L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 38)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

redemptio, Verbum Dei tempora nesciens per misericordiam factum sub tempore.

Vitis divina incorruptam maturitate nigrescere faciens uvam, appropinquat ; paritura venit lastitiœ vinum scaturiens et nos bibere faciens ipsi canentes : Deus noster, benedictus es !

Myrotheca divina, intus myrum ferens graditur, ut in spelunca Bethlehem effundat illud a quo mystico replentur odore canentes : Deus Patrum, benedictus es !

Forceps quam olim vidit Isaias Propheta, di vinum carbonem Christum in utero geris omnem materiam peccati comburentem, fideliumque animas illuminantem.

Finem habuerunt Prophetarum prasconia ; quem enim praenuntiarunt in temporis plenitudine venturum, adest, apparet, casta ex Virgule corporatus ; illum puris mentibus excipiamus.

JUCUNDatur, Domine, et tripudiat terra ; quia Verbum caro factum habitat in sacrae Virginis merabra. In cujus adventu omnis de captivitate redimitur terra ; quse detineDatur per transgressionem Adae in obscurata gehenna. Nunc moveatur mare, et omnia quae in eo sunt : montes exsultent et omnia ligna silvarum ; quia Deushomo dignatur. per uterum beata? Virginis Mariae. de cœlo in mundum venire. Per ipsius igitur adventum te deprecamur. omnipotens Deus, ut nostrœ carnis fragilitatem a vinculis peccatorum absolvas, et praesenti familiae tua* misericordia plenus occurras.

Seigneur, la terre est dans la joie, et tressaille de plaisir; car le Verbe fait chair habite dans le sein de la Vierge sacrée. A son avènement, la terre entière est affranchie de la captivité, après avoir été si longtemps captive dans une noire prison, par suite de la transgression d'Adam. Que maintenant la mer s'ébranle et tous les êtres qu'elle renferme ; que les montagnes bondissent; que les arbres des forêts soient dans la jubilation ; car Dieu, se faisant homme, daigne venir du ciel en ce monde, en passant parle sein de la bienheureuse Vierge Marie. Nous vous supplions donc, ô Dieu tout-puissant ! d'affranchir des liens du péché la fragilité de notre chair et de recevoir avec miséricorde votre famille ici présente qui vient à vous.

Prophétie contre l'Egypte. Voici que le Seigneur montera sur un nuage léger, et il entrera dans l'Egypte, et devant sa face les idoles de l'Egypte seront ébranlées, et le cœur de l'Egypte se desséchera au milieu d'elle ; et je ferai que les Egyptiens s'élèveront con're les Egyptiens, et le frère combattra contre le frère, l'ami contre l'ami, la cité contre la cité, le royaume contre le royaume.

Onus iEgypti. Ecce Dominus ascendet super nubem levem : et ingredietur iEgyptum : etcommovebuntur simulacra jEgyptia facieejus, et cor JEgypti tabescet in medio ejus : et concurrere faciam ^Egyptios adversus iEgyptios, et pugnabitvir contra fratrem suum, et vir contra amicum suum, civitas adversus civitatem, regnum adversus regnum.

Cette Egypte que le Seigneur vient visiter, dont il va renverser les idoles et bouleverser l'empire, est la Cité de Satan qui doit crouler et faire place à la Cité de Dieu. Admirons l'entrée pacifique du triomphateur ; c'est sur un nuage, et sur un nuage léger, qu'il monte en guise de char. Que de mystères en peu de mots ! « Il y a trois nuages, dit Pierre de « Blois dans son n* Sermon de l'A vent : l'obs« curité des Prophéties, la profondeur des « divins Conseils, la merveilleuse fécondité « de la Vierge ». En effet, il est de l'essence

de toute Prophétie d'être enveloppée d'une certaine obscurité, afin que la liberté des hommes demeure intacte ; mais le Seigneur arrive sous le nuage, et le jour de l'accomplissement révèle touteschoses. Ainsi en fut-il du premier Avènement ; ainsi en sera-t-il du second. Les desseins de Dieu ne se rendant visibles pour l'ordinaire que dans les causes secondes, il arrive presque toujours, et il arriva en particulier dans le grand événement de l'Incarnation, que l'extrême simplicité des moyens employés par la Sagesse divine trompa la prévoyance des hommes. Ils auraient cru volontiers que, pour rétablir le monde tombé, il serait besoin d'un déploiement de puissance égal au moins à celui de la première création ; et on leur dit simplement : Vous trouvère^ un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. O toutepuissance de Dieu, que vous reluisez admirablement à travers ce nuage ! que vous êtes forte dans cette apparente^ faiblesse !

Mais le troisième nuage est la Vierge Marie ; nuage léger ; « car, dit saint Jérôme, « ni la concupiscence, ni le fardeau du « mariage terrestre, ne l'appesantissent » ; nuage fécond en rosée rafraîchissante, puisqu'il contient le Juste qui doit pleuvoir sur nous pour éteindre nos ardeurs sensuelles et fertiliser le champ de notre vie. Qu'il est doux l'éclat de la majesté de notre divin Roi, quand nous le contemplons à travers le nuage de Marie ! O Vierge incomparable ! toute l'Eglise nous reconnaît dans ce nuage mystérieux que, des sommets du Carmel, le prophète Elie aperçut s'élevant de la mer,

petit d'abord comme le pas d'un homme, maisbientôt montantàl'horizon, et envoyant sur la terre une pluie si abondante, qu'elle suffit à désaltérer tout Israël. Donnez-nous bientôt cette rosée divine qui est en vous; nos péchés ont rendu le ciel d'airain sur notre tète ; vous seule êtes juste et pure, ô Marie ! Priez le Seigneur, dont vous êtes le Trône miséricordieux, de venir bientôt terrasser nos ennemis et nous apporter la paix.

LE tout-puissant Roi de toutes choses venant sauver le monde, a pris un corps formé à notre ressemblance.

Celui qui règne avec le Très-Haut entre au sein d'une Vierge, pour naître dans la chair et briser les liens de la mort.

Les nations étaient dans les ténèbres ; elles verront l'éclat de la lumière, quand le Sauver sera venu racheter ceux qu'il a créés.

Celui que les Prophètes ont chanté dans leurs oracles sur l'avenir, le voici qui vient entouré de gloire : c'est pour guérir nos plaies.

Cunctorum rex omnipotens, Mundum salvare veniens, Formam assumpsit corporis Nostrœ similitudinis.

Virginis intrat uterum. Nasciturus in corpore, Mortis vincla disrumpere.

Quem olim vatum praescia Cecinerunt oracula, Nunc veniet in gloria, Nostra ut curet vulnera.

Réjouissons-nous maintenant dans le Seigneur, réjouissons-nous ensemble dans le Fils de Dieu, nous préparant à le recevoir dans la gloire de son Avènement. Amen.

VERE dignum et juctum est, aequum et salutare : nos tibi, Domine Deus omnipotens, gratias agere : et cura tuae învocalione virtutis, beatae Mariae Virginis festa celebrare : de cujus ventre fructus effloruit, qui Panis Angelici munere nos replevit. Quod Eva voravit in crimine, Maria restiruit in salute. Distat opus serpentis et Virginis. Inde fusa sunt venena discriminis ; hinc egressa mysteria Salvatoris. Inde se praîbuit tentantis iniquitas ; hinc Redemptoris est opitulata majestas. Inde partus occubuit ; hinc Conditor resurrexit, a quo humana natura, non jam captiva, sed libéra restituitur. Quod Adam jerdidit in parente , Ihristo recepit auctore.

C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire de vous rendre grâces, . Seigneur Dieu tout-puissant, et de joindre à l'invocation de votre force la mémoire solennelle de la bienheureuse Vierge Marie ; c'est elle dont les entrailles ont produit ce Fruit qui a daigné nous rassasier du Pain des Anges, Eve avait dévoré un fruit dans sa désobéissance : Marie nous a rendu un Fruit de salut. Bien différente est l'œuvre du serpent de celle de la Vierge. L'un a versé les poisons qui nous ont mis en péril ; de l'autre sont sortis les mystères du Sauveur. D'un côté a paru l'iniquité du tentateur ; de l'autre, la Majesté du Rédempteur est venue au secours. Rédempteur, il est né, et il a connu la mort ; Créateur, il est resperdidit in parente, suscité ; et par lui l'humaine Christo recepit auctore. nature a vu cesser son esclavage et a recouvré sa liberté, retrouvant dans le Christ, son créateur, ce ou'elle avait perdu en Adam, son premier père.

VOICI que le Seigneur rendra déserte la terre: il la dépouillera, il en désolera la face, et il en dispersera les habitants. Et alors le prêtre sera comme le peuple ; le seigneur comme l'esclave ; la maîtresse comme la servante : celui qui vend comme celui qui achète; celui qui prête comme celui qui emprunte ; celui qui redemande ce qu'il a prête comme le débiteur. La terre sera bouleversée et livrée au pillage ; car c'est le Seigneur qui a parlé. La terre a pleuré, elle s'est fondue, elle est tombée en défaillance. L'univers s'est dissous ; la grandeur des peuples est tombée en décadence. Et la terre a été infectée par ses habitants : car ils ont transgressé le= lois , changé le droit, rompu l'alliance éternelle. A cause de cela , la malédiction dévorera la terre; ceux qui l'habitent s'abandonneront au péché ; ceux

ECCE Dominus dissipabit terram, et nudabit eam : et affliget faciem ejus, et disperget habitatores ejus. Et erit sicut populus, sic sacerdos, et sicut servus, sic dominus ejus; sicut ancilla. sic domina ejus ; sicut emens, sic ille qui vendit; sicut fœnerator, sic is qui mutuum accipit : sicut qui repetit, sic qui débet. Dissipatione dissipabitur terra et direptionepraedabitur •' Dominus enim locutus est verbum hoc. Luxit , et defluxit terra . et infirmata est altitudo populi terras. Et terra infecta est ab habitatoribus suis : quia transgressi sunt leges, mutaverunt jus, dissipaverunt fœdus sempiternum. Propter hoc maledictio vorabit terram, et peccabunt habitatores ejus , ideoque insanient

cultores ejus ; et relinquentur homines pauci. Luxit vindemia , infirmata est vitis. ingemuerunt omnes qui laetabantur corde. Cessavit gaudium tympanorum, quievit sonitus laetantium , conticuit dulcedo citharae. Cum cantico non bibent vinum : ar^ara erit potio bibentibus illam. Attrita est civitas vanitatis : clausa est omnis domus, nullo introeunte. Clamor erit super vino in plateis: déserta est omnis laetitia, translatum est gaudium terrae. Relicta est in urbe solitudo, et calamitas opprimet portas. Quia nsec erunt in medio terrae, in medio populorum ; quomodo si paucœ oliva? quœ remanserunt , excutiantur ex olea : et racemi, cum fuerit finita vindemia. Hi levabunt vocem suam, atque laudabunf, cum glorificatus fuerit Dominus , hinnient de mari. Propter hoc in doctrinis glorificate Dominum, in insulis maris nomen Domini Dei Israël. A finibus terrae laudes audivimus, gloriam justi.

qui la cultivent seront insensés ; et il n'y demeurera qu'un petit nombre d'hommes. Le vin a pleuré, la vigne a langui ; ils ont gémi, tous ceux qui avaient la joie dans le cœur. L'allégresse des tambours a cessé, le bruit des réjouissances s'est reposé , la douceur de la harpe s'est tue. Ils ne boivent plus de vin en chantant: amer sera le breuvage à ceux qui le boivent: la cité du faste a été brisée: toutes ses maisons sont fermées : et personne n'y entre plus. Il y aura un cri dans les rues, parce qu'il n'y a plus de vin ; tout divertissement est abandonné ; la joie est bannie de la terre. La solitude est dans la ville, et la calamité en a brisé les portes. Et voilà ce qui restera au milieu de la terre, au milieu des peuples : il y aura comme quelques olives qui demeurent sur l'olivier, après qu'on l'a secoué, et encore, comme quelques grappes, après que la vendange est finie. Ceux-là élèveront leurs voix et ils chanteront des cantiques de louanges ; ils jetteront de grands cris de dessus la mer, quand le Seigneur aura été glorifié. C'est pourquoi, glouoi, rifiez le Seigneur selon la science : célébrez le nom du Seigneur Dieu d'Israël dans les îles de la mer. Nous avons entendu des extrémités de la terre des louanges : elles célébraient la gloire du juste.

Ainsi était désolée la terre au jour où le Messie la vint délivrer et sauver. Les vérités étaient si fort diminuées chez les enfants des hommes, que le genre humain penchait à sa ruine. La connaissance du vrai Dieu allait s'obscurcissant de plus en plus; l'idolâtrie embrassait toute la création dans les objets de son culte adultère; une morale hideuse était la conséquence d'une si grossière religion ; l'homme était sans cesse armé contre l'homme ; et l'ordre social n'avait d'autres garanties que l'esclavage et l'extermination. Au milieu de tant de peuples, on avait peine à trouver quelques hommes qui cherchassent Dieu; ils étaient rares sur la terre, comme les olives oubliées sur l'arbre après la récolte, comme les grappes que le vendangeur néglige sur le cep; tels furent, dans le Judaïsme, ces vrais Israélites que le Sauveur prit pour disciples, et tels, dans la Gentilité, les Mages qui vinrent d'Orient demander le Roi nouveau-né, et plus tard Corneille le Centurion que l'Ange du Seigneur envoya vers saint Pierre. Mais avec quelle fidélité et quelle joie ils reconnurent le Dieu incarné! Quels cris d'allégresse ils firent éclater, quand ils connurent qu'ils avaient été réservés pour voir de leurs yeux le Sauveur promis!

Or, tout ceci se renouvellera à l'approche des jours où le Messie devra reparaître. La terre sera désolée de nouveau, la race humaine sera dans l'abaissement. Les hommes corrompront encore leurs voies, et avec une malice d'autant plus grande, que le Verbe de vie aura lui à leurs yeux. Cependant,une grande tristesse, une impuissance de

vivre saisira les nations ; elles se sentiront vieillir avec la terre qui les porte; et il ne | leur viendra pas en pensée que les destinées j du monde touchent à leur fin. Il y aura de i grands scandales : les Etoiles du ciel, c'est-à\. dire plusieurs de ceux qui étaient Docteurs en Israël, feront défaut, et leur lumière se | changera en ténèbres. Il y aura des jours d'é5 preuve, et la foi diminuera; en sorte qu'au \ moment où le Fils de l'homme paraîtra, il I aura peine à en trouver encore sur la terre. I Gardez-nous, Seigneur, de voir ces jours de f tentation, ou fortifiez dans nos cœurs la docilité envers votre sainte Eglise, qui sera le ! seul fanal de vos fidèles au milieu d'une si \ éclatante défection. Donnez-nous, 6 Sauveur! ! d'être du nombre de ces olives choisies, de r ces grappes de prédilection par lesquelles ï vous compléterez l'heureuse récolte qui doit l remplir vos celliers durant l'éternité. Gardez ' en nous le dépôt de la foi que vous y avez | placé ; que le contact des nouveautés ne l'ai[ tère point; que notre œil soit toujours fixé

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