L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 88)
C'est là que, dans un sanctuaire où la lumière est réfléchie par l'éclat des marbres étrangers et indigènes, un tombeau digne de tout respect garde les cendres sacrées d E lalie.
Au-dessus étincelle un lambris tout resplendissant d'or; le pavé du temple, formé de pierres délicatement taillées, semble un jardin émaillé de fleurs et des roses les plus vermeilles.
Cueillez la violette pourprée, moissonnez des rieurs éclatantes; l'hiver, malgré sa rigueur, en produit encore ; le sol glacé qu'échauffe le soleil en fournira de quoi remplir vos corbeilles.
Jeunes filles. jeunes homme-, en présentant cette offrande, n'oubliez pas de l'entourer d'un
épais feuillage; ma guirlande à moi sera ces vers dactyliques que j'offre pour les chœurs ; ils sont humbles, ils se ressentent de ma vieillesse : cependant ils conviennent à la fête.
C est ainsi que nous offrirons nos hommages aux restes sacrés de la martyre. et à l'autel qui couvre son tombeau : du ciel où elle repose aux pieds de Dieu, elle agrée l'offrande, et, rendue propice par nos chants, elle répand sa protection sur un peuple qui est le sien.
medio Texta feram pede dactylico. Vilia. marcida. festa taSic venerarier ossa libet. Ossibus altar et impositum : Illa Dei sita sub pedibus Prospicit hase, populosque suos Carminé propitiata fovet.
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici qu'une faible idée des richesses liturgiques que nous offrent le Bréviaire et le Missel Mozarabes, sur sainte Eulalie. Rien n'est plus magnifique que les éloges consacrés à sa mémoire par l'ancienne Eglise d'Espagne. Nous prenons, presque au nasard, dans le Missel, les deux belles pièces qui suivent, que nous avons choisies sur vingt autres qui auraient presque un droit égal à être citées ici :
Oue la virginité se réjouisse en vous . Seigneur, et que la continence, sœur de la virginité, prenne une part à sa joie. Voici une guerre dans laquelle il ne s'agit plus du sexe, mais du courage ; la défense a . dans le glaive, mais dans la
L.ETETUR in te, Domi< ne. queeso, virgini;as : et huic proxima congaudeat continentia. Non -ex.; m quœrunt hujus modi relia, sed an> mum. Xcn mucronisronfidentiam, sed pudoris. Non etiam personas dis5o6
cussuras, sed causas. Impune inter armatas transit acies innocens conscientia : quae superavit crimina. superat et metalla. Facile vincit alios quisquis se vicerit ; et cum laudabile sit viro fecisse virtutem, majoris tamen praeconii est fecisse virgmem rem virilem. Prophanum sacra ingreditur puella concilium: et solum Deum in pectore gestaos infert violentiam passioni. Nec deest Lictor tam impudens quam crudelis : qui sponsam '.seccre dixerim) Christi, fornieantium verberibus oculorum, supplicio libidinante torqueret : ut quae pœnas in adulterio non luebat . saltem pœnas adultéras sustineret. Dudum quod gravius carnifex putat , exspectantium oculii corpus exponit et per divaricatas viscerum partes, ictuum sulcos cursus fusi sanguinis antecedit. Periit tune tortoris iniqui commentum : -5ù!a patiuntur tormenta ludihriura. Habet quidem virginem nostram nuditas. sed pudicam. Discat ergo. discat uterque sexus ex vi rgine, non pulchritudinjm colère, sed
pudeur; le combat n'est pas entre les personnes, mais entre les causes. Une conscience innocente traverse, sans blessure, des bataillons armés; elle a vaincu l'ardeur des sens, elle triomphera du fer. Il vaincra facilement les autres, celui qui s'est vaincu lui-même ; mais si la vertu est louable dans l'homme, la vierge qui déploie un courage viril est digne encore de plus grands éloges. Voici qu'une Vierge sacrée pénètre dans une assemblée profane, et, portant Dieu seul dans son cœur, elle triomphe des supplices. Cependant il y a là un licteur non moins impudent que cruel, qui, lançant les traits impudiques de ses regards, torture par un infâme supplice celle qu'on peut appeler l'épouse du Christ : en sorte que celle qui est étrangère à l'adultère ait du moins à subir une peine adultère. Bientôt le bourreau, pour la soumettre à une plus rude épreuve, expose le corps de la Vierge aux yeux des spectateurs ; et le long de ses flancs déchirés le sang coule en ruisseaux, plus rapides que n'e>t la main du licteur à ouvrir de nouvelles blessures. L'intention sacrilège du juge est confondue : il n'y a ici d'autre jouet que ses tourments. Sans doute notre Vu
nue ; mais sa nudité est pudique. Que l'un et l'autre sexe apprennent donc de cette Vierge à rechercher non la beauté, mais la vertu, à aimer la foi, non les grâces du corps. Que celui qui veut plaire au Seigneur, s'attende à être jugé, non sur les agréments du visage, mais sur la pudeur . Maintenant , 6 Christ ! puisque c'est par vous que cette Vierge a vaincu, par vous qu'elle a mérité, par vous aussi qu'elle a accompli sa tâche (car nous ne saurions repousser les traits de nos ennemis, si nous n'évirtutem: fidem amare, non formam. Placiturus Domino : non decoris expectare judicium, sed pudoris. Sed quia tuum est, Christe, totum quod meruit: tuum etiam quod peregit. Nec enim tela repellimus adversantium, nisi tua? divinitatis beneficio sublevemur. Nanc prœsta nobis, ut sicut hœc beatissima Martyr tua pugnando prœmium adepta est castitatis : ita nos commissorum nostrorum ad te dimissis contagiis , adipiscamur praemia tuœ promissionis.
de votre Divinité), daignez donc, de même que votre bienheureuse Martyre a gagné par son combat le prix de la chasteté, nous pardonner l'impureté de nos méfaits, nous faire obtenir la récompense que vous avez promise
IL est digne et juste, Seigneur Dieu, que nous vous rendions grâces, à vous qui avez établi dans une ■gloire sublime cette Vierge prudente, fidèle disciple de la foi ; à vous qui, ayant fait que Marie devînt mère, avez fait aussi qu'Eulalie fût martyre : l'une heureuse d'enfanter, l'autre heureuse de mourir; l'une accomplissant le ministère de l'Incarnation du Verbe, l'autre s'appropriant l'imitation de ses souffrances. L'une crut à l'Ange, l'autre
Dignum et justum est. Domine Deus, qui tam prudentem virginem fidei sociatam apice glorias consecrasti, tibi gratias agere : Ut per quem facta est mater Maria, fieret Martyr Eulalia : illa pariendi affectu felix, ista moriendi. Illa implens Incarnations officium , ista rapiens passionis exemplumtilla credidit Angelo, ista resistit inimico. Illa electa per quam
Christusnasceretur : ista as-umpta per quam diabolus vinceretur. Digna re Eulalia Martyr et\ irMacitura Domino suo : quoe. Spiritu Sancto protegente, tenero sexu bellum forte sudaverit ; et ultra opinionem humanœ virtutis ad tolerantiam pœnarum zelo tui amoris se obtulerit : quum in specie pretiosi Unigeniti tui sanguinem suum sub testimonio bons ccnfessionis effuderit: et incorrupta flammis viscera in odorem suavissimi thymiamatis adoleverit. Yadit ad tribunal cruemi prxsidis. non quœsita. In qua tam solum fuitanimus incontinens ad secretum, quam locus competens ad triumphum. Lucratura
regnum, contemptura supplicium , inventura quœsitum , visura confes<um. Non trépida de pcena, non ambigua de corona. non defessa de equuleo. non diffisa de praernio. Interrogatur , confitetur: occiditur, coronatur. Ingentique miraculo majestas tua exhalatum Virgiois spiritum. quam assumpsit per flammam . suscepit per columham. Ut hoc prodigio in cœlis Martyr asrésista à l'ennemi ; l'une élue pour que le Christ naquit d'elle, l'autre choisie pour que le diable fût vaincu par elle. Elle fut vraiment digne de plaire à son Seigneur, Eulalie, la Martyre et la Vierge qui , protégée par l'Esprit- Saint , soutint un combat rude à la délicatesse de son sexe. On la vit. dépassant toutes les forces humaines, s'offrir aux tortures par le zèle de votre amour ; quand, pour l'honneur de votre cher Fils unique, elle versa son sang dans le témoigne confession généreuse, et livra aux flammes ses chastes flancs, comme un encens de très suave odeur. Sans être appelée, elle se présente au tribunal d'un gouverneur sanguinaire. Là, son âme se montre aussi incapable de dissimulation que le lieu même était propre à un triomphe. Elle veut gagner un royaume, mépriser les supplices, trouver celui qu'elle cherche, voir enfin celui qu'elle aura confessé. La peine ne l'émeut pas : elle ne doute pas de sa couronne; !e chevalet ne l'a pas lassée ; elle est sans inquiétude sur la récompense. On l'interroge, elle confesse; on l'immole, elle est couronnée. Par un
firodige étonnant, l'esprit de montant vers vous par la flamme, votre Majesté
cenderet, quo in terris Filium Pater ostenderat. Siquidem nec inhonorum patiuntur elementa corpusculum, quod deciduis nix aspersa velleribus , cr virtutis rigorem et vir^initatis tecta candorem eluceret . vestiret, absconderet. Superni velaminis operimento, cœ-
quias, et per misericordiam Redemptoris daret animse sedem. pro sepultura redderet dignitatem.
le reçoit sous la forme d'une colombe ; en sorte que la Martyre s'élève au ciel sous le symbole merveilleux par lequel, Ô Père céleste ! vous avez désigné votre Fils à la terre. Mais les éléments euxmêmes ne peuvent souffrir que le corps de la Martyre demeure plus longtemps sans honneur: une neige tombant
du ciel comme une blanche lum funeri prœstat exetoison vient embellir, couvrir et voiler ces restes dans lesquels respirent l'austérité de la vertu, la candeur de la
virginité. Le ciel lui-même prête la pompe de son linceul à de si augustes funérailles; enfin, par la miséricorde du Rédempteur , l'àme de la Vierge est établie dans la demeure céleste, et les honneurs d'en haut compensent la sépulture terrestre dont son corps est privé.
Laissez-nous, glorieuse Martyre, mêler notre admiration à celle de l'Eglise, notre voix aux cantiques sublimes qu'elle entonne en votre honneur. L'amour du Christ, o Vierge héroïque, avait transporté votre cœur, et vous ne sentiez plus les tourments ; ou plutôt la douleur était l'aliment de votre amour, en l'absence de cet Epoux qui, seul, pouvait répondre à vos désirs. Cependant, avec cette ardeur invincible, avec cette audace magnanime qui vous faisait affronter les tyrans et la fureur du peuple, rien de plus doux que votre sourire, de plus tendre que vos paroles. Obtenez-nous, 6 Epouse du Christ ! une part à ce courage qui ne défaille jamais devant l'ennemi, à cette tendresse pour le Seigneur Jésus , qui seule sauve
les âmes de la sécheresse et de l'orgueil. O vous, la gloire de l'Ibérie ! colombe pacifique ! ayez pitié de cette terre catholique qui vous a nourrie pour le ciel. Ne soutirez pus que l'antique foi pâlisse dans une Eglise qui brilla si longtemps entre toutes les autres d'un éclat non pareil. Priez pour que les jours de la tribulation soient abrèges ; que Dieu, rléchi par vos prières, confonde la sacrilège audace des impies qui ont résolu d'anéantir le royaume de Dieu sur la terre; qu'il inspire au clergé la force et l'énergie des anciens jours ; qu'il rende fécond le sang des martyrs qui a déjà coulé ; qu'il arrête le scandale dont les simples et les faibles sont si aisément les victimes ; qu'il daigne enfin ne pas effacer l'Espagne du nombre des nations catholiques, et pardonner aux fils dégénérés, en souvenir de leurs pères !
Gahrieiis Angelios, nuntiatum est Yirgini Maria», et Verbum concepit e cœlo : * Et illum suscepit modicus utérus, cui parvus fuerat mundus. f. Spiritus Sanctus in te ingredietur. et virtusAltissimi obumbrabit tibi. " Et illum suscepit modicus utérus, cui parvus fuerat mundus.
ar la bouche de l'Ange Gabriel, une nouvelle a été annoncée à Marie, et elle a conçu le Verbe descendu du ciel : * Et le sein d'une femme reçoit celui pour qui le monde était petit, f. L'Esprit-Saint entrera en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. * Et le sein d'une femme reçoit celui pour qui le monde était petit.
Ce grand Pontife apparaît au Cycle, non plus pour annoncer la Paix comme saint Melchiade, mais comme un des plus illustres défenseurs du grand Mystère de l'Incarnation. Il venge la foi des Eglises dans la divinité du Verbe, en condamnant, comme son prédécesseur Libère, les actes et les fauteurs du trop fameux Concile de Rimini ; il atteste par sa souveraine autorité l'Humanité complète du Fils de Dieu incarné, en proscrivant l'hérésie d'Apollinaire. Enfin, nous pouvons considérer comme un nouvel et éclatant témoignage de sa foi et de son amour envers l'Homme-Dieu, la charge qu'il donna à saint Jérôme de travailler à une nouvelle version du Nouveau Testament sur l'original grec, pour l'usage de l'Eglise Romaine. Honorons un si grand Pontife que le Concile de Chalcédoine appelle l'ornement et la force de Rome par sa piété, et que son illustre ami et protégé saint Jérôme qualifie d'homme excellent, incomparable, savant dans les Ecritures, Docteur vierge d'une Eglise vierge. La Légende du Bréviaire nous raconte une partie de ses mérites :
Damase, Espagnol, homme i t-\ amasus Hispanus, vir excellent et savant dans I \-J egregius et eruditus les Ecritures, ayant convoqué | in Scripturis, indicto