L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 86)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Eulalie, vierge sacrée, noble de race, plus noble encore dans son courageux trépas, favorise de sa protection Mérida qui lui donna le jour, et qui garde son toraSainte Eulalie, Vierge et Martyre 49$

C'est aux régions ou le soleil se couche qu'est située la ville qui a produit cette illustre héroïne ; cité puissante et habitée par un peuple nombreux, mais plus hère encore du sang de la martyre et du sépulcre de la vierge.

La jeune fille ne comptait encore que douze années. lorsqu'on la vit effrayer par son courage les bourreaux tremblants, braver la flamme pétillante du bûcher et mettre sa joid dans le supplice.

Déjà on l'avait vue prendre son essor vers la patrie ou règne le Père céleste; renonçant à l'hymen terrestre, elle avait repoussé les joies et les amusements du jeune âge.

Les parfums, les roses, les riches parures, n'obtinrent que son mépris ; grave dans ses traits, modeste dans sa démarche, dès l'âge le plus tendre on trouvait en elle cette sagesse que la vieillesse seule peut donner.

Proximus occiduo locus est, Qui tulit hoc decus egregium, Urbe potens, populis locuples : Sed mage sanguine martyr'ii, Virgineoque potens titulo.

Jam dederat prius indicium Tendere se Patris ad solium, Nec sua membra dicata

Spernere succina. flarc rusas. Fulva monilia respuere : Ore severa, modesta gradu, Moribus et nimium teneris Canitiem meditata senum.

Infremuit sacer Eulalise Spiritus, ingeniique fercx Turbida frangere bella

procul : Ne fera sanguinis in pretium : Mortis amore puella

impie s'anime contre les serviteurs de Dieu ; on ordonne aux chrétiens de brûler un sacrilège encens, avec le foie des victimes, devant desdieux qui ne donnent que la mort.

L*àme sainte d'Eulalie en frémit ; sa noble fierté se prépare à repousser un tel assaut : son cœur intrépide, épris de l'amour d'un Dieu, sollicite la jeune fille à braver le glaive des tyrans.

En vain la tendre sollicitude d'une mère veille à retenir la vierge généreuse dans le secret de la maison, à la campagne et loin de la ville, de peur que l'amour d'un trépas glorieux ne l'entraîne à sacrifier son sang.

Elle, dédaignant un repos qui lui semble une lâcheté, fatiguée d'un retard qui la déshonore, force les portes, la nuit, sans témoins ; dans sa fuite, elle ouvre les barrières qui la retenaient, et bientôt elle prend des sentiers détournés.

de son silence : mais une luEt licet horrida nox simière céleste la guide-.

« Quelle fureur vous ani« me? s'écrie-t-elle. PourVociferans : Rogo,

ego sum Daemonicis inimica sacris ; Idola protero sub pedibus : Pectore et ore Deum fateor.

Isis,Apollo, Venus nihil est. Maximianus et ipse nihil: Ula nihil, quia facta

« quoi perdre vos âmes im« prudentes, en les abaissant « devant des pierres taillées

c Infortunés, vous pour'i suivez les chrétiens ; moi i aussi je suis une ennemie ;< du culte des démons, je « foule sous mes pieds les •v idoles ; de mon cœur et de « ma bouche je confesse « Dieu.

« Isis, Apollon, Vénus ne « sont rien : .Maximien aussi « n'est que néant : vos idoles, « parce qu'elles sont faites « de la main des hommes ; « lui, parce qu'il les adore : » tout cela est nul et doit être * compté pour rien.

« Que Maximien, ce prince « opulent, et pourtant l'hum• ble serviteur de ces pierres, « dévoue et sacrifie jusqu'à h sa tête à de telles divinités ; « mais pourquoi persécute» t-il des cœurs généreux?

« il lui faut du sang inno« cent pour se nourrir. Dans « sa faim il déchire les corps « des saints et jusqu'à leurs « entrailles accoutumées au « jeûne ; son bonheur est de « torturer jusqu'à leur foi.

« Allons, bourreau, em«. ploie le fer et le feu ; divise « ces membres sortis du li« mon de la terre ; il est aisé « de détruire une chose si « fragile ; mais au dedans vit « une àme que la douleur n'afl battra pas. »

Un tel discours fait monter au comble la colère du Préteur : « Licteur, s'écrie-t-il, " saisis cette furieuse, et « dompte-la par les tortures. « Fais-lui sentir ce que c'est « que les dieux de la patrie, « et qu'on ne méprise pas en « vain les édits du prince.

« Jeune fille égarée, plutôt C que de t'envoyer à la mort, « je voudrais, s'il est possible, « t'arracher à tes erreurs perce verses. Vois donc quel bondi heur cette vie te destine, « quel honorable hymen t'est « préparé.

« Ta famille dans les lar« mes te recherche en ce moSanguine pascitur innocuo : Corporibusque piis inhians Viscera sobria dilacerat, Gaudet et excruciare

Talibus excitus in furias Prsetor, ait : Râpe prsecipitem, Lictor, et obrue suppliciis : Sentiat esse deos patrios, Nec levé principis imperium.

tui Ingemit anxia nobilitas, Flore quod occidis in tenero. Proxima dotibus et thalamo.

est fu ^ Si modicum salis eminulis Thuris et exiguum digitis Tangere. virgo, benigna

Tous les livres