L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 76)
Enfin, l'Eglise de Rome l'adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus impojJ Immaculée Conception.
sant encore ce concert de toutes les Eglises, Ce fut Sixte IV qui, en 1476. rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1 568 , saint Pie V publiait l'édition universelle du Bréviaire Romain; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l'une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir Jes vœux des fidèles. Rome n'avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère ; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle l'a confirmé, dans ce derniers temps, de son autorités doctrinale.
Les trois grands Etats de l'Europe catholique, l'Empire d'Allemagne, la France et l'Espagne , se signalèrent , chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La- France, par l'entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l'Eglise universelle par Innocent XII. Déjà , depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu'à son dernier jour.
L'empereur Ferdinand III , en 1647, ^ élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d'emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée, avec cette pompeuse et catholique inscription :
L'Espagne dépassa tous les Etats catholiques par son zèle pour le privilège de Marie. Dès l'année i3q8, Jean Ier, roi d'Aragon , donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollicitaient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséricorde, avait réservée pour nos temps. Charles III,
I. D. O. M. supremo cœli ternxque imperatori, per quem reges régnant : Virgini Deiparç immaculataconcepts, per quam principes imperant, in peculiarem Dominam, Austriœ Patronam . singulari pietate susceptaî, se. libères, populos, exercitus, provincias, omnia denique confidit. donat, consecrat, et in perpetuam rei memoriam, statuam hanc ex veto ponit Ferdinandus III Augustus.
au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscrivaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de rimmaculée-Conception d'Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s'inspirait pour produire le chef-d'œuvre de la peinture espagnole.
Mais il ne serait pas juste d'omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu'a eue l'Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de ia Conception immaculée le rang qu'il occupe dans la divine théorie de l'Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d'être nommé aujourd'hui, avec l'honneur qui lui est dû ? Et toute l'Eglise n'a-t-elle pas applaudi à l'audience "sublime que reçut du Pontife la grande famille des FrèresMineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies. Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l'Ordre de Saint-François l'hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l'Ecole scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?
En présence de cinquante-quatre Cardinaux, de quarante-deux Archevêques et de
quatre-vingt-douze Evoques, sous les regards d'un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l'univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l'Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l'oracle attendu depuis des siècles; le divin Sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d'un splendide diadème l'image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriarche Seraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L'un présentait une branche de lis en argent : c'était le Général des Frères-Mineurs de l'Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c'était ie Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans-cette offrande que rehaussait la blancheur de l'argent, pour rappeler le doux éclat de l'astre sur lequel se refléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Cantique (vi, q). Le Pontife ému daigna accepter le don de îa famille Franciscaine, de qui l'on pouvait dire en ce jour, comme de l'étendard de notre héroïne française, « qu'ayant été à la lutte, il était juste « qu'elle fût aussi au triomphe ». Et ainsi se terminèrent les pompes si imposantes de cette grande matinée du huit décembre
terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures ! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N'êtes-vous pas, 6 Marie, cette radieuse espérance qui vient tout d'un coup briller au sein même de l'abîme de la désolation ? Qu'allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !
O Marie! que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération", les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant a chaque instant voir poindre à l'horizon l'astre qui devait les arracher à l'horreur des ténèbres; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu'ils eussent pu seulement entrevoir l'objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, o brillante Etoile du matin! vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d'orages ! Oh ! préparez nos yeux à contempler l'éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite Préparez nos cœurs; car c'est à nos cœurs qu'il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, 6 vous, l'Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l'Eglise a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre
Conception sans tache se célébrât dans ces jours de L'Avent, afin que les enfants de l'E- glise, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d'éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, 6 Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu'afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.
O Marie ! Arche d'alliance, formée d'un bois incorruptible, revêtue de l'or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s'être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et 5a demeure la plus chère. Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils , n'avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l'Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse; la Flamme que les grandes eaux n'ont pu éteindre; le Lis qui fleurit entre les épines; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée; la Maison
du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles. (Ps. lxxxvi.) Nous nous plaisons à redire vos titres d'honneur, ô Marie ! car nous vous aimons : et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l'Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.
Les cinq Psaumes que l'Eglise chante dans cet Office sent ceux avec lesquels elle a coutume de célébrer les Vêpres dans les solennités de Marie.
Le premier rappelle la Royauté, le Sacerdoce et la suprême Judicature du Christ, Fils de Dieu et rlls de Marie : c'est annoncer déjà la haute dignité, l'incomparable pureté de celle qui doit le donner au monde.
CELUI qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, et régne~ avec moi,
Jusqu'à ce que je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
Tecum principium in die virtutii tuae. in sp!endoribus sanctorum : * Ex utero ante luciferum genui te.
Juravit Dominus , et nen pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisedech.
Dominus a dextris tuis: * confregit in die ira; suae reges.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas : * conquassabit capita in terra multorum.
Ant. Tota pulchra es. Maria, et macula originalis non est in te.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c'est Je là que vous partirez, pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des saints : car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : Dieuhomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédech.
O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite ; c'est lui qui au jour de sa colère viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde et brisera contre terre la tète de plusieurs.
Maintenant, il vient dans l'humilité ; il s'abaissera pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tète.