Les Chroniques de Sire Jean Froissart (page 17)
Le folio 315 n’est point écrit ; néanmoins il n’y a pas de lacune en cet endroit.
Ce manuscrit, qui contient le premier volume entier de Froissart, est fait avec très peu de soin ; la plupart des noms propres y sont étrangement défigurés : il paraît être une copie incorrecte du manuscrit 8332.
Colbert, no 15 ; du Roi, 8343. Manuscrit de Colbert, in-folio, maroquin rouge, écriture du milieu du quinzième siècle, sur vélin, à deux colonnes : il est composé de 389 feuillets, dont 295 sont cotés.
Ce manuscrit, qui contient le premier volume de Froissart, est orné d’un assez grand nombre de miniatures de mauvais goût : la première est divisée en quatre parties, comme celle du no 8324, et représente le même sujet.
Le titre est le même que celui du no 8317.
Sur une des feuilles de parchemin qu’on a laissées en blanc à la tête du volume, on lit ces mots, d’une écriture un peu postérieure à celle du manuscrit :
« Deux mectres que les Pers de France envoyèrent au roy Édouard d’Angleterre au temps qu’il querelloit la France.
Credo regnorum qui cupis esse duorum
Succedunt mares huic regno, non mulieres.
Au folio 29, verso, à côté de ces mots, et en osterent la royne d’Angleterre, on trouve à la marge ceux-ci, d’une écriture un peu moins ancienne :
« Ils ne l’osterent onques, car onques n’en fut en possession, ne droit n’y avoit. »
Ce manuscrit très bien écrit et bien conservé est tellement conforme aux nos 8317 et 8329, qu’on ne saurait douter qu’ils n’aient été copiés sur le même original.
Colbert, no 16 ; du Roi, 8342. Le caractère, les ornemens, le format, la reliure de ce volume ne diffèrent en rien du manuscrit no 8343, dont il est la suite.
Après la première miniature, qui est divisée en quatre tableaux, on lit ce titre :
« Cy commence le second volume des Croniques sire Jehan Froissart, qui parlent des nouvelles guerres de France, d’Angleterre, d’Italie, d’Espaigne et d’Allemaigne. De la chevauchée que le duc d’Anjou fist contre les Anglois ou pays de Bourdeloys. »
On voit par la fin de ce titre que le manuscrit commence au même endroit que l’imprimé de Sauvage, et qu’il fournit tous les chapitres omis dans les deux nos précédens, mais il finit comme eux aux lettres de pacification accordées par le duc de Bourgogne aux Gantois.
Le chapitre qui termine le second livre de Froissart, dans l’édition de Sauvage, commence le troisième dans ce manuscrit : il est séparé du second par une colonne et demie qu’on a laissée en blanc, et n’est précédé d’aucun titre.
Toute la partie du troisième livre, contenue dans ce volume, paraît être d’une autre main que le second livre ; elle finit par ces mots :
« Ainsi se départit le voyage de mer en celle saison, qui cousta au royaume de France C. M. francs XXX fois. »
Le second livre contient 220 feuillets non cotés ; et la partie du troisième, dont on vient de parler, en contient 128.
Colbert, no 169 ; du roi, 3343. Manuscrit in-folio, relié en veau, écriture du quinzième siècle, à deux colonnes, sur vélin, contenant 164 folios non chiffrés.
Il renferme le premier volume du Froissart de Sauvage jusqu’au chapitre 153, à la mort de Philippe de Valois, à l’occasion de laquelle on lit ces mots dans le manuscrit :
« En ce mesme an, le 23 jour d’aoust trépassa Philippe, roi de France, à Nogent-le-Roy, l’an de son âge 57 et de son règne 23, et fut enterré à Saint-Denis, emprès la Royne Jehanne, jadis sa première femme. Animæ eorum et aliorum fideliumomnium requiescant in pace. »
Après quoi on lit :
« Cy fenissent les Croniques des faits du roy Phil. de Valois et d’autres princes et barons de France, compillées par maisire Jean Froissart, où sont comprins maints de faits et histoires d’Engleterre.
Ensuite est une généalogie des rois de France depuis Pharamond, qui remplit les folios 72 et 73.
Suit une table des chapitres précédens, qui continue jusque vers le milieu de la première colonne de la page 76, où recommence immédiatement une autre table des chapitres qui suivront, et dont le dernier est le commencement du règne de Charles VI. Cette seconde table s’étend jusqu’au folio 28 inclusivement.
Au folio 83, reprend la chronique de Froissart, depuis l’avénement du roi Jean au trône jusqu’à sa mort, qui se voit au folio 138, recto, et qui répond au chapitre 219 de Froissart. Au verso du même folio 138 on lit :
« Cy fine la cronique du roi Jehan, fils du roi Philippe de Valois. »
Après quoi sont écrits vingt-deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglais, entre autres celui-ci :
« Anno milleno CCCCo (sic) XXIX decimâ septimâ mensis julii tota Gallia gallo tedet et in capite leonis coronabitur. »
Puis toujours dans la même page :
« Cy commence l’histoire du roy Charles le Quint, fils du roy Jehan, comment, lui et la royne Jehanne sa femme furent sacrés. »
Le chapitre 218 de Froissart, presque entier, et les suivans, jusqu’au 223, étant omis dans le manuscrit, on lit au folio 139 le couronnement de Charles V, tel qu’il se voit à la tête du chapitre 223 ; et au folio 160, verso, la mort du même Charles V, conformément au chapitre 58, page 98 du second volume du Froissart de Sauvage.
Le folio 161 commence par le couronnement de Charles VI.
Nota. On a de la peine à reconnaître Froissart dans ce manuscrit. Ce n’est qu’un très petit abrégé de cet historien, dont il omet souvent dix et douze chapitres entiers.
No 926, aliàs 9661. Manuscrit du Roi, petit in-folio sur vélin, à deux colonnes, couvert de veau, et sur chaque côté de la couverture les armes de France, au-dessus desquelles et dans le même cartouche se trouve le nom du roi Charles IX, exprimé par deux C accolés en sens contraire et suivis du chiffre IX, d’où il résulte que le manuscrit appartenait à ce prince. Il contient 286 feuillets, cotés d’une main un peu moins ancienne que l’écriture du manuscrit, qui paraît être du commencement du quinzième siècle.
Les deux miniatures dont il est orné, l’une à la première page, qui représente un combat, la seconde, qui représente le couronnement du roi Charles VI, ne sont pas mal peintes pour le temps.
La division des chapitres est marquée par l’intervalle d’une ligne qu’on a laissée en blanc et par la lettre grise, qui est d’or, sur un fond colorié. On n’y trouve d’ailleurs aucuns titres de chapitres : il n’y a que le titre général, qui est conçu en ces termes :
« Cy commence le second volume des Croniques Froissart, contenant les faitz et batailles des roys de France et de Angleterre.
Puis le texte commence ainsi :
« Après le conquest de la Roche-sur-Yon, si comme ch-dessus est dit, etc. »
Ce manuscrit du second livre contient donc à peu près un sixième du premier, et cette partie diffère, à beaucoup d’égards, de la partie correspondante dans les manuscrits du premier livre de Froissart. La différence est même si considérable, que nous avons cru devoir la placer en variante à la suite du premier livre. Mais les dernières pages manquent dans ce manuscrit. Après cette omission et sans laisser aucun intervalle, il passe au premier chapitre du second livre. Il est alors parfaitement conforme aux meilleurs manuscrits de ce livre, et offre souvent d’excellentes leçons. Le seul défaut qu’on y remarque, c’est que le copiste, qui était vraisemblablement Picard ou Normand, écrit toujours ces mots, ce, cil, cy, etc., che, chil, chy, conformément à la prononciation de sa province. Mais il a d’ailleurs très bien conservé l’ancien langage.
No 17. Manuscrit in-folio, bibliothèque Colbert, vélin, écriture du quinzième siècle commençant, relié en veau, orné de plusieurs miniatures. Il est coté et comprend 639 feuillets.
Je soupçonne que ce volume est une suite des no 15 et 16, qui contiennent les deux premiers livres du Froissart de Sauvage, et que le troisième a été perdu. Quoi qu’il en soit, celui-ci contient le quatrième volume du Froissart de Sauvage, à l’exception des deux dernières lignes qui étaient sans doute dans une autre feuille qui manque.
Nota. On lit à la tête de ce manuscrit une préface qui manque dans Sauvage, et qu’on retrouve dans plusieurs autres manuscrits.
No 87. Manuscrit in-folio, bibliothèque Colbert, relié en parchemin, écriture du seizième siècle, à deux colonnes, sur papier, à l’exception des deux premiers feuillets qui sont en vélin : il contient 326 feuillets cotés.
Ce manuscrit renferme le troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu’à ces mots, à grands frais, despens et, qui se trouvent à la ligne 52, page 321, chapitre 120 de l’édition de Sauvage. Le reste a sans doute été perdu.
L’examen que j’ai fait de quelques noms de lieux dans ce manuscrit au commencement du chapitre 4, page 8 du troisième volume de l’édition de Sauvage, me persuade qu’il est meilleur que les nos 16 et 232 de Colbert.
No 232. Manuscrit, bibliothèque Colbert, in-folio relié en bois et veau, écriture du seizième siècle sur papier, à deux colonnes, non coté.
On lit à la tête ces mots que je crois être de l’écriture de M. Baluze.
« Le commencement de ce livre est environ la 3e et dernière partie du 2e vol. de Froissart ez livres imprimés fol. p. 182, 2e ; et au 38e chap. de ce dit vol. commence le 3e vol. imprimé qui est ici continué jusqu’au fol. 129 du dit 3e vol. imprimé, qui est environ la moitié d’icelui. »
On voit plusieurs avertissemens ou renvois semblables écrits de la même main sur les marges du manuscrit.
Ce manuscrit commence par une table des chapitres, ensuite de laquelle on trouve le commencement du troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu’à ces mots qui terminent celui de Sauvage, De toutes les parties, après lesquels on trouve encore dans le manuscrit ces autres mots :
« Mais au jour que je cloy ce livre je ne l’avoie pas ; si m’en convient souffrir, et aussi s’il plaist à mon très cher et honoré seigneur monseigneur le comte Gui de Blois à laquelle response (sic, pour requeste) et plaisance j’ai travaillé à ceste noble et haute histoire, il me dira et je y entendrai ; et de toutes choses advenues depuis le tiers livres clos je m’en informeray voulentiers. Explicit. »
Nota. Je ne sais si les avertissemens qui sont à la tête et aux marges du manuscrit, comme je l’ai déjà dit, ont été faits sur quelque édition différente de celle de Sauvage, de Lyon chez de Tourne, mais ils ne se rapportent pas à cette édition que j’ai comparée.
Ce manuscrit contient une moitié plus de feuillets que l’édition de Sauvage n’a de pages.
Notice d’un manuscrit des chroniques d’Angleterre (crues de Froissart), sur papier, écriture du quinzième siècle, un volume in-folio, couvert de velours vert, non coté, lequel manuscrit a été communiqué à M. Sainte-Palaye par M. Mahudel, médecin.
Ce manuscrit est divisé en six livres, à la tête de chacun desquels est une figure en camaïeu. Il est sans titre et commence ainsi :
« Adfin que sachiez la cause pourquoy ne à quel titre les guerres de France encommencèrent, premièrement je le vous diray et raconteray en brief. Vérité est que le bon roy Édouard de Carnavenan, jadis roy d’Angleterre et père du noble roy Édouard de Windesore, comme il a esté dit ou VI et darrain livre du Ier vol. de ceste euvre présente eut épousé Isabelle de France, fille du beau roy Philippe qui en son vivant estoit une des belles dames du monde. »
Ces derniers mots et tout ce qui se lit jusqu’à la seconde colonne de la deuxième page à moult de gens, est la même chose que dans l’édition de Sauvage, volume 1, chapitre 3 depuis la ligne 23 jusqu’à la ligne 50.
On lit ensuite dans le manuscrit :
« Au temps que ceste croisie estoit en si grand fleur de renommée, etc., »
ce qui se retrouve à peu près dans les mêmes termes au commencement du 29e chapitre du premier volume de l’édition de Sauvage, page 36. En cet endroit le manuscrit et l’imprimé de Sauvage commencent à être conformes, ce qui continue ainsi jusqu’à la cinquième ligne de la page 456, au milieu du chapitre 326 du premier volume de l’édition de Sauvage, à ces mots : De lez madame sa femme, où finit le manuscrit. Mais s’ils sont conformes pour la suite des événemens, ils ne le sont pas pour la manière dont ils sont rendus ; le manuscrit n’étant souvent qu’un abrégé très succinct où beaucoup de faits qui se trouvent dans l’édition de Sauvage sont supprimés. J’ai encore aperçu beaucoup de fautes dans ce qui a été conservé du texte de Froissart. Il y a souvent des mots oubliés ou des phrases tronquées, qui, d’un sens très clair que l’original présente, font un sens très obscur, et quelquefois n’en font point du tout. La division des chapitres est aussi très différente ; et toute cette histoire qui se trouve renfermée dans le premier volume de Sauvage est divisée dans le manuscrit en six livres, et paraissent faire suite d’un premier volume divisé pareillement en six livres. Au reste, des six livres de ce manuscrit le premier finit à la page 116 de l’imprimé : le second, à la tête duquel est une miniature qui paraît représenter un bal, peut-être pour célébrer la fête de l’institution de l’ordre de la Jarretière, racontée dans le premier chapitre qui suit, commence à ces mots : En ce temps, et finit à ceux-ci : De la ville de Calais, etc., page 155. À la même page commence le troisième qui finit à ces mots : Tel que vous estes, page 227. Le quatrième commence aux mots qui les suivent. Le cinquième commence à ceux-ci : Quand le pape Urbain, etc. page 293. Le sixième, à la tête duquel on voit une miniature grossière qui représente la reine Philippe d’Angleterre au lit de la mort et le roi son mari debout auprès d’elle, commence au chapitre 272, page 375 de l’imprimé, et finit à la page 456, à ces mots : De lez madame sa femme.
Je n’ai vu dans aucun manuscrit cette division de livres, et encore moins ce qui est supposé partout dans celui-ci, qu’il y en avait six autres précédens dans lesquels était divisé un premier volume ; car on y lit à la fin du premier livre :
« Cy fine le 1er livre de ce 2e vol. des Cronicques d’Engleterre et par conséquent le 7e des quatre volumes parciaux ; »
et ainsi à proportion à la fin des autres. On voit au reste par ces derniers mots que ce manuscrit faisait partie de quatre volumes des mêmes chroniques. On lit à la fin du manuscrit :
« Cy fine le 2e vol. d’Engleterre, etc., »
sur quoi je remarque que le nom de Froissart ne s’y trouve nulle part.
P. S. J’ai reconnu, après avoir fait cette notice, que ce manuscrit est le même que Denys Sauvage avait eu en communication de M. de La Chaux, qu’il donne comme étant un abrégé de la Chronique de Froissart, et dont il fait un grand détail à la tête de son édition de cet historien et dans ses annotations sur le premier livre. Il n’y a aucun des caractères par lesquels il désigne ce manuscrit que je n’aie retrouvé dans celui-ci, à l’exception de ce qu’il dit de la première feuille qui paraît avoir été perdue.
Je ne sais si ces chroniques d’Angleterre ne feraient pas partie de celles manuscrites dont Godefroy cite le chapitre 19 du troisième livre du quatrième volume, dans ses annotations sur l’histoire de Charles VI, page 593, et dont il dit que l’auteur est Jehan de Waurin, chevalier du pays d’Artois, qui vivait du temps des ducs de Bourgogne Jean, Philippe-le-Bon et Charles-le-Téméraire : ou si ce sont les chroniques manuscrites dont il parle dans le même ouvrage, page 665 et 666, comme ayant été composées par Jehan, seigneur de Forestel qui fut présent à la bataille d’Azincourt et d’après lequel il rapporte le récit de cette bataille qui se donna en 1415. Je n’ai pu comparer aucun des passages qu’il en cite, parce qu’ils ne sont point dans cette partie de la chronique que renferme le volume que j’examine.
Colbert, no 169 ; du Roi, 8343 (abrégé). Manuscrit de Colbert in-folio relié en veau, écriture du quinzième siècle finissant, très bien formée, à deux colonnes, sur vélin, contenant 164 folios non chiffrés. Les titres des chapitres sont en lettres rouges, et les capitales en or sur un fond de couleur. Le manuscrit commence ainsi :
« Comment le Prologue sire Jehan Froissart commence sur ces présentes croniques d’Angleterre, etc. »
Il est divisé en trois parties : la première finit à la mort de Philippe de Valois. Cette partie est séparée de la seconde par une généalogie des rois de France depuis Pharamond jusqu’à Charles VI inclusivement, et par une table des chapitres tant de la première partie que des deux suivantes. La seconde contient le règne entier du roi Jean. Après ces mots :
« Cy fine les Croniques du roy Jehan, fils du roy Philippe de Valoys, »
on trouve vingt-deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglais. Ensuite commence la troisième partie qui renferme le règne de Charles V, et finit au couronnement de Charles VI. Elle est terminée par un abrégé des différens traités d’alliance faits entre Charles V et les Écossais, et les Castillans et les principaux seigneurs d’Aquitaine soulevés contre le prince de Galles, à l’occasion d’un fouage qu’il avait voulu imposer sur leurs terres.
Ce manuscrit est un très court abrégé d’une partie de l’histoire de Froissart, où l’on a quelquefois omis dix ou douze chapitres de suite et considérablement élagué la plupart des autres. On a d’ailleurs substitué assez souvent à son récit celui des chroniqueurs contemporains et surtout des chroniqueurs de Saint-Denis ; de sorte que dans beaucoup d’endroits on chercherait en vain à reconnaître Froissart ; et particulièrement depuis le commencement du règne du roi Jean jusqu’à la fin de l’ouvrage.
No 2444 ; du Roi, 9657 (abrégé). Bibliothèque Colbert, in-4o relié en bois et en veau, écriture de la fin du quinzième siècle, sur papier, non coté.
On lit sur la première feuille en blanc :
« Cest présent livre appartient â messire Antoyne Boyer, chevalier, baron de Saint-Curgin. »
Au folio suivant est une préface de l’abréviateur, où, après avoir dit qu’il suit Froissart chapitre à chapitre, il ajoute :
« Et pour ce que icelui M. Jehan Froissait n’a point fait de table à son 1er livre et par la table des livres l’en peut savoir legièrement la matière de quoi l’en veut lire, je me suis avisé de diviser icelui 1er livre en 167 chapitres.
Le second livre contient 155 chapitres ; le troisième 115 ; le quatrième 82.
Ce manuscrit est un abrégé succinct, mais assez exact de l’histoire entière de Froissart.
Il me reste maintenant a rendre compte d’une innovation matérielle, que j’ai cru indispensable d’introduire dans le texte des manuscrits de Froissart. La langue française était bien loin d’avoir des règles fixes dans le quatorzième siècle ; les désinences des verbes, les genres des noms variaient sans cesse selon le goût de l’écrivain ou les facilités de l’euphonie. L’orthographe était plus incertaine encore que la langue. Quelques auteurs suivaient dans l’orthographe qu’ils adoptaient l’analogie de l’étymologie ; d’autres celle de la prononciation : tantôt même ils suivaient tour à tour l’une ou l’autre, de sorte que le même mot était écrit dans le même ouvrage de cinq ou six manières différentes selon les exigences de l’euphonie, de la prononciation, de l’étymologie ou de la routine. Ainsi par exemple on trouve il écrivit, orthographié : escripsit, escripsi, scripsit, scripsi, escripvit, escripti, escrivit, escrivi, ecripvi, ecrivi, etc. Il fit, orthographié : fi, fit, feit, fist, feist ; il fut orthographié : fu, fut, fust, feut, feust ; il put, orthographié : pu, put, pust, peut, pot ; il eut, orthographié : ot, ut, ust, eust, eut ; il prit, orthographié : pri, prit, prist, preit, preist, print, prin, prinst ; le mot prouesse est écrit tour à tour ; prouesce, proesce, pruesce, pruece, proece, proesse, prouesse, prouece ; le mot besogne est écrit : besoigne, besogne, besoingne, etc.
Par ignorance ou par système les copistes ajoutaient encore à cette confusion. Au désordre des auteurs et des copistes du même pays et du même temps, il faut en ajouter un autre. Non-seulement la prononciation variait dans les provinces et devenait plus ou moins dure ou plus ou moins douce selon la proximité de la Flandre et de l’Allemagne, ou de l’Espagne et de l’Italie ; mais elle prenait une nouvelle forme avec les progrès toujours croissans de la sociabilité, de sorte que l’orthographe d’un demi-siècle n’était plus celle du demi-siècle suivant.
Qu’on se figure donc le mélange bizarre introduit dans les manuscrits, même d’un seul auteur, copiés par des hommes qui, à ces différences de leur propre système d’orthographe, ont ajouté celles qui provenaient de la province qu’ils habitaient et de l’époque où ils vivaient.
Dans un tel état de choses, si j’avais eu à reproduire l’ouvrage d’un auteur dont le style fut tout-à-fait classique, ou si j’avais eu pour but d’éclaircir uniquement l’histoire de la langue, j’aurais dû faire choix du manuscrit le plus ancien connu, ou copié sur le manuscrit le plus ancien et qui reproduisît le plus fidèlement l’intention de l’auteur, et je devrais le donner tel qu’il est, en me gardant bien d’y intercaler quelque morceau qui, bien que plus complet et appartenant évidemment au même auteur, fut cependant tiré d’un manuscrit copié par une autre main, dans une autre province, ou à une autre époque. Alors, quelques variations que les mots eussent pu subir, je les représenterais toutes fidèlement à la place qu’elles occupent dans le modèle, et je me garderais bien de changer même une virgule, un accent ou une apostrophe, dut-elle éclaircir le sens, de semblables corrections devant être placées en note. Voici quelles auraient été mes obligations : elles sont d’une autre nature dans l’ouvrage que je publie.
Ici mon but n’était pas de faire connaître au public les mots, mais bien les faits. Je devais donc choisir ceux des manuscrits qui me semblaient les plus complets, fussent-ils même moins anciens. Il est arrivé quelquefois qu’un manuscrit plus récent était copié fidèlement pour les faits sur un manuscrit plus ancien que tous ceux que j’avais pu me procurer, mais que le copiste avait changé l’orthographe primitive pour la remplacer par la sienne. Que devais-je faire alors ? Fallait-il laisser des faits précieux, parce que quelques lettres auraient été déplacées dans un mot ? fallait-il conserver respectueusement les changemens introduits par les copistes souvent les plus ignorans, ou devais-je prendre sur moi une responsabilité qu’ils n’avaient pas craint de prendre eux-mêmes ? Dans Froissart, par exemple, chaque livre est copié sur un manuscrit différent ; dans chaque livre se trouvent des variantes substituées à des leçons évidemment mauvaises. Or, tous ces manuscrits ont leur orthographe propre. Quelques-uns sont de la fin du quatorzième siècle ; d’autres du commencement, du milieu, ou de la fin du quinzième siècle. Il est évident qu’en les reproduisant fidèlement, j’aurais trompé le lecteur sur l’orthographe du temps de Froissart, qui a considérablement été altérée par chacun.
Il y a encore une considération nouvelle à présenter. La langue française ancienne offre déjà d’assez nombreuses difficultés pour la masse des lecteurs ; ce désordre d’orthographe les multipliera encore, et l’étude de l’histoire sera remplacée par l’étude de la grammaire. Arrêté à chaque pas, le lecteur ne songera plus à lier les faits entre eux et à en dériver les conséquences ; il ne se laissera pas aller à l’intérêt du sujet ; il ne sera point entraîné par la vivacité du narrateur. Le récit d’une action criminelle ne provoquera plus aussi fortement notre indignation, distraits que nous en serons par l’embarras de retrouver un mot sous la forme orthographique qui le déguise ; le récit d’une belle action éveillera moins notre sympathie, parce que nous songerons moins au fait en lui-même qu’aux mots qui le représentent.