L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 84)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Tu es mundi gaudium, Charitatis régula, Victoris stipendium. Aromatum cellula.

Sit tibi. flos omnium, Virgo sine macula, Honor et imperium, Per aeterna sscula.

Vous êtes la joie du monde, la règle de l'amour, le salaire de la victoire, le trésor des parfums.

A vous soient, ô fleur du monde. Vierge sans tache, et l'honneur et 1 empire, dans les siècles éternels.

Exultemus. quaesumus | traites, s'il vous plaît, SeiDomine Deus noster, omnes recti corde in unitate fidei congregati : ut veniente Salvatore nostro Filio tuo. immaculati occurramus illi in ejus Sanctorum comitatu. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

f gneur notre Dieu, que nous soyons dans l'allégresse, nous tous qui sommes rassemblés avec un cœur droit, dans l'unité de la foi ; afin

fu'à l'Avènement de votre ils notre Sauveur, purifiés et réunis à la compagnie de ses Saints, nous allions audevant de lui. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Considérons la très pure Marie visitée par l'Ange Gabriel et concevant en ses chastes entrailles le Créateur de l'univers, le Rédempteur de la race humaine. Mais afin de mieux goûter le fruit d'un si grand Mystère, prêtons une oreille pieuse au séraphique saint Bonaventure, qui, dans ses ineffables Méditations sur la vie de Notre-Seigneur, raconte avec une onction que rien ne saurait imiter ces sublimes scènes de l'Evangile auxquelles l'Esprit-Saint semble l'avoir fait assister. Nous empruntons ce fragment à la traduction de l'ouvrage entier par le R. P. Dom François Le Bannier, bénédictin de la Congrégation de France 1 :

a. Or, après que fut venue la plénitude du temps auquel la souveraine Trinité avait arrêté de pourvoir, par l'Incarnation du Verbe, au salut du genre humain, à l'endroit duj. L'auteur de la traduction a pensé que, pour rendre complètement la suave et humble diction de saint Bonaventure dans sa Vie du Christ, il était convenable de recourir anx formes naïves que la langue française conservait encore aux xve et xvie siècles. Il ne nous appartient pas de prononcer sur le mérite de ce travail de notre confrère : mais il nous est permis de convenir que cette œuvre délicate a trouvé grâce auprès des juges compétents.

quel elle était éprise d'extrême charité; lors, d'une part, que la bienheureuse Vierge Marie fut revenue à Nazareth, ce Dieu toutpuissant, ému par sa miséricorde, et acquiesçant aux pressantes sollicitations de l'Esprit d'en-haut, appela l'Ange Gabriel, et lui dit: « Va trouver notre très aimée fille Marie, « épousée à Joseph, celle sur toute créature « qui nous est la plus chère, et dis à icelle < que mon Fils a convoité sa beauté et se « l'est choisie pour Mère, et prie-la d'accep« ter icelui joyeusement, parce que par elle « ai décrété d^opérer le salut de tout le genre « humain, et veux oublier l'injure à moi « faite. 9

« Se levant donc, Gabriel, joyeux et réjoui, s'envola des hauteurs, et sous l'humaine apparence, en un moment fut devant la Vierge Marie, qui lors était en la chambre à coucher de sa maisonnette. Mais il ne vola pas si vite qu'il ne fût prévenu par Dieu; et là il trouva la Trinité sainte qui prévint son message. Adoncques qu'il fut entré chez la Vierge\Marie, Gabriel, son fidèle Paranymphe, lui dit : « Salut, pleine de grâce ; le Seigneur « est avec vous : bénie ètes-vous entre toutes « les femmes. » Mais icelle, troublée, ne répondit mot : non pas qu'elle fût troublée de trouble coupable, ni de la vision de l'Ange, d'autant qu'elle était accoutumée à souvent en voir ; ains, suivant les mots de l'Evangile, elle fut troublée en la parole d'icelui, pensant à la nouveauté d'une telle salutation ; car il n'avait point accoutumance de la saluer de la sorte.

se voyait complimentée de trois choses, elle ne pouvait, cette humble dame, ne se troubler point. De fait, on la complimentait pour ce qu'elle était pleine de grâce, que le Seigneur était en elle, et qu' elle était bénie pardessus toutes les femmes : mais l'humble ne peut ouïr son éloge, sans rougir et se troubler. Par ainsi son trouble provint d'une vergogne honnête et vertueuse. Elle se prit aussi à craindre et à douter s'il en allait vraiment ainsi : non qu'elle crût l'Ange capable de ne pas parler vrai ; mais c'est qu'il est propre aux humbles de n'examiner oncques leurs vertus, ains plutôt de ruminer leurs défauts, à celle fin de pouvoir toujours profiter, estimant petite ce qu'ils ont de grande vertu, et leurs plus chétifs défauts comme fort grands. Et ainsi donc qu'une femme prudente et avisée, timide et modeste, Notre-Dame rien ne répondit. Et d'effet qu'eûtelle répondu ? Apprends aussi toi-même, à son exemple, à observer le silence et aimer la taciturnité, pour ce que grande et moult utile est icelle vertu. Aussi écouta-t-elle deux fois premier que de répondre une seule ; d'autant que c'est une chose abominable pour une vierge d'être parleuse.

« Adoncques connaissant l'Ange la cause de son doute, il lui dit : « Ne craignez point, « Marie, ni ne rougissez des louanges que je « vous ai dites ; parce qu'il en est ainsi : « voire même , non seulement vous êtes « pleine de grâce, ainsi encore vous l'avez « récupérée et retrouvée de par Dieu, pour tout « le genre humain. Car voici que vous con« cevrez et enfanterez le Fils du Très-Haut.

a Celui qui vous a élue pour être sa Mère, « sauvera toutes gens qui espéreront en g lui. » Pour lors icelle répondit, sans toutefois confesser ou nier la justesse des compliments qu'on lui venait de faire : ains, il était un autre point dont icelle voulait être certifiée : sçavoir est pour le regard de sa virginité rjtie par-dessus tout elle craignait de perdre : partant, elle s'enquit auprès de l'Ange de la manière de cette conception, disant": g Comment cela se fera-t-il ? « car j'ai très fermement dévoué ma virginité « à mon Seigneur, pour qu'à tout Jamais je « ne connusse point l'homme. » Et l'Ange lui dit : « Cela se fera par l'opération du 1 Saint-Esprit, lequel vous remplira d'une « façon singulière, et par la vertu d'icelui « vous concevrez, sauve pour vous votre vir« ginité ; et c'est pourquoi votre fils sera « nommé le Fils de Dieu : car rien ne lui « est impossible. Voyez bien Elisabeth votre « cousine ; encore qu'elle fût moult âgée et a stérile, il y a déjà six mois qu'elle a conçu e un rils par la vertu de Dieu. »

« Considère ici, pour Dieu, et médite comme quoi toute la Trinité est là, attendant la réponse et consentement de cette sienne Fille singulière, regardant avec amour et complaisance la modestie d'icelle, ses mœurs et ses paroles. Contemple Gabriel, se tenant incline et révérencieux devant sa Dame, avec un visage paisible et serein, exécutant fidèlement son ambassade, et observant attentivement les paroles de sa très chère D 1 à celle fin de lui pouvoir congruement répondre, et sur cette œuvre merveilleuse, par3e Jour dans VOct. de l'Immac. Concept. 483

faire la volonté du Seigneur. Considère comme Notre-Dame se tient timidement et humblement, la face couverte de pudeur, quand elle est ainsi prévenue par l'Ange, et à l'impourvu. Aux paroles d'icelui, elle ne s'élève, ni ne se répute. Voire même : comme elle entend dire de si grandes choses de soi, des choses telles que jamais oncques ne furent dites, elle attribue le tout à la divine grâce. Apprends donc, à l'exemple d'icelle, à être modeste et humble : d'autant que sans cela la virginité vaut peu de chose. La voilà qui s'éjouit, la très prudente Vierge, et elle se consent aux paroles ouïes de la bouche de l'Ange. Lors, comme ainsi il est relaté en ses Révélations, elle se mit à genoux, avec profonde dévotion, et les mains" jointes, elle dit : « Voici la servante du Seigneur : me « soit fait suivant votre parole. »"Adoncques le Fils de Dieu entra aussitôt tout entier et sans retard au sein de la Vierge, et en prit chair, cependant que tout entfer il resta au sein de son Père.

« Or, pour lors, Gabriel, avec sa Dame et Maîtresse, se mit à genoux ; et peu après se levant avec elle, puis inclinant derechef jusqu'à terre et lui disant adieu, se disparut ; après quoi, de retour en sa patrie, il conta toute la chose ; et fut là une nouvelle liesse, et nouvelle fête et nouvelle exultation nonpareille. La Dame pour sa part, toute enflammée, et plus que d'accoutumance embrasée en l'amour de Dieu, se sentant avoir conçu, rendit grâces, à deux genoux, d'un si grand don, suppliant humbrement et dévotieusement le même Seigneur Dieu, qu'il la

daignât instruire , de telle façon, qu'en tout ce "qui se présenterait à faire environ son fils, elle le pût faire sans défaut. »

Ainsi a parlé le Docteur Séraphique. Adorons profondément notre Créateur, dans l'état où l'ont réduit son amour pour nous et le désir de subvenir à notre misère ; saluons aussi Marie, la Mère de Dieu et la nôtre.

INhonorem Marias Virginis, Quae nos lavit a labe criminis, Celebretur hodie : Dies est laetitiae.

De radice Jesse propaginis Hanc eduxit Sol veri luminis, Manu sapientiae, Templum suae gratiae.

Et aurora surgens progreditur, Sicut luna pulchra describitur ;

A LA gloire de la Vierge Pi. Marie qui nous a lavés des souillures du crime, célébrons ce jour; c'est un jour d'allégresse.

Du tronc de Jessé, père de sa race, le Soleil de vraie lumière l'a fait sortir par la main de sa sagesse, pour en faire le temple de sa grâce.

Au nouveau lever de cette étoile nouvelle, notre mort se meurt, et enfin de sa chute, Eve se relève en Marie.

Elle monte, cette aurore naissante, elle resplendit comme la lune en sa beauté; et comme un soleil, au-Jes3° Jour dans VOct. de Vlmmac. Concept. 4 85

sus de toutes les créatures, s'élève la Vierge miséricordieuse.

Vierge mère, Vierge unique, léger nuage de parfums, soleil de suavité, en vous se glorifie toute l'œuvre du ciel et du monde.

Le Verbe du Père, au milieu des temps, descend dans le secret de vos entrailles ; tout entier dans votre sein, au dehors il existait aussi tout entier.

Fruitvigoureux d'un arbre desséché, le Christ, comme un géant, en sa force immense, a rompu nos chaînes et repris ses gages à l'enfer.

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