L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 64)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

monter et reprend graduellement cette ligne triomphante par laquelle naguère il divisait le ciel en deux parts.

Nous chrétiens, illuminés des splendeurs de la foi, nous ne nous arrêterons point à ces terreurs humaines : nous cherchons un Soleil auprès duquel le soleil visible n'est que ténèbres. Avec lui, nous pourrions défier toutes les ombres matérielles ; sans lui, la lumière que nous croirions avoir ne peut que nous égarer et nous perdre. O Jésus ! lumière véritable qui éclaire^ tout homme venant en ce monde, vous avez choisi, pour naître au milieu de nous, l'instant où le soleil visible est près de s'éteindre, afin de nous faire comprendre, par cette figure si frappante, l'état où nous étions réduits quand vous vîntes nous sauver en nous éclairant. « La lumière du jour baissait, dit saint « Bernard dans son premier Sermon de « l'Avent ; le Soleil de justice avait presque « disparu ; sur la terre, à peine restait-il une <( faible lueur et une chaleur mourante. Car « la lumière de la divine connaissance était « presque éteinte ; et par l'abondance de « l'iniquité, la ferveur de la charité s'était « refroidie. L'Ange n'apparaissait plus ; le « Prophète ne se faisait plus entendre. L'un « et l'autre étaient comme découragés par « la dureté et l'obstination des hommes ; « mais, dit le Fils de Dieu, c'est alors que « j'ai dit : Me voici. » O Christ ! ô Soleil de justice ! donnez-nous de bien sentir ce qu'est le monde sans vous; ce que sont nos intelligences sans votre lumière, nos cœurs sans votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de

notre foi ; et pendant que ceux de notre corps seront témoins de la décroissance journalière de la lumière visible, nous songerons aux ténèbres de l'âme que vous seul pouvez éclairer. Alors notre cri, du fond de l'abîme, s'élèvera vers vous qui devez paraître au jour marqué, et dissiper les ombres les plus épaisses, par votre victorieuse splendeur.

{Bréviaire Mozarabe . le Mercredi de la IIe Semaine de l'Avent, Capitula.)

Domine Jesu Christe, qui assumpto homine. hominum susceptor effectus, in lucem gentium datus es ; aperi oculos cordium in te credentium populorum. atque abstrahe misericors de conclusione religatos adhuc vinculis diffidentiae : et quos in domo carceris detineri conspicis in tenebris ignorantia?. tuse, quaesumus , scientice irradies splendore.

SEIGNEUR Jésus-Christ, qui, ayant pris la nature humaine et étant devenu le Sauveur des hommes, avez été donné pour être la lumière des nations, ouvrez les yeux du cœur des peuples qui croient en vous : dans votre miséricorde, tirez de la prison ceux que retiennent encore les liens de la défiance, et daignez illuminer par la splendeur de votre connaissance ceux que vous voyez encore retenus dans les ténèbres de la captivité.

Les Apôtres ayant été les hérauts de l'Avèi nement du Christ, il convenait que le temps de l'Avent ne fût pas privé de la commémoration de quelqu'un d'entre eux. La divine Providence y a pourvu ; car, sans parler de saint André, dont la fête est souvent déjà passée quand s'ouvre la carrière de l'Avent, saint Thomas se rencontre infailliblement chaque année aux approches de Noël. Nous dirons plus loin pourquoi il a obtenu ce poste, de préférence aux autres Apôtres ; ici nous voulons seulement insister sur la convenance qui semblait exiger que le Collège Apostolique fournît au moins un de ses membres pour annoncer, dans cette partie du Cycle catholique, la venue du Rédempteur. Mais Dieu n'a pas voulu que le premier apostolat fût le seul qui parût en tête du Calendrier liturgique ; grande est aussi, quoique inférieure, la gloire de ce second apostolat par lequel l'Epouse de Jésus-Christ multiplie encore ses enfants, dans sa vieillesse féconde, comme parle le Psalmiste. {Psalm. xci, i5.J 11 est encore présentement des Gentils à évangéliser ; la venue du Messie est loin d'avoir été annoncée à tous les peuples; mais, entre les vaillants messagers du Verbe divin qui, dans ces derniers siècles, ont fait éclater leur voix au milieu

des nations infidèles, il n'en est point qui ait brillé d'une plus vive splendeur, qui ait opéré plus de prodiges, qui se soit montré plus semblable aux premiers Apôtres, que le récent Apôtre des Indes, saint François Xavier.

Et certes, la vie et l'apostolat de cet homme merveilleux furent l'objet d'an grand triomphe pour notre Mère la sainte Eglise catholique au temps où ils éclatèrent. L'hérésie, soutenue en toutes manières par la fausse science, par la politique, par la cupidité et toutes les mauvaises passions du cœur de l'homme, semblait toucher au moment de la victoire. Dans son audacieux langage, elle ne parlait plus qu'avec un profond mépris de cette antique Eglise appuyée sur les promesses de Jésus-Christ ; elle la dénonçait aux nations, et osait l'appeler la prostituée de Babylone, comme si les vices des enfants pouvaient obscurcir la pureté de leur mère. Dieu se montra enfin, et soudain le sol de l'Eglise apparut couvert des plus admirables fruits de sainteté. Les héros et les héroïnes se multiplièrent du sein même de cette stérilité qui n'était qu'apparente, et tandis que les prétendus réformateurs se montraient les plus vicieux des hommes, l'Italie et l'Espagne à elles seules brillèrent d'un éclat incomparable par les chefs-d'œuvre de sainteté qui se produisirent dans leur sein.

Aujourd'hui c'est François Xavier; mais plus d'une fois sur le Cycle nous verrons briller les nobles compagnons, les illustres compagnes, que la grâce divine lui suscita : en sorte que le xvie siècle n'eut rien à envier aux siècles les plus favorisés

des merveilles de la sainteté. Certes, ils ne s'inquiétaient pas beaucoup du salut des infidèles, ces soi-disant réformateurs qui ne songeaient qu'à anéantir le vrai Christianismesous les ruines de ses temples ; et c'était à ce moment même qu'une société d'apôtres s'offrait au Pontife romain pour aller planter la foi chez les peuples les plus enfoncés dans les ombres de la mort. Mais, de tous ces apôtres, ainsi que nous venons de le dire, nul n'a réalisé le type primitif au même degré que le disciple d'Ignace. Rien ne lui a manqué, ni la vaste étendue des pays sillonnés par son zèle, ni les centaines de milliers d'infidèles qu'il baptisa de son bras infatigable, ni les prodiges de toute sorte qui le montrèrent aux infidèles comme marqué du sceau qu'avaient reçu ceux dont la sainte Liturgie nous dit : « Ce sont ceux-ci qui, vivant encore dans la « chair, ont été les planteurs de l'Eglise ». L'Orient a donc vu, au xvi« siècle, un \\pôtre venu de Rome toujours sainte, et dont le caractère et les œuvres rappelaient l'éclat dont brillèrent ceux que Jésus avait envoyés lui-même. Gloire soit donc au divin Epoux qui a vengé l'honneur de son Epouse, en suscitant François Xavier, et en nous donnant en lui une idée de ce que furent, au sein du monde païen, les hommes qu'il avait chargés de la promulgation de son Evangile.

Lisons maintenant le détail abrégé des œuvres du nouvel apôtre dans le récit de la sainte Eglise.

FRanciscus in Xaverio | T^RANÇOis, né à Xavier au diœcesis Pampelo- | T diocèse de Pampelune,

de parents nobles, se fit à Paris le compagnon et le disciple de saint Ignace. Sous un tel maître, il en vint bientôt à une contemplation si sublime des choses divines, que plus d'une fois on le vit élevé au-dessus de terre ; ce qui lui arriva à diverses reprises, en présence d'une multitude de peuple, pendant qu'il célébrait le saint sacrifice. 11 obtenait ces délices de l'âme par de grandes macérations de son corps ; car il s'interdisait non seulement l'usage de la chair et du vin, mais jusqu'au pain de froment, ne vivant que des plus vils aliments, et passant deux ou trois jours sans rien prendre. Il se flagellait si rudement avec des disciplines armées de fer, que souvent le sang coulait avec abondance ; il ne prenait qu'un sommeil très court, et encore sur la terre nue.

L'austérité et la sainteté de sa vie l'avaient rendu mur pour les travaux apostoliques, quand Jean III, roi de Portugal, ayant demandé à Paul III, pour les Indes, quelques membres de la Société naissante, le Pape, par l'avis de saint Ignace, choisit François pour ce grand emploi, et lui donna les pouvoirs de Nonce Apostolique. A peine fut-il arrivé, qu'il apparut tout d'un coup miraculeusenensis nobilibus parentibus natus, Parisiis sancto Ignatio sese comitem et discipulum junxit. Ipso magistro, eo brevi devenii, ut in rerum divinarum contemplatione defixus a terra aliquando sublimis elevaretur : quod illl sacrificanti coram populi multitudine aliquoties evenit. Has j animi delicias magnis sui corporis cruciatibus merebatur. Nam, interdicto sibi, non carnis solum el vini, sed panis quoque triticei usu, vilibus cibis vesci solitus, per biduum subinde triduumque omni prorsus alimento abstinuit. Ferreis in se flagellis ita saeviit , ut sa?pe copioso cruore difflueret : somnum brevissimum humi jacens capiebat.

Vite, austeritate ac sanctitate Apostolico muneri jam maturus, quum Joannes Tertius Lusitaniae rex aliquot nascentis Societatis viros a Paulo Tertio pro Indiis postulasset, sancti Ignatii hortatu ab eodem Pontifice ad tantum opus cum Apostolici Nuncii potestate deligitur. Eo appulsus, illico variarum gentium difficillimis et

variis linguis divinitus instructus apparuit.Quin eura quanduque unico i, idiomate ad diversas genr tes concionantem, unak quaeque sua lingua lo! quentem audivit. Provincias innumeras pedibus semper et sœpe nudis peragravit. Fidem Japoniae et ses aliis regionibus invexit. Multa centena hominum millia ad Christum in Indiis convertit : magnosque Principes, Regesque complures sacro fonte expiavit. Et quum tam magna pro Deoageret,eaerat humilitate, ut sancto Ignatio tune Prasposito suo, flexis genibus scriberet.

Hunc dilatandi Evangelii ardorem multitudineet excellentia miraculorum Dominus roboravit. Cseco visum reddidit. Tantum marinœ aquae signo crucis convertit in dulcem, quantum quingentis vectoribus, qui siti adigebantur ad mortem, diu suffecit. Qua in varias quoqueresiones asportata, agri plurimi subito curati sunt. Plures mortuos r«vocavit ad vkam, inter quos pridie sepultum erui jussum e tumulo suscitavit, duosi que alios dum efferebanment initié aux langues tres difficiles et très variées de ces diverses nations. Il arriva même quelquefois que, préchant en une seule langue devant des nations différentes, chacune l'entendait parler la sienne. Il parcourut, toujours à pied, et souvent sans chaussure , d'innombrables provinces. Il introduisit la foi au Japon et dans six autres contrées. Il convertit dans les Indes plusieurs centaines de milliers de personnes. Il purifia dans le saint baptême de grands princes et nombre de rois. Et pendant qu'il faisait pour Dieu de si grandes choses, telle était son humilité, qu'il n'écrivait qu'à genoux à saint Ignace, son Général.

DIEU fortifia cette ardeur qu'il avait de propager l'Evangile, par de grands et nombreux miracles. François rendit la vue à un aveugle. Par un signe de croix il changea en eau douce de l'eau de mer, autant qu'il en fallut poursubvenir longtemps l un équipage de cinq cents hommes qui mouraient de soif. Cette eau, portée depuis en diverses contrées, guérit subitement un grand nombre de malades. Il ressuscita plusieurs morts, dont un, enterré de la veille, fut tiré de sa fosse ; et deux autres qu'il prit par la main pendant qu'on

les portait en terre, furent rendus vivants à leurs parents. Inspiré diverses fois par l'esprit de prophétie, il révéla plusieurs événements éloignés de temps et de lieu. Enfin il mourut dans l'île de Sancian, le second jour de décembre, plein de mérites et épuisé de travaux. Son cor^s, enseveli à deux fois dans de la chaux vive, s'y conserva pendant plusieurs mois sans corruption; il en sortit même du sang et une odeur suave. Transporté à Vlalaca, son arrivée arrêta sur-le-champ une peste très violente. Enfin de nouveaux et très grands miracles ayant éclaté dans toutes les parties du monde par l'intercession de François, Gré§oire XV le mit au rang des aints. Il fut déclaré par Pie X Patron de l'Association comme de l'œuvre de la Propagation de la foi.

tur, apprehensa eorum manu, parentibus e feretro vivos restituit. Prophétise spiritu passim afflatus, plurima et loco et tempore remotissima enuntiavit. Demum in Sanciano Sinarum insula, die secunda Decembris obiit plenus meritis laboribusque confectus. Demortui cadaver viva calce per multos menses bis obrutum, sed penitus incorruptum, odore et sanguine manavit, et ubi Malacam delatum est, pestem sasvissimam confestim extinxit. Denique ubique terrarum novis maximisque fulgentem miraculis, Gregonus Decimus quintus Sanctis adscripsit. Pius autem Decimus ipsum sodalitaii et operi Propagandas fidei cœlestem patronum elegit atque constituit.

Glorieux apôtre de Jésus-Christ, qui avez illuminé de sa lumière les nations assises dans les ombres de la mort, nous nous adressons à vous, nous Chrétiens indignes, aiin que par cette charité qui vous porta à tout sacrifier pour évangéliser les nations, vous daigniez préparer nos cœurs à recevoir la visite du Sauveur que notre foi attend et que notre amour désire. Vous fûtes le père des nations infidèles.; soyez le protecteur du peuple des croyants, dans les jours où nous

sommes. Avant d'avoir encore contemplé de vos yeux le Seigneur Jésus, vous le fîtes connaître à des peuples innombrables ; maintenant que vous le voyez face à face, obtenez que nous le puissions voir, quand il va paraître, avec la foi simple et ardente de ces Mages de l'Orient, prémices glorieuses des nations que vous êtes allé initier à l'admirable lumière. (I Petr. ii, 9.)

Souvenez-vous aussi, grand apôtre, de ces mûmes nations que vous avez évangélisées, et chez lesquelles la parole de vie, par un terrible jugement de Dieu, a cessé d'être féconde. Priez pour le vaste empire de la Chine que votre regard saluait en mourant, et auquel il ne fut pas donné d'entendre votre parole. Priez pour le Japon, plantation chérie que le sanglier dont parle le Psalmiste a si horriblement dévastée. Obtenez que le sang des Martyrs, qui y fut répandu comme l'eau, fertilise enfin cette terre. Bénissez aussi, 6 Xavier, toutes les Missions que notre Mère la sainte Eglise 1 entreprises, dans les contrées où la Croix ne triomphe pas encore. Que les cœurs des infidèles s'ouvrent à la lumineuse simplicité de la foi; que la semence fructifie au centuple ; que le nombre des nouveaux apôtres, vos successeurs, aille toujours croissant ; que leur zèle et leur charité ne défaillent jamais ; que leurs sueurs deviennent fécondes, que la couronne de leur martyre soit non seulement la récompense, mais le complément et la dernière victoire de leur apostolat. Souvenez-vous, devant le Seigneur, des innombrables membres de cette association par laquelle Jésus-Christ est annoncé

dans toute la terre, et qui s'est placée sous votre patronage. Enfin priez d'un cœur filial pour la sainte Compagnie dont vous êtes la gloire et l'espérance. Qu'elle fleurisse de plus en plus sous le vent de la tribulation qui ne lui manqua jamais ; qu'elle se multiplie, afin

Îue par elle soient multipliés les enfants de lieu; qu'elle ait toujours au service du peuple chrétien de nombreux Apôtres et de vigilants Docteurs ; qu'elle ne porte pas en vain le nom de Jésus.

Considérons l'état misérable du genre humain, au moment où le Christ va paraître. La décroissance des vérités sur la terre est terriblement exprimée par la décadence de la lumière matérielle en ces jours. Les traditions antiques vont de toutes parts s'éteignant; le Dieu créateur de toutes choses est méconnu dans l'œuvre même de ses mains ; tout est devenu Dieu, excepté le Dieu qui a tout fait. Ce hideux Panthéisme dévore la morale publique et privée. Tous les droits, hors celui du plus fort, sont oubliés; la volupté, la cupidité, le larcin, siègent sur les autels et reçoivent l'encens. La famille est anéantie par le divorce et l'infanticide ; l'espèce humaine est dégradée en masse par l'esclavage ; les nations même périssent par les guerres d'extermination. Le genre humain n'en peut plus ; et si la main qui l'a créé ne lui est de nouveau appliquée, il doit infailliblement succomber dans une dissolution honteuse et sanglante. Les justes qu'il contient encore, et qui luttent contre le torrent et la dégradation universelle, ne le sauveront

pas ; car ils sont méconnus des hommes, et leurs mérites ne sauraient, aux yeux de Dieu, pallier l'horrible lèpre qui dévore la terre. Plus criminelle encore qu'aux jours du déluge, toute chair a corrompu sa voie ; néanmoins, une seconde extermination ne servirait qu'à manifester la justice de Dieu; il est temps qu'un déluge miséricordieux s'épanche sur la terre, et que celui qui a fait le genre humain descende pour le guérir. Paraissez donc, 6 Fils éternel de Dieu"! Venez ranimer ce cadavre, guérir tant de plaies, laver tant de souillures, rendre surabondante la Grâce, là où le péché abonde ; et quand vous aurez converti le monde à votre sainte loi, c'est alors que vous aurez montré à tous les âges futurs que c'est vous-même, 6 Verbe du Père, qui êtes venu : car si un Dieu a pu seul créer le monde, il n'y avait non plus que la toute-puissance d'un Dieu qui pût, en l'arrachant à Satan et au péché, le rendre à la justice et à la sainteté.

là TNTUEMIXI quantus 1 sit iste. qui ingreditur ad salvandas gentes : ipse est Rex justitise. * Cujus generatio non habet finem.

f. Prx-cursor pro nobis ingreditur, secundum ordinem Mekhisedech Pontifex factus in sternum : " Cujus generatio non habet finem.

Tous les livres