Génie du christianisme (page 16)
Une parfaite intelligence régnoit dans la république du Colombier. Aussitôt qu’un citoyen étoit né, sa mère le précipitoit dans les vagues, comme ces peuples barbares qui plongeoient leurs enfants dans les fleuves, pour les endurcir contre les fatigues de la vie. Des courriers partoient sans cesse de cette Tyr avec des gardes nombreuses, qui, par ordre de la Providence, se dispersoient sur les mers pour secourir les vaisseaux. Les uns se placent à quarante ou cinquante lieues d’une terre inconnue, et deviennent un indice certain pour le pilote qui les découvre flottants sur l’onde comme les bouées d’une ancre ; d’autres se cantonnent sur un récif, et, sentinelles vigilantes, élèvent pendant la nuit une voix lugubre, pour écarter les navigateurs ; d’autres encore, par la blancheur de leur plumage, sont de véritables phares sur la noirceur des rochers. Nous présumons que c’est pour la même raison que la bonté de Dieu a rendu l’écume des flots phosphorique, et toujours plus éclatante parmi les brisants, en raison de la violence de la tempête : beaucoup de vaisseaux périroient dans les ténèbres sans ces fanaux miraculeux allumés par la Providence sur les écueils.
Tous les accidents des mers, le flux et le reflux, le calme et l’orage, sont prédits par les oiseaux. La mauve descend sur une grève, retire son cou dans sa plume, cache une patte dans son duvet, et, se tenant immobile sur l’autre, avertit le pêcheur de l’instant où les vagues se lèvent ; l’alouette marine, qui court le long du flot en poussant un cri doux et triste, annonce au contraire le moment du reflux ; enfin, les procellarias s’établissent au milieu de l’Océan. Compagnes des mariniers, elles suivent la course des navires et prophétisent la tempête. Le matelot leur attribue quelque chose de sacré, et leur donne religieusement l’hospitalité quand le vent les jette à bord ; c’est de même que le laboureur respecte le rouge-gorge, qui lui prédit les beaux jours, et c’est ainsi qu’il les reçoit sous son toit de chaume pendant les rigueurs de l’hiver. Ces hommes malheureux, placés dans les deux conditions les plus dures de la vie, ont des amis que leur a préparés la Providence ; ils trouvent dans un être foible le conseil ou l’espérance, qu’ils chercheroient souvent en vain chez leurs semblables. Ce commerce de bienfaits entre de petits oiseaux et des hommes infortunés est un de ces traits touchants qui abondent dans les œuvres de Dieu. Entre le rouge-gorge et le laboureur, entre la procellaria et le matelot, il y a une ressemblance de mœurs et de destinées tout à fait attendrissante. Oh ! que la nature est sèche expliquée par des sophistes ! mais combien elle paraît pleine et fertile aux cœurs simples qui n’en recherchent les merveilles que pour glorifier le Créateur !
Si le temps et le lieu nous le permettoient, nous aurions bien d’autres migrations à peindre, bien d’autres secrets de la Providence à révéler. Nous parlerions des grues des Florides, dont les ailes rendent des sons si harmonieux, et qui font de si beaux voyages au-dessus des lacs, des savanes, des cyprières et des bocages d’orangers et de palmiers ; nous montrerions le pélican des bois, visitant les morts de la solitude, ne s’arrêtant qu’aux cimetières indiens et aux monts des tombeaux ; nous rapporterions les raisons de ces migrations, toujours relatives à l’homme ; nous dirions les vents, les saisons que les oiseaux choisissent pour changer de climat, les aventures qu’ils éprouvent, les obstacles qu’ils ont à surmonter, les naufrages qu’ils font ; comment ils abordent quelquefois loin du pays qu’ils cherchent, sur des côtes inconnues ; comment ils périssent en passant sur des forêts embrasées par la foudre ou sur des plaines où les sauvages ont mis le feu.
Dans les premiers âges du monde, c’étoit sur la floraison des plantes, sur la chute des feuilles, sur le départ et l’arrivée des oiseaux que les laboureurs et les bergers régloient leurs travaux. De là l’art de la divination chez certains peuples : on supposa que les animaux qui prédisoient les saisons et les tempêtes ne pouvoient être que les interprètes de la Divinité. Les anciens naturalistes et les poëtes (à qui nous sommes redevables du peu de simplicité qui reste encore parmi nous) nous montrent combien étoit merveilleuse cette manière de compter par les fastes de la nature, et quel charme elle répandoit sur la vie. Dieu est un profond secret ; l’homme, créé à son image, est pareillement incompréhensible : c’étoit donc une ineffable harmonie de voir les périodes de ses jours réglées par des horloges aussi mystérieuses que lui-même.
Sous les tentes de Jacob ou de Booz, l’arrivée d’un oiseau mettoit tout en mouvement ; le patriarche faisoit le tour de son champ, à la tête de ses serviteurs, armés de faucilles. Si le bruit se répandoit que les petits de l’alouette avoient été vus voltigeant, à cette grande nouvelle tout un peuple, sur la foi de Dieu, commençoit avec joie la moisson. Ces aimables signes, en dirigeant les soins de la saison présente, avoient l’avantage de prédire les vicissitudes de la saison prochaine. Les oies et les sarcelles arrivoient-elles en abondance, on savoit que l’hiver seroit long. La corneille commençoit-elle à bâtir son nid au mois de janvier, les pasteurs espéroient en avril les roses de mai. Le mariage d’une jeune fille, au bord d’une fontaine, avoit tel rapport avec l’épanouissement d’une plante ; et les vieillards, qui meurent ordinairement en automne, tomboient avec les glands et les fruits mûrs. Tandis que le philosophe, tronquant ou allongeant l’année, promenoit l’hiver sur le gazon du printemps, le laboureur ne craignoit point que l’astronome qui lui venoit du ciel se trompât. Il savoit que le rossignol ne prendroit point le mois des frimas pour celui des fleurs et ne feroit point entendre au solstice d’hiver les chansons de l’été. Aussi les soins, les jeux, les plaisirs de l’homme champêtre étoient déterminés non par le calendrier incertain d’un savant, mais par les calculs infaillibles de celui qui a tracé la route du soleil. Ce souverain Régulateur voulut lui-même que les fêtes de son culte fussent assujetties aux simples époques empruntées de ses propres ouvrages, et dans ces jours d’innocence, selon les saisons et les travaux, c’étoit la voix du zéphyr ou de la tempête, de l’aigle ou de la colombe, qui appeloit l’homme au temple du Dieu de la nature.
Nos paysans se servent encore quelquefois de ces tables charmantes où sont gravés les temps des travaux rustiques. Les peuples de l’Inde en font le même usage, et les nègres et les sauvages américains gardent cette manière de compter. Un Siminole de la Floride vous dit : « La fille s’est mariée à l’arrivée du colibri. — L’enfant est mort quand la non-pareille a mué. — Cette mère a autant de fils qu’il y a d’œufs dans le nid du pélican. »
Les sauvages du Canada marquent la sixième heure du soir par le moment où les ramiers boivent aux sources, et les sauvages de la Louisiane par celui où l’éphémère sort des eaux. Le passage des divers oiseaux règle la saison des chasses, et le temps des récoltes du maïs, du sucre d’érable, de la folle-avoine, est annoncé par certains animaux qui ne manquent jamais d’accourir à l’heure du banquet.
↑ Île à l’entrée du golfe Saint-Laurent, sur la côte de Terre-Neuve.
François-René de Chateaubriand Génie du christianisme Garnier Frères, 1828 (p. 106-110).
Chap. IX. Suite des Migrations. — Quadrupèdes Chap. XI. Des Plantes et de leurs Migrations Chap. X. Amphibies et Reptiles
On trouve au pied des monts Apalaches, dans les Florides, des fontaines qu’on appelle puits naturels. Chaque puits est creusé au centre d’un monticule planté d’orangers, de chênes-verts et de catalpas. Ce monticule s’ouvre en forme de croissant, du côté de la savane, et un courant d’eau sort du puits par cette ouverture. Les arbres, en s’inclinant sur la fontaine, rendent sa surface toute noire au-dessous ; mais à l’endroit où le courant d’eau s’échappe de la base du cône, un rayon du jour, pénétrant par le lit du canal, tombe sur un seul point du miroir de la fontaine, qui imite l’effet de la glace dans la chambre obscure du peintre. Cette charmante retraite est ordinairement habitée par un énorme crocodile, qui se tient immobile au milieu du bassin[1] : à son écaille verdoyante, à ses larges naseaux qui lancent les ondes en deux ellipses colorées, vous le prendriez pour un dragon de bronze dans quelque grotte des bosquets de Versailles.
Les crocodiles ou caïmans des Florides ne vivent pas toujours solitaires. Dans certains temps de l’année ils s’assemblent en troupes, et se mettent en embuscade pour attaquer des voyageurs qui doivent arriver de l’Océan. Lorsque ceux-ci ont remonté les fleuves, que l’eau manque à leur multitude, qu’ils meurent échoués sur les rivages et menacent de répandre la peste dans l’air, la Providence les livre tout à coup à une armée de quatre ou cinq mille crocodiles. Les monstres, poussant un cri et faisant claquer leurs mâchoires, fondent sur les étrangers. Bondissant de toutes parts, les combattants se joignent, se saisissent, s’entrelacent. Ils se plongent au fond des gouffres, se roulent dans les limons, remontent à la surface de l’eau. Le fleuve taché de sang se couvre de corps mutilés et d’entrailles fumantes. Rien ne peut donner une idée de ces scènes extraordinaires, décrites par les voyageurs, et que le lecteur est toujours tenté de prendre pour de vaines exagérations[2].
Rompues, dispersées, pleines d’épouvante, les légions étrangères, poursuivies jusqu’à l’Océan, sont forcées de rentrer dans les abîmes, afin que, désormais utiles à nos besoins, elles nous servent sans nous nuire[3].
Ces espèces de monstres ont quelquefois révolté la sagesse de l’athée : ils sont pourtant nécessaires dans le plan général. Ils n’habitent que les déserts où l’absence de l’homme commande leur présence ; ils y sont placés pour détruire, jusqu’à l’arrivée du grand destructeur. Aussitôt que nous apparaissons sur une côte, ils nous cèdent l’empire, certains qu’un seul de nous fera plus de ravages que dix mille d’entre eux[4].
Et pourquoi Dieu fait-il des êtres superflus qui obligent ensuite à des destructions ? Par la raison que Dieu n’agit pas, comme nous, d’une manière bornée ; il se contente de dire : Croissez et multipliez ; et l’infini est dans ces deux mots. Dorénavant pour être sage il faudra peut-être que la Divinité soit médiocre ; l’infini sera un attribut que nous lui retrancherons ; tout ce qui sera immense sera rejeté. Nous dirons : « Cela est de trop dans la nature », parce que notre esprit ne pourra le comprendre. Et que si Dieu s’avise de placer plus d’un certain nombre de soleils dans la voûte céleste, nous tiendrons l’excédant comme non avenu, et, en conséquence de cette prodigalité d’univers, nous déclarerons le Créateur convaincu de folie et d’impuissance.
Considérés en eux-mêmes, quelle que soit la difformité de ces êtres que nous appelons des monstres, on peut encore reconnaître sous leurs horribles traits quelques marques de la bonté divine. Un crocodile, un serpent, ne sont pas moins tendres pour leurs petits qu’un rossignol, une colombe. C’est d’abord un contraste miraculeux et touchant de voir un crocodile bâtir un nid et pondre un œuf comme une poule, et un petit monstre sortir d’une coquille comme un poussin. La femelle du crocodile montre ensuite pour sa famille la plus tendre sollicitude. Elle se promène entre les nids de ses sœurs, qui forment des cônes d’œufs et d’argile, et qui sont rangés comme les tentes d’un camp au bord d’un fleuve. L’amazone fait une garde vigilante et laisse agir les feux du jour ; car si la délicate affection de la mère est comme représentée par l’œuf du crocodile, la force et les mœurs de ce puissant animal se peignent, pour ainsi dire, dans le soleil qui couve cet œuf et dans le limon qui lui sert de levain. Aussitôt qu’une des meules a germé, la femelle prend sous sa protection les monstres naissants : ce ne sont pas toujours ses propres fils ; mais elle fait par ce moyen l’apprentissage de la maternité, et rend son habileté égale à ce que sera sa tendresse. Quand enfin sa famille vient à éclore, elle la conduit au fleuve, la lave dans une eau pure, lui apprend à nager, pêche pour elle de petits poissons, et la protège contre les mâles qui veulent souvent la dévorer.
Un Espagnol des Florides nous a conté qu’ayant enlevé la couvée d’un crocodile, et la faisant emporter dans un panier par des nègres, la femelle le suivit avec des cris pitoyables. On posa deux des petits à terre : la mère aussitôt se mit à les pousser avec ses mains et son museau, tantôt se tenant derrière eux pour les défendre, tantôt marchant à leur tête pour leur montrer le chemin. Les petits se traînoient, en gémissant, sur les traces de leur mère, et ce reptile énorme, qui naguère ébranloit le rivage de ses rugissements, faisoit alors entendre une sorte de bêlement aussi doux que celui d’une chèvre qui allaite ses chevreaux.
Le serpent à sonnettes le dispute au crocodile en affection maternelle : ce reptile, qui donne aux hommes des leçons de générosité[5], leur en donne encore de tendresse. Quand sa famille est poursuivie, il la reçoit dans sa gueule[6] : peu content des lieux où il la pourroit cacher, il la fait rentrer en lui, ne trouvant point pour des enfants d’asile plus sûr que le sein d’une mère. Exemple d’un dévouement sublime, il ne survit point à la perte de ses petits, car pour les lui ravir il faut les arracher de ses entrailles.
Parlerons-nous du poison de ce serpent, toujours plus violent au temps où il a une famille ? Raconterons-nous la tendresse de l’ours, qui, semblable à la femme sauvage, pousse l’amour maternel jusqu’à allaiter ses enfants après leur mort[7] ?
Qu’on suive ces prétendus monstres dans leurs instincts ; qu’on étudie leurs formes, leurs armures ; qu’on fasse attention à l’anneau qu’ils occupent dans la chaîne de la création ; qu’on les examine dans leurs propres rapports et dans ceux qu’ils ont avec l’homme, nous osons assurer que les causes finales sont peut-être plus visibles dans cette classe d’êtres qu’elles ne le sont dans les espèces plus favorisées de la nature, de même que dans un ouvrage barbare les traits de génie brillent davantage au milieu des ombres qui les environnent.
L’objection que l’on fait contre les lieux que ces monstres habitent ne nous paroît pas mieux fondée. Les marais, tout nuisibles qu’ils semblent, ont cependant de grandes utilités. Ce sont les urnes des fleuves dans les pays de plaines, et les réservoirs des pluies dans les contrées éloignées de la mer. Leur limon et les cendres de leurs herbes fournissent des engrais aux laboureurs ; leurs roseaux donnent le feu et le toit à de pauvres familles ; frêle couverture, en harmonie avec la vie de l’homme, et qui ne dure pas plus que nos jours.
Ces lieux ont même une certaine beauté qui leur est propre : frontière de la terre et de l’eau, ils ont des végétaux, des sites et des habitants particuliers : tout y participe du mélange des deux éléments. Les glaïeuls tiennent le milieu entre l’herbe et l’arbuste, entre le poireau des mers et la plante terrestre ; quelques-uns des insectes fluviatiles ressemblent à de petits oiseaux : quand la demoiselle, avec son corsage bleu et ses ailes transparentes, se repose sur la fleur du nénuphar blanc, on croiroit voir l’oiseau-mouche des Florides sur une rose de magnolia. En automne, ces marais sont plantés de joncs desséchés, qui donnent à la stérilité même l’air des plus opulentes moissons ; au printemps, ils présentent des bataillons de lances verdoyantes. Un bouleau, un saule isolé où la brise a suspendu quelques flocons de plumes, domine ces mouvantes campagnes ; le vent glissant sur ces roseaux incline tour à tour leurs cimes : l’une s’abaisse, tandis que l’autre se relève ; puis soudain, toute la forêt venant à se courber à la fois, on découvre ou le butor doré, ou le héron blanc, qui se tient immobile sur une longue patte comme sur un épieu.
la bourre qui enveloppe une partie du tronc du palmier, ou plutôt comme la fillasse ligneuse du coco ; beaucoup de plantes grasses des tropiques s’appuient sur la terre comme ses pieds et en ont la forme lourde et carrée ; son cri est à la fois grêle et fort comme celui du Cafre, ou comme le cri de guerre du cipaye. Lorsque, couvert de riches tapis, chargé d’une tour, semblable aux minarets d’une pagode, l’éléphant apporte quelque pieux monarque aux débris de ces temples qu’on trouve dans la presqu’île des Indes, la colonne de ses pieds, sa figure irrégulière, sa pompe barbare, s’allient avec cette architecture colossale formée de quartiers de roche entassés les uns sur les autres : la bête et le monument en ruine semblent être deux restes du temps des géants.
↑ Voyez Bartram, Voyage dans les Carolines et dans les Florides.
↑ Les immenses avantages que l’homme tire des migrations des poissons sont si connus que nous ne nous y arrêtons pas.
↑ On a observé que dans les Carolines, où les caïmans ont été détruits, les rivières sont souvent infectées par la multitude des poissons qui remontent de l’Océan, et qui meurent, faute d’eau, pendant les jours caniculaires.
↑ Voyez les Voyages de Carver (Carver’s Travels) dans le Canada.
François-René de Chateaubriand Génie du christianisme Garnier Frères, 1828 (p. 110-112).
Chap. X. Amphibies et Reptiles Chap. XII. Deux perspectives de la Nature Chap. XI. Des Plantes et de leurs Migrations
Nous entrons à présent dans ce règne où les merveilles de la nature prennent un caractère plus riant et plus doux. En s’élevant dans les airs et sur le sommet des monts, on diroit que les plantes empruntent quelque chose du ciel, dont elles se rapprochent. On voit souvent par un profond calme, au lever de l’aurore, les fleurs d’une vallée immobiles sur leurs tiges ; elles se penchent de diverses manières, et regardent tous les points de l’horizon. Dans ce moment même où il semble que tout est tranquille, un mystère s’accomplit : la nature conçoit ; et ces plantes sont autant de jeunes mères tournées vers la région mystérieuse d’où leur doit venir la fécondité. Les sylphes ont des sympathies moins aériennes, des communications moins invisibles ; le narcisse livre aux ruisseaux sa race virginale, la violette confie aux zéphyrs sa modeste postérité, une abeille cueille du miel de fleur en fleur, et, sans le savoir, féconde toute une prairie ; un papillon porte un peuple entier sur son aile. Cependant les amours des plantes ne sont pas également tranquilles ; il en est d’orageuses comme celles des hommes : il faut des tempêtes pour marier sur des hauteurs inaccessibles le cèdre du Liban au cèdre du Sinaï, tandis qu’au bas de la montagne le plus doux vent suffit pour établir entre les fleurs un commerce de volupté. N’est-ce pas ainsi que le souffle des passions agite les rois de la terre sur leur trône, tandis que les bergers vivent heureux à leurs pieds ?