vous annoncera en toute verité cette parole de la mort vitale : Vous estes morte, et vostre vie est cachee avec Jesus Christ en Dieu (Col 3,3),. car, ma tres chere Fille, de la verité de ce mot depend la verité de l'evenement qu'on prononce consecutivement : Mais quand Jesus Christ apparoistra (Col 3,4), et ce qui s'ensuit .

Ma tres chere Fille, je salue vostre chere ame et celle de la seur, et suis a jamais, en union d'esprit selon Dieu, tres singulierement tout vostre.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 24 janvier 1622, Annessi.

MDCCCXC A MADAME ANGéLIQUE ARNAULD, ABBESSE DE PORT-ROYAL A MAUBUISSON Le Saint voudrait savoir l'état du cœur de l'Abbesse au sujet de la décision prise à son égard. - La paix, et toujours la paix. - Quel est le " passeport des filles de Jesus Christ. "

Annecy, 24 janvier 1622.

Que vous puis je dire en cette occasion, ma tres chere Fille, sinon qu'entre les consolations que j'attens bien grandes de revoir nostre bonne Mere, celle de l'ouyr parler de vostre cœur en est une ? Mais je ne veux pas dire, pourtant, que je veuille attendre son retour pour en apprendre des nouvelles, de ce cher cœur. Dites moy donq, ma tous-jours plus chere Fille, que fait il ? car maintenant il sçait la resolution qui a esté prise par ces six ou sept grans serviteurs de Dieu qui s'assemblerent pour son sujet (note 539). Or sus, il faut donq attendre le mot de Rome, et ce pendant demeurer en paix ; et quand le mot sera venu, demeurer en paix; et quoy qu'il die, demeurer en paix, et tous-jours demeurer en paix de tout nostre pouvoir. Le passeport des filles de Jesus Christ, c'est la paix ; la joye des filles de Nostre Dame, c'est la paix. Il est vray, ma tres chere Fille, que vous n'aves point de cœur qui soit ni plus ni certes tant vostre que le mien. Dieu soit beni ! Amen.

FRANçs, E. de Geneve.

Le 24 janvier 1622.

MDCCCXCI A LA SOEUR DE BLONAY ASSISTANTE-COJ\IMISE DE LA VISITATION DE LYON Quelques tracasseries de la part de l'Archevêque de Lyon. - Nécessité de maintenir l'uniformité dans tous les Monastères de la Visitation. - A quoi il est utile d'employer sa vie lorsqu'elle doit être courte. - Des âmes qui n'eussent pas été bonnes pour le mystère de la Purification. - Ne chercher que Dieu.

Annecy, 2 février 1622 ,

Je ne puis penser, ma tres chere Fille, que Monseigneur l'Archevesque apporte aucun surcroist de loix a vostre Mayson, puisqu'il a veu que celles qu'on a prattiquees sont, graces a Dieu, bien receuës. Que s'il luy playsoit de faire quelque notable changement, il le faudroit supplier qu'il luy pleust de rendre ses ordonnances compatibles a la sainte correspondance que ces Maysons doivent avoir toutes ensemble en la forme de vivre ; a quoy ces messieurs que vous sçaves vous assisteront de leurs remonstrances et intercessions, car a la verité, ce seroit chose, a mon advis, de mauvaise edification de separer et disjoindre l'esprit que Dieu a voulu estre un en toutes ces Maysons. Mais j'espere en Nostre Seigneur qu'il vous donnera la bouche et la sagesse convenables en cette occasion, pour respondre saintement, humblement et doucement. Vives toute en cette sacree confiance, ma tres chere Fille.

J'escrivis l'autre jour a nos Seurs de Valence. Et la chere petite, douce fondatrice est bien heureuse d'avoir a souffrir quelque chose pour Nostre Seigneur, qui, ayant fondé l'Eglise militante et triomphante sur la croix, favorise tous-jours ceux qui endurent la croix ; et puisque cette petite creature doit demeurer peu en ce monde, il est bon que son loysir soit employé a la souffrance.

J'admire ces bonnes Seurs qui s'affectionnent si fort a leurs charges : quelle pitié, ma tres chere Fille ! Qui n'affectionne que le Maistre, le sert gayement et presque egalement en toutes charges. Je pense que ces filles ainsy faites n'eussent pas esté bonnes pour celebrer le mystere dujourd'huy, car si Nostre Dame leur eust donné Nostre Seigneur entre leurs bras, jamais elles ne l'eussent voulu rendre ; mais saint Simeon tesmoigne bien que, selon son nom, il avoit la parfaite obeissance (S2, serm 109), recevant cette douce charge si doucement et la rendant si joyeusement.

J'admire bien encor cette autre Seur qui ne se peut plaire ou elle est. Ceux qui ont la santé forte ne sont point sujetz a l'air ; mais il y en a qui ne peuvent subsister qu'en changeant de climat. Quand sera ce que nous ne chercherons que Dieu ? O que nous serons heureux quand nous serons arrivés a ce point la, car par tout nous aurons ce que nous chercherons, et chercherons par tout ce que nous aurons.

Dieu vous face de plus en plus prosperer en son pur amour, ma tres chere Fille, avec toutes nos cheres Seurs que je salue.

Vostre tres humble serviteur, FRANçs E. de Geneve.

MDCCCXCII AU PRINCE DE PIéMONT, VICTOR-AMéDéE Inconvénient du retard des dépêches relatives à la cure de Rumilly.- Triste état des bâtiments de la Sainte-Maison de Thonon.

Annecy, 3 février 1622.

Monseigneur,

Je suys tous-jours attendant les despeches necessaires pour remettre l'eglise de Rumilly entre les mains des Peres de l'Oratoire (note 432), bien en peyne dequoy je n'ay plus que seze jours de loysir pour disposer de la cure vacante, apres quoy elle vaquera en Cour de Rome, sans que j'y puysse plus mettre la main (note 440) ; et c'est sans doute qu'il ne manquera pas d'impetrans, qu'il sera par apres malaysé de ranger au salutaire dessein de Vostre Altesse. Que si Elle me permet de joindre a cette remonstrance un mot pour la Mayson de Thonon, je luy diray qu'elle n'a pas moins besoin de la venue des mesmes Peres de l'Oratoire que l'eglise de Rumilly, par ce que, sans cela, tout ce qui regarde l'eglise de Nostre Dame et les bastimens qui en dependent s'en va ruiné, ainsy que messieurs les deputés de la Chambre ont reconneu et ont tesmoigné a Vostre Altesse , la providence et pieté delaquelle je rec1ame en toute humilité, qui suis, Monseigneur, Vostre tres humble, ires obeissant et tres fidele orateur et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

3 febvrier 1622, Annessi.

Revu sur l'Autographe conserve à Turin, Archives de l'Etat.

MDCCCXCIII A LA COMTESSE DE DALET Sages limites d'un désir. - Comment Dieu emploiera " une tentation de l'ennemy, " et quand il en délivrera. - Les pensées d'amour-propre ne peuvent nuire à une âme qui considère souvent son néant. - Promesse de prières.

Annecy, 8 février 1622.

Madame,

Je respons a nostre chere Seur Superieure de Montferrant sur ce que vous me proposes par vostre lettre, bien marri que, pour ce qui regarde sa personne, je ne puis pas seconder le desir de madame de Chazeron ; car, quant au vostre, Madame, je sçai bien les limites dans lesquelles vous le contenes affin que le service de Dieu soit en toutes occasions purement prattiqué : c'est pourquoy je ne vous fay point d'excuse.

Quant a la crainte de la mort et de l'enfer qui afflige vostre chere ame, c'est veritablement une tentation de l'ennemy, mais que l'Amy bienaymé de vostre cœur employera par sa bonté a vostre progres en la pureté et humilité. Et quand, par une entiere sousmission et resignation a sa providence, vous vous despouilleres du soin du succes de vostre vie, mesme eternelle, es mains de sa douceur et de son bon playsir, il vous delivrera de cette peyne, ou vous donnera tant de force pour la supporter que vous aures sujet d'en benir la souffrance.

Ma tres chere Fille, les suggestions de vantance, ouy mesme d'arrogance et outrecuydance, ne peuvent nuire a une ame qui ne les ayme pas, qui tous les jours dit souvent a son Dieu, avec le Roy David (Ps 72,22)

: Seigneur, je suis fait comme un neant devant vous, et je suis tous-jours avec vous. Comme s'il eust voulu dire : Je vous regarde, O souveraine Bonté, comme l'Estre infini, et me regardecomme un neant devant vous ; et bien que vous soyes tel et moy telle, je demeure tous-jours pleyne de confiance avec vous. Mon neant espere en vostre douce infinité avec d'autant plus d'asseurance que vous estes infini; j'espere en vous, en comparayson duquel je suis un vray neant.

Ma chere Fille, demeures en paix dedans vostre amertume (Is 38,17). Vous sçaves bien en la pointe de vostre esprit que Dieu est trop bon pour rejetter une ame qui ne veut point estre hypocrite, quelles tentations et suggestions qui luy arrivent. Or sus, je recommanderay vostre necessité a ce grand Dieu d'affluence et d'abondance, et ce pendant, souspires souvent devant luy doucement vos intentions: Je suis vostre, O Seigneur, sauvés moy (Ps 118,94). Il le fera, ma tres chere Fille. Et qu'a jamais son saint Nom soit beni.

Je suis sans reserve, Madame,

Vostre tres humble et tres fidele serviteur,

FRANçs, E. de Geneve.

Le 8 febvrier 1622, Annessi.

MDCCCXCIV A MADAME DE LA FLéCHèRE Encore la cure de Rumilly et les Pères de l'Oratoire.

Annecy, 13 février 1622.

J'ay fait ce mot par scrupule, ma tres chere Fille, car il me sembloit que je ferois mal si je ne vous escrivois ce mot pour saluer vostre cœur de la part du mien, puisque j'envoyay expres a M. Billet . J'attens demain ou passé demain des nouvelles de M. de Saunaz, et au cas qu'il ne vienne pas, je prie M. Billet de venir prendre la cure, pour la garder jusques a ce que le Pape ou moyen disposions autrement . Au reste, Monseigneur le Prince veut en toute façon que nos Peres de l'Oratoire viennent, et on m'asseure que pour avoir les expeditions des secretaires de Son Altesse il n'y va point d'argent, mais ouy bien la patience, que j'ay jusques a present. Nostre Seur Jeanne Bonaventure se porte bien. Je suis cordialement tout vostre. Dieu vous comble de benedictions. Amen.

13 febvrier 1622.

A Madame Madame de la Flechere.

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat. MDCCCXCV A MADAME DE TRAVERNAY Souhaits pour une heureuse naissance. - Papiers égarés par inadvertance. -Une cédule que M. Rolland cherchera.

Annecy, 17 février 1622.

Madame ma tres chere Fille, J'ay loué Dieu de vostre santé et du contentement que madame la Comtesse de Saint Maurice vous a donné et a tous ceux qui l'honnorent, par sa grossesse; et si mes vœux sont exaucés, il reuscira a la parfaite jouissance du fruit que vous en desires . Quant aux papiers que vous avés desirés de mes freres pour les affaires qu'ilz ont eü avec feu monsieur de Treverney (L4, note 516), puisque ilz ne les treuvent pas, il vous plaira d'en faire dresser telle declaration pour l'aquit que vostre conseil jugera convenable, et ilz la passeront; vous suppliant de croire que l'egarement a esté fait sans dol ni dessein, par seule inadvertence. Et pour la cedule des interestz remise a M. Rollant, quand il sera revenu de Paris ou il est allé prendre Mme de Chantal pour l'accompagner a son retour , je les (sic) luy feray chercher. Et en tout je m'essayeray de vous tesmoigner que c'est de toute mon affection que je suis a jamais, Madame, Vostre tres humble et tres fidele compere et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

XVII febvrier 1622, Annessi.

Je salue cherement madamoyselle ma tres chere filleule et madamoyselle de Mont Saint Jean . A Madame

Madame de Treverney.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Sorésine (Italie).

MDCCCXCVI A MADAME DE PICARAYSIN (BILLET INéDIT) Commission faite et avis donné.

Annecy, 18 février 1622.

Madame, J'ay dit a monsieur le Curé de Chaumont ce qui se peut faire en l'affaire qu'il m'a proposee de vostre part ; et vous saluant tres affectionnement, je demeure, Madame, Vostre tres humble parent et serviteur, FRANçs, E. de Geneve.

18 febvrier 1622.

A MadamoyselIe

MadamoyselIe de Picaresin.

A Chaulmont.

Revu sur une ancienne copie conservée à la, Visitation de Turin.

MDCCCXCVII A MADAME DE LA FLéCHèRE Les contradictions au service de Dieu. - Ce qui restera aux contradicteurs. - Obéissance et dévouement du P. de Sonnaz. - Le Saint va travailler de nouveau à l'établissement des Oratoriens à Rumilly.

Annecy, 19 février 1622 .

Ce porteur vous dira, ma tres chere Fille, a quoy nous en sommes pour les affaires de vostre eglise. Quel moyen que le service de Dieu, qui a des le commencement esté exposé aux contradictions, cesse de l'estre en un si miserab1e siecle ? Mays je ne doute point que les opposans ne demeurent vains en leurs poursuites, sans autre satisfaction que d'avoir joué leur rollet et contenté leur humeur contantieuse. Cependant, demeurons tous-jours en Dieu et vivons pour 1uy seulement, ma tres chere Fille. Le bon Pere de Saunaz, qui est venu comme une brebis par obeissance, s'en reva comme un aigneau par obeissance, prest a revenir pour sacrifier a la gloire de Dieu sa vie, sa (sic) prieuré et sa cure pour le bien de Rumilly et de tout ce païs. Je croy que les gens d'honneur luy en sçauront gré. Et moy je vay, avec nouveau courage, solliciter les expeditions requises a cett'affaire , la douceur et suavité des Peres de l'Oratoire m'excitant a cela, comme prœvoyant que leur venue sera tout a fait salutaire a ce peuple. Je suis, ma tres chere Fille, Tout vostre en Nostre Seigneur, FRANçs, E. de Geneve.

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