L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 75)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Glorieux Ambroise, abaissez-nous comme vous avez abaissé Théodose ; relevez-nous contrits et changés, comme vous le relevâtes dans votre pastorale charité. Priez aussi pour le Sacerdoce catholique, dont vous serez à jamais l'une des plus nobles gloires. Demandez à Dieu, pour les Prêtres et les Pontifes de l'Eglise, cette humble et inflexible vigueur

avec laquelle ils doivent résister aux Puissances du siècle , quand elles abusent de l'autorité que Dieu a déposée entre leurs mains. Qite lew front, suivant la parole du Seigneur, soit dur comme le diamant ; qu'ils sachent s'opposer comme un mur pour la maison d'Israël ; qu'ils estiment comme un souverain honneur, comme le plus heureux sort, de pouvoir exposer leurs biens, leur repos, leur vie, pour la liberté de l'Epouse du Christ.

Vaillant champion de la vérité, armez-vous de ce fouet vengeur que l'Eglise vous a donné pour attribut; "et chassez loin du troupeau de Jésus-Christ ces restes impurs de l'Arianisme qui. sous divers noms, se montrent encore jusqu'en nos temps. Que nos oreilles ne soient plus attristées par les blasphèmes de ces hommes vains qui osent mesurer à leur taille, juger, absoudre et condamner comme leur semblable, le Dieu redoutable

3ui les a créés, et qui, par un pur motif de évouement à sa créature, a daigné descendre et se rapprocher de l'homme, au risque d'en être méconnu.

Bannissez de nos esprits, ô Ambroise, ces timides et imprudentes théories qui font oublier à des chrétiens que Jésus est le Roi de ce monde, et les entraînent à penser qu'une loi humaine qui reconnaît des droits égaux à l'erreur et à la vérité, pourrait bien être le plus haut perfectionnement des sociétés. Obtenez qu'ils comprennent, à votre exemple, que si les droits du Fils de Dieu et de son Eglise peuvent être foulés aux pieds, ils n'en existent pas moins ; que la promisVil Décembre.

cuite de toutes les religions sous une protection égale est le plus sanglant outrage envers celui c. à qui toute puissance a été donnée « au ciel et sur la terre » ; que les désastres périodiques de la société sont la réponse qu'il fait du haut du ciel aux contempteurs du Droit chrétien, de ce Droit qu'il a acquis en mourant sur la Croix pour les hommes ; qu'enfin s'il ne dépend pas de nous de relever ce Droit sacré chez les nations qui ont eu le malheur de l'abjurer, notre devoir est de le confesser courageusement, sous peine d'être complices de ceux qui n'ont plus voulu que Jésus régnât sur eux.

Enfin, au milieu de ces ombres qui s'appesantissent sur le monde, consolez, ô Ambroise, la sainte Eglise qui n'est plus qu'une étrangère, une pèlerine à travers les nations dont elle fut la mère et qui l'ont reniée; qu'elle cueille encore sur sa route, parmi ses fidèles, les fleurs de la virginité ; qu'elle soit l'aimant des âmes élevées qui comprennent la dignité d'Epouse du Christ. S'il en fut ainsi aux glorieux temps des persécutions qui signalèrent le commencement de son ministère, à notre époque d'humiliations et de défections,. qu'il lui soit donné encore de consacrer à son Epoux une élite nombreuse de cœurs purs et généreux, afin que sa fécondité la venge de ceux qui l'ont repoussée comme une mère stérile, et qui sentiront un jour cruellement son absence.

Considérons le dernier préparant* sensi'61e à la venue du Messie sur la terre : la paix

universelle. Au bruit des armes le silence a tout à coup succédé, et le monde se recueille dans l'attente. « Or, nous dit saint Bonaven« ture dans un de ses Sermons pour l'Avent, « nous devons compter trois silences : le pre« mier, au temps de Noé, après que tous les « pécheurs furent submergés ; le second, « au temps de César Auguste, quand toutes « les nations furent soumises; enfin le troi« sième qui aura lieu à la mort de l'Antéb christ, quand les Juifs se seront convertis. » O Jésus ! Roi pacifique, vous voulez que le monde soit en paix, quand vous allez descendre. Vous l'avez annoncé par le Psalmiste, votre aïeul selon la chair, lorsqu'il a dit en parlant de vous : « Il fera cesser la « guerre dans tout l'univers ; il brisera l'arc, « il rompra les armes, il jettera au feu les « boucliers. » [Psaume xlv, io.) Qu'est-ce à dire tout ceci, ô Jésus ? C'est que vous aimez à trouver silencieux et attentifs les coeurs que vous visitez. C'est qu'avant de venir vous-même dans une âme, vous l'agitez dans votre miséricorde, comme fut agité le monde avant cette paix universelle, et'bientot vous l'établissez dans le calme, et vous venez ensuite en prendre possession. Oh ! venez promptement soumettre nos puissances rebelles, abattre les hauteurs de notre esprit, crucifier notre chair, réveiller la mollesse de notre volonté : afin que votre entrée en nous soit solennelle comme celle d'un conquérant dans une place forte qu'il a réduite après un long siège. O Jésus, Prince de la Paix, donnez-nous la paix; établissez-vous en nos cœurs d'une manière durable, comme vous

vous êtes établi dans votre création, au sein de laquelle votre règne n'aura plus de fin.

e f E voyais dans une J vision de nuit, et voilà le Fils de l'homme qui venait sur les nuées du ciel : et il lui fut donné honneur et empire ; * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis, y. Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée ; et son empire, un empire qui ne se dissoudra pas. * Et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les nations lui seront soumis.

■5, \ spiciebam in '" -i*- visu noctis, et ecce innubibus cœli Filius hominis veniebat : et datum est ei regnum et honor. * Et omnis populus, tribus, et linguœ servient ei. f. Potestas ejus potestas £eterna,quœ non auferetur, et regnum ejus quod non corrumpetur. * Et omnis populus, tribus et linguœ servient ei.

nfin, l'aurore du Soleil tant désiré brille auxextrémitésduciel, tendre et radieuse. L'heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l'homme est à la porte. Deux vrais Israélites , Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toutepuissance divine. Gloire au Seigneur qui s'est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l'iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix ! La fête de l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l'Eglise célèbre au saint temps de l'Avcnt; et s'il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commeL'Immaculée Conception. 4%3

moration de quelqu'un des Mystères de Marie, il n'en est aucun dont l'objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l'Eglise en cette mystique saison de l'attente Célébrons donc avec joie cette solennité ;.car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.

L'intention de l'Eglise, dans cette fête, n'est pas seulement de célébrer l'anniversaire de l'instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie ; mais encore d'honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d'Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l'Eglise catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit Décembre 1854, cette foi qu'a proclamée l'oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu'au moment où Dieu a uni l'âme de Marie qu'il venait de créer au corps qu'elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n'a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu'elle a été remplie d'une grâce immense qui l'a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu'il est possible à un être créé.

Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté.

Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à devenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de L'Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l'adorable Trinité ; qu'aucune ombre n'eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu'il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : t II était « juste qu'elle fût ornée d'une pureté « au-dessus de laquelle on n'en puisse conce« voir de plus grande que celle de Dieu même, « cette Vierge à qui Dieu re Père devait « donner son Fils d'une manière si particu« lière que ce Fils deviendrait par nature le « Fils commun et unique de Dieu et de la «. Vierge ; cette Vierge que le Fils devait « élire'" pour en faire substantiellement sa « Mère, et au sein de laquelle l'Esprit-Saint « voulait opérer la conception et la naissance « de celui dont il procédait lui-même. » (De Conceptu Virginali. Cap. xvin.)

En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, ayant été éternellement présentes à sa pensée', elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu'il devait avoir dans le temps, un amour d'une nature infiniment supérieure à celui qu'il éprouvait pour tous les êtres créés par sa

puissance. L'honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu'elle devait être sa Mère, qu'elle l'était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins, L'amour du Fils a donc protégé la Mère; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n'a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n'avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l'humiliai te barrière qui arrête tout enfant d'Adam \enant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce, jusqu'à ce qu'il ait étérégénéré dans une nouvelle naissance.

Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Eve qu'il n'avait fait pour l'ancienne, qui fut établie tout d'abord, ainsi que le premier homme, dans l'état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L'Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n'était-il pas le maître d'en affranchir celle qu'il avait destinée à lui être unie en tant de manières? Ii le pouvait, il le devait : il l'a donc fait.

Et n'était-ce pas cette glorieuse exception qu'il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus ? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l'anathème qui tombait sur le serpent. « J'établirai moi-même, disait a Jéhovah, une inimitié entre toi et la femme, « entre ta race et son fruit ; et elle-même « t'écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d'une victoire contre Satan; et cette victoire, c'est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l'on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l'inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l'odieux reptile; en un mot, que la nouvelle Eve sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement par le Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. iv, 24) reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n'avait pas été commise.

Relevez donc la tête, emants d'Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd'hui, l'humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s'est détourné pour ne pas la" flétrir ; la dignité première

de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Eve est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d'heures, le Dieu-homme qui procède d'elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle. Et comment n'admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l'a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l'accent d'une complaisance toute d'amour : « Vous êtes toute belle, ma bien« aimée, et il n'y a en vous aucune tache ? » (Cant. iv, 7.) C'est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché; voilà pourquoi il se conjouit avec elle, et la félicite du don qu'il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d'admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu'il s'incline profondément devant une telle merveille, et qu'il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où îa lumière et la sainteté resplendissent sou438 VAvent.

verainement, croissant toujours de degré en degré; mais voici qu'il a rencontré "sur la terre, dans une créature d'un rang inférieur aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n'a été donnée qu'avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C'est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.

Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l'Église, enseignée par les saints Docteurs, crue'avec une 'fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d'une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c'était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n'avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n'avait pu coûtera Dieu pour l'en préserver. Mais désormais l'honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu'a dictée l'EspritSaint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J'ai « prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne dé« faille jamais » (Luc. xxn. 32) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l'Esprit de vérité « qui demeurera avec vous à ïamais, et vous « fera souvenir de tout ce que ie vous avais « enseigné. a Johan. xiv, 20.)

Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l'objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau

la pression victorieuse du pied de la Viergemère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable; car il a daigné l'éclairer tout entière d'un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N'at-elle pas'tressailli, cette terre ? N'a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n'oubliera jamais? Quelque chose de grand s'accomplissait à cette moitié du siècle; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l'Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.

En attendant l'heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Eglise le confessait cîiaque année, en célébrant la fête d'aujourd'hui. Cette fête n'était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l'Angélique Docteur saint Thomas . s'accordent à enseigner que l'Eglise ne peut pas célébrer la fête de ce qui n'est pas saint; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l'Eglise, depuis tant de siècles, l'honore d'une fête spéciale. La Nati<- tivité de Marie est l'objet d'une solennité dans l'Eglise, parce que Marie naquit pleine de grâce; si donc le premier instant de son

existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Conception n'aurait pu être l'objet d'un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l'Eglise que celle que nous célébrons aujourd'hui.

L'Eglise grecque, héritière plus prochaine des pieuses'traditionsde l'Orient, la célébrait déjà au vie siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le vme siècle, dans l'Eglise gothique d'Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au ixe siècle, pour l'usage de l'Eglise de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait le mvstère de l'Immaculée Conception dans une Hymne remarquable, que nous donnerons tout à l'heure, d'après les manuscrits du Mont-Cassin, de Subiaco et de Bénévent. En 1066, la fête s'établissait en Angleterre à la suite d'un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé HeTsin, et bientôt elle s'étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme , moine et archevêque de Cantorbéry ; de là elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049. par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l'abbaye d'Irach ; en Belgique, à Liège, eh 1 142. C'est ainsi que toutes'les Églises de l'Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l'exprimait.

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