Les Exercices (page 3)
Pour l’imposition du saint habit, tu diras cette oraison:
ORAISON
Viens, noble amour; et fais-moi, pauvre roseau abject, fleurir à ton aspect pareil au lis, moi plantée par la main de ta sublime divinité, en la vallée très profonde de la sainte humilité, sur le courant des eaux surabondantes de ta charité, au bord des grandes eaux de ta miséricorde et de ta tendresse; moi herbe desséchée quoique plantée par toi, qui de moi ne suis qu’en tout rien et un pur néant, je reverdirai sous l’action de ton Esprit, et je refleurirai en toi, ê ma très douce lumière du matin; et ainsi par toi je dépouillerai le vieil homme et ses actes, et je pourrai revêtir le nouveau qui est créé selon Dieu, en la justice et la sainteté véritable. Amen.
RéPONS. — J’ai méprisé les royaumes du monde et tous les ornements d’ici-bas, pour l’amour de mon Seigneur Jésus-Christ, Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.
VERSET. — Mon coeur chante un sujet excellent; et l’ouvrage que je fais, je le dis au Roi, Que j’ai vu, que j’ai aimé, en qui j’ai cru, que j’ai chéri.
Qu’ai-je à faire désormais avec le monde, ô mon cher Jésus? Mais même dans le ciel, je ne veux rien si ce n’est toi; c’est toi seul que j’aime, toi que e désire, toi que je chéris, toi que je souhaite, toi dont j’ai soif, toi que j’aime. En toi tout entière je défaille, mon bien-aimé, mon bien-aimé ! De grâce, transporte-moi en la flamme de ton vivant incendie, et fais-moi maintenant si pleinement m’attacher à toi, qu’à l’heure de ma mort, quittant mon corps, éternellement mon bien soit d’être avec toi. Car mon âme t’aime, mon coeur te désire, toute ma force te chérit, et toute ma vie s’en allant de moi est partie après toi. O Jésus, de tous les chers le plus cher, mon coeur te dit : tu es mon très cher Cher, toute ma joie vraie et assurée, ma part qui est la meilleure, toi que seul mon âme aime et chérit.
Approchant de la communion, jette-toi tout à fait en Dieu, afin que tu ne vives plus que pour lui : Qui suis-je, moi, mon Dieu, la vie de mon âme ? Hélas, hélas ! Que je suis loin de toi. Moi je suis comme un grain de poussière, que le vent emporte de dessus la terre. De grâce, de grâce, par la puissance de ta charité, daigne faire s’élever si puissamment le vent brûlant de ton amour tout. puissant, et me jeter en toi si fortement par li tourbillon de ton Esprit, et me recevoir en le sein de ta tendre sollicitude; afin que je commence ci vérité à mourir à moi-même, et à m’en aller ci esprit en toi, mon doux amour. Là, là, donne-moi de me perdre moi-même en toi, et de m’abandonner Si entièrement à toi, qu’il ne me reste aucune trace de moi en moi, comme un grain de poussière ne laisse aucune trace de sa disparition du lieu où il a été enlevé. De grâce, de grâce, transporte moi en l’affection de ton amour, de telle manière que toute mon imperfection soit anéantie en toi et que désormais je n’aie plus de vie hors de toi afin qu’à tout jamais je ne me retrouve nulle part si ce n’est en toi. Amen.
ci désire être consommée dans le Seigneur.
Que suis-je, moi, ô mon Dieu, ô l’amour de mon coeur? hélas, hélas ! que je te suis dissemblable ! Moi je ne suis que comme une toute petite goutte de ta bonté, et toi tu es une mer immense de toute douceur. De grâce, ô amour, ô amour, ouvre, ouvre un peu pour moi les entrailles de ta tendresse. Fais dégoutter sur moi tous les réservoirs de ta très bénigne paternité. Fais s’ouvrir sur moi toutes les sources du grand abîme de ton infinie miséricorde. Que je sois absorbée en la profondeur de ta charité. Que je sois plongée en l’abîme de la mer de ta très miséricordieuse bonté. Que je sois perdue dans le déluge de ton vivant amour, comme se perd la goutte d’eau de la mer en la profondeur de sa plénitude. Que je meure, que je meure, dans le torrent de ta tendresse infinie, comme mourrait une étincelle de feu dans le courant impétueux d’un fleuve. Que je sois tout enveloppée dans la pluie de ta dilection: que le breuvage de ton amour m’ôte la vie. Que le conseil secret de ton amour très sage opère et achève en moi la glorieuse mort de l’amour vivifiant. Là, là, je perdrai ma vie en toi, là où tu vis éternellement, ô mon amour, ô le Dieu de ma vie. Amen.
Que suis-je, moi, ô mon Dieu, ma douceur sainte? Hélas, hélas 1 De toutes tes créatures je suis devenue la balayure, mais tu es ma grande confiance, car en toi est déposée pour moi une véritable abondance et le supplément de tout ce que j’ai perdu. Donc, ô amour, amour, amour, rassemble maintenant sur moi en un monceau toute ton immense bonté et miséricorde.
Ecrase-moi sous le poids de ton infinie clémence et tendresse. Fais-moi expirer sous le souffle si doux de ton Esprit, m’endormir sous le voile de ton amour. Que toute vivante je rende l’esprit en goûtant ta suavité, afin qu’en toi, mon doux bonheur, sortant de moi, doucement je m’en aille, que je tombe en tes embrassements, et que de vrai je sois ensevelie dans le baiser de ton amour d’où coule le miel.
Enveloppe-moi du suaire de ta chère rédemption. Embaume-moi dans le parfum de ta mort précieuse. Place-moi dans la tombe de marbre de ton coeur percé de la lance, cache-moi sous la pierre du très doux regard de ta face plus douce que le miel, afin qu’à tout jamais tu aies soin de moi. Là, là, mon bien-aimé, que je sois ensevelie à l’ombre si douce de ta paternelle dilection. Que je repose, repose, repose, en la mémoire éternelle de ta précieuse et vivante amitié. De grâce, de grâce, ô amour si fort, que ma chair se dessèche en toi. Que ma vie expire en toi, ô amour vivifiant. Qu’en toi ma substance tout entière soit réduite en cendre, ô doux amour. Et dans la lumière plus douce que le miel de ton visage, que mon âme se repose pour l’éternité. Amen.
Ensuite pour action de grâces dis le Magnificat.
CANTIQUE
Mon âme glorifie le Seigneur. Et mon esprit a tressailli de joie en Dieu mon Sauveur. Parce qu’il a regardé la petitesse de sa servante : car voici que dès ce moment toutes les générations me diront bienheureuse. Parce qu’il a fait â moi de grandes choses, lui qui est puissant, lui dont le nom est saint. Lui dont la miséricorde s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il a fait acte de puissance par son bras, il a dispersé les superbes en la pensée de leur coeur. Il a déposé les puissants du trône, et il a exalté les humbles. Il a rempli de biens les affamés, et il a renvoyé les riches dans l’indigence. Il a recueilli Israël son serviteur, s’étant ressouvenu de sa miséricorde. Comme il a parlé à nos pères à Abraham et à sa race dans les siècles.
Et cette oraison:
ORAISON
A toi, ô Dieu de ma vie, à toi qui donnes la vie à mon âme, à toi mon très doux amant, mon père, mon époux, mon pourvoyeur, à toi j’offre le trésor entier de mon amour, pour le brasier de ton Esprit brûlant, pour la fournaise ardente de ton vivant amour. Pour toi, pour toi, ô de tous les chers le plus cher, à cette heure j’entre dans les voies douloureuses, sachant-que ta miséricorde est meilleure que toutes les vies.
De grâce, ô mon bien-aimé, par ta divine puissance, je me confie en ta bonté, avec les armes de ton Esprit, arme-moi pour la guerre; fais que je passe par-dessus toutes les embûches de mes ennemis; par ton inextinguible charité, toi-même supplante tout ce qui en moi ne vit pas uniquement pour toi, afin que par le doux secours de ton vivant amour, attirée et fortifiée par la vivifiante suavité de ta dilection, j’arrive donc à t’aimer. Oui, je t’aimerai, ô mon doux secours; sous ta conduite, je porterai joyeusement le joug suave, le doux fardeau de ton amour, afin que toute la durée du service que je te rends, mon bien-aimé, ne me paraisse durer que peu de jours à cause de la grandeur de mon amour. Que le doux rafraîchissement de ton Esprit me rende court et léger le poids du jour et de la chaleur, et daigne toi-même enlacer toutes les oeuvres et exercices de. ma vie dans les oeuvres de la vie de ta vivante dilection, afin que mon âme te glorifie éternellement, que toute ma vie te serve infatigablement, et que mon esprit tressaille de joie en toi, mon Dieu, mon Sauveur, et que toutes mes pensées et mes actions soient pour toi autant de louanges et de remerciements. Amen. Enfin, recommande-toi à Dieu, par le cantique Nunc dimittis:
CANTIQUE
Maintenant, tu peux renvoyer ton serviteur en paix, selon ta parole. Parce que mes yeux ont vu ton salut, le Sauveur envoyé par toi. Que tu as préparé, devant la face de tous les peuples: Lumière pour la révélation des gentils, et gloire de ton peuple Israël.
De grâce, maintenant, ô amour, mon Roi et mon Dieu, maintenant, ô Jésus, mon cher mien, reçois-moi en la garde de ton très doux coeur. Là, là, attache-moi par ton amour, afin que je vive pour toi tout entière. De grâce maintenant, jette-moi dans l’immense mer de l’abîme de la miséricorde. Là, là, confie-moi aux entrailles de ta tendresse surabondante. Oui, jette-moi dans les flammes dévorantes de ton vivant amour. Là, là fais-moi passer en toi jusqu’à réduire en cendres mon esprit et mon âme. De grâce, et à l’heure de ma mort, confie-moi à la providence de ta paternelle charité. Là, là, ô mon doux salut, console-moi par la vue plus douce que le miel de ta présence. Là, repose-moi en me faisant goûter la rédemption par laquelle tu m’as si chèrement acquise. Là, appelle-moi à toi de la vive voix de ta belle dilection. Là, reçois-moi au baiser de ta bonté très indulgente. Là sous le doux souffle de ton Esprit d’où découle toute suavité, attire-moi à toi, attire-moi dedans toi, absorbe-moi dedans toi. Là, dans le baiser de l’union parfaite, plonge-moi dans l’éternelle jouissance de toi, et donne-moi alors de te voir; de te posséder, et de jouir de toi éternellement, parce que c’est toi~ que mon âme désire, ô Jésus, de tous les chers le plus cher. Amen.
-------------------------------------------------------------------------------- CINQUIèME EXERCICE
POUR EXCITER LE DIVIN AMOUR
Quand tu voudras t’appliquer à aimer, retire ton coeur de toutes les affections déréglées, empêchements et imaginations, choisissant pour cela temps et jour opportun, et emploie à cela au moins trois heures dans la journée, le matin, le midi et le soir, pour suppléer à ce que jamais tu n’as aimé le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force. Et alors de toute l’affection, la dévotion et l’application possible, unis-toi à Dieu dans l’oraison, comme si tu voyais devant toi l’époux lui-même Jésus, lequel assurément est présent dans ton âme. Le matin, allant pour ainsi dire au-devant de ton Dieu, dis la prière avec les trois versets qui suivent:
VERSETS. — « O Dieu, mon Dieu, vers toi je veille dès le matin. « Mon âme a soif de toi : et ma chair elle-même, combien entièrement elle est à toi. « Dans une terre déserte et abandonnée et aride, comme. dans le sanctuaire, je parais devant toi, pour voir ta puissance et ta gloire. »
COLLOQUE.
Oui, ô mon Dieu, toi seul tu es et tout et mon vrai amour ; tu es mon très cher salut, toute mon espérance et ma joie, mon bien suprême et excellent. A toi mon Dieu, mon très cher Amour, le matin je me présente et je vois que tu es la douceur même et l’éternelle suavité. Tu es la soif de mon coeur. Tu es toute la richesse de mon esprit. Plus je te goûte, et plus j’ai faim; plus je te bois, et plus j’ai soif.
O amour Dieu, te voir c’est pour moi le jour le plus resplendissant: ce jour unique qui dans les parvis du Seigneur vaut mieux que mille partout ailleurs, est la seule chose après laquelle soupire mon âme que tu as rachetée pour toi. De grâce quand me rassasieras-tu de la douceur de ta face plus douce que le miel? Mon âme soupire, se fond de désir pour l’abondance de ta suavité. J’ai choisi et choisi de préférence, d’être abjecte en la maison de mon Dieu, afin de pouvoir aspirer au rassasiement de ton très doux visage.
Te voir, ô amour, c’est s’en aller à Dieu en esprit, s’attacher à toi, c‘est s’unir à Dieu par l’alliance nuptiale. O très sereine lumière de mon âme, ô matin très resplendissant, de grâce, fais en moi le jour, et éclaire-moi si bien, qu’en ta lumière, je voie la lumière, et que par toi ma nuit se change en jour. O mon très cher matin! tout ce que tu n’es pas, je veux, par l’amour de ton amour, le traiter comme rien, comme un néant. De grâce, visite-moi à ce commencement du jour, et qu’en toi je sois subitement renouvelée.
O amour, qui portes non la lumière, mais Dieu même, viens à moi avec affluence, afin que par toi je sois fondue suavement : annihilée en moi que je m’écoule en toi totalement : afin que désormais je ne puisse plus me retrouver en moi dans le temps, et que je demeure attachée à toi dans l’éternité.
O amour, tu es cette nature unique, cette beauté première, qui dans ce monde ne se peut voir que de dessous les ailes des Séraphins. O quand serai-je rassasiée de cette beauté si grande et si grande? O suprême étoile du matin, brillante de la divine clarté, quand serai-j e éclairée de ta présence?
O splendeur très aimable, quand serai-je rassasiée de toi ? Que je voudrais apercevoir d’ici les rayons délicats de ta beauté, pour ensuite goûter au moins un peu ta douceur, et avoir ainsi un avant-goût bien suave de mon héritage qui est si bon. De grâce, tourne-toi quelque peu, afin qu’en toi, fleur des fleurs, je fixe mon regard.
Tu es le miroir très, brillant de la Trinité, miroir que l’oeil d’un coeur pur voit 1à-haut face à face, et ici-bas seulement en énigme. De grâce, verse sur moi de ta pureté, et je serai pure. Touche de ta blancheur l’intime de mon coeur, et je deviendrai plus blanche que la neige. Je t’en prie, que la grandeur de ta charité ait la victoire, et que l’abondante sainteté de tes mérites m’enveloppe tout entière, de peur que la distance ou je suis de ta beauté ne me sépare de toi.
Jette les yeux sur moi, et vois : et fais-moi te reconnaître et savoir. Tu m’as aimée le premier.
Tu m’as choisie, moi qui ne t’avais pas choisi. Toi spontanément, tu viens au-devant de qui a soif de toi: sur ton front brille l’éclat de l’éternelle lumière.
De grâce, montre-moi ta face, et fais-moi voir ta beauté.
Elle est douce et gracieuse, cette face, sur laquelle rayonne la très belle aurore de ta divinité. Sur tes joues je lis, d’un rouge merveilleux, l’Alpha et l’Oméga. En tes yeux brille d’une clarté inextinguible l’immense éternité. Là le salut de Dieu m’éclaire comme une lampe. Là s’unissent admirablement la vérité lumineuse et la charité gracieuse. De toi émane pour moi l’odeur de vie: de ta bouche coulent pour moi le lait et le miel. Que tu es belle, ô charité qui es Dieu, que tu es agréable, et admirable, et douce à voir, ô ma très chère, en tes délices! Sur le trône divin tu es assise première, comblée .des richesses de la suprême Trinité. Comme fiancée et épouse, tu demeures en la maison du Dieu suprême, unie au Fils de Dieu par une dilection inséparable.
O amour, quand viendra le soir de ma vie, daigne te lever pour moi de grand matin, et quand tu me verras mourir à cet exil, fais-moi puiser en toi la vie éternelle ; et donne-moi de terminer si bien mon pèlerinage que sans empêchement je puisse avec toi entrer aux noces de l’Agneau, et sous ta conduite trouver le vrai époux et ami, et m’unir à lui si tendrement entre tes bras, que jamais à tout jamais je ne puisse être séparée de son embrassement.
O amour, ô Clef de David, ouvre-moi alors le Saint des saints, afin que par toi introduite je voie joyeuse et sans retard le Dieu des Dieux en Sion, Celui dont le visage plus doux que le miel fait maintenant tout le désir, tous les souhaits de mon âme.
A midi, va vers ton époux brûlant pour toi d’amour, afin que ce soleil de justice enflamme ta tiédeur de la ferveur de sa dilection : afin que le charbon de l’amour divin soit ardent à ne pouvoir s’éteindre sur l’autel de ton coeur, et dis cette oraison avec ces versets:
« Je t’aimerai, ô Dieu qui est ma force. « Mon Dieu, mon soutien. « Mon protecteur, et la force de mon salut. »
COLLOQUE
Oui, ô amour, fleur première de mon amour tu es mes très chères arrhes de fiancée et ma do d’épouse. Pour toi j’ai méprisé le monde, et j’a regardé comme la boue de mes pieds toutes le joies d’ici-bas, afin de pouvoir aspirer à être ton épouse.
De grâce, admets-moi dans le secret de ta charité. Vois, mon coeur brûle de désir pour le baiser de ton amour. Ouvre-moi la chambre intime de ta belle dilection. Mon âme a soif de l’embrassement de ton union intime.
De grâce, maintenant prépare le festin de ton abondante miséricorde et invite-moi à la table d tes douceurs. Présente-moi le doux mets de ton éternel pardon, lequel seul peut rassurer moi esprit.
J e t’en prie, maintenant faisons fête ensemble ô mon très cher et souverain bien. En toi-même d’une manière incompréhensible, tu abondes e surabondes de tous les biens, et tu te communiques toi-même à ta créature. O merveille!
Nourris-moi abondamment de toi-même. Car comment l’étincelle . vivra-t-elle sinon dans son feu? Où et comment la goutte peut-elle être sinon dans sa source?
Oui, que ton cher embrasement m’enveloppe et me consume tout entière, esprit et âme, comme peut le faire ta toute-puissante libéralité pour un pauvre grain de poussière. O amour, ô très douce chaleur du midi, en ta pleine paix, un saint repos me ravit par-dessus tout. Tes sabbats si désirés sont riches de la présence de Dieu, et pour une épouse regorgent de la grâce de ta face très sereine.
De grâce, ô mon bien-aimé, choisi et préféré par-dessus toute créature, fais-moi voir maintenant en toi, et montre-moi où tu mènes ton troupeau, où tu le fais coucher à midi. Mon esprit est brûlant du désir de la douceur de ton repos.
O amour, ici sous l’ombre douce comme miel de ta charité, ici repose toute mon espérance et ma confiance. Dans le sein de ta paix, Israël habite en sécurité. Mon âme souhaite ardemment avoir part aux fêtes de ce sabbat désiré.
O amour, la jouissance de toi, c’est l’alliance miséricordieuse du Verbe et de l’âme, opérée par la parfaite union de Dieu. User de toi, c’est être engagée en Dieu: jouir de toi, c’est être fait une même chose avec Dieu. Tu es cette paix qui surpasse toute pensée, et là est le chemin qui mène à la chambre nuptiale.
Oh! si moi misérable, j’avais ce bonheur de pauser un seul moment sous le très cher vêtement de ta dilection, afin que mon coeur soit fortifié par une seule parole consolante de ton Verbe vivant, et que mon âme entende de ta bouche cette bonne, cette suave parole : Je suis ton salut! Dès lors la chambre de mon coeur est ouverte pour toi.
Car pourquoi, ô amour triomphant, as-tu aimé une créature si laide, si dégoûtante, si ce n’est pour la faire belle en toi? Ta tendre charité m’attire et m’engage, ô fleur délicate de la Vierge Marie.
Ne me trompe pas d-ans mon attente, mais donne-moi de trouver en toi le repos de mon âme. Je n’ai rien trouvé de plus désirable, rien jugé de plus aimable, rien souhaité de plus cher, que d’être serrée, ô amour, dans tes embrassements, que de me reposer sous les ailes de mon Jésus, et d’habiter dans les tabernacles de la divine charité.
O amour, ô midi splendide, je voudrais mourir mille fois, pour me reposer en toi. Que je souhaiterais, mon très cher, que tu inclines vers moi la face de ta dilection, elle est si belle et si bonne. Oh! s’il m’était donné de venir à toi, mais si près, que je ne sois pas près de toi, mais dans toi, afin que de toi, Soleil de Justice, en moi cendre et poussière, naissent les fleurs de toutes les vertus, et que mariée à toi, mon Seigneur, mon âme ait une telle fécondité, que surgisse en moi la famille glorieuse de toute perfection; en sorte que retirée de cette vallée de misère, e puisse devant ta face si désirable, à jamais me glorifier de ce que toi, miroir sans tache, tu n’as pas dédaigné de t’unir en vérité à une telle et si grande pécheresse!
Donc, ô amour, qu’à l’heure de ma mort, je sois récréée de tes paroles meilleures que le vin, et consolée de tes lèvres plus douces que le miel, le miel en rayon ; à cette heure, sois toi-même ma voie, de peur que je ne m’égare en des sentiersdétournés, mais aidée par toi, ô amour roi, que j’arrive sans empêchement aux lieux si beaux et fertiles du désert divin, et que là je mérite de jouir heureusement et éternellement de la présence plus douce que le miel de celui qui est Dieu, et Agneau, et mon époux. Que toutes choses disent : Amen.
Au soir, tu seras toute fondue et défaillante en l’attente de la jouissance de la vision éternelle de la face plus douce que le miel de Dieu et de l’Agneau, et tu te jetteras dans les embrassements de ton bien-aimé Jésus, comme une abeille diligente, t’attachant tout entière par le baiser à son Coeur plein d’amour; tu lui demanderas un baiser si efficace, que tu en meures à toi-même sur-le-champ, et que morte ainsi tu t’écoules en Dieu et devienne un même esprit avec lui: dans ta soif tu crieras :
« Comme le cerf soupire après les sources d’eaux, ainsi mon âme soupire vers toi mon Dieu. « Mon âme a soif du Dieu fort, du Dieu vivant; quand irai-je paraître devant la face de Dieu? « Jour et nuit, je n’ai d’autre pain que mes larmes, car tous les jours on me dit : Où est ton Dieu?»
COLLOQUE
Oui, ô amour, doux à baiser, tu es cette fontaine dont je suis altérée. Pour toi, mon coeur est tout brûlant:
ô mer immense, plaise, plaise à Dieu que tu m’absorbes en toi, moi pauvre petite goutte. Tu es pour mon âme une vivante et très douce porte d’entrée, pour m’en aller de moi en toi.
Oui, ouvre-moi de ton très cher coeur l’entrée salutaire.
Vois, mon coeur n’est plus avec moi, je ne l’ai plus; mais toi, mon très cher Trésor, tu le gardes avec toi en ta chambre secrète.
Tu es l’unique bien, tout le bien, le très cher bien de mon coeur. A toi seule ma petite âme est attachée, mais d’une attache brûlante.
Oh! quelle société que la tienne. De vrai, de vrai, ta familiarité vaut mieux que mille vies. Ton odeur, c’est comme les baumes pénétrants de la paix et de la miséricorde de Dieu. Tu es le réservoir surabondant et infiniment riche de la divine consolation. O charité qui es reine, plaise à Dieu que tu m’introduises en tes celliers, afin que je déguste suavement les meilleurs des vins que tu as là cachés! Là sont tous tes vases tout pleins de Dieu, et tout regorgeants du Saint-Esprit. Oh! si j’avais le bien que je souhaite, si j’avais le bonheur que je désire, si en vérité tu te tournais vers moi, et me confortais du baiser si doux de ta miséricorde. Plaise à Dieu, ô mon bien cher très cher, que dans le plus intime de moi-même je t’embrasse et te baise, afin qu’unie à toi dans la vérité, je m’attache à toi inséparablement.
O amour, tu es en la Sainte-Trinité, le très doux baiser qui unit si puissamment le Père et le Fils. Tu es encore ce baiser de salut, que la suprême divinité a par le Fils imprimé à notre humanité.
O très doux baiser, que je ne sois pas à l’abri de tes chaînes, moi faible poussière: que je ne sois pas exempte de ton contact et de tes étreintes, jusqu’à ce que je devienne un même esprit avec Dieu. Fais-moi éprouver en vérité combien grandes sont les délices de t’embrasser en toi-même, et de t’être unie, à toi, ô Dieu vivant, mon très doux amour.
O amour Dieu, tu es mon très cher bien, en dehors duquel, au ciel et en la terre, je n’espère ni ne veux, ni ne désire rien. Tu es mon vrai héritage et mon attente, c’est vers toi que tendent et mon but et mon intention.
De grâce, ô amour, que ta parfaite dilection envers moi, soit ma fin et ma perfection. Maintenant que le soir arrive, montre-moi le pacte de l’alliance nuptiale maintenant contractée entre toi et mon coeur. En la face de mon Dieu très aimé, tu es la lumière de l’astre du soir. Au temps de ma mort, daigne m’apparaître en ta miséricorde, ô mon cher et resplendissant soir, afin qu’en toi je trouve le soir désiré de mon pèlerinage ici-bas, m’endormant et me reposant suavement sur ta poitrine pleine de toute douceur.
O amour Dieu, ma délivrance, fais-moi ce bien que mon âme en toi s’écoule, afin qu’enveloppée de toi, dans ta royale beauté, je sois digne de paraître devant l’immortel époux, avec l’habit de noces, et la dot d’une fiancée.
De grâce, ô amour, que ma dernière heure soit marquée du sceau de ta chère dilection, qu’elle ait la marque de ta propitiation, afin que l’abondance de ta bénédiction se répande sur moi et me conduise sans obstacle à la porte de mon éternelle réception en toi, à la porte de l’éternelle jouissance, et de la possession sans fin.
O amour, ô mon très cher soir, à l’heure de ma mort que je te voie, et heureusement et joyeusement. Que cette flamme sainte, qui par la force embrasée de la divinité brûle en toi sans relâche, purifie en vérité mon âme de toute tache.
O mon très doux soir, quand pour moi viendra le soir de cette vie, fais-moi doucement m’endormir en toi, et goûter ce repos tout bienheureux, en toi préparé à ceux qui te sont chers.
Que le regard si paisible et si doux de ta belle dilection daigne ordonner et disposer les préparatifs de mes noces. Par les richesses de ta bonté, couvre et cache l’indigence et la misère de ma vie défectueuse. Que dans les délices de ta charité, mon âme habite en toute sécurité.
O amour, sois pour moi à cette heure un tel soir, que par toi mon âme avec joie et allégresse dise à mon corps un doux au-revoir, et que mon esprit revenant à Dieu qui l’a donné, sous ton ombre, suavement repose en paix. Alors tu me diras clairement, de la voix qui t’est propre, chantant très doucement : Voici l’Epoux qui vient! sors maintenant, et unis-toi à lui de plus près, afin qu’il te réjouisse par la gloire de son visage.
Oh! combien heureux et bienheureux est celui dont le pélerinage en toi trouve sa fin. Hélas sur moi! Hélas sur moi ! jusqu’à quand le mien durera-t-il? Oh! quel sera cet Alors ? Quand m’arrivera cet agréable et très doux Maintent , où me sera révélée et où m’apparaîtra la gloire de mon Dieu, de mon Roi, de mon époux, avec une jouissance éternelle et une joie sans fin, où je contemplerai dans la vérité, où je verrai cette désirable, cette souhaitable, cette aimable face de mon Jésus, dont mon âme a si longtemps désiré, souhaité la vue. Oui, alors je serai rassasiée, je serai comblée du torrent de ces délices, qui maintenant restent pour moi si longtemps cachées dans les trésors de la divinité. Alors je verrai, je contemplerai Dieu mon très cher amour, pour lequel aujourd’hui se meurent de désir mon esprit et mon coeur.
Oh! quand, quand te montreras-tu toi-même à moi, afin que je te voie et que je te boive avec délices, toi fontaine de vie, mon Dieu? Alors je serai désaltérée et enivrée de l’abondance de la douceur de la fontaine de vie, qui coule des délices de la face, plus douce que le miel, de celui que mon âme désire. O douce face, quand donc feras-tu de toi mon rassasiement? Alors j’entrerai au lieu du tabernacle admirable, j’entrerai à la vue de Dieu; je suis à la porte, et mon coeur gémit sur la durée de mon attente. Oh ! quand me combleras-tu, de joie par la vue de ta face d’où coule le miel? Alors je verrai et je baiserai le vrai époux de mon âme Jésus, auquel dans sa soif mon coeur s’est attaché, et à la suite duquel il s’en va tout entier.
Oh! qui me délivrera de l’exil de ce pèlerinage? Qui me retirera des pièges de ce monde? Oh ! quand laisserai-je là ce corps misérable, pour te voir sans milieu, ô amour Dieu, astre des astres? Par toi, ô cher amour, je serai délivrée des tentations de cette vie mortelle; par toi, ô Dieu mon amant, je passerai au delà du mur de ce corps et j’irai avec allégresse et sécurité, 1à où en vérité, sans énigme et face à face, je te verrai.
De grâce, ô source des lumières éternelles, fais-moi rentrer dans le lit de ce fleuve immense, qui est tien, et d’où je suis sortie : là où je connaîtrai comme je suis connue, là ou j’aimerai comme je suis aimée; afin que je te voie comme tu es, ô mon Dieu, de cette vision, de cette jouissance, de cette possession qui fait ta béatitude, éternellement.
Amen.
En ce même jour d’amour, sept fois tu offriras ton âme au Seigneur pour rafraîchir en toi l’amour de son divin coeur.
Et d’abord à Matines, prie le Seigneur, comme le maître souverain, de t’enseigner par l’onction de son Esprit l’art d’aimer, te prenant pour son écolière, afin que sous un tel docteur tu t’exerces sans relâche à pratiquer la charité. Et dis:
VERSET. — Seigneur Jésus-Christ, vers toi je me réfugie : enseigne-moi à faire ta volonté, parce que tu es mon Dieu.
ORAISON
O amour, maître, mon Seigneur, plus élevé que les cieux, et plus profond que les abîmes, dont la sagesse admirable de sa vue seule béatifie toutes choses; toi qui, de par-dessus les Chérubins tout plein de charité, regarde ce qu’il y a de plus humble en cette vallée de larmes, et recueille les petits enfants pour leur enseigner tes dogmes salutaires; de grâce que je ne sois point oubliée de ton enseignement, moi pauvre balayure, mais que ta doctrine vivifiante me fortifie, je t’en prie. Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu que tu m’adoptes pour ta fille, et que tu me tiennes et me possèdes comme tienne et bien à toi. De grâce, ô amour, commence dès maintenant à exercer sur moi ton magistère, sépare-moi de moi-même pour servir à ta vivante charité et dilection, possédant, ô amour, et sanctifiant et remplissant tout mon esprit. Amen.
A Prime, prie le Seigneur de t’introduire à l’école d’amour, où tu apprendras à connaître et à aimer Jésus. Et cela avec ce verset et cette oraison.
VERSET. — O Jésus très aimant, je suis ta servante, donne-moi l’intelligence pour apprendre tes commandements.
ORAISON
O amour Dieu, comme tu réchauffes bien tes enfants dans le sein de ta charité, comme tu les nourris avec soin ! Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu, que tu m’ouvres dès maintenant l’école d’amour, afin que là je reçoive ton très cher enseignement, et que par toi j’aie une âme non seulement bonne, mais en vérité sainte et parfaite. De grâce, ô amour, plonge mon esprit dans la moelle de ta charité, afin que je devienne par toi une enfant intelligente, que tu sois en vérité mon père, mon docteur et mon maître, que sous ta paternelle bénédiction, mon esprit soit entièrement épuré et purifié au feu, de toute scorie de péché, que pour comprendre tes paroles enflammées, il soit tout entier rendu apte et bien disposé, et que ton Saint-Esprit, ô amour, esprit droit et souverain, habite en tout mon être. Amen. A Tierce, prie le Seigneur d’écrire en ton coeur, avec les lettres vivantes de son Esprit, la loi brûlante de son divin amour, afin que tu lui sois inséparablement attachée-à toutes les heures. Et cela avec ce verset et cette oraison:
VERSET. — Plaise à Dieu, ô Jésus très aimant, que toutes mes pensées, paroles et actions, soient tournées vers la garde de tes commandements en tout temps.
ORAISON
O amour Dieu, combien tu es secourable à ceux qui te cherchent ! Que tu es doux et aimable à ceux qui te trouvent! Oh! si maintenant tu me développais ton admirable Alphabet, afin que mon coeur entre en commune étude avec toi. Dis-moi donc par une vivante expérience, tout ce qu’est le glorieux et magistral Alpha de ta belle dilection: ne me cache pas ce Bétha riche de fruits, des fruits abondants que produit ta sagesse suprême. Montre-moi soigneusement et en particulier par le doigt de ton Esprit toutes et chacune des lettres de ta charité, afin que je les scrute, les parcoure, les apprenne, les sache et les reconnaisse complètement, autant qu’il est possible en cette vie, et en vérité, et avec les yeux purs du coeur et jusqu’à goûter la moelle de toutes tes douceurs. Par la coopération de ton Esprit enseigne-moi le Thau de la suprême perfection, et conduis-moi jusqu’à l’Oméga de la dernière consommation. Fais-moi si parfaitement apprendre en cette vie ton écriture pleine de charité et de dilection, que dans la perfection de ta charité, il ne manque pas même un Iota, qui puisse me retarder, alors que, ô amour Dieu, mon doux amour, tu m’appelleras à toi pour te voir à tout jamais, toi-même en toi-même. Amen.
A Sexte, prie le Seigneur, que tu profites si bien en l’art de son amour, que son amour te prenne comme son propre instrument pour l’accomplissement de toute sa volonté, et que tout entière tu sois faite selon le coeur de Dieu. Tu diras donc ce verset et cette oraison
VERSET. — Mon cher Jésus, vrai législateur, donne-moi ta très douce bénédiction, afin que j’aille de vertu en vertu, et que je te voie, toi Dieu des Dieux en Sion.
ORAISON
O amour Dieu, qui ne t’aime pas est un enfant, un muet : celui-là seul grandit, qui tout entier s’attache à toi, et t’aime toi seul inséparablement. De grâce, que dans ton école de charité je ne sois pas laissée seule, comme un petit poussin encore dans sa coque, que tu ferais grandir : mais en toi et par toi, je dis mieux avec toi, que j’aille et que j’avance de jour en jour, de vertu en vertu, chaque jour, te rapportant, ô mon bien-aimé, des fruits nouveaux sur le terrain nouveau de ta dilection, Car il ne me suffit pas de te connaître par les syllabes de ton nom : je désire, je souhaite et mille fois j’ambitionne de te connaître en esprit, de t’aimer fortement, de te chérir non seulement en te goûtant mais en te savourant, et de m’attacher à toi inséparablement, afin que je commence à vivre, non plus en moi, mais en toi, et pour toi seul. Donc, ô amour, fais-moi te reconnaître en vérité, et dresse-toi dans mon âme une demeure qui soit de toute sainteté. Amen. A None, prie le Seigneur, que lui-même le Roi des rois te fasse entrer dans la milice d’amour, et qu’il te fasse prendre sur toi son joug qui est doux et son fardeau qui est léger, afin que tu suives ton Seigneur avec ta croix, t’attachant à ton Dieu par un amour indivisible. Pour cela, dis ce verset et cette oraison
VERSET. — Seigneur, tu es mon espérance, et mon appui, et mon refuge : tu es avec moi en toutes mes tribulations.
ORAISON
O amour Dieu, quiconque est courageux et alerte en l’oeuvre de ta dilection, de vrai se tiendra en tout temps devant ta face royale. De grâce, ô charité, la reine des reines, fais-moi pour ta gloire m’allier avec toi en la milice nouvelle de ta dilection. Enseigne-moi à mettre là main à de grandes choses, et en toi et par toi, à entreprendre et accomplir promptement et infatigablement les très fidèles affaires de ta dilection. Ceins-moi très puissamment du glaive de ton Esprit, fais qu’en esprit je sois un homme, afin qu’en toute vertu j’agisse bravement et habilement, et qu’étant bien affermie en toi, avec toi je persévère inséparablement d’un esprit invincible. Que toutes mes forces deviennent tellement appropriées à ta charité, mes pensées, tellement établies et affermies en toi, que dans mon sexe fragile, avec une force de caractère et un esprit viril, j’arrive à ce degré d’amour qui mène au lit nuptial de la chambre secrète de ta parfaite union. Donc, ô amour, prends-moi et retiens-moi comme tienne en toute propriété, car désormais je n’ai plus ni souffle, ni âme, si ce n’est en toi. Amen.
A Vêpres, avec Jésus ton amant, marche en assurance au-devant de toute tentation avec l’armure de l’amant, afin que par lui; dont la miséricorde t’aide toujours et te console, tu puisses vaincre la chair, le monde et le diable, et triompher glorieusement de toute tentation. Demande cela par le verset et l’oraison qui suivent
VERSET. — Mon très doux Jésus, ne permets pas que mon pied glisse, car tu ne dors ni ne sommeilles, toi qui gardes mon âme.
ORAISON
O amour Dieu, tu es, toi, mon mur de défense et mon rempart. Ceux qui dans le monde ont à souffrir, savent quelle tente leur est dans ta paix préparée pour les protéger contre la chaleur et la pluie. De grâce, maintenant regarde et vois le combat que je soutiens, et toi-même instruis mes doigts à la guerre. Quand une armée serait campée contre moi, mon coeur ne craindra pas, car tu es avec moi, au dedans et au dehors, toi ma tour très solide et mon fidèle rempart. Où est mon ennemi, si tu, es mon secours? Si tu tiens pour moi, qu’il ose donc approcher ! D’un seul regard tu me découvres et mets à nu les pensées de Satan, et d’un mot, d’un souffle, tu les éloignes de moi. Quand mon ennemi me renverserait mille fois, tombant sur ta très chère main, je l’embrasserai, je la baiserai de toutes mes affections, et par ton secours, sous ta défense, à l’abri de tout péril, je demeurerai ferme; Toi, en moi, foule aux pieds Satan, et mets à mort, mets en fuite mes défauts de toute sorte. Qu’en ta présence mille tombent à mon côté, et des milliers de milliers à ma droite. Mais que le mal n’approche pas de moi, puisque tu es avec moi, ô mon vrai,, mon souverain, mon très cher bien. Plaise à Dieu, et mille fois plaise à Dieu que tes flèches bien aiguisées se tournent enfin vers moi, et que blessée par la lance de ta dilection, j’habite en toute confiance, ô charité, en toi, au milieu de toi. Donc, ô amour, qu’ici je tombe sous tes coups, et que jamais je ne m’échappe de tes mains. Amen.
A Complies, souhaite t’enivrer avec le bien-aimé du vin de l’amour, t’endormir au monde en l’union de Dieu, mourir à toi-même, expirer en Dieu dans l’embrassement du bien-aimé, et presque entièrement dépouillée de ce qui est de l’homme, t’endormir suavement sur le coeur de Jésus; afin qu’en son amour mourant à toi chaque jour et vivant à lui seul, à l’heure du trépas tu ailles avec confiance au-devant de la mort, la considérant comme la fin de ton exil, l’entrée du royaume et la porte du ciel. A cette fin, dis ce verset et cette oraison:
VERSET. — Très aimant Jésus, cache-moi dans le secret de ta face, contre tous ceux qui me dressent des embûches; et que mon âme ne soit pas confondue, quand elle parlera à ses ennemis à ton tribunal: mais remplis la de joie par la vue de ta face d’où coule le miel.
ORAISON
O amour Dieu, tu es de tout bien la perfection et la fin : tu chéris jusqu’au bout ce que tu as choisi : et tout ce qui vient en tes mains, loin de le rejeter, tu le gardes pour toi avec le plus grand soin. De grâce, approprie-moi tout entière à toi, moi et la fin de ma perfection, par un droit de perpétuelle possession. Désormais ne me ménage plus, mais blesse mon coeur jusqu’à la moelle de l’esprit, afin de ne pas laisser en moi la plus faible étincelle de vie. Mieux que cela, emporte avec toi toute ma vie, réservant mon âme en toi pour toi. Qui me donnera, ô charité, d’être consommée en toi, et par la mort que tu m’auras donnée d’être retirée de la prison du corps, et délivrée de ce séjour à l’étranger? Que c’est bon, ô amour, de te voir, de t’avoir, et de te posséder éternellement. Au jour de ma mort, assiste-moi du regard de ta grande consolation, et alors bénis-moi en la belle aurore de ta manifeste contemplation. Maintenant, ô amour, je t’abandonne ici et te recommande ma vie et mon âme : laisse-moi désormais, laisse-moi en paix, en toi, me reposer et m’endormir. Amen.
Dans le courant de ce jour, où tu vaqueras à l’amour, afin que tes sens soient embrasés du vrai Soleil qui est Dieu, et que ta flamme ne s’éteigne pas, mais que tu ailles toujours croissant en amour, tu rumineras assidûment un de ces versets
VERSETS
Bienheureux les yeux qui te voient, ô amour Dieu! Oh ! quand donc arriverai-je là où tu es, ô Dieu vraie lumière, Dieu et agneau? Je sais qu’enfin je te verrai de mes yeux, ô Jésus, Dieu mon Sauveur !
Bienheureuses les oreilles qui t’entendent, ô amour Dieu, Verbe de vie! Oh! quand donc serai-je consolée de ta parole pleine d’une suavité plus douce que le miel, et par elle appelée vers toi? De grâce, que je n’aie point à craindre la sentence formidable, mais que j’entende bientôt ta voix m’appelant à la gloire. Amen.
Bienheureux l’odorat qui te respire, ô amour Dieu, très doux arôme de vie! Oh! quand donc soufflera pour moi la suave odeur de ta divinité d’où coule le miel? De grâce, que bientôt j’arrive aux pâturages riches et délicieux de ta’ vision éternelle. Amen.
Bienheureuse la bouche qui goûte, ô amour Dieu, tes consolantes paroles plus douces que ,le miel, que le miel en rayon! Oh ! quand mon âme sera-t-elle donc nourrie, rassasiée dé ta divinité, et enivrée de l’abondance de tes délices? De grâce, mon Seigneur, qu’ici-bas je goûte combien tu es doux, afin que là dans l’éternité, j’aie le bonheur de jouir de toi, ô Dieu de ma vie. Amen.
Bienheureuse l’âme qui dans un embrassement d’amour s’est inséparablement attachée à toi, et bienheureux le coeur qui sent le baiser de ton coeur, ô amour Dieu, contractant avec toi une alliance d’indissoluble amitié. Oh! quand donc serai-je serrée dans tes bras, ô Dieu de mon coeur, et quand donc te verrai-je sans milieu? De grâce que bientôt, bientôt retirée de cet exil, je voie dans la jubilation ta face d’où coule le miel. Amen.
Enfin pour t’affermir dans l’amour, remets-toi et abandonne-toi tout entière en la puissance de l’amour, t’attachant tout entière à Dieu ton amant, afin qu’il t’ait à lui comme un instrument disposé pour les délices de son divin Coeur, et qu’il garde toi en lui, et lui en toi, le tout pour lui, jusqu’en la vie éternelle ; à cette fin dis cette prière
ORAISON
Je te tiens par l’amour, ô très aimant Jésus, et je ne te quitterai pas, car ta bénédiction ne me suffit pas;
il faut que je te tienne, toi, et que je t’aie pour ma part excellente, toute mon espérance et mon unique attente. O amour, vie qui donne la vie, donne-moi la vie dans le. Verbe vivant de Dieu, qui est toi-même: par toi réparant en moi, tout ce qu’en l’amour de’ Dieu j’ai dissipé et perdu.
O amour Dieu, qui m’as créé, en ton amour crée-moi de nouveau. O amour qui m’as racheté, rachète en moi et supplée pour toi, toutes mes négligences en l’amour. O amour Dieu, qui m’as acquis pour toi dans le sang de ton Christ, sanctifie-moi dans ta vérité. O amour Dieu, qui m’as adoptée pour ta fille, nourris-moi, nourris-moi selon ton coeur. O amour qui m’as choisie pour toi et non pour un autre, fais-moi tout entière m’attacher à toi. O amour Dieu, qui m’as aimée d’un amour gratuit, donne-moi de t’aimer de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma force.
O amour Dieu, très tout-puissant, confirme-moi dans ton amour. O amour - souverainement sage, donne-moi de t’aimer sagement. O amour très doux, donne-moi de te goûter suavement. O amour très cher, donne-moi de vivre pour toi seul. O amour très fidèle, en toutes mes tribulations, sois mon aide et ma consolation. O amour très familier, opère en moi toutes mes oeuvres. O amour très victorieux, donne-moi de persévérer en toi jusqu’à la fin.
O amour très cordialement cher, qui ne m’as jamais délaissée, je te recommande mon âme. A l’heure de ma mort reçois-moi près de toi, de ta bouche appelle-moi à toi, disant : « Aujourd’hui tu seras avec moi : sors de l’exil et viens au solennel Demain de l’inflétrissable éternité : là, tu me trouveras, moi Jésus, le vrai Aujourd’hui de la divine clarté, moi qui suis le commencement et la fin de toute créature. Tu n’auras plus de Demain dans cette Immutabilité, mais en moi le vrai Aujourd’hui, tu auras un éternel Aujourd’hui, afin que comme je suis vivant, tu vives aussi en moi Jésus, ton Dieu, ton amant, heureuse et très heureuse à tout jamais. » Que toutes les puissances, que tous les sens, que tous les mouvements de mon corps et de mon âme, disent : Amen !
-------------------------------------------------------------------------------- SIXIèME EXERCICE
EXERCICE DE LOUANGE ET ACTION DE GRACES
De temps en temps, choisis un jour, dans lequel tu puisses sans empêchement t’appliquer- à la louange de Dieu, en compensation de toute la louange et action de grâces que tu as négligé de rendre à Dieu, tous les jours de ta vie, pour tous ses bienfaits. Ce sera donc un jour de louange et d’action de grâces, un jour de jubilé, tu y feras mémoire de cette louange magnifique, qui te fera jubiler au Seigneur dans l’éternité, quand tu seras rassasiée de la présence du Seigneur, et que ton âme sera remplie de sa gloire. A cette fin tu trouveras ici quelques dévots soupirs d’une âme qui cherche à voir la face de Dieu.
Et tout d’abord, en esprit d’humilité, viens en la présence de ton Dieu, afin qu’il te montre la grâce de son visage, et dis :
COLLOQUE
Je parlerai à mon Seigneur, encore que je ne sois que cendre et poussière. O mon Dieu, sublime et- très haut, tu abaisses tes regards sur tout ce qui est humble ici-bas; mon âme et mon esprit se perdent à la vue de tes infinis bienfaits. Ouvre-moi le trésor de ton coeur très aimant, où se trouvent réunis tous mes désirs. Découvre-moi la grâce de ton visage plus doux que le miel, afin que je répande mon âme en ta présence. Ouvre-moi en toi la source très douce de ta miséricorde, qui me donnera la paix, afin de réjouir mon âme, et de délier ma langue pour ta louange. De grâce, ô amour, entre pour moi en la présence du grand Dieu, et là fais retentir le cri d,e mon désir, car j’ai une telle soif de Dieu que toute ma force en est desséchée. De grâce, tire et élève mon esprit en haut vers toi, car mon coeur et ma chair défaillent déjà de désir du salut de Dieu. De grâce, présente-moi au Roi mon Seigneur, car mon âme est fondue d’amour dans l’attente de mon Epoux. O amour, vite, vite, accomplis mon désir; si tu tardes, je défaille, je meurs d’amour.
Ici commence à louer Dieu.
élève-toi, mon âme, élève-toi : secoue la poussière, lève-toi et entre en la présence du Seigneur ton Dieu, afin que tu lui confesses toutes les miséricordes et toutes les tendresses dont il a usé envers toi. Et que dirai-je au Seigneur, et comment pourrais-je lui répondre seulement un pour mille? O amour, je souffre violence : toi, réponds pour moi : car je ne sais que dire au Dieu de ma vie. Je suis muette en l’admiration de la gloire de son visage : je n’ai plus 1ii pensée ni parole, car à la splendeur de sa, majesté mon coeur n’en peut plus, la force me manque. O amour, toi en Jésus mon Dieu, le Verbe de vie, toi réponds pour moi, et émeus pour moi ce Coeur déifié, en qui toute ta puissance reluit d’un si brillant éclat. O mon amour, je reprends des forces, et par toi je dis au Dieu de mon salut: « Tu es le soutien de mon âme : tu es la vie de mon esprit, tu es le Dieu de mon coeur. » O amour, saisis dans tes bras très doucement cette lyre merveilleuse du gosier de mon époux Jésus, afin que lui, le Dieu de ma vie, se chante à lui-même pour moi le premier mot de louange, et que dans la délectation de sa louange il englobe et mon âme et ma vie. De grâce, ô amour, ce que tu fais, fais-le vite. Car je ne puis plus porter la vaillante blessure dont tu m’as percée.
Excite maintenant ton âme à te délecter en Dieu:
O mon âme, lève les yeux maintenant, regarde et vois la puissance de ton Roi, la grâce de ton Dieu, la charité de ce Sauveur, qui est tien, et dont tu t’es approchée. Sois attentive, goûte et vois, combien doux, combien gracieux est ton Epoux, celui que tu as préféré à des milliers d’autres. Vois quelle et combien grande est la gloire pour laquelle tu as méprisé le monde. Vois quel bien est celui que tu espères. Vois quelle est la patrie pour laquelle tu as soupiré. Vois quelle est la couronne pour laquelle tu as travaillé. Vois qui, et quel et combien grand est ton Dieu, que tu as aimé, que tu as adoré, que tu as toujours désiré.
O Dieu de ma vie, je ne sais comment je pourrai te louer dignement : je ne sais non plus ce que je pourrai te rendre, ô mon bien-aimé, pour tous les biens dont tu m’as comblé. Alors, mon cher Jésus, je t’offre en holocauste de louange, toi en moi, et moi en toi: je n’ai rien de plus; ce que je suis, ce qu’est ma vie en toi, je te le donne tout entier.
Tu es ma vie, tu es mon bien, tu es ma gloire. Tu es cette miséricorde éclatante qui resplendit dans mon âme. A toi la suprême louange et action de grâces. Oh ! quand donc sur ton autel brûlerai-je toute la moelle de mon âme? Quand donc, en ce feu s,acré, qui brûle là toujours, embraserai-je mon coeur, et m’immolerai-je tout entière à toi comme une victime de louange?
De grâce, ô Dieu, dilate en toi mon coeur, et agrandis mon âme, afin que tout mon intérieur soit rempli de ta gloire.
Oh ! quand mon âme entendra-t-elle cette parole : Entre en ton repos, parce que le Seigneur t’en fait la grâce?Oh ! quand entendrai-je la voix très agréable qui me dira: viens, entre en la chambre de ton époux? Oh! quand donc, ô Jésus ma très douce paix, en toi me reposerai-je et m’endormirai-je pour voir ta gloire? Mais toi, ô la vie de mon esprit, tu peux bien me garder mon dépôt, et ramener à toi mon âme que tu as créée. O amour, ô amour, quand tireras-tu mon âme de sa prison? Quand délieras-tu mon unique des entraves du corps? Quand m’introduiras-tu en la chambre de mon Epoux, afin que je lui sois unie dans une jouissance sans fin? De grâce, ô amour, prépare vite mes noces, car je voudrais mourir mille fois, pour goûter de telles délices, et pourtant non dans mon intérêt, mais pour ton bon plaisir.
Ensuite, comme défaillante en l’admiration de la gloire de ton Dieu, tiens-toi devant sa face que les Anges souhaitent de regarder, et de coeur comme de bouche, dis le premier des Psaumes Benedic.
PSAUME
O mon âme, bénis le Seigneur; et que toutes les choses qui sont au dedans de moi bénissent son saint nom.
O mon âme, bénis le Seigneur, et ne veuille pas oublier tous ses bienfaits.
C’est lui qui pardonne à toutes tes iniquités qui guérit toutes tes infirmités.
Qui rachète ta vie de la mort, qui te couronne de miséricorde et de tendresse.
Qui comble de bien ton désir; comme celle de l’aigle, se renouvellera ta jeunesse.
Le Seigneur fait miséricorde, il rend justice à tous ceux qui souffrent injure. .
Il a fait connaître sa voie à Moïse, aux fils d’Israël ses volontés.
Le Seigneur est tendre et miséricordieux, patient et grandement miséricordieux.
Il ne se mettra pas en colère pour toujours, et il ne menacera pas éternellement.
Il ne nous a pas traités selon nos péchés; et il ne nous a pas rendu selon nos iniquités.
Car selon la hauteur du ciel au-dessus de la terre, il a fortifié sa miséricorde sur ceux qui le craignent.
Autant l’Orient est distant de l’Occident, autant il a éloigné de nous nos iniquités.
Comme un père a pitié de ses enfants, le Seigneur a eu pitié de ceux qui le craignent; car lui connaît de quoi nous sommes faits.
Il s’est ressouvenu que nous sommes poussière; les jours de l’homme sont comme l’herbe, comme une fleur des champs, ainsi fleurira-t-il. Car un souffle passera sur lui, et il ne subsistera plus; et il ne connaîtra plus désormais la place où il était.
Mais la miséricorde du Seigneur demeure depuis l’éternité jusqu’en l’éternité sur ceux qui le craignent.
Et sa justice s’étend aux enfants des enfants, pour ceux qui gardent son alliance, Et qui se souviennent de ses commandements, pour les accomplir. Le Seigneur dans le ciel a affermi son trône et sa royauté dominera sur toutes choses.
Bénissez le Seigneur, vous tous ses anges; vous puissants en force, qui accomplissez sa parole, aussitôt que vous entendez sa voix qui commande.
Bénissez le Seigneur, vous toutes ses armées; vous ses ministres, qui faites sa volonté.
Bénissez le Seigneur, vous tous ses ouvrages, en tout lieu de sa domination : ô mon âme, bénis le Seigneur.
Et salue la face glorieuse de ton Dieu en ces termes :
Tu es béni, mon Seigneur, au firmament du ciel. Que toute la moelle, toute la vertu de mon esprit te bénisse. Que toute la substance de mon âme et de mon corps te bénisse. Que tout ce qui est en moi te glorifie. Que tous mes désirs soient pour toi une jubilation, parce que seul tu mérites louange et gloire dans les siècles. Mon coeur, ma force m’ont quittée, la moelle de mon esprit s’en est allée après toi, mon Dieu, mon amant, qui m’as créée pour toi; et mon âme que tu as rachetée, gémissant sur la durée de mon exil, te suit en l’esprit jusque dans le sanctuaire, où toi-même, mon Roi et mon Dieu, tu demeures avec ma nature et ma chair.
O combien sont heureux ceux qui habitent dans ta maison! Qu’ils sont bienheureux ceux qui demeurent devant ta face d’où coule le miel. Oui, oui, pour ta gloire infinie, ils te loueront éternellement. Oh! quand donc, quand donc mon âme entrera-t-elle en ce lieu de ton tabernacle admirable, afin que ma bouche te loue avec tous ces bienheureux, proclamant à jamais, et avec un vrai bonheur devant ta face d’où coule le miel, ce chant du Paradis : Sanctus, Sanctus, Sanctus! O que tu es glorieux, mon Dieu, que tu es digne d’amour et de ‘louange, là, sur le trône saint de ta divinité Que ta lumière est délectable pour nos yeux! Quel bonheur c’est de- voir le vrai soleil ! Comme elle est belle et agréable, et gracieuse ta louange, là où sont devant toi des milliers de milliers d’anges. Mon coeur s’élance de moi jusqu’en toi; ià, ô Dieu vivant, il est dans l’allégresse et mon âme avec lui. Oh! quelle et combien grande est ta gloire, ô mon Dieu, ma douceur sainte, devant le trône saint de ta royauté, là où te louent tous les anges et les saints.
Mon âme languit, elle se meurt d’ennui de la vie présente, de tout coeur je souhaite en être détachée et être avec toi; afin que moi aussi, la balayure de toutes tes créatures, je puisse, parmi ces troupes bienheureuses qui jubilent ta louange au plus haut des cieux, t’offrir des holocaustes agréables de jubilation. Là, sur l’autel d’or de ton divin Coeur, je te brûlerai le très cher encens de mon esprit et de mon âme, avec la graisse de la très suave onction de ta grande et infinie douceur, tous biens par lesquels, toi mon Seigneur et mon Père, tu m’as consolée dans toutes mes tribulations et mes angoisses.