Institutions liturgiques
I - PRÉFACES
INSTITUTIONS LITURGIQUES
LE R. P. DOM PROSPER GUERANGER
ABBÉ DE SOLESMES
Sanas Pontificii Juris et sacrae Liturgiae traditiones labescentes confovere.
DEUXIEME EDITION
TOME PREMIER
SOCIÉTÉ GENÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE
Victor PALMÉ, Éditeur des Bollandistes, Directeur général
PARIS
35, rue de Grenelle-St-Germain, 25
BRUXELLES
5, place de Louvain, 5
1878
BREFS DE NOTRE-SAINT-PÈRE LE PAPE PIE IX POUR HONORER LA MEMOIRE DU TRÈS-RÉVÉREND PÈRE DOM PROSPER GUERANGER ABBÉ DE SOLESMES
I - PIUS PP. IX
I - PIE IX, PAPE
II - PIUS PP. IX
II - PIE IX, PAPE
III - PIUS PP. IX
III - PIE IX, PAPE
INSTITUTIONS LITURGIQUES
PRÉFACES
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE ÉDITION
A SA SEIGNEURIE ÉMINENTISSIME LOUIS CARDINAL LAMBRUSCHINI
PRÉFACE DE L'AUTEUR
BREFS DE NOTRE-SAINT-PÈRE LE PAPE PIE IX
POUR HONORER LA MEMOIRE DU
TRÈS-RÉVÉREND PÈRE
DOM PROSPER GUERANGER
ABBÉ DE SOLESMES
I - PIUS PP. IX
AD FUTURAM REI MEMORIAM
Ecclesiasticis viris, quos nostra hœc tulit œtas, religione, doctrina, et Catholicœ reiprovehendœ studio atque industria maxime insignes, optimo quidem jure adscribendus est dilectus filius Prosper Guéranger, Abbas ad S. Petri Solesmensis, ac summus in Gallia Magister Congregationis Benedictinœ.
Hic, cum abundaret ingenio, excellentisque eruditionis, atque in canonicis disciplinis scientiœ laude, ad id, per longœ sua; vitœ cursum, semper intendit animum, ut gra-vissimis editis scriptis,pro Catholicœ Ecclesiœ doctrina, et Romani Pontifias prœrogativis strenuissime propugnaret, adversariorum frangeret conatus, erroresque refutaret. Neque vero, quum Nos, plaudente Christiano Populo, Sanctœ Dei Genitrici cœleste Immaculatœ Conceptionis prœconium solemni Decreto confirmavimus ; neque novissime, quum Romani Pontificis ex Cathedra docentis Infallibilitatem, frequentissimo universi Catholici Orbis Antistitum Consessu approbante, sanximus, idem dilectus filius Prosper catholici scriptoris officio defuit ; imo vulgatis operibus fidei, sacrœque scientiœ plenissimis, novum dedit prœstantis ingenii sui, immotœque erga Beatissimi Petri Cathedram observantiœ testimonium. Sed in quo ipse curas omnes cogitationesque collocavit, potissimum illud fuit, ut Romana Liturgia
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I - PIE IX, PAPE
POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE
Parmi les hommes d'Église qui, de notre temps, se sont le plus distingués par leur religion, leur zèle, leur science, et leur habileté à faire progresser les intérêts catholiques, on doit inscrire à juste titre Notre cher fils Prosper Guéranger, abbé de Saint-Pierre de Solesmes et supérieur général des Bénédictins de la congrégation de France. Doué d'un puissant génie, possédant une merveilleuse érudition et une science approfondie des règles canoniques, il s'est appliqué, pendant tout le cours de sa longue vie, à défendre courageusement, dans des écrits de la plus haute valeur, la doctrine de l'Église catholique et les prérogatives du Pontife romain, brisant les efforts et réfutant les erreurs de ceux qui les combattaient. Et lorsque, aux applaudissements du peuple chrétien, Nous avons par un décret solennel confirmé le céleste privilège de la Conception Immaculée de la sainte Mère de Dieu ; et tout récemment, lorsque Nous avons défini, avec l'approbation du très-nombreux concile qui réunissait les évêques de tous les points de l'univers catholique, l'infaillibilité du Pontife romain enseignant ex cathedra ; Notre cher fils Prosper n'a pas manqué au devoir de l'écrivain catholique; il publia des ouvrages pleins de foi et de science sacrée, qui furent une preuve nouvelle de son esprit supérieur et de son dévouement inébranlable à la chaire de Saint-Pierre.
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in Galliam, velutipostliminio, remearet. Quam quidem in re ita se gessit, ut ejus scriptis, nec non constantiœ, atque industries singulari prœ cœteris acceptum referri debeat, si antequam ipse ex hac vita migravit, cunctœ Galliœ Diœceses Romance Ecclesiœ ritus amplexœ sunt.
Hœc in Catholici nominis procurando bono tota fere vita transacta, veluti in novum splendorem redundat, Congregationis Benedictines in Gallia consistentis, satis quidem aliis nominibus clarce, ita novum a Nobis quodammodo postulat propensœ animi voluntatis documentum. Cum igitur a Romanis Pontificibus Prœdecessoribus Nostris quam plurima prodierint exempla Nobis ad imitandum relicta, quibus illi certos honores ac munera nonnullorum Religiosorum cœtum Alumnis ita semper addixerunt, ut illi majores inde spiritus sumerent ad Religionem colendam, sapientiœ laudem potiundam,Christianasque virtutes exercendas, hinc est quod Nos, singulos ac universos quibus Nostrœ hœ litterœ favent, ab quibusvis excommunicationis et interdicti, aliisque ecclesiasticis sententiis, censuris et pœnis quovis modo vel quavis de causa latis, si quas forte incurrerint, hujus tantum rei gratia absolventes ac absolutos fore censentes, Motu proprio, certa scientia, et matura deliberatione, deque Apostolicœ potestatis Nostrœ plenitudine, volumus ac decernimus ut deinceps, perpetuisfuturis temporibus, Abbas ad S. Petri Solesmensispro tempore existens Cappœ Magnœ, servatis servandis, usu fruatur ; utque locus inter Consultores Congregationis Venerabilium Fratrum Nostrorum S. R. E. Cardinalium Sacris Ritibus
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Mais l'objet principal de ses travaux et de ses pensées a été de rétablir en France la liturgie romaine dans ses anciens droits. Il a si bien conduit cette entreprise, que c'est à ses écrits, et en même temps à sa constance et à son habileté singulière, plus qu'à toute autre influence, qu'on doit d'avoir vu, avant sa mort, tous les diocèses de France embrasser les rites de l'Église romaine.
Cette vie, employée, on peut dire, tout entière aux intérêts de la cause catholique, ajoute l'éclat d'une splendeur nouvelle à la congrégation bénédictine de France, déjà illustre à tant d'autres titres, et semble exiger de Nous un nouveau témoignage de notre bienveillante affection. Les Pontifes romains Nos prédécesseurs Nous ont d'ailleurs laissé de nombreux exemples à suivre, par l'attention constante qu'ils ont eue d'octroyer aux membres des diverses familles religieuses des honneurs et des emplois propres à leur inspirer une plus grande ardeur dans le service de la religion, dans la poursuite glorieuse de la science et dans l'exercice des vertus chrétiennes.
En conséquence, pourvoyant d'abord à ce que tous et chacun de ceux qui bénéficient de ces lettres soient, à cet effet seulement et si toutefois il y a lieu, absous et considérés comme absous de toute espèce de sentence ecclésiastique, censure et peine portée de quelque manière ou pour quelque cause que ce soit ; de Notre propre mouvement et science certaine, après mûre délibération, de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, Nous voulons et décrétons que désormais et pour toujours, dans la suite des temps, l'abbé de Saint-Pierre de Solesmes, alors en charge, jouisse de l'usage de la cappa magna, selon les règles
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prœpositoe, succedente illius pro tempore vacatione, uni ex Monachis Ordinis S. Benedicti Congregationis Cassinensis concedi atque adsignari debeat, vel si alias ab hac S. Sede Apostolica concessus adsignatusque fuerit, confirmetur.
Hœc volumus, mandamus, edicimus, decernentes présentes Nostras Litteras semperfirmas, validas, et efficaces exisiere et fore, suosque plenarios et integros effectus sortiri atque obtinere illisque,ad quos spectat,acpro tempore quandocumque spectaverit, plenissime suffragari, sicque in prœmissis per quoscumque Judices ordinarios et delegatos etiam causarum Palatii Apostolici Auditores judicari et definiri debere, ac irritum et inane, si secus super his a quoquam quavis auctoritate scienter vel ignoranter çontigerit attentari. Non obstantibus Constitutionibus et Sanctionibus Apostolicis,et quatenus opus sit, dicta; Congregationis etiam juramento, confirmatione Apostolica, vel quavisfirmitate alla roboratis Statutis et consuetudinibus, cœterisque contrariis quibuscumque.
Datum Romœ, apud S. Petrum, sub annulo Piscatoris, die XIX Martii MDCCCLXXV, Pontificatus Nostri anno XXIX.
F. Card. ASQUINIUS.
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ordinaires. De plus, parmi les consulteurs de la congrégation de Nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine préposée aux rites sacrés, une place sera concédée et assignée à un des moines de l'ordre de Saint-Benoît de la famille du Mont-Cassin, chaque fois qu'elle deviendra vacante ; et si cette faveur avait déjà été concédée et assignée par ce saint Siège apostolique, Nous voulons qu'elle soit confirmée par Notre présent décret.
Telles sont Nos volontés, Nos ordres et Nos décisions ; et Nous décrétons que les présentes lettres soient maintenant et toujours invariables, valides et efficaces ; qu'elles obtiennent et produisent leurs effets pleins et entiers, qu'elles soient complètement profitables à ceux qu'elles regardent et qu'elles regarderont plus tard en quelque temps que ce soit ; et que tous les juges quels qu'ils soient, ordinaires et délégués, même les auditeurs des causes du palais apostolique, devront juger et définir d'après ce qui est statué ci-dessus ; et tout ce qui pourra être tenté dans un autre sens à ce sujet par qui que ce soit et quelque autorité que ce soit, avec ou sans connaissance, sera nul et de nul effet. Il en sera ainsi, nonobstant les constitutions et les décisions apostoliques, et autant que de besoin nonobstant les statuts et les coutumes de ladite congrégation, même corroborés par le serment, ou confirmés par l'autorité apostolique ou quelque autre sanction que ce soit, et malgré toutes choses contraires.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le XIX mars MDCCCLXXV, la XXIX année de Notre pontificat.
F. Card. ASQUINI.
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II - PIUS PP. IX
VENERABILI FRATRI NOSTRO LUDOVICO EDUARDO, EPISCOPO PICTAVIENSI
Venerabilis Frater, Salutem et Apostolicam Benedictionem. Decebat profecto junebria laudis officia clarissimo Familiœ Sancti Benedicti ornamento Prospero Guéranger a Viro persolvi, qui optimus virtutum et scientiœ judex; illique familiarissimus, gesta simul et mentem defuncti valeret exponere ac revelare.
Gaudemus autem, Venerabilis Frater, te sic istud obiisse munus amicitiœ, ut in tota ejus vita demonstraveris aptissimum instrumentum a divina providentia
paratum Galliœ, cum ad restituendos Regulares Ordines deletos, tum ad amplissimam eorum utilitatem oculis subjiciendam. Luculenter enim ostendisti, ipsum assecutum utrumque fuisse, sive excitando rursum et propagando in Gallia monasticum institutum et disciplinant ; sive suadendo rituum uniformitatem, vitio temporum distractam, cum Romana Ecclesia ; sive propugnando et illustrando Sedis hujus Apostolicœ jura et privilegia ; sive demum configendo errores omnes, ac prœsertim jactatasuti nostrorum temporum ornamentum opiniones : ita ut illa sententiarum inter sinceros catholicos concordia,et communis illa observantia et dilectio vere filialis, qua Gallia Nobis conjungitur, ejus operositati, gratiœ, scientiœ magna ex parte non immerito tribuenda videatur.
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II - PIE IX, PAPE
A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE LOUIS-ÉDOUARD, ÉVÊQUE DE POITIERS
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique. Il convenait assurément que les honneurs de l'éloge funèbre fussent rendus à cette très-brillante gloire de l'Ordre de Saint-Benoît, Prosper Guéranger, par un homme qui, excellent juge des vertus et de la science, et intimement lié avec le pieux défunt, fût en mesure de raconter ses actions et de dévoiler son âme. Nous sommes heureux, vénérable Frère, qu'en remplissant le devoir de l'amitié, vous avez montré dans la personne et dans toute la Vie de ce religieux un instrument providentiellement préparé à la France pour rétablir les Ordres religieux détruits, et pour faire éclater à tous les yeux leur très-grande utilité. Vous avez prouvé avec évidence qu'il a rempli cette double mission, soit en relevant et en propageant dans la France l'institut et la discipline monastique, soit en persuadant de rétablir avec l'Église romaine l'uniformité des rites détruits par le vice des temps, soit en défendant et en mettant dans un plus grand jour les droits et les privilèges de ce Siège apostolique, soit en réfutant toutes les erreurs et surtout ces opinions vantées comme la gloire de notre époque. Ses efforts ont eu un tel succès, que cet accord de sentiments entre les véritables catholiques, ce dévouement universel, cet amour vraiment filial par lequel la France Nous est unie,
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Hœc porro cum mirifice consensum foverint aut confirmaverint animorum, qui necessario vertitur in summum quoque civilis consortii beneficium, defuncto elogium asserunt veri Benedicti discipuli, qui dum se totum Deo et Ecclesiœ devovit, tanto se filiosque suos emolumento prœbuit civili societati.
Copiosam operum suorum mercedem ipsi jam a Deo collatam esse speramus ; tibi vero sterilem non futurum confidimus laborem tuum : tum quodpiorum gesta vulgari in aliorum incitamentum expediat, tum etiam quodpromeritœ a defuncto laudes ob indictum recentibus erroribus bellum, novam quamdam vim adjiciant oppugnationi illi strenuœ, quam eximiœ tuœ litterœ pastorales iisdem passim objiciunt.
Excipe, Venerabilis Frater, Apostolicam Benedictionem, quam divini favoris auspicem, et prcecipuœ Nostrœ benevolentiae testent tibi tuœque Diœcesi universce peramanter impertimus.
Datum Romœ apud S. Petrum, die 29 Martii, anno 1875, Pontificatus Nostri anno vicesimo nono.
PIUS PP. IX.
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doivent être, à bon droit, attribués en grande partie à son activité laborieuse, à sa grâce et à sa science.
Ainsi a été produit et cimenté un merveilleux accord des esprits, qui tourne nécessairement au très-grand bien de la société elle-même ; et par là le défunt a glorieusement justifié son titre de disciple de saint Benoit, puisqu'en se dévouant tout entier à Dieu et à l'Église, il a procuré, par lui-même et par ses fils, de vrais avantages à la société humaine. Dieu, Nous l'espérons, lui a déjà donné l'ample récompense de ses œuvres ; et, quant à vous, Nous avons la confiance que votre travail ne sera pas inutile ; d'abord parce que l'éloge des bons est un encouragement pour les autres ; puis, en payant au défunt les louanges qu'il a méritées pour avoir fait bonne guerre aux erreurs modernes, vous avez ajouté un nouveau coup vigoureux à la vaillante attaque et résistance que leur opposent sans cesse vos remarquables lettres pastorales. Recevez, vénérable Frère, la bénédiction apostolique que Nous accordons avec tendresse à vous et à tout votre diocèse comme un gage de la faveur divine et un témoignage de Notre bienveillance toute particulière.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 29 mars de l'année 1875, la vingt-neuvième de Notre pontificat.
PIE IX, PAPE.
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III - PIUS PP. IX
VENERABILI FRATRI CAROLO-AEMILIO EPISCOPO ANDEGAVENSI
Venerabilis Frater, Salutem et Apostolicam Benedictionem. Illa Apostoli sententia, Venerabilis Frater, pietas ad omnia utilis est; promissionem habens vitœ,quœ nunc est et futurœ, necfacundius fortasse, nec luculentius commentarium desiderare potuisset sermone illo tuo de Ordine monastico. Nam si monachus est homo dec uti perspicue ostendisti, ac idcirco HOMO ECCLESIAE illiusque prœsertim cathedra a Deo positœ ad ipsam regendam, ac ut sit omnibus veritatis magistra et centrum unitatis; prqfecto sequitur, monachum in se prœferre virum Deo proximisque plane devotum, ipsisque potius quant sibi viventem. Quid vero expectandum sit ab hominum hujusmodi consociatione ratio facile assequitur, et constans sœculorum historia, voce argumentis omnibus potiore, docet,quomodo per ipsos diffusa fuerit christiana religio, et ejus ope barbares gentes ad civilem ordinem compositœ, cicurati mores, leges latœ, propagatœ litterœ ac scientiœ, artes excultœ, agricultura provecta, mutuœ populorum amicitiœ et commercia conciliata, ac innumera parta hominibus beneficia. Pronam quidem tibi de hisce disserendi occasionem suppeditavit recurrens anniversaria dies obitus piissimi et clarissimi Abbatis Prosperi Guéranger, qui virtute, pietate, zelo, scientia, operositate verum se Benedicti disdpulum seu monachum eximium exhibuerat; sed nihil contingere poterat opportunius et accommodatius prœsentibus quoque rerum adjunctis, in
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III - PIE IX, PAPE
A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE CHARLES-ÉMILE, ÉVÊQUE D'ANGERS
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
Cette parole de l'apôtre, Vénérable Frère : la piété est utile à tout : elle possède les promesses de la vie présente et de la vie future, n'aurait certainement pu recevoir un commentaire plus éloquent, une démonstration plus lumineuse que votre discours sur l'Ordre monastique. Car si, comme vous l’avez fait voir clairement, le Moine est l'homme de Dieu, et par conséquent l'homme aussi de l'Église, l'homme surtout de cette Chaire qui a été établie de Dieu pour gouverner l'Église et pour être la maîtresse universelle de la vérité, et le centre de l'unité, il faut évidemment conclure que le Moine présente en sa personne le type par excellence de l’homme dévoué à Dieu et au prochain, vivant plus pour Dieu et le prochain que pour lui-même.
Ce que l'on peut attendre d'une réunion d'hommes animés de pareils sentiments, la raison le conçoit sans peine, et l'histoire de tous les siècles est là de son côté pour nous apprendre, d'une voix plus puissante que tous les arguments, comment, en effet, c'est par ces hommes que la religion chrétienne s'est étendue, par leur influence que l'on a vu les nations barbares se civiliser, les mœurs s'adoucir, la législation se former, les lettres et les sciences se propager, les arts se perfectionner, l'agriculture se développer et les relations mutuelles
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quibus pietas non solum irridetur, sed odio habetur et proscinditur; monachi vero passim, uti scientiœ, artibus, civili consortio infensi, aut saltem inutiles, infestantur, divexantur, disjiciuntur. Equidem lux ipsa solisfrustra illis objicitur, qui clausos ipsi oculos obfirmant ; verum et honesti non desunt qui, perversis decepti doctrinis, ode-runt non quod non norunt, et blasphemant quod ignorant. Istis saltem prqficuam adprecamur egregiam orationem tuam, ac interim divini favoris auspicem et prœcipuœ Nostrœ benevolentiœ testem tibi, Venerabilis Frater, totique diœcesi tuœ Benedictionem apostolicam peramanter impertimus.
Datum Romœ, apud S. Petrum, die 10 aprilis, anno 1876, Pontificatus Nostri anno tricesimo.
PIUS PP. IX.
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d'amitié et de commerce se nouer entre les peuples; par eux enfin que des bienfaits sans nombre ont été répandus sur l'humanité.
L'occasion favorable d'exposer ces vérités s'offrait naturellement à vous, Vénérable Frère, à l'anniversaire de la mort du très-pieux et très-illustre abbé Dom Prosper Guéranger, lui qui par sa vertu, sa piété, son zèle, sa science et les travaux de toute sa vie, s'est montré le vrai disciple de saint Benoit, le Moine parfait.
Mais en même temps vous ne pouviez rien dire de plus opportun, rien de mieux adapté aux circonstances présentes, aujourd'hui que la piété est non-seulement bafouée, mais encore en butte à tous les traits de la haine, et que, pour les Moines, on se plaît partout à les représenter comme les ennemis de la science,'des arts, de la civilisation, ou tout au moins comme des gens inutiles, afin de pouvoir ensuite les inquiéter, les persécuter, les disperser. C'est en vain, il est vrai, que la lumière du soleil vient frapper la face de ceux qui s'obstinent à tenir les yeux fermés; mais il ne manque pas non plus de gens honnêtes, qui, trompés par des doctrines perverses, haïssent ce qu'ils ne connaissent pas et blasphèment ce qu'ils ignorent. A ceux-là, du moins, nous souhaitons que votre excellent discours puisse profiter; en attendant, comme gage de la faveur divine, et en témoignage de Notre bienveillance toute particulière, Nous vous accordons, à vous, Vénérable Frère, et à tout votre diocèse, du fond de Notre cœur, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 10 avril 1876, la trentième année de Notre pontificat.
PIE IX, PAPE.
INSTITUTIONS LITURGIQUES
PRÉFACES
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE ÉDITION
Depuis la mort du vénérable Père Dom Guéranger, abbé de Solesmes, des sollicitations pressantes et multipliées n'ont pas cessé de se faire entendre pour demander une édition nouvelle et complète de ses œuvres. Les éloges que N.T. S. Père le Pape Pie IX a décernés au valeureux champion de l'infaillibilité pontificale et de la liturgie romaine, lui ont fait une place à part entre les écrivains ecclésiastiques de notre temps. En exaltant «son puissant génie, sa merveilleuse érudition, son dévouement inébranlable à la chaire de Pierre, » en énumérant avec la clairvoyance d'un juge souverain les immenses résultats obtenus « par ses écrits pleins de foi, d'autorité et de science,» Pie IX a déclaré, on peut le dire, que l'œuvre du savant Abbé fait partie désormais du patrimoine commun de la famille catholique. La piété filiale n'est donc plus seule à imposer comme un devoir aux moines de Solesmes une publication nouvelle et intégrale des œuvres de leur père; c'est une dette que l'Eglise leur réclame et qu'ils ont à cœur de payer le plus promptement possible.
L'Année liturgique et la Vie de sainte Cécile, les deux œuvres de prédilection du vénérable Abbé, ont été éditées déjà, ainsi que l'Essai sur la médaille de saint Benoît ;
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aujourd'hui, nous annonçons quatre volumes comprenant les Institutions liturgiques, la Lettre sur le droit de la Liturgie, les deux Défenses des Institutions liturgiques, l'ensemble en un mot des écrits polémiques de Dom Guéranger sur la Liturgie. Nous n'avons plus besoin d'en expliquer l'importance, depuis que le Souverain Pontife a daigné dire de notre père : « L'objet principal de ses travaux et de ses pensées a été de rétablir la Liturgie romaine dans ses anciens droits. Il a si bien conduit cette entreprise, que c'est à ses écrits, et en même temps à sa constance et à « son habileté singulière, plus qu'à toute autre influence, « qu'on doit d'avoir vu, avant sa mort, tous les diocèses de « France embrasser les rites de l'Église romaine (1).» Après ces paroles apostoliques, tout éloge des ouvrages que nous offrons de nouveau au public est assurément superflu ; mais sans anticiper sur une biographie, dont la rédaction est déjà commencée, il est nécessaire de rappeler brièvement au lecteur les principales circonstances qui ont marqué l'apparition de ces écrits. Cette courte exposition est indispensable pour en donner la pleine intelligence.
En possession depuis des années déjà longues du bienfait de l'unité romaine, la jeune génération cléricale ne peut elle-même se faire l'idée de l'anarchie liturgique à laquelle Dom Guéranger a arraché notre pays. Vingt bréviaires et vingt missels différents étaient en usage dans nos églises, se partageant la France de la manière la plus capricieuse ; deux diocèses limitrophes avaient rarement la même liturgie; souvent on en trouvait deux et
(1) Bref Ecclesiasticis viris, ci-dessus.
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trois, quelquefois même jusqu'à cinq dans le même diocèse (1). Ignorant d'ordinaire l'origine suspecte du plus grand nombre de ces bréviaires et de ces missels, le clergé les regardait volontiers comme des monuments vénérables de l'antiquité, dès qu'il ne les avait pas vu fabriquer sous ses yeux. Dans chaque diocèse on professait, pour la liturgie locale, une admiration naïve, égalée seulement par le suprême dédain avec lequel on traitait le bréviaire et le missel romain. Par une étrange contradiction, ces œuvres tant vantées étaient remaniées sans cesse pour arriver à une perfection plus grande, dont le type même variait selon le goût des compositeurs à la mode dans chaque pays. Au XVIIIe siècle, les rédacteurs des nouveaux bréviaires, trop souvent suspects dans la doctrine, étaient au moins des hommes versés dans la science des Écritures et de la tradition ; on ne pouvait plus en dire autant des faiseurs du XIXe siècle ; et des élèves de rhétorique suppléaient comme hymnographes Santeuil et Coffin. Cette anarchie et ces variations perpétuelles avaient fait perdre au clergé le sens traditionnel et aux fidèles l'amour et l'intelligence des offices de l'Église. Les sacrements et toutes les choses saintes étaient exposés à mille profanations, par l'absence de règles fixes et suffisamment autorisées. Le devoir de la prière publique était négligé ; et la foi elle-même souffrait de ces désordres sans remède. Choisi par la divine Providence pour arrêter le cours
(1) Tel était en particulier le cas du diocèse de Carcassonne, qui à son ancien territoire avait ajouté tout ou partie de ceux de Narbonne, Saint-Papoul, Alet et Mirepoix. Ces cinq diocèses avaient chacun leur Liturgie avant la Révolution; elles furent toutes conservées jusqu'en 1842.
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de ces abus lamentables, Dom Guéranger naquit liturgiste. Dès sa plus petite enfance, il aima avec passion les offices de l'Eglise ; il les suivait avec une attention peu ordinaire à son âge, et de retour à la maison paternelle, son plus grand plaisir était d'imiter les cérémonies qui s'étaient déroulées sous ses yeux. Ce goût inné ou, pour mieux dire, cette grâce reçue au saint baptême se développa graduellement avec l'intelligence et l'instruction de Prosper Guéranger. Écolier, il savait par cœur tous les chants qu'on exécutait dans sa paroisse de Sablé et sentait déjà cette poésie divine de la Liturgie, dont il devait révéler à notre siècle le secret presque ignoré. Élève des classes supérieures au collège royal d'Angers, il conservait les goûts et les préoccupations de son enfance au milieu du scepticisme et de la corruption précoces d'un trop grand nombre de ses contemporains, et fortifiait par des études de plus en plus sérieuses le don mystérieux que le ciel lui avait départi.
Au sortir de sa rhétorique, quand il entra au séminaire du Mans, le jeune Guéranger était un clerc tout formé, qui, à une érudition ecclésiastique déjà surprenante, joignait le goût d'une piété virile, nourrie de l'Écriture Sainte et puisée dans les offices de l'Église. A cette époque, cependant, le jeune élève du sanctuaire partageait tous les préjugés de ses contemporains ; il admirait sincèrement les liturgies qui régnaient en France, et méprisait, sur la foi d'autrui, celle de Rome, qu'il ne connaissait pas. Sa joie fut grande quand il se vit appelé par le sous-diaconat à payer chaque jour au nom de l'Église le tribut de l'office canonial à la Majesté divine, et
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il récita avec une foi vive son Bréviaire manceau de Mgr de Froullay et du docteur Robinet, sans se défier le moins du monde qu'il dénoncerait un jour ce livre et ses pareils comme radicalement impuissants à remplir leur but. L'abbé Guéranger était déjà prêtre, quand la Providence mit entre ses mains le Missel romain, pour la célébration du saint Sacrifice. L'étude de l'histoire ecclésiastique et des Pères lui avait donné le goût de l'antiquité et le sens du langage de l'Église primitive. Quelle ne fut pas sa surprise d'entendre dans le Missel romain, les mêmes accents qui charmaient ses oreilles dans les monuments des premiers âges du christianisme!
Il goûta immédiatement « l'onction ravissante, l'ineffable mélancolie, la tendresse incommunicable de ces formules, les unes si simples, les autres si solennelles, dans lesquelles apparaît tantôt la douce et tendre confiance d'une royale épouse envers le monarque qui l'a choisie et couronnée, tantôt la sollicitude empressée d'un cœur de mère qui s'alarme pour des enfants bien-aimés ; mais toujours cette science des choses d'une autre vie, si profonde et si distincte, soit qu'elle confesse la vérité, soit qu'elle désire en goûter les fruits, que nul sentiment ne saurait être comparé au sien, nul langage rapproché de son langage (1). » Le jeune prêtre avait entendu la véritable prière de l'Église,qu'il ne connaissait pas encore. A mesure que cette perception devenait plus distincte et plus parfaite, il saisissait en même temps « le goût de terroir et l'odeur de nouveauté » de ces liturgies gallicanes, qu'il avait jusqu'alors admirées sans réserve, Elles ne lui
(1) Institutions liturgiques, c. I, p. 3.
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donnaient que la pensée et la prière d'hommes privés, dépourvus de mission pour parler et intercéder au nom de l'Église. Avec la netteté d'esprit et la franchise de détermination qui devaient l'accompagner dans toute sa carrière, l'abbé Guéranger se résolut aussitôt à adopter pour son usage personnel la Liturgie romaine. Il ne voulut pas cependant exécuter ce grave dessein, sans le consentement de Mgr de la Myre,évêque du Mans, à la personne duquel il était attaché en qualité de secrétaire particulier. Le vénérable prélat avait visité autrefois Rome, l'Italie et l'Allemagne ; et quoique imbu des doctrines de l'ancienne Sorbonne, il avait vu trop de choses et il était trop grand seigneur pour partager les étroits préjugés des gallicans de la dernière heure. Il ne fit aucune difficulté d'accorder à l'abbé l'autorisation qu'il lui demandait, et, privé par ses infirmités de l'honneur de monter à l'autel, le vieil évêque assistait chaque matin à la messe que son secrétaire célébrait dans sa chapelle selon le rite romain. On était alors en 1828.
Deux ans après, l'abbé Guéranger commençait sa carrière d'écrivain dans le Mémorial catholique, revue dont l'inspirateur était M. de Lamennais, les principaux rédacteurs MM. de Salinis et Gerbet, et dont l'influence fut considérable pour le retour de la France aux doctrines romaines. Le nouveau collaborateur donna à ce recueil quatre articles intitulés Considérations sur la Liturgie. Il essayait d'y rendre ce qu'il éprouvait de respect et d'affection pour la Liturgie romaine, et il établissait la nécessité pour la Liturgie d'être antique, universelle, autorisée et pieuse. Ces principes allaient droit au