L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 65)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

t. Il marche devant nous pour notre salut, ayant été établi Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech :

La même Providence divine qui n'a pas permis que l'Eglise, au saint temps de l'A- vent, fût privée de la consolation de fêter quelques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu'à la même époque, les saints Docteurs qui ont défendu la vraie Foi contre les hérétiques, fussent pareillement représentés dans cette importante fraction du Cycle catholique. Deux d'entre eux, saint Ambroise et saint Pierre Chrysologue, resplendissent au ciel de la sainte Eglise, en cette saison, comme deux astres éclatants. Il est digne de remarque que tous deux ont été les vengeurs du Fils de Dieu que nous attendons. Le premier a vaillamment combattu les Ariens, dont le dogme impie voudrait faire du Christ, objet de nos espérances, une créature et non un Dieu ; le second s'est opposé à Eutychès, dont le système sacrilège détruit toute la gloire de l'Incarnation du Fils de Dieu, osant enseigner que, dans ce mystère, la nature humaine a été absorbée par la divinité.

C'est ce second Docteur, le pieux Pontife de Ravenne, que nous honorons aujourd'hui. Son éloquence pastorale lui acquit une haute réputation, et il nous est resté un grand

nombre de ses Sermons. On y recueille une foule de traits de la plus exquise beauté, bien qu'on y sente quelquefois la décadence de la littérature au v° siècle. Le mystère de l'Incarnation y est souvent traité, et toujours avec une précision et un enthousiasme qui révèlent la science et la piété du saint évêque. Son admiration et son amour envers Marie Mère de Dieu qui avait, en ce siècle, triomphé de ses ennemis par le décret du concile d'Ephèce, lui inspirent les plus beaux mouvements et les plus heureuses pensées. Nous citerons quelques lignes sur l'Annonciation :

« A la Vierge Dieu envoie un messager « ailé. C'est lui qui sera le porteur de la u grâce; il présentera les arrhes et en recevra « le retour. C'est lui qui rapportera la foi « donnée, et qui, après avoir conféré la ré« compense à une si haute vertu, remontera « en hâte porteur de la promesse virginale. « L'ardent messager s'élance d'un vol rapide « vers la Vierge; il vient suspendre les droits « de l'union humaine ; sans enlever la Vierge « à Joseph, il la restitue au Christ à qui elle « fut fiancée dès l'instant même où elle était « créée l. C'est donc son épouse que le Christ « reprend, et non celle d'un autre ; ce n'est « pas une séparation qu'il opère, c'est lui « qui se donne à sa créature en s'incarnant « en elle.

i. On voit que saint Pierre Chrvsologue proclame ici le mystère de la Conception immaculée. Si Marie était engagée au Fils de Dieu dès, le moment même de sa création, comment le péché originel eut-il eu action sur elle ?

« Mais écoutons ce que le récit nous ra« conte de l'Ange. Etant entré près d'elle, « il lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le « Seigneur est avec vous. De telles paroles « annoncent déjà le don céleste : elles n'ex« priment pas un salut ordinaire. Salut ! c'est« a-dire : recevez la grâce, ne tremblez pas, <i ne songez pas à la nature. Pleine de grâce, « c'est-à-dire : en d'autres réside la grâce, « mais en vous résidera la plénitude de la « grâce. Le Seigneur est avec vous : qu'est-ce « a dire ? sinon que le Seigneur n'entend pas « seulement vous visiter, mais qu'il descend « en vous, pour naître de vous par un mys« tère tout nouveau. L'Ange ajoute : Vous « êtes bénie entre toutes les femmes : pourquoi ? « parce que celles dont Eve la maudite déchi« rait les entrailles, ont maintenant Marie la « bénie qui se réjouit en elles, qui les a honore, qui devient leur type. Eve, par la « nature, n'était plus que la mère des mou« rants ; Marie devient, parla grâce, la mère (l des vivants *. »

Dans le discours suivant, le saint Docteur nous enseigne avec quelle profonde vénération nous' devons contempler Marie en ces jours où Dieu réside encore en elle. « Quand « il s'agit, dit-il, de l'appartement intime du « roi, de quel mystère, de quelle révérence, « de quels profonds égards ce lieu n'est-il « pas entouré ? L'accès en est interdit à tout « étranger, à tout immonde, à tout infi« dèle. Les usages des cours disent assez « combien doivent être dignes et fidèles les

« services que l'on y rend ; l'homme vil, « l'homme indigne seraient-ils soufferts à se « rencontrer seulement aux portes du palais ? <• Lors donc qu'il s'agit du sanctuaire secret « de l'Epoux divin, qui pourrait être admis, « s'il n'est intime, si sa conscience n'est pure, « si sa renommée n'est honorable, si sa vie « n'est vertueuse ? Dans cet asile sacré, où un « Dieu possède la Vierge, la virginité sans « tache a seule le droit de pénétrer Vois donc, « 6 homme, ce que tu as, ce que tu peux valoir, « et demande-toi si tu pourrais sonder le « mystère de l'Incarnation du Seigneur, si tu « as mérité d'approcher de l'auguste asile où « repose encore en ce moment la majesté « tout entière du Roi suprême, de la Divinité « en personne. »

Mais il nous faut étudier l'éloquent Docteur dans le récit que la sainte Eglise nous fait de ses œuvres saintes.

Pet rus, qui ob auream ejus eloquentiam Chrysologi cognomen adeptus est, Foro Cornelii in vEmilia honestis parentibus natus, a prima aetate animum ad religionem adjiciens , Cornelio Romano. tune ejusdem urbis Corneliensis Episcopo, operam dédit : a quo etiam scientia et vitœ sanctitate quum brevi profecisset, Diaconus creatus est. Postmodum contigit, ut Ravennates ob mortem Archipraesulis sui, alium

Pierre, surnommé Chrysologue. pour l'or de son éloquence, naquit à Forum Cornelii. dans l'Emilie, de parents honnêtes. Dès l'enfance, tournant son esprit vers la religion, il s'attacha à l'Evêque de cette ville, Cornélius, romain, qui le forma rapidement à la science et à la sainteté de la vie, et l'ordonna Diacre. Peu après, l'Archevêque de Raveone étant mort, comme les habitants de cette ville envoyèrent, selon l'usage, à Rome , le successeur qu'ils avaient élu solliciter du saint

Pape Sixte III la confirmation de cette élection, Cornélius se joignit aux députés deRavenne,et emmena avec lui son diacre. Cependant l'Apôtre saint Pierre et le Martyrsaint Apollinaire apparurent en songe au Pontife romain, ayant au milieu d'eux un jeune lévite, et lui ordonnant de ne pas placer un autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Le Pontife n'eut pas plus tôt vu Pierre, qu'il reconnut en lui l'élu du Seigneur. Rejetant donc celui qu'on présentait, il promut, l'an de Jésus-Christ 433, le jeune lévite au gouvernement de cette Eglise métropolitaine. Les députés de Ravenne, offensés d'abord, ayantappris la vision, se soumirent sanspeine à la volonté divine etacceptèrentavecle plus grand respect le nouvel Archevêque

ut moris erat ab eis electum, Romam ad sanctum Sixtuni Papam Tertium pro confirtnatione miserint una cum Legatis suis, et cum praedicio Cornelio, qui eumdem levitam secum perduxit. Intérim sanctus Petrus Apostolus, et Martyr Apollinaris, Summo

l'ontifici in soumis apparuerunt, mediumque habentes hune juvenem jusserunt, ut illum et non alium, in Archiepiscopum Ravennacrearet, Hinc Pontifex, rr.ox ut vidit Petrum, cognovit eum a Domino L)eo prœelectum : propterea rejecto illo quem ipsi oflerebant, hiinc solum anno Christi quadringentesimo trigesimo tertio, illi Metropolîtana; prae fecit Ecclesiae. Quod

quumlegatiRavennatenses aegre ferrent, audita visione divinae voiuntati libenter acquiesc entes, novum Archie piscopum maxima cum reverentia susceperunt.

A tnsi consacré Archevêque **■ contre son gré, Pierre fut conduit à Ravenne, où l'empereurValentinien, Gaila Placidia sa mère, et tout le peuple, l'accueillirent avec les plus grandes réjouissances. Pour lui, il déclara qu'ayant consenti à porter un si lourd fardeau pour leur salut, il n'exigeait d'eux, en

Petrus igitur.licet invitus, in Archipraesuîem consecratus Ravennam deducitur s ubi a Valent iniano Imperatore, et a Galla Placidia ejus matre, ac ab universo populo maxima lastitia exceptus est. Et illeab eis id unum petere dixit, ut quando tantum

oneris pro ipsorum salute subire non recusaret, studerent ipsi monitis suis obtemperare, divinisque prœceptis non obsistere. Duorum oanctorum tune ibi defunctorum corpora optimis unguentis condita sepelivit ; Barbatiani videlicet Presbyteri, et Germani Antissiodorensis Episcopi , cujus etiam cucullam et cilicium sibi vindicavit in haereditatem. Projectum et Marcellinum Episcopos ordinavit. In Classe fontem extruxit magnitudinis vere admirabilis, et templa quaedam magnifica œdificavit, tum beato Andreœ Apostolo , tum aliis Sanctis. Ludos ab hominibus personatis cum variis saltationibus , Kalendis Januarii fieri solitos, concione cohibuit acerrirr.a, ubi inter alia illud praîclare dixit : Qui jocari voluerit cum diabolo, non poterit gaudere cum Christo. Jussu sancti Leonis Papa; Primi scripsit postea ad Chalcedonense Concilium adversus hasresim Euiychetis. Respondit praeterea ad Eutychem ipsum et alia Episiola, quœ eidem Cbncilio in novis editionibu Ecclesiasticos relata fuit

compensation, qu'une seule chose, qui était de les voir obéir à ses avis avec zèle, et

>as résister aux précepte;- Seigneur. Il ensevelit, avoir embaumés

des parfums les plus excellents, les corps de deux saints morts en cette ville, le prêtre Barbatien. et aussi Germain, évêque d'Auxerre, dont il retint comme héritage la cuculle et le cilice. Il ordonna Evêques Projectus et Marcellin. Il fit creuser à Classo une fontaine d'une merveilleuse grandeur, et il bâtit quelques églises magnifiques au bienheureux Apôtre André et à d'autres saints. On célébrait, aux kalendes de janvier, des jeux, accompagnés de représentations théâtrales et de danses ; il les abolit par la force de ses exhortations. Il dit alors entre autres choses remarquables: « Qui veut rire avec a le diable, ne se réjouira « pas avec le Christ. » Par l'ordre de saint Léon le Grand, il écrivit au Concile de Chalcédoine contre l'hérésie d'Eutychès, et adressa à l'hérésiarque lui-même une autre lettre qu'on a jointe aux Actes du Concile dans les dernières éditions, et qui est consignée dans les Annales Ecclésiastiques.

ANS ses homélies à son peuple, son éloquence était si véhémente, que parfois la parole lui manqua dans l'ardeur de sa prédication, comme il arriva à son sermon sur l'Hémorrhoïsse ; et il y eut dans l'assemblée émue tant de larmes, d'acclamations et de ferventes prières, que, depuis, le Saint rendait grâces à Dieu de ce que l'interruption de son discours eût tourné au profit de la charité. Il gouvernait très saintement cette Eglise, depuis environ dix-huit ans, lorsqu'ayant connu, par une lumière divine, que la fin de ses travaux approchait, il passa dans sa ville natale, se rendit à l'église de SaintCassien , et déposa sur le grand autel, en offrande, un grand diadème d'or enrichi de pierres précieuses, une coupe également d'or, et une patène d'argent qui donne à l'eau qu'on y répand, comme on l'a souvent éprouvé, la vertu de guérir les morsures de la rage et de calmer la fièvre. Cependant il renvoya à Ravenne ceux qui l'avaient suivi, en leur recommandant de veiller attentivement au choix d'un excellent pasteur. Puis, adressant d'humbles prières à Dieu, priant saint Cassien, son protecteur, de recevoir avec bonté son âme, il trépassa doucement, vers

DU.M publiée sermones haberet ad populum, adeo vehemens erat in dicendo, ut prae nimio ardore yox illi interdum defecerit : sicut contigit in concione Hsemorrhoissa?. Unde Ravennates commoti, tôt lacrymis, clamoribus etorationibus locum repleverunt , ut postea ipse gratias ageret Deo, quod in lucrum amoris verterit damnum ejusdem sermonis. Cum tandem annos circifer decem et octo eam Ecclesiamsanctissime rexisset, laborum suorum finem adesse divinitus praenoscens, in patriam se contulit; ubi sancti Cassiani templum ingressus, magnum diadema aureum, gemmis distinctum pretiosissimis offerens, super Altare majus posuit ; necnon aureum craterem et patenam argenteam, quam tum rabidi canïs morsus.tum febres sajiare saspius expertum est,aqua inde demissa. Ex tune Ravennates qui eumdem secuti fuerant dimisit, admonens, ut in eligendo optimo Pastore invigilarent attente. Mox Deum humiliter precatus, et sanctum Cassianum patronum, ut bénigne animam ejus exciperet, terL'Avent.

l'an 45o, le trois des Nones de décembre. Son corps, qui fut enseveli avec pompe, au milieu des lai mes et des prières de toute la ville, auprès de celui du même saint (..assien, v est encore de nos jours religieusemem vénéré. L'un de ses bras enchâssé dans 1 or et les pierreries, a été transpoi té à Favenne, où on l'honore dans la basilique Ursienne,

tio Nonas Decembris, placide ex hac vita migravil, anno Domini circiter quadrin^entesimo quinquagesimo. Sacrum illius corpus communi totius civrtaiis rie;u ac p:etate prope corpus ejusdem sancii Cassiani honorifice conditum,nostris etiam temporibus religiose colitur : cijus taniea brachium auro et tremmis omamm Ravennam delatum in Ursiana aede vencratur.

Saint Pontife, dont la bouche d'or s'est ouverte dans l'assemblée des fidèles, pour faire connaître Jésus-Christ, daignez considérer d'un œil paternelle peuple chrétien qui veille dans l'attente de cet Homme-Dieu dont vous avez si hautement confessé la double nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir avec le souverain respect dû à un Dieu qui descend vers sa créature, et avec la tendre confiance que l'on doit à un frère qui vient s'offrir en sacrifice pour ses frères indignes. Fortifiez notre foi, 6 très saint Docteur ! car l'amour qu'il nous faut procède de la foi. Détruisez les hérésies qui dévastent le champ du Père de famille ; confondez surtout l'odieux Panthéisme, dont l'erreur d'Eutychès est une des plus funestes semences. Eteignez-le enfin dans ces nombreuses chrétientés "d'Orient qui ne connaissent l'ineffable mystère de l'Incarnation que pour le blasphémer, et poursuivez aussi parmi nous ce système monstrueux qui, sous une forme plus repoussante

encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux fidèles enfants de l'Eglise cette parfaite obéissance aux jugements du Siège Apostolique, dont vous donniez à l'hérésiarque Eutyckès, dans votre immortelle Epître, une si belle et si utile leçon, quand vous lui disiez: « Sur toutes choses, nous vous « exhortons, honorable frère, de recevoir « avec obéissance les choses qui ont été « écrites parle bienheureux Pape de la ville « de Rome; car saint Pierre, qui vit et préside « toujours sur son propre Siège, y manifeste « la vérité de la foi à tous ceux qui la lui « demandent. »

I 'Eglise Romaine n'a consacré qu'une ** simple Commémoration à sainte Barbe, dans l'Office de saint Pierre Chrysologue ; mais elle a approuvé un Office entier à l'usage des Eglises qui honorent spécialement la mémoire de cette illustre vierge. La Légende qui suit, quoique fort grave, n'a donc point l'autorité de celles qui sont promulguées pourtoute l'Eglise dans le Bréviaire Romain. Nous n'en devons pas moins rendre nos hommages fervents à cette glorieuse Martyre, si célèbre dans tout l'Orient, et dont l'Eglise Romaine a depuis longtemps adopté le culte. Ses actes, pour n'être pas de la première antiquité, n'ont rien que de glorieux à Dieu et d'honorable à la Sainte. Nous avons relevé ci-dessus l'importance liturgique de sainte Barbe au temps de l'Avent. Rendons hommage à la fidélité avec laquelle cette Vierge attendit l'Epoux, qui ne manqua pas à l'heure dite, et qui fut pour elle un Epoux de sang, comme parle l'Ecriture, parce qu'il avait reconnu la force de son amour.

Barbara, Virgo Nicemediensis, Dioscori nobilis sed superstitiosi hominis filia. per ea qua? visibilia facta sunt , ad invisibilia. divina opiBarbe. Vierge de Nicomédie, fille de Dioscore, noble personnage, mais attaché aux superstitions païennes, parvint, à l'aide de la grâce divine, à connaître les choses

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