Les Exercices (page 4)
Ici, éclate en actions de louange :
O Dieu de ma vie, que toutes tes oeuvres si merveilleuses, que tous les dons que tu m’as départis avec tant de libéralité, te bénissent, te glorifient, te magnifient. Que tes miséricordes si grandes, que tes tendresses infinies, te bénissent, ô Dieu de mon coeur, ainsi que tous les bienfaits dont tu as comblé mon âme. Que tout ce qui est en moi, que toute ma substance et toute ma force te bénissent, parce que tu es le Dieu de mon salut, et le’ soutien de mon âme.
Ici, jubile au Seigneur devant le trône de Dieu et de l’Agneau, pour tous ses bienfaits
Que les voeux et les désirs de mon coeur jubilent à toi, et que les dons de tes grâces si variées te chantent gloire. Que les soupirs et les gémissements de cet exil malheureux jubilent à toi, et te bénissent, ô mon Dieu, mon attente, ma patience et mon espoir si différé. Que l’espérance et la confiance que j’ai en toi, jubilent à toi, de ce qu’enfin, ô Dieu vie toute bienheureuse, de la poussière du tombeau tu me ramèneras à toi. Que le sceau de la foi par lequel tu m’as marquée pour être à toi, jubile à toi, de ce que je crois, ô mon cher rédempteur, qu’enfin dans ma chair je te verrai. Que le désir que j’ai pour toi, que la soif que j’endure pour toi, jubile à toi,- de ce qu’après cette vie, ô mon Dieu, ma vraie patrie, j’irai enfin à toi. Que le divin amour, qui prévient mon amour, et m’oblige à t’aimer sans fin, jubile à toi par-dessus toutes choses, de ce que toi, ô mon Dieu, mon doux amour, tu es seul Dieu béni dans tous les siècles.
Ici tu adoreras devant la face du Seigneur ton Dieu, priant dévotement de coeur et de bouche, afin que Jésus supplée à ce que tu ne peux louer assez.
O Jésus très aimant, quand donc entrerai-je en ta -maison avec des holocaustes, pour t’y offrir une hostie avec des chants, et te rendre mes voeux, ces voeux que mes lèvres ont prononcés dans ma tribulation? Oh! quand donc viendrai-je paraître devant ton trône, afin de voir ton visage d’où coule le miel, dont la lumière toute divine rassasie en elle-même le désir de tous les saints, et tourne à une douce jubilation et leurs coeurs et leurs voix et leurs lèvres.
De grâce, ô le bien-aimé de mes désirs, écoute mes cris : sois attentif à ma prière, parce que c’est toi, ô mon roi et mon Dieu, c’est toi que veut, toi qu’appelle le soupir de mon coeur, et le désir de mon âme. Mon regard se tourne vers toi, et mon oeil-pleure après toi. Tu es mon Dieu, ma douceur, mon amour, mon espérance dès mon enfance : tu es tout ce que je veux, tout ce que j’espère, tout ce que je désire.
Et maintenant, ô mon bien-aimé, en cet amour triomphant, avec lequel tu es assis à la droite du Père, revêtu de ma chair, avec lequel tu me gardes pour toi, écrite que je suis en tes mains, en tes pieds et en ton très doux Coeur, afin que jamais tu n’oublies mon âme que tu as rachetée si cher; mon Dieu, ma miséricorde, rends-toi à toi-même pour moi, à cause de tous les biens que tu m’as faits, que tu me fais et me feras, des louanges éternelles, infinies et immuables, telles que tu le peux ayant en toi-même toute puissance, et telles que tu sais- convenir à ta gloire digne de toute révérence, et à l’honneur de ta majesté, ô Jésus qui m’es si cher;
et prends pour moi un tel et si grand accent de remerciement, qu’il convient à toi mon Seigneur, si grand et admirable : te louant en toi, et en moi, et pour moi, de toute la puissance de ta divinité, de toute l’affection de ton humanité, de la part et de l’affection de tout l’univers, jusqu’à ce que, par toi qui es la voie, tu me conduises, moi pauvre atome au milieu de toutes tes créatures, et que tu me fasses arriver à toi, qui es la Vérité, et que tu m’introduises et me caches en toi qui es la Vie, afin que j’aie pour mon partage ta très douce face toute pleine de grâces.
Ici comme enivrée de délices en l’admiration de la gloire de Dieu, salue Dieu ton amant, avec ces paroles, lisant le Psaume céleste : Exaltabo te, Deus meus Rex!
PSAUME
J e t’exalterai, mon Dieu et mon Roi et je bénirai ton nom dans le temps et dans l’éternité.
Chaque jour je te bénirai, et je louerai ton nom, dans le temps et dans l’éternité.
Le Seigneur est grand et grandement digne de louange, et sa grandeur n’a pas de fin.
La génération présente et la génération future loueront tes oeuvres ; et elles proclameront ta puissance. Elles diront la magnificence de la gloire de ta sainteté, et elles raconteront tes merveilles.
Et elles diront la force de tes prodiges terribles, et elles raconteront ta grandeur.
Elles chanteront la mémoire de l’abondance de ta douceur, et se réjouiront de ta justice.
Le Seigneur est tendre et miséricordieux, patient et fort miséricordieux. Le Seigneur est bon pour tous, et ses tendresses se répandent sur toutes ses oeuvres.
Que toutes tes oeuvres te rendent gloire, Seigneur; et que tes saints te bénissent.
Ils diront la gloire de ton royaume et publieront ta puissance. Afin de faire connaître aux enfants des hommes ta puissance, et la gloire de la magnificence de ton royaume.
Ton royaume est le royaume de tous les siècles, et ta domination s’étend sur toute génération et génération.
Le Seigneur est fidèle en toutes ses paroles, et saint en toutes ses oeuvres.
Le Seigneur relève tous ceux qui tombent et redresse tous ceux qui sont brisés.
Les yeux de tous espèrent en toi, Seigneur; et tu leur donnes leur nourriture en temps opportun.
Tu ouvres ta main et tu remplis tout animal de ta bénédiction. Le Seigneur est juste en toutes ses voies et saint en toutes ses oeuvres. - Le Seigneur est proche de tous ceux qui l’invoquent, de tous ceux qui l’invoquent dans la vérité.
Il fera la volonté de ceux qui le craignent et il écoutera leur~supplication et il les sauvera.
Le Seigneur garde tous ceux qui l’aiment, et il détruira tous les pécheurs.
Ma bouche dira la louange du Seigneur, et que toute chair bénisse son saint nom, dans le temps et dans l’éternité.
Mon Roi et mon Dieu, mon amour et ma joie, c’est à toi que jubile mon âme et mon coeur. Mon coeur désire te saluer, te louer, te glorifier, te bénir, toi la vie de mon âme, mon Dieu, le Dieu vivant et véritable, la source des éternelles lumières, toi qui as fait luire sur moi bien indigne la lumière de ta face d’où coule le miel, et je t’offre la moelle de mes forces et de mes pensées en holocauste d’une louange nouvelle et d’une intime action de grâces.
Et que te rendrai-je, mon Seigneur, pour tous les biens dont tu m’as comblée? Je vois en effet que tu m’as aimée plus que ta gloire, et pour moi tu ne t’es pas épargné; et tu m’as créée pour toi, et tu m’as rachetée et élue pour m’amener à toi, et me donner une vie heureuse en toi, avec la très fortunée jouissance de toi pendant l’éternité. Et maintenant qu’y a-t-il pour moi jusque dans le ciel, si ce n’est toi, et que souhaité-je ou désiré-je désormais de tous les biens, si ce n’est toi?
Mon Seigneur, tu es mon espérance, tu es ma gloire, tu es ma joie, tu es ma béatitude. Tu es ce dont mon esprit a soif. Tu es la vie de mon âme. Tu es la jubilation de mon coeur. Mon Dieu, où me mènera, si ce n’est à toi, mon admiration? Tu es de tout bien le commencement et la fin: tu es la commune habitation de tous ceux qui ont la vraie joie. Tu es la louange de ma bouche et de mon coeur. Tu es tout éclatant de beauté, au doux printemps de ton amour en fête. Que ta très haute divinité te magnifie, te glorifie, car tu es l’origine de la lumière éternelle et la source de vie. Il n’est pas de créature qui puisse te louer dignement. Toi seul tu te suffis, car en toi il n’est nulle défaillance. Ta douce face plus douce que le miel, que le miel en rayon, fait le bonheur des âmes saintes.
Ici bénis le Seigneur Dieu, ton grand Roi, pour toutes ses tendresses.
Mon Dieu, que ta lumière, glorieuse et admirable, te bénisse pour moi, et loue la beauté souveraine de ta très haute majesté. Que la très digne magnificence de ta gloire infinie te bénisse: que la vertu très éclatante de ta puissance sans bornes prononce tes louanges. Que la splendeur incomparable de ton éternelle clarté te bénisse. Que ta louange résulte de l’éclat si doux de ta resplendissante beauté. Sois béni par l’abîme de tes justes jugements. Sois loué par la profondeur insondable de ton éternelle sagesse. Sois béni par le nombre innombrable de toutes tes tendresses. Sois loué par le poids immense de toutes tes miséricordes.
Ici offre à Dieu une hostie de jubilation, disant dévotement:
Jubilation à toi, de par toutes les entrailles de ta miséricorde et de par l’abondance surabondante de ton infinie bonté. Jubilation à toi, de par l’excessive et regorgeante charité que tu as pour les hommes, et de par la libéralité que rien ne peut retenir de ton très bienfaisant amour. Jubilation à toi, de par la force triomphante de ta douceur surabondante, et de par la plénitude de toute félicité que tu gardes en toi pour ceux qui te sont chers.
Adore ici le Seigneur ton Dieu, afin qu’il t’introduise en son saint tabernacle, et se loue lui-même pour toi, et dis :
O mon Dieu, ô vie toute bienheureuse, c’est vers toi seul que mon oeil est fixé. Ah ! quand donc ton rayon vivifiant m’attirera et m’introduira, moi petite étincelle, dans les splendeurs de ta sainteté, afin que devant ton trône ma langue aussi fasse retentir la jubilation de ta louange, là où tout loue ensemble, en un doux chant d’actions de grâces, Dieu le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Quand donc la fibre de mon désir s’unira-t-elle à ces lyres séraphiques qui te chantent l’ineffable Sanctus, afin que la joie et la jubilation de mon coeur se mettent à l’unisson de ces bienheureux Esprits pour te louer comme eux?
Oh ! quand serai-j e retirée du filet des chasseurs, et enveloppée dans la toison plus blanche que neige de ta pureté sans tache, afin de te voir plus éclatant de beauté que les Anges, toi qui marches en avant du choeur des Vierges et des Saints, et que j’entende le cantique nouveau de l’alliance éternelle, que tu entonnes et leur chantes sur une harpe si douce, ô toi leur Roi et leur époux; cantique dans lequel la gloire de ta voix si éclatante résonne par-dessus tous les instruments du Paradis, cantique où toute voix, toute langue se trouve en défaut pour te louer dignement. Oh! quelle et combien grande est la jubilation, là où résonne une souveraine et éternelle voix de louange et action de grâces, voix de Dieu un en trois personnes : là où toute la musique du ciel perdant toute sa beauté demeure muette; là où toute la troupe des séraphins tient ses ailes baissées ! De grâce, ô Dieu de mon coeur, le bien-aimé de mes désirs, 1à, dans ce trésor que tu possèdes par la très riche abondance de toi-même, à cette heure, en la jubilation de ton divin Coeur, pour moi indigne, donne à ta voix un tour nouveau de louange et d’action de grâces, et que l’instrument de ta jubilation te fasse satisfaction pour moi, pour tout le bien que tu m’as fait en ma création, ma rédemption et mon élection qui m’a séparée du monde.
Oui, et dans ce tour nouveau de ta louange, enferme en toi mon amour, par un noeud de dilection si indissoluble, que la moelle de mon coeur ne cesse de jubiler à toi, tout le temps que j’aurai à porter mon misérable exil, que toujours j’aie soif de te louer, que toujours je désire revenir à toi qui m’as créée; jusqu’à ce que quittant ce corps pesant, je paraisse devant toi dans ton saint paradis, là où à la vue de ton visage très divin mon coeur sera rempli de joie, et ma langue sera toute à la jubilation : là où je serai dans une allégresse éternelle à cause de ta bonté, là où je me glorifierai de la jouissance à jamais durable de ta face d’où coule le miel. Amen.
Alors comme toute fondue et rendant l’esprit à la vue de l’immensité des richesses et des délices de la gloire de ton Dieu, de l’inestimable beauté de sa louange, de la gloire des saints qui sont en sa présence, de l’éclat plus doux que le miel de son très resplendissant et très glorieux visage, invite toutes les créatures à louer Dieu avec le cantique : Benedicite, omnia opera Domini, Domino.
PSAUME
Tous les ouvrages du Seigneur, bénissez le Seigneur : louez et surexaltez-le dans les siècles. Anges du Seigneur, bénissez le Seigneur; cieux, bénissez le Seigneur. Toutes les eaux qui sont par-dessus les cieux, bénissez le Seigneur; toutes les armées du Seigneur, tous les astres, bénissez le Seigneur. Soleil et lune, bénissez le Seigneur; étoiles du ciel, bénissez le Seigneur. Toute pluie et rosée, bénissez le Seigneur; tous les souffles de Dieu, bénissez le Seigneur. Feu et chaleur, bénissez le Seigneur; froid et chaleur, bénissez le Seigneur. Rosées et frimas, bénissez le Seigneur; gelée et froidure, bénissez le Seigneur. Glaces et neiges, bénissez le Seigneur; nuits et jours, bénissez le Seigneur. Lumières et ténèbres, bénissez le Seigneur; éclairs et nuages, bénissez le Seigneur. Que la terre bénisse le Seigneur, qu’elle le loue et le surexalte dans les siècles. ontagnes et collines, bénissez le Seigneur; toutes les choses qui germent en la terre, bénissez le Seigneur. Sources d’eaux, bénissez le Seigneur ; mers et fleuves, bénissez le Seigneur. Monstres marins et toutes créatures qui se meuvent dans les eaux, bénissez le Seigneur; tous les oiseaux du ciel, bénissez le Seigneur. Toutes bêtes et troupeaux, bénissez le Seigneur; enfants des hommes, bénissez le Seigneur. Qu’Israël bénisse le Seigneur ; qu’il le loue et le surexalte dans les siècles. Prêtres du Seigneur, bénissez le Seigneur; serviteurs du Seigneur, bénissez le Seigneur. Esprits et âmes des justes, bénissez le Seigneur; saints et humbles de coeur, bénissez le Seigneur. Ananie, Azarie, Misaël, bénissez le Seigneur; louez-le et surexaltez-le dans les siècles. Bénissons le Père, et le Fils et le Saint-Esprit; louons-le et surexaltons-le dans les siècles. Tu es béni, Seigneur, dans le firmament du ciel; et louable et glorieux et surexalté dans les siècles.
Mort coeur et ma chair ont tressailli de joie en toi Dieu vivant, et mon âme s’est réjouie en toi mon vrai salut. Oh! qu’il est admirable, ton temple, ô Dieu des armées! Combien est glorieux le lieu de ton habitation, là où dans ta majesté, ô Dieu très haut, tu commandes à toutes choses. Toute la vertu de mon âme se fond de désir, pour l’entrée en ta gloire. O Dieu, mon Dieu, l’amour et la jubilation de mon coeur, mon refuge et ma force, ma gloire et ma louange, ô Dieu, quand donc te louera mon âme dans l’assemblée des Saints?
Quand mes yeux te verront-ils, ô Dieu dés Dieux, mon Dieu?
Dieu de mon coeur, quand me réjouiras-tu par la vue de ta face d’où coule le miel? Quand m’accorderas-tu ce que mon âme désire, par la manifestation de ta gloire? Mon Dieu, mon partage si bien choisi, ma force et ma gloire, quand entrerai-je en tes merveilles, pour voir ta puissance et ta gloire? Quand donc au lieu de l’esprit de douleur me revêtiras-tu du manteau de la gloire, afin qu’avec les Anges tous mes membres t’offrent une hostie de louange ?
O Dieu de ma vie, quand donc entrerai-je dans le tabernacle de ta gloire, afin - que moi aussi je te chante le très splendide Alleluia, et que devant tous tes saints, mon âme et mon coeur te confessent que tu as usé de miséricorde avec moi jusqu’à la magnificence?
O Dieu, mon splendide héritage, quand sera brisé le filet de la mort, afin que sans intermédiaire mon âme, mon unique, te voie et te loue. Oh! quand habiterai-je pour toujours en ton tabernacle, afin que sans cesse je loue ton nom, et que je chante à ta-magnificence un cantique nouveau sur l’immensité de ta miséricorde?
Mon Seigneur, il n’est pas semblable à toi parmi les Dieux, et rien n’est comparable à la sublimité des richesses de ta gloire admirable. Qui pénètrera l’abîme de ta sagesse, qui comptera les trésors infinis de ta miséricorde inépuisable? Non, il n’est rien si grand, si bon, que toi mon Dieu, roi immortel. Qui dira .la gloire de ta majesté? Qui pourra se rassasier de la vue de ta clarté? Comment l’oeil pourra-t-il voir assez, l’oreille entendre assez, dans l’admiration de la gloire de ton visage?
O Dieu, mon Dieu, seul tu es admirable et glorieux. Seul tu es grand et digne de louange, seul tu es doux et aimable, seul tu es beau et agréable, seul tu es plein de grâces et de délices, seul tu es tel et si grand, que nul ne t’est pareil, dans toute la gloire de la terre et du ciel. Ta lumière admirable est à mon coeur aimable plus que toute gloire; et seule elle peut réjouir mon esprit et changer les ennuis de cette vie, en joie et en allégresse.- Oh! quand allumeras-tu la lampe de mon âme de manière à ne plus s’éteindre, quand la réallumeras-tu en toi, de manière à ce que je te connaisse en toi, comme j’y suis connue? Oh! combien heureux et bienheureux est celui que la gloire de ton visage tient déjà caché en soi ! Oh! quand ce très doux rayon m’absorbera-t-il aussi moi tout indigne, afin que je devienne avec toi, un seul esprit, un seul amour! Tout ce qui est en moi te le dit: Seigneur, qui est pareil à toi? Tu n’as point de pareil en gloire, parce que tu es le seul Dieu glorieux et surexalté dans tous les siècles. Oh ! quand me relèveras-tu de la poussière, moi pauvrette, afin que je demeure devant ta face royale, me donnant au lieu de la cendre la couronne de la joie éternelle, afin qu’avec les accents d’une éternelle jubilation, mon âme te rende des louanges, pour tous les biens que tu m’as accordés gratuitement.
Déjà mon âme et mon coeur, brûlent pour toi de désir, ô Dieu de mon coeur et mon partage pour l’éternité. Mon esprit est en toi ravi de joie, ô Dieu mon salut. Si j’avais en mon pouvoir toutes les créatures, je les réunirais toutes, toutes ces belles oeuvres de tes doigts, pour te louer et te glorifier. Au souvenir de ta louange, mon esprit et mon âme sont tout fondus. Si j’avais les forces de tous les Anges et de tous les hommes, très volontiers et comme rien je les userais à ta louange, afin de pouvoir entrer au milieu de ces souveraines louanges, de ces joies si désirées qui sont devant ton trône saint, là où tu es ton repos, toi et avec toi ton arche sainte, en ce repos tout - bienheureux, là où des milliers de milliers d’anges te chantent nuit et jour et sans fin: Sanctus, Sanctus, Sanctus!
Là, là, dans l’encensoir d’or de ton divin Coeur, dans lequel à ta gloire brûle sans fin le très doux parfum de l’amour éternel, là je jette moi aussi un tout petit grain, mon coeur, souhaitant et désirant que, malgré sa petitesse et- son indignité, il reçoive le souffle de ton esprit et par lui une vie très puissante, afin qu’il entre dans l’unique brasier de ta louange; et que ces longs soupirs que je lance vers toi du fond des abîmes de la terre, à cause du long temps qu’il me faut attendre, soient pour toi une louange et une gloire éternelle. Amen.
Alors désirant vivement louer Dieu de ton esprit et de ton âme, et ne trouvant pas de paroles convenables à sa dignité, prie le Seigneur Jésus, ton amant, que lui-même se glorifie pour toi, d’une louange telle et tellement grande qu’il lui convient, qu’il lui plaît, et comme il aime le plus à être loué, disant dévotement de coeur et de bouche:
Sois béni, ô Dieu, ma douceur, par la sainte gloire de ta divinité, en laquelle tu as daigné pendant neuf mois habiter et remplir les chastes entrailles de la Vierge Marie. Sois bénie par la très haute vertu de ta divinité, qui s’est abaissée jusqu’à cette humble vallée qu’est la Vierge. Sois béni, ô Dieu très haut, par ta toute-puissance qui a créé toutes choses, et par laquelle tu as donné à cette rose qu’est la Vierge tant de vertu, de beauté et d’éclat, que tu as pu en être épris de désir.
Sois béni par ton admirable sagesse, dont la grâce abondante a fait que le corps et l’âme et toute la vie de la Vierge Marie ont été convenables à ta dignité. Sois béni par ton amour, puissant et sage et très doux, qui t’a porté, toi la fleur et l’époux de la virginité, à devenir le fils de la Vierge. Sois béni par l’anéantissement de ta majesté, lequel m’a valu les trésors de l’héritage éternel. Sois béni pour avoir pris notre humanité, ce qui m’a appelée en la société de ta divinité.
Sois béni par cet exil de trente-trois ans que tu as enduré pour moi, afin de ramener mon âme qui était perdue, à la fontaine de la vie éternelle.
Sois béni par tous les travaux, les douleurs et les sueurs par lesquels tu as sanctifié toutes mes angoisses, mes souffrances et mes maladies. Sois béni par l’expérience que tu as faite de ma misère, ce qui t’a fait pour moi un Père de grande miséricorde, et, un Dieu d’infinie clémence. Sois béni par ton abondante dilection, par laquelle tu es devenu de mon âme la précieuse rédemption. Sois béni par toutes et chacune des gouttes de ton très précieux sang, par lesquelles tu as donné la vie à mon âme, et tu m’as rachetée à un si haut prix.
Sois béni par l’amertume de ta précieuse mort, que ton amour très puissant t’a fait endurer pour moi; mort par les mérites de laquelle je ne crains pas de prendre en toi tout ce qui de moi me manque en mérites, et de penser avec assurance que vraiment tu as soin de moi, parce que tu es mien, et que je suis tienne, par le droit éternel que tu t’es acquis sur moi. Sois béni par ta propre gloire, honneur et puissance, lesquelles remplissent et nourrissent admirablement les armées des cieux.
Ici, comme tout entière attachée à Dieu ton amant, prie le Seigneur, que lui-même avec sa très chère Mère la Vierge Marie, et toute la milice céleste, s’offre à lui-même une hostie de jubilation, dans la fête joyeuse de son amour, et que lui-même comme un très agréable joueur de harpe, chante le premier sur l’orgue de sa divinité, et par la harpe de son humanité, tu lui diras donc:
O Dieu de ma vie, jubilation à toi pour moi, de par ta suprême divinité et trinité, de par l’unité d’essence, de par la propriété des personnes, de par leur douce société, intime et mutuelle familiarité. Jubilation à toi de par la sublimité de ton incompréhensible dignité, de par ton immuable éternité, ta pureté hors de toute atteinte, ta sainteté source de sainteté, et de par ta glorieuse et parfaite félicité. Jubilation à toi de par la chair très pure de ton humanité, par laquelle tu m’as purifiée, étant devenu os de mes os, et chair de ma chair.
Jubilation à toi, de par ton âme très resplendissante, très précieux gage par lequel a été rachetée mon âme. Jubilation à toi, de par ton Coeur déifié, source de miel, lequel à ta mort fut ouvert par l’amour. Jubilation à toi, de par ce Coeur très aimant et très fidèle, dans lequel la lance m’a ouvert une voie, afin que mon cœur aille là se reposer. Jubilation à toi, de par ce Coeur très doux, l’unique refuge de mon exil, lequel toujours est pour moi dans une si bienveillante sollicitude, et ne cesse jamais d’avoir soif de moi, jusqu’à ce qu’il me reçoive à toujours en lui.
Jubilation à toi pour moi de par le coeur très digne et l’âme de la glorieuse Vierge Marie, que tu t’es choisie pour mère, pour mon salut et mon avantage, afin que sa maternelle bonté soit toujours prête à me secourir. Jubilation à toi de par le soin très fidèle que tu as de moi, et par lequel tu m’as pourvue d’une telle et si grande patronne et avocate, par laquelle je puisse très facilement trouver ta grâce, et dans laquelle avec confiance je crois que m’est réservée ton éternelle miséricorde. Jubilation à toi par ce tabernacle admirable de ta gloire, lequel seul t’a servi dignement en ta maison et par lequel tu peux très bien suppléer à toi la mesure de louange et de gloire qui t’est due par moi.
Jubilation à toi pour moi, de par les sept Esprits glorieux, qui se tiennent devant ton trône. Jubilation à toi de par les troupes innombrables des Anges, que tu envoies au service de la race des élus que tu t’es acquise. Jubilation à toi de par les vingt-quatre Vieillards avec les Patriarches et les Prophètes, qui t’offrant leurs couronnes, se prosternent devant ton trône, te’ chantant sur leurs harpes des louanges et des actions de grâces infinies. Jubilation à toi de par les quatre saints Animaux ailés, dont toutes les entrailles jour et nuit célèbrent tes louanges. Jubilation à toi, de par la dignité des Apôtres tes frères et très chers amis, par les suffrages desquels tu soutiens miraculeusement ta sainte église. Jubilation à toi de par la troupe victorieuse des Martyrs, laquelle est toute empourprée de ton sang. Jubilation à toi, de par l’armée très parfaite des Confesseurs, dont tu as transféré les âmes dans ton admirable lumière. Jubilation à toi de par toute la sainte et toute pure virginité, laquelle est ornée avec toi d’une même clarté et pureté plus éclatante que la neige. Que pour moi elle jubile à toi ce cantique nouveau qui retentit en la bouche des Vierges alors qu’elles te suivent partout où tu vas, ô bon Jésus, le roi et l’époux des vierges. Jubilation à toi pour moi, de par la moelle de ta divinité, et la très suave douceur dont est rassasiée et engraissée la Jérusalem céleste, en la splendeur de ton divin visage.
Jubilation à toi, de par toute l’armée de tes élus, la portion de ton héritage et ton peuple particulier, parce qu’ils sont avec toi et toi avec eux, et que -tu es à jamais leur Dieu. Jubilation à toi de par tous les astres du ciel, qui luisent à toi avec joie, qui obéissent à tes ordres, et sont là toujours soumis à ta voix. Jubilation à toi, de par toutes tes oeuvres admirables, toutes celles que renferme l’étendue du ciel et de la terre et de l’abîme : que toutes elles te chantent cette louange, qui venant de toi, retourne à toi comme à son origine. Jubilation à toi, de par mon coeur et mon âme, avec toute la substance de ma chair et de mon esprit, avec la coopération de l’univers tout entier.
Donc à toi, de qui sont toutes choses, par qui sont toutes choses, en qui sont toutes choses, à toi seul, gloire et honneur, dans tous les siècles. Amen.
Alors, comme un peu fortifiée par la louange de ton Dieu, de ton Roi qui est au saint lieu, d’un coeur dilaté lève-toi pour prendre tes délices en Dieu ton amant, jetant en lui tout l’amour de ton coeur, afin qu’il te nourrisse ici des bénédictions de sa douceur, et qu’il te mène là-haut à cette bénédiction qui te fera jouir de lui pleinement et éternellement. Tu diras donc:
O Dieu, ô mon Dieu, parce que tu es mien, rien ne me saurait manquer. Et parce que je suis tienne, en toi mon Dieu mon salut je me glorifierai éternellement. En toute tristesse qui m’arrive, tu me prépares en toi un festin très désiré. Et où mon âme serait-elle bien, si ce n’est en toi, ô Dieu de ma vie? Si dans ce .lieu de misère le souvenir de ta louange est si doux, que sera-ce, ô mon Dieu, quand dans la splendeur de ta divinité nous apparaîtra ta gloire. Si les quelques gouttes qui nous arrivent à l’avance de ta douceur nous réjouissent ainsi, que sera-ce, ô sainte et suprême douceur, quand me sera donnée ta plénitude?
Si ta consolation remplit de bien mon désir, que sera-ce, ô Dieu de mon salut, quand tu auras recueilli toute mon âme en toi? Oh! quelles et combien grandes seront les délices intimes de ta présence d’où coule le miel, quand ici-bas hélas ! pour un moment rare et trop court, placée au lieu où tu lui fais goûter tes douceurs, mon âme se fond et s’écoule en toi! Quel festin tu nous feras en la manifestation de ton divin visage, quand ici-bas près des courants de tes grâces intérieures, si suavement, si agréablement, tu nourris mon esprit et la moelle de mon âme. O Dieu, mon Dieu, quand tu convertis mon âme à toi, tu ne me permets ni de penser, ni de sentir autre chose que toi, tu m’enlèves moi-même à moi-même pour me porter en toi, afin que je n’aie plus aucune sollicitude de moi, parce que m’ayant emportée tu me caches en toi-même.
Et quelle sera alors ma joie, mon allégresse, ma jubilation, quand tu m’auras découvert la beauté de ta divinité, et que mon âme te verra face à face? Certes, rien alors né saura me plaire, sinon de m’appliquer à voir ta gloire, ô mon Dieu, et à me tenir autour de l’autel de ma réconciliation, pour t’immoler la moelle de mon âme dans la louange et la jubilation. Oh ! alors, mon âme, tu verras, tu seras inondée de biens, ton coeur admirera et se dilatera, quand sera réunie pour toi l’abondance des richesses, des délices et de la magnificence de la gloire de cette mer immense de toute la Trinité toujours adorable. Quand tu verras venir ces riches nations que le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs de sa main puissante a rachetées et sauvées de la main de l’ennemi: quand tu seras toute couverte par l’inondation de la miséricorde et de la charité, de la divine toute-puissance, sagesse et bonté, avec l’heureux sort de l’adoption éternelle. Alors t’arrivera le calice de la vision divine, et tu en seras enivrée, le calice enivrant et si beau de la gloire de la divine face, et tu seras abreuvée au torrent des divins plaisirs, alors que la fontaine de lumière elle-même te réjouira éternellement dans les délices de sa plénitude. Alors tu verras les cieux habités et remplis par la gloire de Dieu, et cet astre brillant de la Vierge, qui après Dieu, illumine tout le ciel, par l’éclat de sa très pure lumière ; tu verras les oeuvres admirables des doigts de pieu; ,tu verras- les astres du matin, qui avec tant de joie se tiennent devant la face de Dieu, pour le servir.
O Dieu de mon coeur, et mon partage très heureusement choisi, hélas, hélas! combien de temps serai-je encore privée de la vue de ton très doux visage? A toi seul est bien connue la nature si fragile, comme tu sais, de mon séjour ici-bas; seul tu connais quelle et combien grande est la misère de mon exil. Oui, ô le bien-aimé de mes désirs, c’est de toi qu’a soif le plus intime de mon coeur. De grâce fais-moi bientôt arriver à toi, ô Dieu, fontaine de vie, afin qu’à tout jamais je puise en toi la vie éternelle. De grâce fais bientôt luire sur moi ton visage, afin que dans la joie, je te voie face à face. Oui, bientôt, bientôt montre-toi à moi; afin que j’aie le bonheur de me réjouir de toi pour l’éternité.
Oui, oui, ô la vie de mon esprit, prends le cri de mon désir, et unis-le en une seule voix, à la voix si musicale et si festoyante de ton amour; approprie-toi si bien ma vie, et attache si bien mon âme à ton amour, que toute ma vie et toutes mes actions te chantent des louanges sur le psalterion à dix cordes, et que toutes mes intentions unies à toi, commencent, avancent et se terminent en toi, à la vraie vie de mon âme.
Oui, oui, ô le vrai amour de mon coeur, pour moi, en ce moment, rends-toi à toi-même une gloire si solennelle et si éclatante de louange et d’action de grâces, que tous les ordres du ciel y unissent leur jubilation, surtout pour ce bien très grand et très doux que tu es pour moi, toi mon Dieu, et pour ce que. tu daignes bien être connu de moi, qui suis la balayure de toutes tes créatures, de moi être aimé et loué, car tu es Dieu mon sauveur, la cause unique de mon salut, et la vie de mon âme.
Oui et que dans cette louange magnifique, mon âme dépense en toi la pauvre petite moelle de son esprit, se fondant en l’amour de ta louange, jusqu’à ce que mon esprit ait le bonheur de revenir à toi, mon Dieu! Oui, et fais que dans cette vie, je me délecte si bien en la mémoire de ta louange, qu’à l’heure de ma mort; l’amour puissant et la soif de te voir, de te louer et d’être avec toi, surmontent en moi la puissance de la mort, et qu’en cette angoisse tu me sois toi-même la porte pour la patrie, jusqu’à ce que tu me mènes à ces joies intimes de la vie du ciel, afin qu’à tout jamais mon esprit et mon âme soient ravis de joie, en toi. Amen.
Enfin comme une tourterelle solitaire, toute désireuse de voir la face si douce du bien-aimé, défaillante d’ennui de cette vie, abaissant les ailes de tes désirs, avec les saints Animaux, devant le trône de Dieu: fais devant le Seigneur ton Dieu profession de garder tout ton coeur là où il est lui-même, lui ton cher trésor, et demande-lui une heureuse mort.
Mon coeur s’est attaché, là où veut Jésus qui est ma vie. Oui Jésus, bien-aimé par-dessus tous les bien-aimés, tu es la vie fidèle de mon âme. Tu es toute la langueur de mon âme; c’est de toi seul qu’a soif le plus intime de mon coeur. Ta délicieuse béatitude, ta merveilleuse beauté, ton honorable visage, ton aimable éclat, m’ont blessée d’une suave blessure qui me rend pesante la vue de la lumière de ce monde. Je me suis à moi-même un fardeau. Combien longtemps attendrai-je, ô mon bien-aimé, pour jouir de toi et voir ton aimable visage? Tu es la soif de mon âme. Le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent, sans toi sont pour moi comme une glace d’hiver. Ton aimable visage est ma seule consolation, mon réjouissant printemps.
De grâce, ô amour, ô amour, quand recevrai-je de toi ce bien, que mon corps par toi mis à mort retourne en poussière, et que mon âme revienne en toi, ô Dieu, sa vivante origine ? Tes divines influences, qui sont si pures, et qui de ton trône suprême lancent avec tant d’amour leurs rayons déiformes, environnent puissamment mon esprit tout entier. Au milieu de la violente tempête de ce monde, que peut donc attendre encore, une pauvre petite feuille d’arbre?
De grâce, ô amour, ô amour, tiens-moi de ta droite puissante, de peur que je ne sois submergée dans cette tempête. Le doux bruit de l’eau vive, jaillissant de sa divine origine, a puissamment saisi mon coeur. Jamais lyre n’a eu un son si doux. Cette vie me devient méprisable comme un rêve. Combien de temps, combien de temps serai-je encore exposée à ses illusions!
De grâce, ô amour, ô amour, ne cesse jamais de me tenir en tes chaînes, jusqu’à ce que tu me présentes à l’unique bien-aimé de mon coeur, sur sa très douce poitrine. O douce odeur du fruit de vie, qui est toi-même, ô mon unique bien-aimé, tu m’as pris mon esprit, en sorte que mon corps m’est devenu repoussant comme un fumier, aussi je ne cesse de soupirer vers toi.
O amour, ô amour, dis-moi, quand veux-tu me séparer de ce corps, afin que je jouisse sans milieu du bien-aimé de mon coeur, et que je demeure avec lui sans fin? Un seul rayon de ta divinité; vers, moi lancé par ton humanité, réjouit si merveilleusement mon esprit, que si j’avais mille corps je les quitterais sur-le-champ. Quelles sont, selon toi, les délices cachées en la jouissance de ta resplendissante clarté? Je compterais comme rien mille morts, afin de pouvoir contempler la douceur de ta vérité.
De grâce, ô amour, ô amour, agis avec moi selon ta miséricorde, et enlève-moi vite à cette fête magnifique, où je contemple la gloire du fidèle Sauveur mon époux. La plénitude de ta divinité peut seule rassasier mon âme que pour toi tu as daigné créer. Une seule goutte de ta douceur versée en moi ravit si fortement mon esprit que la mort prendrait en moi le goût de la vie, si elle me donnait de pouvoir contempler ta face sans aucune interruption.
De grâce, ô amour, ô amour, quand sépareras-tu si bien mon âme de mon corps, que mon esprit demeure toujours en toi, mon très cher. Ton aimable embrassement a pour moi une saveur si douce, que si j’avais mille coeurs, vite ils se fondraient. Ton vivant baiser absorbe en toi ma vie, et attache à toi très fortement mon âme. Combien volontiers, volontiers, je rendrai le dernier soupir, pour me plonger parfaitement dans le fleuve de ta divinité! De grâce, ô amour, ô amour, qu’il te plaise de venir en moi faire la fête de tes noces, afin que mon âme, retirée de cette vallée de misères, soit absorbée en sa source, comme une goutte d’eau dans la mer. Oui très doux Jésus, le tout bien-aimé de mon coeur au-dessus de tout ce qui peut être aimé, mon bien unique et choisi, sois mon guide en la misère présente, afin que je passe mes jours en ta louange, et que je finisse bien ma vie en ta grâce et ton amitié.
De grâce, ô Jésus, doux amour, sois le refuge de ta pauvre épouse, qui sans toi n’a rien du tout, pas le moindre bien. D’ans la vaste mer de ce monde, sois sa direction, et en l’affreuse tempête de la mort sa consolation. Rends-moi la main de ta miséricorde, sois toi-même mon bâton de ferme appui, sur lequel je m’appuierai si solidement, ô doux libérateur de mon âme, qu’à la vue de ta puissance, toutes les insolences et artifices de mes ennemis en soient réduits à rien.
De grâce, ô Jésus, mon fidèle ami, que l’abîme de ton inépuisable miséricorde soit pour moi un port très sûr, dans lequel j’échappe aux assauts épouvantables de tous mes ennemis. Et toi-même sois alors pour moi un soir asile dans lequel je me jette avec joie au sortir de la captivité de tous les maux. De grâce, ô Jésus ma douce espérance, que ton Coeur déifié, ouvert pour l’amour de moi et toujours abordable à tous les pécheurs, sois pour mon âme au sortir du corps son premier refuge. Que là, par l’abîme de ton amour infini, tous mes péchés soient détruits en un moment, afin que sans obstacle, ô le bien-aimé de mon coeur, j’entre avec toi dans la joie du ciel.
De grâce, ô Jésus, mon unique salut, mon Sauveur et mon Dieu, en cette extrémité envoie-moi comme une aide fidèle, Marie ton admirable Mère, la glorieuse étoile de la mer, afin qu’à la vue de la belle aurore de sa face glorieuse, je reconnaisse, ô Soleil de justice, par la clarté de ta lumière, que tu approches de mon âme. Oui, bien-aimé par-dessus tous les bien-aimés, tu connais le désir de mon coeur, car c’est pour toi seul que soupire mon âme. De grâce donc, viens bientôt, afin qu’à la vue de ton aimable visage, j’oublie entièrement toutes les douleurs de mon coeur.
De grâce, ô amour, ô amour, guette l’heure de ma mort, marque-la de. ton sceau, afin que sous ta garde fidèle, par ton infinie bonté qui fait ma seule confiance, rien ne puisse nuire à mon âme. A ma mort montre ta douce sagesse, et fortifie ma pauvre âme, avec une telle efficacité, que à tout jamais resplendisse en elle la miséricorde infinie, que par toi-même, ô roi de gloire, tu auras faite à mon âme dans ma vie et dans ma mort. Alors par ta puissance consume toutes mes forces, et par ta bonté, submerge-moi en l’abîme de ta divinité, et que là, dans ta gloire, le doux visage de Jésus le bien-aimé de mon coeur me rassasie, me ranime, et me comble de biens. Amen.
Ici recommande encore une fois à Dieu ta mort et la fin de ta vie, afin qu’il soit ton aide en toutes choses, et qu’il règle et dispose la fin de ta vie selon sa miséricorde. Tu diras donc cette prière:
Mon Dieu et mon Seigneur, mon doux créateur et rédempteur, en qui seul a espéré mon coeur, en qui j’ai cru, que j’ai confessé, ô fleur fleurie de la divinité, arrose-moi de la rosée de ta toute fleurie humanité, afin que mon âme se réjouisse sous les gouttes de ta sainte douceur et charité, oubliant les maux de cet exil, et s’enrichissant des accroissements de toutes les vertus, par toi fleur et perle première de vertus, portant patiemment avec toi les misères de ce pèlerinage, et gardant la patience dans toutes les angoisses et tribulations.
Mon Dieu et mon Roi, qui es dans le sanctuaire, dans lequel est cachée ma vie avec mon Jésus, me voilà tout inondée de tes chastes délices. Déjà ma vie est passée de moi en toi: je suis morte et vivante. Et où irai-je maintenant autre part qu’en toi? Dans le ciel et sur la terre, je ne connais plus rien si ce n’est toi. Mon Dieu, toi que loue Israël, toi qui habites dans le sanctuaire, mon Dieu en qui je suis, en qui je me meus, en qui je vis, en toi seul je mets ma confiance. En toi mon coeur s’est dilaté, parce que tu es toute nia joie, ma seule joie, et tout mon désir. Le rayon de ta lumière a éveillé mon esprit endormi.
Oh! quand mon âme sera-t-elle absorbée dans le fleuve vivifiant de ton éternelle et très douce jouissance? Oh! quand le déluge de ton amour emportera-t-il mon esprit, et me rendra-t-il à toi pour voir ton visage d’où coule le miel, ô le Dieu de ma vie, et l’auteur de mon salut, et le soutien de mon âme, sans lequel je ne suis, ni ne sais, ni ne peux, ni ne vaux rien, en qui seul j’espère, vers qui seul je désire arriver, dont je désire voir la face souverainement délicieuse qui verse la vie, auquel éternellement et inséparablement je désire être attachée, de tout mon coeur, de toute mon âme, de toute ma force.
Toi-même, de grâce, consacre mon être et ma vie à ta louange et à ta gloire, afin qu’en toutes mes pensées, paroles et oeuvres, en tous mes mouvements intérieurs, la moelle de mon âme toujours te loue et glorifie, et de même toute la substance et puissance de mon corps, avec une très pleine charité et dilection. De ce que mon âme est exilée en la prison de ce corps, désirant, brûlant de désir, soupirant vers toi, ô Dieu fontaine de vie ; de ce qu’elle est misérable en cet exil, ignorant mon entrée et ma sortie; surtout de ce que toi, Père des miséricordes, tune méprises ni ne délaisses l’ouvrage de tes mains que tout cela émeuve sur moi l’abîme de ta miséricorde, miséricorde que tu as exercée envers moi, quand pendant trente-trois ans tu as daigné porter le même exil; miséricorde que tu m’as montrée quand pour mon salut, sur la Croix, ton Coeur très doux fut brisé d’amour.
De grâce, ô vie toute bienheureuse de mon âme, en toutes mes tentations, sois ma victoire et mon triomphe; en toutes mes maladies ma patience; en toutes mes tribulations ma consolation ; en toutes mes pensées paroles et actions, sois mon intention, commencement, fin et récompense; en toute ma vie ma sanctification; en la longueur de mon attente, jusqu’à la fin du bon combat, sois ma persévérance. O mon héritage si magnifique, ô la meilleure part pour mon âme, vers qui seul tend mon attente et mon espérance, de grâce, à l’heure de ma mort, dispose et règle pour moi toutes choses par ta miséricorde et ta clémence, de manière que l’étendard de ta précieuse Croix soit alors pour moi une arme très puissante contre toutes les embûches de Satan; que les armes magnifiques de ta victorieuse Passion, les clous et la lance, soient pour moi des traits invincibles contre les mille tromperies de l’ennemi ; afin que fortifiée de ta mort amoureuse et triomphante, marquée du signe de ton précieux sang, toi étant mon guide et mon viatique, je passe sans crainte par le passage si étroit de la mort. Et alors, ô mon salut, ne m’abandonne pas, mais apparais-moi dans ta charité, ta bonté, ta miséricorde, afin que je te voie face à face, toi mon Dieu qui m’as aimée, et qui m’as créée pour toi. Là, ô cher Jésus, le soutien de mon âme, dans le miroir de la vision manifeste, montre-moi la gloire de ta divinité, afin que mon esprit et mon âme se remplissent d’une louange aussi douce que splendide, pour toi, et que mon coeur se réjouisse à tout jamais, en toi, mon doux Sauveur. Et mon unique, celle que tu as rachetée, se réjouira des biens de ta maison, engraissée qu’elle sera par l’intime rassasiement de la jouissance de ta face d’où coule le miel, heureuse et toute ravie d’avoir échappé à ces embûches sans fin, à ces pièges du diable, de la chair et du monde, et aux angoisses de la mort ; heureuse encore à cause de toi, ô mon très doux partage et ma vie très agréable qu’alors elle possèdera, là où tu seras en moi, et moi en toi, attachée à toi par un amour éternel et inséparable; là où je louerai sans fin ton nom, à cause de tous les biens que tu m’as faits, parce que tu es le Dieu de ma vie, le rédempteur et l’amant de mon âme.
Ici demande au Seigneur sa bénédiction, et la confirmation de son amour, jusqu’à ce que tu arrives au bonheur de le voir.
O amour unissant, Dieu de mon cœur, louange et jubilation de mon esprit ! Mon Roi et mon Dieu! Mon bien-aimé choisi entre mille! époux très aimable de mon âme! Seigneur des armées, unique amour, et souhait, et désir de mon coeur! De grâce, ô amour Dieu, sois pour moi dans le temps une dot pleine de la bénédiction de la douceur divine. Qu’à toi, en un esprit, en une respiration, en une seule volonté et charité, mon esprit soit attaché, jusqu’à ce qu’il devienne un même esprit avec toi pour toujours. O amour brûlant, sois pour moi une bénédiction vive et efficace, douce et embrasante, en ce mien pèlerinage, afin que mon âme, et toute ma puissance et substance, brûle sans s’éteindre jamais, comme une vraie étincelle, en la flamme de ta charité. O amour vivant, sois toi-même pour moi une bénédiction en qui je trouve mon achèvement et ma perfection, et qui amène devant toi mon âme comme une digne épouse ; en sorte que toute ma vie soit réglée en ta charité; que ma mort soit pleinement consommée en toi, ô ma vie toute bienheureuse, par une grande vivacité de foi, d’espérance et de charité, et dignement préparée par tous les sacrements de l’église; que toutes mes forces s’usent à te servir, que mes entrailles et toutes mes moelles se dessèchent en ton amour; que mon âme quittant le fardeau de mon corps, te suive joyeuse, tranquille et’ libre, ô mon doux amant, jusque dans l’intimité si riche et si belle de la Sainte-Trinité, là 0ù tous mes péchés m’étant remis par ta miséricorde, toutes mes fautes effacées par ton inestimable charité, ma pauvre vie perdue, avec toutes ses ruines, sera rétablie, par toi, ô amour si riche, par la vie très parfaite de mon Jésus. Que mon âme ici languissante et mourante des ennuis de cette vie se réjouisse 1k en toi, ô amour vivant et toujours jeune; que renouvelée comme l’aigle, elle goûte la joie de ton visage d’où coule le miel, pareille lt celui qui trouve et déjà tient pour toujours les joies infinies de la vie éternelle, qu’elle possédera en toi éternellement, ô amour Dieu. Amen.
-------------------------------------------------------------------------------- SEPTIèME EXERCICE
RéPARATION POUR LES PéCHéS ET PRéPARATION A LA MORT
Quand tu voudras célébrer un jour de réparation, à chacune des sept heures, tu te recueilleras en toi-même, afin de pouvoir converser avec l’amour, l’envoyant pour toi près du Père des miséricordes, comme pour l’apaiser, afin que du trésor de la Passion de son fils, il te remette toutes tes offenses jusqu’à la plus petite négligence, afin qu’à ta mort tu aies pleine confiance que tous tes péchés te sont entièrement remis.
Et d’abord à Matines, dis cette première strophe de l’hymne:
é1ève l’amour de notre esprit Vers toi, auteur du pardon : Afin que tu sois clément pour nos coeurs Dont tu auras expulsé les souillures.
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux, en nous pardonnant; accorde-moi, quoique indigne, ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
Avec la Miséricorde et l’Amour, tu apaiseras ainsi le Père, disant de coeur et de bouche:
O douce Miséricorde de Dieu, pleine de tendresse et de clémence, me voici moi misérable, en la douleur et l’angoisse de mon coeur, ayant recours à tes charitables conseils, parce que tu es toute mon espérance et ma confiance. Jamais tu n’as dédaigné un malheureux. Jamais tu n’as repoussé le pécheur le plus souillé. Jamais tu n’as rejeté personne ayant recours à toi. Jamais tu n’as laissé sans compassion l’âme dans les angoisses. Toujours tu es venue au secours de l’indigent comme une mère. Toujours tu es arrivée avec bonté, selon la force de ton nom, à tous ceux qui t’ont invoquée. De grâce, ne me rejette pas non plus moi-même bien qu’indigne à cause de mes péchés, ne me repousse pas à cause de ma vie inutile.
Ne fais pas fi de moi, ne dis pas: Pourquoi a-t-elle aussi une place sur la terre? Mais selon ta propre nature, aie pour moi une tendre, tendre sollicitude. Je suis dans une extrême disette de mérites, et je viens, je viens à ces hôpitaux pleins de charité que tu tiens pour les pauvres, de peur de mourir dans la rue par le froid et la pluie de ma vie inutile; j’espère recevoir de ta main généreuse une aumône qui sera la réparation de ma vie perdue. Là avec les chaudes toisons de ta tendresse, tu me réchaufferas les côtés trop à nu; ta charité effacera tous mes péchés, et suppléera à toutes mes négligences.
De grâce, ouvre-moi l’abri sûr de ta maison, afin que- j’y sois sauvée par ta grâce. Que par toi me vienne en aide la tendre charité de Dieu, en laquelle seule est toute la santé de mon âme et de mon esprit.
De grâce, ô Amour, ô Amour, regarde mon Jésus, lui ton royal captif, regarde-le orné de la couronne de miséricorde, lui qu’en ce moment tu as saisi avec une telle violence, afin de t’approprier avec lui tous ses biens, pour enrichir ensuite le ciel et la terre de ton très riche butin, et pour remplir de bien toutes les créatures, au moyen des trésors de ton très glorieux captif. De grâce, par ce très cher butin, par lui ton captif mille fois bien-aimé, rachète-moi ma pauvre vie perdue ; cette vie si inutile, rétablis-la-moi, non pas sept fois, mais cent fois. Car si même j’avais seule toutes les vies des hommes, et des anges, je ne pourrais jamais valoir ce que vaut ton très désirable captif; combien moins le vaudrais-je, moi vile femme, cendre et poussière!
Oh! si le choix m’en était donné, qu’avec mon Jésus très cordialement aimé, tu me fasses aussi captive, que moi toute petite que je suis, tu m’enchaînes, tu me possèdes tout à toi, afin que par l’union et la parole de ce divin captif, je devienne, de pécheresse sainte, de femme inutile, vraiment spirituelle ; d’ennemie, vraie amie de Dieu ; de tiède vraiment altérée de Dieu, de stérile et inféconde, produisant toutes les vertus parfaites, et toute la sainteté . de l’état religieux! Oui, mon cher Jésus, que le sein de ta miséricorde soit le lieu de ma prison et de ma captivité! Que la chaîne de ton divin coeur soit pour. moi un lien tel que dans la violence de ton vivant amour, je devienne ta captive à perpétuité, collée à toi indivisiblement, tout entière vivante et adhérente à toi, afin qu’à tout jamais je ne puisse être séparée de toi. Amen.
A Prime, entretiens-toi avec l’Amour et la Vérité, afin qu’elles deux parlant pour toi, à l’heure de la mort, tu arrives sans crainte au jugement, ayant pour charitable avocat, Jésus lui-même ton propre juge. Tu lui diras donc:
Seigneur qui es si plein de bonté Tu sais la chute qui est en l’homme; Il est créé d’une matière bien faible, Et nous sommes tombés dans le mal.
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne, ce que je souhaite d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton ‘très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
Tu te mettras donc à apaiser Dieu de la sorte :
O chère Vérité, ô parfaite équité de Dieu, comment paraîtrai-je devant ta face, portant mon iniquité, le crime d’avoir perdu ma vie, le poids de mon excessive négligence? J’avais reçu le talent de la foi chrétienne et de la vie spirituelle, mais hélas, hélas! je ne l’ai pas donné aux banquiers pour en retirer la charité, afin de te le rendre comme tu le voulais, avec les profits de l’accroissement en toute perfection. J’avais reçu le talent du temps, non seulement je l’ai dépensé à rien; mais je l’ai perdu, gâté, et il n’en reste rien. Où aller, où me tourner, où fuir pour échapper à ton regard?
O Vérité, tu as à tes côtés comme assesseurs la justice et l’équité. Tu juges toutes choses, avec nombre, poids et mesure. Tout ce que tu saisis, tu le places en tes balances très exactes. Malheur à moi, mille fois malheur, si je te suis livrée sans avoir un avocat qui réponde pour moi. O charité, parle pour moi, réponds pour moi. Obtiens-moi pardon, plaide ma cause, et que je vive à cause de toi.
Je sais ce que je ferai. Je prendrai le calice du salut, je placerai le calice de Jésus dans le plateau vide des balances de la Vérité. Par là je suppléerai à tout ce qui me manque ; je couvrirai tous mes péchés : par ce calice je comblerai toutes mes ruines. Par ce calice je suppléerai, et au delà, à toutes mes imperfections. De grâce, ô Amour, moi; Jésus, lui, ton royal captif, dont toutes les forces ont été épuisées parce que les entrailles de ta miséricorde avaient été émues, ce Jésus qu’à cette heure même avec une telle violence, tu as tramé devant ses juges, pour le charger des péchés du monde entier, lui qui était sans tache, lui qui n’avait à porter que mon amour et mes péchés que tu voulais punir en lui ; oui, lui très innocent, lui très cher, lui condamné pour l’amour de mon amour, lui pour moi livré à la mort, je veux aujourd’hui le recevoir de toi, ô très cher Amour, pour le compagnon de mon jugement. Donne-le-moi pour otage, afin que je l’aie pour présider à toute l’affaire de mon jugement.
O chère Vérité, aller à toi sans mon Jésus me serait insupportable; mais paraître devant toi avec mon Jésus, ce m’est doux et aimable à l’excès. O Vérité, maintenant siège au tribunal entre en ta salle d’audience, et dis contre moi tout ce que tu voudras. Je ne craindrai aucun mal; je sais, je sais que ton visage ne me confondra pas, car j’ai avec moi ma grande espérance et toute ma confiance. Je, voudrais bien savoir quelle sentence tu prononcerais à mon sujet, maintenant que j’ai avec moi mon Jésus, lui mon très cher, lui mon très fidèle, qui a pris sur lui ma misère, afin de m’obtenir auprès de toi une complète miséricorde.
Mon très doux Jésus, aimable gage de ma rédemption, viens avec moi au jugement. Oui, soyons ensemble. Tu vas être mon juge et mon avocat. Tu diras ce que tu t’es fait pour moi, quel bien tu m’as souhaité, combien cher tu m’as payée, afin que je puise en toi ma justification. Tu as vécu pour moi, afin que je ne mourusse pas. Tu as porté mes péchés. Tu es mort pour moi, afin de me retirer de la mort éternelle. Tu m’as donné tous tes biens, afin que par toi je devinsse riche en mérites. De grâce, à l’heure de ma mort, juge-moi selon cette innocence, selon cette toute pureté que tu m’as conférée en toi, alors que tu as toi-même payé toute ma dette, ayant été jugé et condamné pour moi, afin que moi toute pauvrette et indigente par moi-même, je trouve en toi l’abondance de tous les biens.
A Tierce, tu t’adresseras à la Paix et à l’Amour, afin que la moelle et la force de tes pensées, soient à toujours consacrées au Seigneur, et que par elle tu te trouves à la mort pleinement réconciliée à Dieu. Tu diras donc :
Daigne instruire notre procès, Toi à qui nulle âme n’est inconnue Eloigne de nous toutes les rêveries Du monde trompeur.
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux, en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être, à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
O Paix de Dieu, qui surpasses toute pensée, suave et aimable, douce et utile, partout où tu viens, là est une sécurité imperturbable. Seule, tu peux arrêter la colère du souverain; tu ornes de clémence le trône du roi; tu enrichis de miséricorde et de bonté le royaume de la gloire suprême. De grâce, plaide ma cause, car je suis coupable et pauvre. De grâce, prends-moi sous tes ailes, afin que je sois protégée contre des maux imminents, que je redoute à cause de mes négligences, grandes et innombrables.
Le créancier est à ma porte, me redemandant la vie qui m’a été donnée en dépôt. L’huissier est là, exigeant de moi le tribut du temps qui m’a été donné; et il n’est pas sûr pour moi-même de causer avec lui, puisque je n’ai pas de quoi payer ma dette. O très doux Jésus, toi qui es ma paix, tu gardes le silence? Tu ne fais pas semblant? Tu restes muet? De grâce, au moins à cette heure, parle pour moi, dis dans la charité ce seul petit mot : « Moi, je le rachèterai. » Car tu es le - refuge de tous les misérables. Tu ne passes auprès de personne sans lui offrir le salut. Tu n’as jamais renvoyé sans être réconcilié celui qui a recours à toi.
De grâce, ne passe pas près de moi pauvre et désespérée sans me faire la charité. Apaise pour moi le Père: reçois-moi dans le sein de ta charité. Donne-moi à boire ce verre d’eau froide de la sainte espérance, afin que je puisse vivre. O charité, rafraîchis ma langue. Rends la vie à mon âme qui est près de se mourir d’indigence spirituelle.
De grâce, ô Amour, ô Amour, mon Jésus, à cette heure pour moi flagellé, couronné d’épines, traité sans pitié, Jésus mon vrai Roi, hors duquel je n’en connais point d’autre, que tu as fait l’opprobre des hommes, abject et repoussé comme un lépreux, au point que la Judée a nié qu’il fut le sien, afin que grâce à toi, il fut mien, ce Jésus très innocent, très cher, qui pour moi payé si pleinement ce qu’il ne devait pas, oh! plaise à toi de me le donner, mon Jésus, dans les bras de mon âme, afin que je le pose sur mon coeur, et que je rende la vie à mon âme par l’amertume de ses douleurs et de ses souffrances! De grâce, que ce très amer châtiment que tu lui as infligé pour me donner la paix, soit le paiement de toutes mes dettes et négligences. O Paix, puisses-tu être pour moi une chaîne glorieuse qui me lie pour toujours à Jésus. Sois la très chère colonne sur laquelle je m’appuie, afin qu’attachée à toi par une indivisible amitié, je devienne avec Jésus un seul coeur, une seule âme: qu’en toi, ô très douce Paix, je reçoive la flagellation de la charité, les plaies intérieures de l’amour; que par toi je demeure attachée à mon Jésus pour toujours. O Paix, fais-moi encore une toute petite chose,. Ouvre-moi ce vase d’albâtre, ce très précieux trésor d’amour, que tu as en réserve en toi, afin que par sa vivante odeur, il réveille mon esprit engourdi.
Arrose et oins mes sens du sang de la tête très glorieuse de Jésus, et de la douleur de ses sens adorables, afin que par la saveur de ce baume je sois tout entière tirée de la paresse et de la torpeur de mon esprit, comme on voit au printemps la terre changer sa stérilité en une floraison nouvelle.
De grâce, ô mon très doux Jésus, que les actes de tes sens très saints soient la rémission de ma faute, et la réparation de toutes mes négligences; afin que je trouve en toi tout ce qui me manque en moi, que je le trouve, dis-je, en toi, qui tout entier t’es dépensé pour moi. Amen.
A Sexte, tu t’entretiendras avec la Sagesse et l’Amour, afin que tout en toi soit renouvelé, et qu’à l’heure de la mort, par la vertu de la sainte croix de Jésus-Christ, tu sois à l’abri de toutes les tentations et embûches de l’ennemi.
Nous sommes arrivés ici comme étrangers, Nous gémissons dans l’exil Tu es le port et la patrie. Conduis-nous au séjour de la vie.
Que la bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
O admirable Sagesse de Dieu, que ta voix est puissante, qu’elle est magnifique. Sans exception tu appelles à toi tous ceux qui te désirent. Tu habites en les humbles. Tu aimes ceux qui t’aiment. Tu rends justice au pauvre. Tu as une tendre compassion pour tous., Tu ne hais rien de ce que tu as créé. Tu sembles ne pas voir les péchés des hommes, et tu les attends miséricordieusement à pénitence. De grâce, ouvre-moi aussi une source de vie, donne-moi à goûter de ton indulgence, afin que je sache ce qui est agréable à tes yeux en tout temps.
O Sagesse, tu portes en ta main droite le drapeau sacré de l’éternité; à toi tout réussit heureusement. Toi, toute seule, tu peux toutes choses. Demeurant immuable en toi, tu renouvelles toutes choses. De grâce, renouvelle-moi et sanctifie-moi en toi, afin que tu puisses te rendre présente en mon âme. C’est toi qui fais les amis de Dieu. Je t’en prie, fais-moi acquérir l’amitié de Dieu.
Fais-moi dès le matin te rechercher avec empressement, afin que je te trouve en vérité. Toi-même viens au-devant de moi, afin que j’aie le vrai désir de’ te posséder.
Oh ! avec quelle prudence tu vas régler toutes choses, avec quelle providence tu disposes tout, toi qui, en vue de sauver les hommes, par un très sage conseil, as entrepris .de circonvenir le roi de gloire, lui insinuant une pensée de paix, prenant, sa royale majesté pour accomplir le dessein de ta charité, et lui as imposé une occasion d’amour, afin qu’il portât sur le bois le péché du peuple. Oui, oui, il est ainsi, ô admirable Sagesse de Dieu; toute la malice diabolique n’a pu empêcher tes oeuvres magnifiques; toute l’ignorance de la perversité humaine n’a pu empêcher ta résolution miséricordieuse; toute la multitude des crimes n’a pu prévaloir contre la grandeur de ta miséricorde, l’immensité de ton amour, la plénitude de ta bonté; et ton habileté suprême a prévalu, pour disposer tout avec suavité, et atteindre avec force d’une extrémité à l’autre.
O Sagesse, puissance surexcellente de la divine majesté, qu’il te plaise de déployer ton efficacité en moi bien qu’indigne. Qu’il te plaise, par un souffle de ta bouche, de chasser et anéantir en moi, pauvre petite, tout ce qui résiste à ta volonté, à ton bon plaisir, afin que par toi je vainque toutes les tentations, afin que par un grand amour mourant à moi je vive par toi, que par toi je surmonte tous les obstacles ; et que sous ta conduite, je me tire heureusement du naufrage de cette vie, recevant de toi l’habillement de la charité, le manteau de la dilection, et faisant avec toi l’alliance du vivant amour.
O Sagesse, quel jeu tu joues, et comment tu circonviens mon Jésus. Tu dépouilles le Roi de gloire, et tu fais de lui un spectacle d’ignominie. Tu cloues à la croix la rançon du monde entier. Toi seule tu pèses et discernes ce que vaut ce mystère pour payer la dette de toutes les prévarications. Tu élèves de la terre en la croix la vie de tous, afin que par sa mort il attire et vivifie toutes choses.
O Amour sage, quel doux remède tu prépares afin de parer à la perte universelle. Quel doux remède tu appliques pour guérir la blessure de tous. O Amour, ton conseil est le secours des perdus. Tu condamnes l’Innocent afin de sauver un malheureux coupable. Tu verses le sang du Juste, afin d’apaiser la Justice en courroux, et d’attirer la clémence du Père sur le pauvre et l’indigent. O amour sage, ta sentence est le soulagement des misérables. Tu plaides pour la paix, tu écoutes les réclamations de la miséricorde. Par un sage conseil, tu secours l’angoisse universelle, par la très bienveillante volonté de ta clémence. Tu mets fin au malheur de tous, par le glorieux travail de ta miséricorde. O Amour, ton invention est pour les perdus l’occasion du salut.
O Sagesse, maintenant donc est ouvert ton cellier rempli de compassion. De grâce, jette les yeux sur moi misérable, me tenant dehors, à la porte de ta charité. De grâce, remplis le manteau de ma pauvreté de la bénédiction de tes douceurs.
Devant toi est mon désir, pareil à un vase vide. De grâce, ouvre-moi la porte de ta plénitude. Enseigne à mon coeur tes chastes conseils, tes préceptes lumineux, tes témoignages fidèles. Fais que j’aie bon souvenir de tes commandements pour les accomplir. De grâce, ô mon Jésus, ne me traite pas selon mes péchés et ne me punis pas selon mes iniquités.
Et comme par ton sang tu m’as été propice, daigne par la vertu de ta sainte et précieuse croix me réparer tout ce que j’ai perdu de ma vie. De grâce, ô Amour sage, cache et efface tout mes péchés. Supplée toi-même à toutes mes négligences, par mon Jésus qui de son gré s’est abandonné à toi.
A None, entretiens-toi avec l’Amour et la Dilection, afin qu’elles te donnent leurs biens en échange de tes maux, et que tu enfermes ta mort dans la mort de l’Agneau, en sorte que sous une telle protection, tu passes ici en toute sécurité.
Dis le verset:
étant riche, tu t’es fait pauvre; Pour nous tu as été cloué à la croix; Par le sang et l’eau coulant de ton côté, Lave et purifie-nous de la vie du vieil homme.
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi quoique indigne ce que je souhaite, d’être à ma mort, sans obstacle, rassasiée de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
O belle Dilection de Dieu! O flamme d’amour plus forte que la mort ! Tu es la réparation de la créature, le salut ,et la rédemption du monde entier. Combien douce est ta parole, combien belle est ta conversation. Ta société n’est point ennuyeuse, ta compagnie est la vraie joie qui n’a point de fin. Entre donc en ma pauvre demeure, et repose avec moi. Fais-moi entendre tes discours pleins du Saint-Esprit, afin qu’avec toi j’oublie toutes mes angoisses et, tribulations. En cette voie où je marche, sois avec moi, car tous les biens me viennent en même temps que toi.
O Dilection si digne d’honneur, me voici pauvre petite femme, renversée par mes négligences comme, par un vent très violent, épouvantée de mes péchés qui sont pour ma conscience comme un tonnerre; je me réfugie sous le toit de ta miséricorde, car je vois que je n’ai plus d’espoir sinon en toi, et nulle part hors de toi je ne trouve de repos. Comme une mère, tu me réchauffes dans ton sein, moi petite perdue. Par un conseil très habile et très prévoyant, tu te joues du Fils du Très-Haut, et tu ne le ménages pas, au point de le faire mourir, afin de sauver un misérable désespéré.
O charité, ô dilection, tu as fait dans le fils de la Vierge, et pour les pécheurs, une chose telle, qu’en toi tu as donné espérance à tous les désespérés. Par ta bonté tu contrains tous les hommes à agir avec confiance avec toi; et afin qu’aucun misérable ne puisse se plaindre de toi, tu prends la cause de tous et la mets en état de salut. O charité, à moi pauvrette, à moi délaissée, prépare en toi une chambre de conseil, un nid de refuge, où je puisse reposer mon esprit fatigué. Porte avec moi le litige de mon exil. Soutiens mon esprit pusillanime. Console les angoisses de mon coeur, et dis-moi: Je ne t’oublierai pas. De grâce, ô charité, vérifie en ceci ta parole. Tu as des réunions, daigne m’y appeler ; des fêtes, mon âme les désire vivement; une sorte de marché pieux, je voudrais en être, afin de recevoir tes biens en échange de mes maux. C’est toi qui as tenu mon Jésus, mon doux salut, si fortement attaché à la croix, que défaillant sous ta main, il est mort d’amour.
O charité, que fais-tu? A qui t’en prends-tu? Tu n’as pas de repos, tu n’épargnes rien pour sauver les misérables. Tu ne donnes à l’Amour aucune mesure. Voilà la fontaine de vie, tu lui fais souffrir une telle soif, qu’il ne lui suffit pas de mourir une fois, mais en mourant il se livre encore à l’Amour, au point qu’il a soif et qu’il souhaite de mourir encore pour chacun de nous, pour racheter ses pauvres perdus à un plus cher prix. O Amour, tu as eu cette adresse de toucher si habilement le nerf du coeur de mon Jésus, que touché par l’amour, il s’est desséché. O Amour, que cela te suffise, garde donc quelque mesure, maintenant que mon Jésus est mort, là sous tes yeux, cloué à la croix. Il est mort, oui bien mort, afin que j’ai la vie plus abondamment; il est mort, afin que le Père m’adoptât pour sa fille plus amoureusement; il est mort afin que je vécusse plus heureusement.
O mort très chère, sois mon très heureux partage.
De grâce, ô mort, que mon âme trouve en toi son nid.
O mort qui produis les fruits de la vie éternelle; de grâce que je sois toute engloutie dans les flots de vie qui coulent de toi. O mort qui es vie sans fin, de grâce, que sous tes ailes j’espère. O mort salutaire, que mon âme demeure en tes biens magnifiques. O mort très précieuse, tu es le plus cher de tous mes biens.
De grâce, absorbe en toi toute ma vie, et que ma mort soit toute noyée en toi.
O mort très efficace, que sous ta garde ma mort soit sûre et tranquille. O mort vivifiante, que je me fonde sous tes ailes. O mort d’où coule la vie, de grâce qu’une douce étincelle de vie, venant de toi, brûle en moi à tout jamais. O mort glorieuse! ô mort fructueuse! O mort qui renfermes tout mon salut, douce alliance de ma rédemption, pacte très ferme de ma réconciliation. O mort triomphante, douce et vivifiante, en toi brille pour moi une charité telle, qu’il n’y en a ni au ciel ni en terre qui lui soit pareille. O mort si cordialement chère, tu es la confiance de mon coeur. O mort très aimante, en toi se trouvent pour moi tous les biens; de grâce, prends tendrement soin de moi, afin qu’en mourant doucement je me repose sous ton ombre. O mort très miséricordieuse, tu es ma vie très heureuse., Tu es mon partage excellent. Tu es ma rédemption très abondante. Tu es mon héritage très magnifique. Enveloppe-moi tout entière en toi, en toi cache ma vie, en toi prends ma mort.
O mort source de douceur, toi-même pourvois à ma mort;
lors des angoisses de la mort, environne-moi tout entière. Que par toi j’aie une fin heureuse, et que les larrons ne viennent pas inquiéter mon départ. Reçois mon esprit, dans le sein de ta très chère rédemption. Prends mon âme dans le lit de ta très abondante charité, absorbe en toi ma vie, plonge-moi tout entière en toi. O chère mort, prépare-moi en toi mon repos. Fais-moi heureusement expirer et suavement m’endormir en toi. O mort très cordialement aimée, garde-moi alors en toi pour toujours, en ta charité maternelle, en acquisition et possession à jamais durable.
O Amour, c’est toi qui m’as acquis cette mort très salutaire, ce partage très cher. Tu as pour moi fait tant et de telles choses, que tu m’as obligée à te servir à perpétuité.
Que te rendrai-je pour de tels bienfaits qui sont infinis? Quelles louanges et actions de grâces pourrai-je t’offrir, quand même je m’y dépenserais mille fois. O ma si copieuse rédemption, que suis-je à côté de toi, moi pauvre petite femme? Je t’offrirai donc toute mon âme que tu as rachetée, je t’apporterai tout l’amour de mon coeur. Transporte en toi toute ma vie; fais-moi passer en toi tout entière, et me renfermant en toi, fais-moi une même chose avec toi.
O Amour, l’ardeur. de ta flamme divine m’a ouvert le coeur très doux de mon Jésus. O coeur source de douceur ! O coeur regorgeant de miséricorde ! O coeur surabondant de charité ! O coeur distillant de suavité ! O coeur plein de tendresse. Oui fais-moi mourir d’amour et de dilection pour toi. O très cher coeur, je t’en prie, absorbe en toi tout mon coeur. O très chère perle de mon coeur, invite-moi à ton festin vivifiant. Verse-moi, à moi indigne, le vin de ta consolation, afin que mes ruines spirituelles soient comblées par ta divine charité, et que la surabondance de ta charité supplée à l’indigence et à la pauvreté de mon âme.
O Amour, qu’il te plaise donc d’offrir maintenant ce coeur, ce très doux parfum, ce très suave encens, ce très digne sacrifice, de l’offrir pour moi, devant l’autel d’or de la réconciliation des hommes, en réparation de tous les jours où j’ai vécu, sans te rapporter quelque fruit. O Amour, plonge mon esprit dans le courant de ce coeur plus doux que le miel, ensevelissant en l’abîme de la divine miséricorde toute la masse de mes iniquités et négligences. En Jésus rends-moi moh esprit très lucide, mes affections très pures, afin que par toi je possède un coeur libre de tout amour charnel, un coeur dégagé, élevé, et qu’à l’heure de ma mort, sous ta conduite, je le remette pur entre les mains de Dieu.
O coeur aimé par-dessus tout, c’est vers toi que mon coeur crie maintenant. Souviens-toi de moi; que la douceur de ta charité vienne réconforter mon coeur, je t’en supplie. De grâce, que la moelle de ta tendresse s’émeuve sur moi, car hélas! j’ai bien des démérites; mais de vrais mérites, je n’ai rien. Mon Jésus, que le mérite de ta mort, qui lui seul a eu assez d’efficace pour payer la dette de tous, me remettre toutes mes fautes, me rendre tous les biens que j’ai perdus, me convertissant si efficacement à toi, que par la violence du divin amour, totalement changée de ce que j’étais, je trouve à tes yeux cette grâce, j’obtienne cette miséricorde, que tu m’as méritée quand par l’amour de mon amour, tu as défailli mourant sur la croix. Donne-moi encore, ô cher Jésus, de t’aimer toi seul en tout et par-dessus tout, de m’attacher à toi avec ferveur, d’espérer et de surespérer en toi.
Donne-moi de plus de répondre dignement à la mort, afin qu’à l’heure de ma mort, sans aucun retardement, je mérite de goûter le très doux fruit de ma rédemption, et le mérite souverainement digne de ta mort, avec une aussi grande efficace, que tu l’as désiré pour moi, quand ayant soif de mon salut, tu as rendu l’esprit, et m’as rachetée au prix si élevé de ton sang. O Amour, à ma mort, dis-moi un doux au revoir, afin que doucement je me repose en paix en toi. Amen.
A Vêpres, va avec l’Amour et la Bonté apaiser Dieu, afin qu’au terme de ta vie elles répondent en ta place au Seigneur pour toutes tes dettes et imperfections.
Dis ce verset:
Heureuse la Charité qui a, soif De toi, fontaine de vie, ô Vérité ! Oui, bienheureux un peuple Dont les yeux sont fixés en toi,
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi bien qu’indigne, d’être à l’heure de ma mort, sans obstacles, rassasiée de la vue de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
O douce Bonté de Dieu ! O chère libéralité de Dieu ! Tu ouvres ton sein à tous, tu es le refuge des pauvres. O Bonté, quel conseil me donnes-tu? J’ai grand froid, je ne puis plus supporter l’âpreté de l’hiver, où fuir? La tiédeur de mon esprit a été portée ,au point de glacer mon coeur tout entier. Mets-moi à l’ombre de tes épaules; cache ma honte et ma nudité, afin que sous tes ailes je me réchauffe, et recouvre à toujours l’espérance.
O Bonté, ô Bonté, je suis dans l’angoisse, m’abandonne pas. Ne détourne pas ta face de mes sanglots et de mes cris. Que ta charité te force à m’écouter patiemment. Ouvre-moi ton sein, que je me repose un peu, et devant toi je répandrai mon esprit, étant bien assurée sur toi-même et la compassion qui t’est propre, que tu ne méprises jamais un désolé, que tu ne dédaignes point celui qui souffre. Oh! que toutes tes manières de faire sont avenantes aux misérables ; oh ! combien agréables aux défaillants les odeurs de tes parfums!
Tu relèves ceux qui sont brisés, tu délies ceux qui sont enchaînés; tu compatis à tous ceux qui souffrent, tu regardes avec des tendresses mère les besoins de tous. Pieusement tu prends soin des désespérés. Avec grande clémence subviens à l’indigence de tous. De grâce, prête l’oreille à ma demande, à moi pauvre indigente, afin que pour mon âme tu m’accordes un de tes rares entretiens, et que je reçoive de toi tes chers conseils.
Voici: je redoute grandement les péchés que j’ai commis ; j’ai honte de toutes mes omissions, je redoute à l’excès ce que j’ai perdu de ma vie. Je crains l’examen qui se fera alors que « l’homme, noble, » Jésus-Christ, entrera en compte avec moi. S’il veut me redemander le dépôt de mon temps et le profit du talent de l’intelligence qu’il m’a donné, assurément je ne pourrai lui répondre rien qui satisfasse sa charité.
Que ferai-je? Où me tourner? Fuir la terre, je ne le peux; mendier, je ne l’ose. O Bonté, ô Bonté, ouvre la bouche maintenant, et que ton doux conseil, e t’en supplie, vienne rendre la vie à mon esprit. Réponds-moi, de grâce, dis-moi ce que tu penses que je doive faire; car ton nom même le dit, tu as de vrai un bon coeur, et tu sais très bien ce qui m’est le plus expédient. De grâce, pardonne-moi, viens à mon secours, et ne sois point insensible à la tribulation que je souffre. Que la pauvreté de mon esprit t’émeuve, et que touchée à l’endroit le plus sensible du coeur, tu me dises: A nous deux, faisons bourse commune !
O Bonté, ô Bonté, tu as chez toi un dépôt de telles et de si grandes richesses, que le ciel et la terre ne sauraient les contenir. Tu as contraint mon Jésus à donner sa vie pour nia vie, son âme pour mon âme; pour faire miens tous ses biens, et pour de ton abondance enrichir les pauvres. De grâce, appelle à ta table mon âme affamée, afin que je puise la vie dans tes richesses, et que par toi élevée et nourrie sous la discipline du Seigneur, je ne défaille point, jusqu’à ce que conduite par toi je revienne à mon Dieu, et je rende mon esprit â celui qui me l’a donné.
O Bonté, ô tendresse, ô douce libéralité de Dieu! tu as dans ta chambre secrète, un certain don admirable, qui met le ciel en stupeur et la terre en admiration, lequel depuis le commencement des siècles jusqu’à la fin n’a jamais eu, et jamais n’aura son pareil. En effet, tous les jours, à l’autel, tu offres pour moi à Dieu le Père un tel sacrifice, un tel holocauste, un tel encens. Oui surpasse tout mérite, et qui vraiment peut rien payer mes dettes. Tu offres au Père son Fils qui est vraiment l’objet de ses complaisances, afin de l’apaiser envers moi et de me réconcilier à lui.
Donc, par ce sacrement qui peut sans peine suppléer à toutes mes imperfections, et réparer tous mes défauts, renouvelle ma vie, rends-moi au centuple tout ce que j’ai perdu, afin que mon âme en toi se réjouisse, afin que par toi ma jeunesse soit renouvelée comme celle de l’aigle, que ma vie se convertisse à toi, que toute ma puissance entre à ton service, que toute ma substance te glorifie. Mon Jésus, par ta bonté efface toutes mes iniquités, par ta charité couvre et fais disparaître tous mes péchés, par ta dilection supplée à toutes mes négligences, par ton amour rétablis-moi en cette liberté d’esprit, liberté que tu m’as acquise, toi l’Innocence même, en mourant pour moi et la payant de ton sang. Fais-moi conforme à ta volonté, afin que je transforme ma vie en toi. Fais-moi tout entière telle que tu veux que je sois, afin qu’après cette vie, sortant du .nuage de mon corps, je voie dans la jubilation ta face plus douce que le miel.
A Complies, tu converseras avec l’Amour et la Persévérance, afin que ta pauvre vie étant échangée avec la très digne vie du Seigneur Jésus, par lui tu te trouves à l’heure de la mort, pleinement consommée en la Sainteté et la perfection de l’état religieux.
C’est à toi une grande gloire, Que le souvenir de ta louange, Laquelle célèbrent sans fin Ceux qui élèvent leur coeur en haut.
Que ta bonté te contraigne à vaincre nos maux en nous pardonnant; accorde-moi bien qu’indigne d’être à l’heure de ma mort, sans obstacle, rassasiée de la vue de ton très doux visage, afin que je trouve en toi le repos éternel.
O charité persévérante du Seigneur Jésus, qui nous a aimés jusqu’à la mort, seule tu portes le diadème de la royauté. A toi est dû le titre de gloire, le triomphe de la victoire. Par tes soins prévoyants, sous ta garde diligente, arrivent au Roi des rois des présents tels que le ciel en est dans l’étonnement.
O charité persévérante, vraiment ta voix est douce et retentissante, ta face est suave et gracieuse. Tu sais même dans le désert recueillir des dons si rares, des vertus si. variées, des parfums si doux, que le Dieu du ciel d’un regard joyeux révère ta face, louant et désirant ta beauté, ta splendeur. Par-dessus tout Dieu te favorise de sa complaisance, il est immuable au milieu de toi, reposant là comme un époux en sa chambre nuptiale. De grâce, ô vrai midi, aide-moi dès le matin, préservant mon âme de tout crépuscule, de tout aveuglement.
O charité persévérante, tu es la perfection de toutes les vertus, la santé de l’esprit. Tu rends légers les fardeaux pesants; tu sais par ton accoutumance, ton b?n usage, rendre doux et agréables les travaux de toutes les vertus. O parfaite charité de Dieu, en toi est toute douceur et suavité. Tu es la vraie paix, la sécurité. En toi il y a paix et tranquillité imperturbable. Tu es le commencement et la perfection de tous les biens, tu es l’accomplissement des commandements de Dieu. Tu es le sabbat des sabbats. En toi la sagesse trouve son repos, en toi l’amour parfait son oeuvre.
O charité persévérante, c’est toi qui en mon Jésus as accompli l’oeuvre voulue par sa bonté. C’est toi qui as accompli l’oeuvre de notre rédemption, faisant rentrer les perdus en l’état d’adoption. C’est toi qui as suavement fait s’endormir en paix mon Jésus; c’est en toi qu’il s’est reposé de ses labeurs, sous ton ombre qu’il a dormi, en toi qu’il a gardé doucement le repos du sabbat, sous ton sceau qu’enfermé et enseveli il a dormi du sommeil d’amour. O charité, sous ta garde, sous ta diligence, ta vigilance, tu gardes le cher prix de mon âme, prisé plus que l’or et la topaze, lequel seul peut suppléer à tous mes défauts et réparer toutes mes imperfections. De grâce, là où tu gardes en réserve mon très cher trésor, place et réserve aussi mon coeur, afin que par toi mon esprit tout entier demeure là où habite mon cher, mon très cher bien.
O charité qui es vie, ô persévérance si forte du Seigneur Jésus, vers toi du fond de mon coeur s’élève le cri de mon esprit. De grâce, sois mon ambassadeur, parle pour moi, et si bien, que mon Jésus, mon Roi et mon Dieu, qui avec toi a accompli l’oeuvre que le Père lui avait mise en main pour l’accomplir, que mon Jésus me donne aussi par toi un coeur pur, à moi pauvre petit vermisseau, qu’il me donne un esprit invincible pour le servir avec un zèle fidèle et diligent, qu’il me donne de porter constamment ses commandements, d’une épaule toute de bonne volonté, sous le joug de l’amour, afin que toi, ô amour efficace, en ma vie et en ma mort, tu sois le prix de mon rachat au centuple, et que je te reçoive toi-même pour ma couronne, car ma joie tout entière est en toi.
Fais-moi par une contrition aimante et une humble pénitence ronger mes péchés, et toute l’imperfection et les défauts de mes oeuvres, les ronger pareille à un petit chien’6, afin qu’après cette vie, je reçoive cette miette très douce, je veux dire la très douce jouissance de la face d’où coule le miel de Jésus, afin que par toi je sois rassasiée dans la joie éternelle, alors que m’apparaîtra la gloire de mon Jésus.
O amour solide, fort et insurmontable, que ton habileté m’enseigne à aimer Jésus avec une invincible constance, et à le servir avec une persévérance victorieuse; afin que par ton excitation, ton impulsion, je sois toujours prête quand le Seigneur viendra, à la première ou à la seconde veille, et que je ne sois ni engourdie ni endormie quand ~se fera le cri au milieu de la nuit, mais que sous tes ordres et ta conduite, je sois digne d’entrer aux noces avec l’Agneau.
Qu’il en soit ainsi, et que par tes soins ma lampe se trouve alors remplie de l’huile de la charité, ardente du feu de la dilection, éclairée de la brillante lumière des oeuvres d’une foi vive, afin que par toi je possède les délices de la vie éternelle.
Mon très doux Jésus, Epoux très aimé, fais maintenant revivre en toi mon esprit, et par ta mort rends-moi une vie qui soit pour toi seul. Donne-moi de me conduire d’une manière digne de ton sang précieux. Donne-moi un esprit qui te savoure, une pensée qui te pense, une âme qui comprenne ta volonté, une vertu qui accomplisse ton bon plaisir, une fermeté qui persévère avec toi. De grâce, et à l’heure de ma mort ouvre-moi sans retard la porte de ton très doux coeur; afin que par toi sans aucun empêchement je mérite d’entrer en la chambre nuptiale de ton vivant amour, là où je t’aurai, où je jouirai de toi, ô la vraie joie de mon coeur. Amen.
Le jour où tu célèbres cette réparation, sur le midi, tu prieras le Seigneur de t’introduire dans le jardin de son divin coeur, pour y être lavée sept fois dans le Jourdain des mérites de sa vie et de sa passion, afin que purifiée de tout péché, au jour de ta mort, tu sois toute belle introduite en la. chambre nuptiale de son divin amour.
O Jésus, mon vivant salut, toi qui es du pays des anges, si éclatant de beauté, hélas, hélas ! mon âme, ta créature bien-aimée, est dans les ténèbres de l’aveuglement.
Sois donc mon salut et ma parfaite lumière. Mon bien-aimé, par les pures larmes de tes yeux très brillants, lave toutes les taches des péchés de mes yeux, afin qu’au terme de ma vie, sans empêchement, des yeux purs de mon coeur, dans le miroir de la Sainte Trinité, je voie ton très doux visage, car tu es seul l’objet de tous les désirs de mon coeur. De grâce, plonge-moi vite dans l’abîmé de la divine jouissance.
O Jésus, mon aimable espérance, Epoux fidèle et plein de miséricorde, qui ne méprise jamais les soupirs des malheureux, hélas, hélas! par ma faute mon oreille est devenue sourde. O Père des miséricordes, de grâce, que d’une oreille docile, je t’obéisse en toute ma vie. Mon bien-aimé, par la douce bonté de tes bénites oreilles, efface les péchés de mes oreilles, afin qu’à ma mort je n’aie point la crainte de la rude parole; mais qu’à ton très doux appel, mes oreilles reçoivent la joie et l’allégresse, parce que seul tu es toute mon attente. De grâce, emmène-moi vite à tes noces.
O éternelle douceur de mon âme, ô unique bien-aimé de mon coeur, toi dont le visage est tout amabilité et le coeur tout suavité, hélas, hélas! ma pensée s’en va courir hors de toi. De grâce, ô Dieu de mon coeur, recueille en toi mon esprit dissipé. Mon bien-aimé, par la pure intention de tes très saintes pensées, par l’amour ardent de ton coeur percé, lave toutes les fautes de mes méchantes pensées, et de mon coeur coupable, afin que ta passion très amère me tienne sous son ombre à ma mort, et que ton Coeur ouvert d’amour soit ma demeure pour toujours, parce que seul tu es ‘mon bien-aimé par-dessus toutes les créatures. De grâce, ne souffre pas que je m’éloigne longtemps de toi, ô l’unique bien-aimé de mon coeur.
O Jésus, fils unique du Père céleste, doux et miséricordieux Seigneur, qui jamais ne laisses en la désolation ceux que tu as adoptés pour enfants, hélas, hélas! j’ai beaucoup péché par ma langue. O toi qui es ma gloire, remplis ma bouche de ta louange. Mon bien-aimé, par la vivante puissance des douces paroles de ta bénite bouche, efface toutes les offenses de ma bouche souillée, afin que dans le baiser de ta paix plus douce que le miel, joyeuse je parte de ce monde, car ta bouche si douce seule peut consoler l’intime de mon coeur. De grâce, ô bel Amour, lance à mon coeur un trait de ta vivante. dilection, afin que mourante je tombe en l’abîme de la source de vie qui est toi-même.
O Jésus, très sage ouvrier, très excellent travailleur, qui as si bien réparé l’ouvrage de tes mains que j’ai brisé, hélas! toutes mes oeuvres sont imparfaites, et non selon ta loi. De grâce, ô mon refuge et ma force, que toutes mes oeuvres soient sanctifiées en toi par la coopération de ton vivant amour. Mon bien-aimé, par tes oeuvres si parfaites, par tes mains clouées à la croix, efface toutes les offenses de mes mains impies, afin que sans empêchement, sans retard, à ma mort je me jette en tes doux embrassements, parce que tu es mon légitime époux, choisi entre mille. De grâce, à cette heure dernière, non pour mes mérites, mais par ta propre bonté, reconnais-moi comme tienne.
O Jésus, jeune, aimable, amiable et désirable, toi dont la société est si noble et si souhaitable, hélas, hélas ! j’ ai quitté, le droit chemin, et je n’ai pas gardé tes commandements. De grâce, ô mon cher guide, dirige mes pas dans ta volonté. Mon bien-aimé, par la douloureuse fatigue de tes bénits pieds, et par les divines plaies qui les ont percés, lave toutes les fautes de mes pieds pécheurs, afin que par toi, ô fidèle défenseur de mon voyage, j’arrive pleine de joie jusqu’à ce tabernacle admirable de la maison de Dieu, car tu es l’unique couronne après laquelle je cours. De grâce, donne-moi un amour actif, qui ne me laisse pas agir avec tiédeur et négligence, mais qui me fasse infatigablement courir après toi.
O Jésus, grand Dieu, doux et compatissant,. qui ne sais donner que des choses grandes ! ô Dieu vivant, dont l’influence pleine d’ardeur ramène en ton sein tout ce qui jamais est sorti de toi, hélas, hélas ! ma vie tout entière est perdue, desséchée, anéantie. De grâce, ô Dieu de ma vie, que ma vie en toi reverdisse, refleurisse et prenne la force de porter de dignes fruits. Mon bien-aimé, par la noble innocence de ta vie, par sa pureté et sa sainteté, efface toutes les taches de ma vie perdue, afin que ma vie ne soit plus désormais avec moi, mais que par la force brûlante de ton amour, elle soit tout entière emportée en toi, et qu’à l’heure de ma mort je me trouve heureusement en toi, ô ma vraie vie! car tu es mon souverain et très aimé bien, l’unique refuge de mon âme. De grâce, donne-moi de languir d’amour après toi, de mourir de désir, de te louer avec jubilation, et de brider éternellement du feu de ta charité. Amen.
Le soir, comme pour cueillir des fleurs avec le Bien-aimé, tu prieras pour lui demander sa bénédiction et les vertus comme ci-dessous :
Bien-aimé Jésus, que ton âme aujourd’hui me bénisse. Me bénisse ta suprême divinité. Me bénisse ta fructueuse humanité, avec telle efficace, que ta royale munificence me laisse des signes si évidents de ta bénédiction, que devenue tout autre que j’étais je m’attache à toi inséparablement par un amour invincible. Fais-moi parfaite en amour. Fais-moi agréable à toi en l’esprit d’humilité, en la fraternelle charité, en la chaste simplicité, en l’humble modestie, en la pureté du. coeur, en la garde des sens, en la sainteté de la vie, en la prompte obéissance, ,en la douce patience, en la science spirituelle, en la pauvreté volontaire, en la sainte douceur, en la gravité de la conduite, en la joie de l’esprit, en toute vérité, en la bonne conscience, en la constance de la foi, en la sainte persévérance, en la force de l’espérance, en la plénitude de la charité, et en la bienheureuse perfection de ta dilection; afin que mon coeur vrai buisson d’épines se convertisse en un paradis et un buisson de toutes vertus et perfection, et devienne comme un champ, tout plein de paix, de sainteté et de piété, comme un champ que le Seigneur a béni.
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