Institutions liturgiques (page 102)
Qu'il eût été bien plus à propos de les mettre en face de ces puissants docteurs de l'Église primitive dont ils se prétendaient si faussement les disciples, et dont les oracles les condamnent! On eût dû rappeler la doctrine de ce savant maître, le fils du martyr Léonide, le grand Origène qui disait, au IIIe siècle, en expliquant un passage du livre des Nombres : « Quand le moment était venu pour les enfants d'Israël de lever le camp, on défaisait le tabernacle. Aaron et les prêtres ses fils, pénétrant dans le Saint des saints, couvraient chaque chose de ses voiles, et la laissant ainsi couverte en la place qu'elle occupait, ils introduisaient les fils de Caath, députés pour cet office, et leur mettaient sur les épaules ce que la main sacerdotale avait voilé. Si vous comprenez le fait historique, élevez-vous maintenant à la splendeur du mystère, et si l'œil de votre âme est pur, contemplez la lumière de la loi spirituelle. Que celui à qui les mystères sont confiés, sache qu'il n'est pas sûr pour
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lui de les découvrir à ceux auxquels ils ne doivent pas être dévoilés ; mais qu'il les couvre, et les ayant couverts, qu'il les place sur les épaules de ceux qui n'étant pas capables de les contempler, doivent simplement les porter. Or, dans les observances de l'Église, il est beau-ce coup de choses de cette nature, qu'il faut faire, mais dont la raison n'est pas manifestée à tous. Ces rites couverts et voilés, nous les portons sur nos épaules ; en les accomplissant, nous les recevons du grand Pontife et de ses fils. Ils nous demeurent cachés, à moins que nous n'ayons au milieu de nous Aaron, ou les fils d'Aaron, auxquels seuls il est accordé de les contempler à nu et sans voiles (1). »
On aurait bien dû aussi leur rappeler l'enseignement de saint Basile qui, dans son livre du Saint-Esprit, formule si énergiquement la pensée de l'Église sur la nécessité d'environner de mystère les choses saintes : « Moïse, dans sa sagesse, dit-il, savait que les choses familières et faciles à découvrir, sont exposées au mépris ; que celles qui sont rares et isolées du contact, excitent comme naturellement l'admiration et le zèle. A son imitation, les Apôtres et les Pères ont établi, dès le commencement, certains rites de l'Église, et ont con serve la dignité aux mystères, par le secret et le silence ; car ce qui est porté aux oreilles du vulgaire n'est déjà plus un mystère (2). »
Pour nous qui acceptons les institutions de l'Église
(1) Voir le texte entier à la fin de ce chapitre, note A.
(2) Probe sciens (Moyses) pro sua sapientia, res usu tritas et ex se obvias, expositas esse contemptui : rebus vero quae sepositœ sunt ac rarae, quodammodo naturaliter conjunctam esse summam admirationem ac studium. Ad eumdem profecto modum, et qui initio certos Ecclesias ritus praescripserunt Apostoli et patres, in occulto silentioque mysteriis suam servavere dignitatem. Neque enim omnino mysterium est, quod ad populares ac vulgares aures effertur. (De Spiritu Sancto, cap. XXVII, n. 66.)
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comme l'œuvre d'une sagesse surhumaine, nous n'avons garde de descendre à l'excuse sur ses intentions dans les mesures qu'elle a prises pour isoler du vulgaire les prières de la Liturgie. Nous partons donc hardiment de ce fait qu'il y a des langues sacrées et séparées des autres par un choix divin, pour servir d'intermédiaire entre le ciel et la terre. La dignité des trois qui proclamèrent sur le calvaire la royauté du crucifié n'a pas seulement frappé les auteurs mystiques du moyen âge. Joseph de Maistre reconnaît cette consécration (1), tout aussi bien que le dévot Honorius d'Autun (2), et l'un et l'autre n'ont fait que répéter ce qu'avait dit, dès le IV° siècle, saint Hilaire de Poitiers. C'est principalement dans ces trois langues (hébraïque, grecque et latine), dit le saint évêque, que le mystère de la volonté de Dieu est manifesté ; et le ministère de Pilate fut d'écrire par avance, en ces trois langues, que le Seigneur Jésus-Christ est le Roi des Juifs (3). » Dieu avait donc conduit la main du gouverneur romain dans le choix des langues qui parurent sur l'inscription, aussi bien que pour les termes dans lesquels elle était conçue, et son divin Esprit, parlant aux hommes dans les saintes Écritures, devait aussi consacrer trois langues, les mêmes que le peuple juif, réuni des quatre vents du ciel pour la fête de Pâques, put lire sur le titre arboré au-dessus de la tête du Rédempteur.
La langue hébraïque, après la captivité de Babylone, se perdit dans le chaldéen qui est une des formes du syriaque. Le même corps d'Écritures sacrées réunit les livres de Moïse, de Samuel, de David, de Salomon et des
(1) Soirées de Saint-Pétersbourg, tom. II, VII° entretien.
(2) Gemma animae, lib. I, cap. XCII.
(3) His maxime tribus linguis sacramentum voluntatis Dei, et beati regni expectatio prœdicatur : ex quo illud Pilati fuit, ut in his tribus linguis regem Judaeorum Dominum Jesum Christum esse prœscriberet. (Prologus in librum Psalmorum, n. 15.)
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prophètes, et les livres de Daniel et d'Esdras ; les premiers parlant le pur hébreu; les seconds donnant une partie de leurs écrits en syro-chaldéen. Le Christ, annoncé par les prophètes, vint enfin, et c'est dans la langue que parlait alors son peuple, dans l'hébreu devenu syro-chaldéen, qu'il prêcha sa doctrine.
Mais déjà, avant l'accomplissement des oracles prophétiques, une seconde langue avait été sanctifiée et admise à servir d'organe à l'Esprit-Saint. Non seulement la langue grecque avait été élevée au rang d'interprète de la parole divine, dans la fameuse version des Septante, mais l'Esprit-Saint annonçant déjà l'écoulement futur de la grâce d'adoption vers la gentilité, dictait en grec le livre même de la Sagesse, et le second des Machabées.
Le Christ étant descendu pour nous racheter, et son testament en notre faveur étant ouvert par sa mort, selon la pensée de l'Apôtre, le divin Esprit, inspirateur des Écritures, donna dans les trois langues du titre de la Croix les livres de la nouvelle alliance. Saint Matthieu écrivit son Évangile en syriaque, l'hébreu vulgaire de son temps ; Papias, disciple des Apôtres, saint Irénée, saint Pantène, Origène, Eusèbe, saint Athanase, saint Épiphane, saint Jérôme, saint Augustin, nous l'attestent.
La langue grecque eut l'honneur de recevoir dans son idiome les Évangiles de saint Luc et de saint Jean, les Actes et les Épîtres des Apôtres, sauf peut-être l'Épître de saint Paul aux Hébreux, qui aurait été écrite dans leur langue. Le christianisme, après avoir été prêché dans Jérusalem, et dans la langue d'Israël, devait s'étendre d'abord aux gentils de la langue grecque.
Mais comme le siège du Prince des Apôtres allait être bientôt transféré dans la capitale de la langue latine, et que cette langue était celle de l'empire romain, et destinée à exercer la principauté sur les autres langues sacrées, et par son étendue, et par son usage dans les décisions de
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la foi, elle ne fut pas non plus dédaignée par l'Esprit-Saint, dans ces jours où les écrivains du Nouveau Testament rédigeaient sous sa dictée la vie et la doctrine du Verbe incarné. Le Liber pontificalis enseigne positivement que saint Marc, composant son Évangile à Rome, sous les yeux de saint Pierre qui le confirma, au rapport d'Eusèbe et de saint Jérôme, l'écrivit dans la langue latine. Saint Grégoire de Nazianze déclare expressément que saint Marc rédigea son Évangile pour les latins (1) ; n'est-ce pas dire assez clairement qu'il l'écrivit dans leur langue? C'est aussi la tradition de l'Orient,comme l'atteste la suscription des versions syriaque et arabe.
On a objecté que le texte latin de saint Marc ne se trouve plus. Si cet argument avait de la valeur, on devrait nier par là même que saint Matthieu ait écrit son Évangile en hébreu, ou syro-chaldéen, puisque nous ne le possédons plus qu'en grec, depuis bien des siècles, et que la version syriaque de cet Évangile a elle-même été faite sur le grec.
Nous croyons donc pouvoir maintenir notre assertion, au moins sous forme de grande probabilité; mais, quand nous n'aurions aucune preuve que la langue latine ait figuré primitivement dans les Écritures inspirées du Nouveau Testament, il lui resterait encore la gloire d'avoir reçu la première traduction chrétienne des livres saints, dans cette vénérable version Italique qui fut composée au temps des Apôtres, et reçut l'approbation de saint Pierre, comme chef de l'Église (2) ; version qui servit de base à la traduction de saint Jérôme, et qui figure encore d'une
(1) Poema XII, XXI.
(2) Petrus Romanae Ecclesiae per viginti et quatuor annos praefuit : dubitandum non est quin sicut caetera quae ad instructionem pertinent, etiam librorum instrumenta EcclesiaD ipse tradiderit, quae utique jam tum ipso sedente et docente recitabantur. (Rufin. Aquil. Apolog., lib. II, n. 33, pag. 38g. Edit. Vallarsi, 1745.)
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manière notable dans la Vulgate actuelle, proclamée par le concile de Trente comme contenant la pure parole de Dieu, pour l'Ancien et le Nouveau Testament.
Mais les trois langues sacrées rendues ainsi dépositaires des oracles divins, à l'origine du christianisme, ne s'enrichirent que successivement, au moyen des versions, de la totalité de cet incomparable trésor. La langue grecque si répandue dans tout l'empire romain , fut probablement la première à posséder une traduction complète. Déjà elle avait tous les livres de l'Ancien Testament, et, parmi ces livres, celui de la Sagesse et le second des Machabées lui appartenaient en propre. D'un autre côté, les auteurs sacrés du Nouveau Testament, l'avaient dotée de la presque universalité de leurs écrits divins. Restait à traduire du syro-chaldéen l'Évangile de saint Matthieu, et peut-être l’Epître aux Hébreux ; ce travail ne dut pas se faire longtemps attendre.
La langue latine eut de bonne heure sa version Italique, comme nous venons de le remarquer, et si l'Évangile latin de saint Marc disparut bientôt, de même que l'Évangile hébreu ou syro-chaldéen de saint Matthieu, il fut facile de le suppléer, en traduisant sur la version grecque.
Quant à la langue des Juifs, ou plutôt de la Syrie, qui se lisait la première sur le titre de la Croix, comme celle de la nation au milieu de laquelle le Fils de l'homme était arboré sur l'arbre du salut, elle ne tarda pas longtemps à jouir d'une traduction des saintes Écritures. La version latine faite au premier siècle étant surtout destinée à l'Occident, la version grecque, quoique composée dans une langue très répandue même en Orient, n'étant pas d'un usage assez général, il devenait nécessaire de traduire les livres saints dans la langue syriaque, dont le syro-chaldéen n'était d'ailleurs qu'une branche assez peu étendue. Pour les livres de l'ancien Testament, les plus
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savants exégètes, tels que Walton, Leusden, Kennicott, Jahn, en placent la version dès le premier, ou au plus tard dès le second siècle ; il est naturel de rapporter à la même époque la traduction du nouveau Testament, Les Églises avaient plus besoin encore des saints Évangiles et des autres écrits apostoliques que des livres de l'ancienne Alliance. Cette version était propre à tous les pays de la langue syriaque, dont le règne s'étendait depuis la Méditerranée et la Judée, jusqu'à la Médie, la Suziane et le golfe Persique (1).
Voilà donc les trois premières versions des saintes Écritures, syriaque, grecque et latine, en possession des Églises de tous les pays auxquels le christianisme fut primitivement annoncé. Mais rien n'arrête la marche de l'Évangile ; la prédication étend bientôt à d'autres peuples la bonne nouvelle du salut. Saint Paul écrit aux Romains, vers l'an 58, que leur foi est célèbre dans le monde entier (2) : quatre ans après, il écrit aux fidèles de Colosse : « L'Évangile a été annoncé dans tout le monde, où il fructifie et s'accroît, comme il le fait parmi vous (3). » Veut-on juger en détail du progrès ? Saint Irénée, au milieu du ne siècle, énumère les Églises fondées chez les Germains et les Celtes, dans l’Egypte et la Libye (4). Ailleurs, il parle de celles qui, en grand nombre, existent déjà chez les Barbares, et n'ont d'écritures que celles qui sont gravées dans leurs cœurs par l'Esprit-Saint, mais ne
(1) Assemani dans sa Bibliotheca orientalis, tom. II, pag. 23, fondé sur l'autorité de divers manuscrits syriaques de la bibliothèque Vaticane, attribue cette version à un disciple des apôtres nommé Adasus. — Il s'agit ici de la version dite Peschito, qui est la version officielle des Eglises syriaques et non pas des versions privées et postérieures de plusieurs siècles, telles que la Philoxénienne ou Héracléenne, composée par des hérétiques monophysites au commencement du VI° siècle.
(2) Rom., 1, 8.
(3) Col., 1, 6.
(4) Adv. Hœreses, lib. I, cap. X.
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gardent pas avec moins de fidélité la tradition chrétienne (1). Tertullien, un demi-siècle plus tard, ajoute aux nations qui ont cru en Jésus-Christ, les Parthes, les Mèdes, les Arméniens, les Africains au delà de Cyrène, les Gétules, les Maures, l'Espagne, une partie de la Gaule, les Bretons, les Daces, les Scythes, et une multitude d'autres nations, provinces et îles (2).
Maintenant où sont les versions de l'Écriture à l'usage de toutes ces nations ? Nous en trouvons plusieurs, mais dans la langue grecque, entreprises dans le cours des trois premiers siècles ; saint Augustin nous atteste qu'il y en avait eu aussi plusieurs dans la langue latine, jusqu'à son temps, et témoigne en passant, que les langues en possession des oracles sacrés se réduisent encore à l'hébreu, au grec et au latin (3). Il y a eu de même plusieurs versions syriaques, comme le reconnaissent les exégètes. Le privilège des trois langues paraît ici dans tout son éclat ; mais il n'en est que plus évident que les peuples et les individus étrangers à ces trois langues ne lisaient pas l'Écriture sainte dans leur propre idiome.
Jetons un coup d'œil rapide sur la chrétienté dans les premiers siècles, nous sentirons mieux le grand principe des langues sacrées qui commence à se dégager de l'ensemble des faits que nous avons réunis jusqu'ici. En dehors des nations qui usaient des langues syriaque, grecque ou latine, nous consentons à placer l'Egypte, et nous allons constater volontiers l'existence d'une version des Écritures dans sa langue. Mais cette version
(1) Adv. Hœreses lib. IV, cap.IV.
(2) Adv. Judœos, cap. VII.
(3) Latinœ quidem linguae homines, quos nunc instruendos suscepimus duabus aliis ad Scripturarum divinarum cognitionem opus habent, hebrœa scilicet et grœca, ut ad exemplaria prœcedentia recurratur, siquam Jubitationem attulerit latinorum interpretum infinita varietas. (De doctrina Christiana, lib. III, cap. XI.)
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n'appartient pas à la période des trois premiers siècles durant laquelle régnèrent seules les trois langues sacrées.
Personne n'ignore que depuis l'établissement de la langue grecque dans ce pays, par les successeurs d'Alexandre, elle y était très florissante et proprement vulgaire. C'est ce qui fait que saint Jérôme parlant des versions de l'Écriture, considère celles de la langue grecque comme spécialement propres à l'Egypte: «Alexandrie et l'Egypte, dit-il, reconnaissent Hésychius pour leur interprète des Septante. » On sait que Hésychius avait fait une revision de cette version. Le saint docteur continue, et nous atteste, en passant, que la Syrie elle-même, encore au IV° siècle, usait beaucoup plus de la langue grecque que de la syriaque, dans la lecture des livres saints : « De Constantinople jusqu'à Antioche, on suit l'édition du martyr Lucien, » qui, comme Hésychius, avait revu la version grecque, Les provinces intermédiaires se servent des exemplaires de Palestine, que Eusèbe et Pamphile ont publiés d'après les travaux d'Origène (1). » Mais revenons à l'Egypte.
Quoique le grec y fût depuis plusieurs siècles la langue usuelle, la Thébaïde avait cependant retenu assez fidèlement son ancien langage, connu sous le nom de copte. Une version des Écritures fut rédigée d'assez bonne heure dans cet idiome. Vossius prétend toutefois qu'elle ne serait pas antérieure à l'invasion des Arabes, au VII° siècle, parce qu'elle présente plusieurs éléments empruntés à leur langue. Le P. Kircher, au contraire, dont l'opinion est aujourd'hui reçue communément parmi les savants, la place vers le concile de Nicée, et s'appuie sur le
(1) Alexandria et Aegyptus in LXX suis Hesychium laudat auctorem. Constantinopolis usque ad Antiochiam Luciani martyris exemplaria proboat. Mediae inter has provincial Palœstinos codices legunt, quos ab Origene elaboratos Eusebius et Pamphilus vulgaverunt. (Proefat. in Lib. Paralipom.)
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témoignage d'un martyrologe copte, qui se conserve à Rome dans la bibliothèque du collège des Maronites. On lit sur ce manuscrit, en tête du mois Thot, que la principale occupation des moines était de traduire les livres saints, du grec, du chaldéen et de l'hébreu, dans leur langue propre, qui était le copte (1) : d'où le savant jésuite conclut que la version copte serait l'ouvrage des moines. Or les moines n'ont fleuri dans la Thébaïde que dans le IV° siècle. D'un autre côté, l'Egypte avait été évangélisée par saint Marc, dès le premier siècle, et nous savons par saint Athanase, que saint Antoine naquit en Thébaïde de parents chrétiens, au 111e siècle. La foi chrétienne était donc antérieure, dans ce pays, à l'existence de la version copte, dont, au reste, aucun des Pères du IV° siècle n'a parlé, avant saint Jérôme et saint Jean Chrysostome, tant son origine était récente, et sa propagation incertaine.
L'Église éthiopienne possède aussi sa version; mais on ne saurait faire remonter cette version plus haut que le IV° siècle, puisque ce fut seulement dans ce siècle que saint Frumentius reçut mission de saint Athanase, pour aller évangéliser ce pays.
La version de l'Église arménienne fut faite sur les Septante, dans le V° siècle. L'auteur en est connu, c'est Mesrob, auquel on attribue l'invention des caractères arméniens.
Les versions persane et arabe sont loin de contre-
(1) Kircher. Prodromus coptus, sive Aegyptiacus, cap. VIII. En 1789, le P. Giorgi, de l'ordre des Augustins, publia à Rome un fragment de l'Evangile de saint Jean en langue thébaïdique. La forme des caractères, l'orthographe, les notes liturgiques ont conduit le savant orientaliste à croire que le manuscrit dont ce fragment a été détaché aurait été écrit à la fin du IV° siècle. Il faut avouer cependant que la traduction des Evangiles, ou même si, l'on veut, du Nouveau Testament, en copte, dès le IV° siècle, ne démontrerait pas l'existence d'une version complète de la Bible en cette langue, à cette époque.
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dire notre thèse ; on convient qu'elles ne remontent pas plus haut, la première que le IX° siècle, la seconde que le X° (1).
Telles sont les versions de l'Écriture dans les langues orientales (2) ; comme on le voit, elles sont loin de représenter la langue de tous les peuples d'Orient qui embrassèrent le christianisme.
Si nous passons en Occident, nous trouvons la fameuse version gothique d'Ulphilas, qui est d'une assez belle antiquité, puisqu'elle remonte au IV° siècle, vers l'an 376 ; encore n'était-elle pas complète, puisque son auteur avait omis, comme on sait, de traduire les livres des Rois.
Si on demande quelle était la version dont se servaient es Africains de la langue punique, nous sommes en mesure de conclure, de plusieurs passages de saint Augustin, quje cette chrétienté si nombreuse et si florissante ne posséda jamais les livres saints dans sa langue (3). Aussi n'en a-t-il jamais été fait mention nulle part.
L'Espagne convertie de si bonne heure au christianisme, était partagée en plusieurs langues que la conquête des Romains n'éteignit pas, puisque, au VIII° siècle, selon
(1) La plus célèbre version arabe est celle de Rabbi Saadia surnommé Gaon, qui, au dire des critiques les plus habiles, traduisit non pas sur le grec des Septante, comme on l'a affirmé souvent, mais sur l'hébreu et le syriaque. — Des auteurs espagnols prétendent que des versions de l'Écriture en langue arabe furent faites dans leur pays dès le VIII° siècle, à l'intention des chrétiens mozarabes. Mariana atteste avoir vu manuscrite en plusieurs bibliothèques une version faite par Jean de Séville sur la Vulgate latine. On en conserve une autre dans la bibliothèque de l'Escurial, dont l'auteur est resté anonyme. Ces versions ne semblent pas avoir eu cours durant un long temps et elles n'empêchèrent pas la divulgation en Espagne de la version de Rabbi Saadia. Voir Mariana, Paul Esquinosa (Histor. Hispal., lib. VII, cap. III). Antonio (Bibliothec. hisp. vetus, t. III).
(2) On sent que nous n'avons pas à parler ici des versions modernes dans les langues de l'Orient ; moins encore de celles que les sociétés bibliques ont fait exécuter de nos jours.
(3) Opp., tom. II. Epist. LXXXIV. CCIX.
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le rapport de Luitprand, on y parlait encore, outre le latin, l’ancienne langue espagnole, et les langues catabre, celtibérique, valentine et catalane (1). Il est certain que ces langues ne possédèrent jamais de version des Écritures. La plus ancienne, composée depuis la formation de la langue espagnole actuelle, ne remonte qu'au XV° siècle.
L'Eglise des Bretons, fondée dès le II° siècle, n'eut jamais de version dans sa langue. L'Église des Anglo-Saxons que vint établir saint Augustin, à la fin du VI° siècle, attendit une traduction des psaumes jusqu'au VIII°, et l'existence d'une version complète de l'Écriture par le vénérable Bède n'est rien moins que démontrée. Ussérius parle de versions qui auraient été faites par Eadfrid, évêque de Lindisfarne vers 710, et plus tard, par les ordres et les soins d'Alfred le Grand. Il affirme même que le roi Athelstan en fit composer une par des rabbins sur l'hébreu; mais ces affirmations sont loin d'être démontrées. Peut-être même faut-il remonter jusqu'au XIII° siècle pour trouver la première version anglaise qui renferme tous les livres saints (2).
Au IX° siècle, Louis le Débonnaire fit composer en vers théotisques un poème contenant toute l'histoire de l'ancien Testament, pour l'usage de ses nombreux sujets qui parlaient cette langue. Ce poème n'était pas une version ; il omettait beaucoup de choses, et donnait l'explication des sens mystiques et des allégories de la Bible. Si quelques autres traductions plus ou moins libres de l'Écriture sainte furent faites vers la même époque dans cette langue, elles n'eurent jamais pour objet le corps entier des livres saints. Ce ne fut que bien plus tard que l'Allemagne posséda une version dans sa langue.
(1) Chronicon, ad ann. DCCCXXVIII, pag. 37-2.
(2) J.-B. Malou. La Lecture de la sainte Bible en langue vulgaire. tom. II, pag. 313-315.
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Il en fut de même pour la France. Jusqu'à la formation de la langue romane, il était impossible de songer à traduire les livres saints en langue vulgaire pour l'usage de nos pères, partagés qu'ils étaient entre les divers langages, celtique, gaulois, théotisque, limousin, aquitain, provençal et latin. Au XII° siècle seulement, on voit poindre une version en langue française à l'usage de la secte des Albigeois (1). Pour avoir un texte complet en français, il faut arriver jusqu'au siècle de saint Louis.
Quant aux autres langues de l'Europe, elles ont attendu plus longtemps encore leur version des Écritures. Le flamand, le bohémien, le hongrois (2), l'allemand, l’italien, n'en ont pas joui avant le XV° siècle. Les langues danoises et suédoises furent plus privilégiées. Ussérius assure qu'il y eut une version de la Bible en suédois, dès le XI° siècle; et le pieux dominicain Mathias, mort en 1352, traduisit toutes les saintes Écritures en suédois (3). Durant toute la longue période antérieure à la publication tardive de ces différentes versions, appelées, du reste, pour la plupart à une obscurité complète, la Vulgate latine régnait seule dans les Églises de l'Europe, depuis leur fondation.