L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 91)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Vous êtes toute à nous ; guidez-nous, Etoile de la mer ! et nous protégez toujours : nous voici dans vos bras.

Vers vous, clémente, nous soupirons : si vous ne nous conduisez, nous non

ce qu'il faut faire, pour vivre. au terme de ces jours, éternellement avec les Saints.

Jésus-Christ. Fils de Dieu, tout le fondement de notre espérance, par la médiation de votre Mère, donnez-nous part, avec l'assemblée des Anges, à l'éternelle réjouissance.

Jesu Christe, Fili Dei, Tota salus nostras spei ; Tuœ Matris interventu, Angelorum nos conventu Fac gaudere jugiter.

Nous avons appris, o Christ, nous confessons et nous croyons que, sortant du sein du Père, vous viendrez revêtir le voile de notre chair, pour délivrer, par le mystère de l'Incarnation, ce qui avait péri par la contagion d'une nature viciée. Faites que nous recevions, avec une ardente et vigilante dévotion, la nouvelle joyeuse de votre Avènement ; afin que, parti du sein mystérieux de votre Père, vous paraissiez au dehors sous la forme humaine, pour sauver les hommes ; nous, sortant enfin de l'ombre de nos péchés, nous nous hâtions d'accourir, purifiés, à la rencontre de votre Divinité. Alors, la fin de

AUDIVIMUS, Christe ; confuemur, et credimus, quod de sinu Patris egrediens veneris, ut carnis nostrœ vestibulo cingereris, liberaturus, scilicet susceptœ Incarnationis mysterio, quod perierat naturte vitiatœcontagio. Fac nos, pra?nuntiata Adventus tui gaudia, promptissima surrectionis devotione excipere: ut, quia tu e loco patrio secretoque progrediens, salvaturus homines, humanitus properasti ad publicum ; nos e loco criminis exeuntes. munditiores concitum Divin:- tatis tuœ prospectemus excursum : ut extrema

vita- nostrœ, nullius discriminis conculcatione involvens ; sic provoces terrore justitioe, ut solita justifiées pietate. Amen.

notre vie ne sera point en butte à votre colère, et la terreur de votre justice nous aura mis à même d'être justifies par cette incessante miséricorde qui est en vous. Amen.

Voici la quatrième de nos Vierges sages, la vaillante Lucie. Son nom glorieux" étincelle au sacré Diptyque du Canon de la Messe, à côté de ceux d'Agathe, d'Agnès et de Cécile; mais, dans les jours de l'Avent, le nom de Lucie annonce la Lumière qui approche, et console merveilleusement l'Eglise. Lucie est aussi une des trois gloires de la Sicile chrétienne; elle triomphe à Syracuse, comme Agathe brille à Catane, comme Rosalie embaume Palerme de ses parfums. Fêtons-la donc avec amour, afin qu'elle nous soit en aide en ce saint temps, et nous introduise auprès de celui dont l'amour l'a rendue victorieuse du monde. Comprenons encore que si le Seigneur a voulu que le berceau de son Fils "parût ainsi entouré d'une élite de Vierges, et s'il ne s'est pas contenté d'y faire paraître des Apôtres, des Martyrs et des Pontifes, c'est afin qu'au milieu de la joie d'un tel Avènement, les enfants de l'Eglise n'oublient pas d'apporter à la crèche du Messie, avec la foi qui l'honore comme le souverain Seigneur, cette pureté du cœur et des sens que rien ne saurait remplacer dans ceux qui veulent approcher de Dieu. Lisons maintenant les Actes glorieux de la Vierge Lucie.

Lucie, Vierge de Syra- I » ucia, Virgo Syracucuse, illustre par sa nais- I L sana, génère et christiana fide ab infantia nobilis, una cum matre Eutychia, quœ sangainis fluxu laborabat, Catanam ad venerandum corpus beatae Agathx venit.Qus ad ejus sepulcrum quum suppliciter orasset, Agathae intercessione, matri sanitatem impetravit. Statim vero matrem exoravit, ut quam dotem sibi datura esset. Christi pauperibus tribui pateretur. Ut igitur Syracusas rediit, omnem pecuniarn, quam ex facultatibus vendais redegerat, pauperibus distribuit.

QUOD ubi rescivisset is cui eam parentes contra Virginis voluntatern desponderant,apud Paschasium Praefectum. Luciam, qucd christiana esset accusavit. Quam ille cum nec precibus, nec minis ad cultum idolorum posset perducere ; immo tantomagis incensam videret ad celebrandas christiana; fidei laudes, quanto magis ipse eam a sententia avertere conabatui : Ces-abunt, inquit, verba, quum ventum erit ad verbera. Cui Vit go Dei strrisverba de0 pusaunt, quibus a Christo Domino dictum est : Quum steteritis ante

sance et parla foi chrétienne qu'elle professa dès l'enfance, vint à Catane. avec sa mère Eutychia malade d'un flux de sang, pour vénérer le corps de sainte Agathe. Ayant fait «es prières au tombeau de la Sainte, elle obtint, par son intercession, la santé de sa mère. Aussitôt elle supplia celle-ci de souffrir qu'elle distribuât aux pauvre- de Jésus-Christ la dot qu'elle lui préparait. C'est pourquoi Lucie, étant de retour à Syracuse, vendit tous ses biens, et en distribua l'argent aux pauvres.

CELUI a qui ses parents l'avaient fiancée contre sa volonté ayant appris ceci, alla trouver le Préfet Paschasius, et accusa Lucie d'être chrétienne. Ce magistrat ne pouvant, ni par prières, ni par menaces, amener Lucie au culte des idoles, vovant au contraire que plus il s'efforçait de lui faire changer de sentiments, plus elle semblait enflammée à célébrer les louanges de la foi chrétienne : Tu ne parleras plus autant, lui dit-il, quand on en sera venu aux coups. La parole ne peut manquer aux serviteurs de Dieu, reprit la puisque le Seigneur Chri-t a dit : Quand vous serez devant les rois et les

gouverneurs, ne vous mettez pas en peine de la manière dont vous parlerez, ou de ce que vous direz ; car ce que vous aurez à dire vous sera donné à l'heure même ; parce que ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit-Saint qui parle en vous.

PASCHASius lui ayant dit sur cela: Le Saint-Esprit est-il donc en toi ? Elle répondit : Ceux qui vivent avec chasteté et piété sont le temple de l'Esprit-Saint. Le Préfet repartit : Je vais donc te faire conduire en un lieu de prostitution, afin que le Saint-Esprit t'abandonne. La Vierge répondit : Si on me fait violence malgré moi. j'aurai double couronne de chasteté. A ces mots Paschasius, enflammé de colère^ ordonna qu'on minât Lucie dans un lieu où on lui fit perdre sa virginité ; mais il arriva, par la puissance divine, que la Vierge demeura immobile au même lieu, sans qu'aucune violence l'en pût arracher. C'est pourquoi le gouverneur, l'ayant fait environner de poix, de résine et d'huile bouillante, commanda qu'on allumât du feu autour d'elle; mais comme la flamme ne lui faisait aucun mal. après qu'on l'eut tourmentée en plusieurs manières, on lui perça la gorge d'un coup d'éDée.

reges et praesides, nolite cogitare quomodo aut quid loquamini ; dabitur enim vobis in illa hora quid loquamini ; non enim vos estis qui loquimini. sed Spiritus Sanctus qui loquitur in vobis.

QUAM quum Paschasius interrogasset : Estne in te Spiritus Sanctus ? Respondit : Caste et pie viventes templum sunt Spiritus Sancti. At ille : Jubebo te ad lupanar duci, ut te Spiritus Sanctus deserat. Cui Virgo : Si invitam jusseris violari, castitas mihi duplicabitur ad coronam.Quare Paschasius ira inflammatus Luciam eo trahi jussit, ubi ejus virginitas violaretur : sed divinitus factum est, ut firma Virgo ita consisteret, ut nulla vi de loco dimoveri posset. Quamobrem Praefectus circum ipsam pice. résina, ac ferventi oleo perfusam, ignem accendi imperavit ; sed quum ne flamma quidem eam laederet, multis tormentis excruciatae guttur gladio transfigitur. Quo vulnere accepto, Lucia praedicens Ecclesiœ tranquillitatem. quœ futura erat

Lucie, ayant reçu le coup, prédit la tranquillité dont l'Eglise devait jouir après la mort de Dioclétien et de Maximien, et rendit son esprit à Dieu, aux Ides de Décembre.Son corps,enseveli à Syracuse, fut ensuite transféré à Constantinople, et enfin à Venise.

Nous prenons dans l'Office de la Sainte quelques Antiennes, dont l'ensemble forme une œuvre lyrique pleine de grâce et de fraîcheur :

Diocletiano et Maximiano mortuis. Idibus Decembris, spiritum Deo reddidit. Cujus corpus Syracusis sepultum,

Orante sancta Lucia. apparuit ei beata Agatha, et c-.nsolabatur ancillam Christi.

Lucia Virgo. quid a me petis.quod ipsa poteris praestare continuo matri tuas ?

Per te, Lucia Virgo, civitas Syracusana decorabitur a Domino Jesu Christo.

Benedico te, Pater Domini mei Jesu Christi. quia per Filiumtuum ignis extinctus est a latere meo.

In tua patientia possedisti animam tuam, Lucia sponsa Christi : odisti quae in mundo sunt, et coruscas cum Angelis : sanguine proprio inimicum vicisti.

Sainte Lucie étant en prières, la bienheureuse Agathe lui apparut, et consolait la servante du Christ.

Vierge Lucie, lui dit-elle, pourquoi me demandes-tu pour ta mère un secours que toi-même lui peux procurer ?

A cause de toi. Vierge Lucie, la ville de Syracuse sera comblée de gloire par le Seigneur Jésus-Christ.

Voix de Lucie : Je vous bénis, ô Père de mon Seigneur Jésus-Christ, de ce que. par votre Fils, le feu qui m'environnalt a été éteint.

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