Institutions liturgiques (page 19)
« Que l'on doive chanter des hymnes, nous avons pour cela l'exemple du Sauveur et des Apôtres ; car le Seigneur lui-même dit une hymne, comme saint Matthieu nous l'atteste : Et hymno dicto, exierunt in montent Oliveti;et l'apôtre Paul écrivant aux Ephésiens, leur dit: « Implemini Spiritu Sancto, loquentes vobismetipsis in psalmis et hymnis et canticis spiritualibus. Il existe, en outre, plusieurs hymnes composées par un art humain, pour célébrer la louange de Dieu et les triomphes des apôtres et des martyrs, comme sont celles que les bienheureux docteurs Hilaire et Ambroise ont mises au jour. Cependant quelques-uns réprouvent ces hymnes parce qu'elles ne font pas partie du canon des saintes Ecritures et ne viennent pas de tradition apostolique. Qu'ils rejettent donc aussi cette autre hymne composée par des hommes, que nous disons chaque jour, dans l'office public et privé, à la fin de tous les Psaumes : Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto, in secula seculorum. Amen. Et cette autre hymne que les Anges chantèrent à la naissance du Christ dans la chair : Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus bonœ voluntatis, les docteurs ecclésiastiques n'y ont-ils pas ajouté une suite ? Faut-il donc qu'on cesse de la chanter dans les églises, parce qu'on ne trouve point cette suite dans les Écritures saintes ? On compose donc des hymnes, comme on compose des messes, des prières ou oraisons, des recommandations, des impositions de mains ; et si on ne devait plus réciter aucune
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de ces formules dans l'Église, autant vaudrait faire a cesser les offices ecclésiastiques (1). »
Ce sage canon vengea les véritables principes en matière de Liturgie, et on ne voit pas que ce zèle indiscret pour les Écritures saintes, comme seule matière de la Liturgie, se soit permis, depuis lors, en Espagne, de nouvelles manifestations. Nous ne tarderons pas à le rencontrer en France.
Nous nous sommes appliqué dans les deux chapitres précédents à recueillir les noms et les travaux des Liturgistes de l'Église gothique d'Espagne : nous aurons occasion, dans la suite, de faire connaître en détail ses rites et ses offices.
Si nous passons maintenant aux Iles Britanniques pour y explorer la Liturgie qu'on y observait, avant l'établissement du rite romain, nous trouvons de grandes difficultés pour donner quelque chose de certain. Cette Liturgie devait être venue primitivement de Rome, puisque la foi fut plantée chez les Bretons par des missionnaires envoyés, au 11e siècle, par le pape saint Éleuthère, sur la demande d'un roi de cette île, nommé Lucius. Mais, à cette époque, la Liturgie romaine devait être encore à son enfance; et, transplantée dans une région si écartée, isolée promptement de sa source, elle avait dû subir plus d'une altération, ou au moins recevoir quelques développements analogues aux mœurs de la contrée. Il y a également des raisons de penser que la Liturgie gallicane aurait pu fournir aussi ses formes plus ou moins complètes aux Églises de ces îles. On sait que saint Patrice, saint Germain d'Auxerre, saint Loup de Troyes, qui ont eu tant d'influence sur les églises des Iles Britanniques, étaient Gaulois, ou du moins avaient été élevés dans les Gaules. La question qu'adressa saint Augustin à saint Grégoire, au sujet de la diversité des
(1) Vid. la Note C.
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Liturgies, et la réponse du Pape qui lui permet d'unir - ensemble les rites romains et gallicans, semble montrer assez clairement que saint Augustin avait rencontré quelques vestiges de ces derniers dans l'île qu'il évangélisait, et qui, bien que retombée en grande partie dans l'idolâtrie, par suite de l'invasion saxonne, gardait cependant un faible débris de l'ancienne Église des Bretons. Quant à l'Irlande considérée à part, Mabillon pense que lorsque saint Bernard raconte, dans la vie de saint Malachie, que ce grand évêque changea les coutumes barbares des chrétiens de cette île pour les usages romains, il faut entendre que jusqu'alors on avait conservé un rite particulier dans cette île (1). Nous avons parlé ailleurs de l'Antiphonaire du monastère de Benchor, publié par Muratori, seul débris qui nous reste des formes liturgiques gardées anciennement en Irlande.
Il nous reste enfin à parler de la Liturgie monastique ou bénédictine. De même que la Règle de saint Benoît remplaça presque aussitôt les Règles monastiques qui l'avaient précédée en Occident, de même aussi la forme d'office qui y est établie succéda bientôt aux autres ordres de psalmodie gardés jusque-là dans les monastères. Nous détaillerons ailleurs les particularités de cette Liturgie ; mais nous devons expliquer tout d'abord les raisons de la dissemblance qui règne entre la forme de l'office monastique et celle des offices de Rome. On voit par le texte même de la Règle de saint Benoît, que ce saint patriarche s'est écarté à dessein des usages romains, comme lorsqu'il dit : « Chaque jour, on chantera à Laudes un cantique tiré « des Prophètes, savoir le même que chante l'Église romaine, sicut psallit Ecclesia Romana (2). » Amalaire Fortunat dit à ce sujet : « Nous ne devons pas croire que
(1) De Liturgia Gallicana, lib. I, cap. 11. Gerbert, de Veteri Liturgia Alemannica, disquisit. II, cap. I.
(2) Reg. S. Benedicti, cap. XIII.
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cet illustre Père ait ainsi disposé toutes ces choses sans mystère ; mais, de même que l'office des clercs ne porte aucun préjudice à celui des moines, ainsi, réciproquement, l'office monastique confirme celui des clercs (1). » Walafride Strabon nous donne la raison de cette différence dans les offices : « C'est aussi, dit-il, un ordre d'offices louables que celui qu'a donné aux moines le Bienheureux Père Benoît, lorsqu'il a voulu que ceux que leur profession sépare du reste des hommes, s'appliquassent aussi à payer, dans une plus forte proportion « que les autres, le tribut accoutumé du divin service (2). » Honorius d'Autun rendant compte, à son tour, du motif de cette divergence, ajoute encore la considération suivante : « Il faut savoir, dit-il, que c'est avec une souveraine sagesse que cet homme rempli de l'esprit de tous les justes a voulu que de même que la vie contemplative est distinguée de la vie active par l'habit, elle en fût aussi distinguée par l'office divin, rendant plus recommandable, par ce privilège, la religion de la discipline monastique (3). » Aussi voyons-nous que le Siège apostolique a, dans tous les temps, sanctionné la forme
(1) Nequaquam itaque fatendum est hune talem patrem absque mysterio cuncta disposuisse: et sicut clericale officium monastico non praejudicat, ita reciproco actu monasticum clericale comprobat. (Amalarius, De Officiis divinis, cap. XLVIII. D. Mabillon, Vet. Analecta, tom. II, pag. 96.)
(2) Est etiam ille ordo officiorum laudabilis quem beatus Pater Bene-dictus monachis constituit observandum, scilicet ut qui proposito a caeteris discernuntur, etiam continua; servitutis penso, aliquid amplius caeteris persolvere studeant. (Walafrid. Strabo, de Rebus ecclesiasticis, cap. XXV.)
(3) Quaeritur cur sanctus Benedictus aliter monachis horas ordinaverit, quam mos Ecclesia; habuerit, vel cur praecipuus Apostolicorum Gregorius hoc sua auctoritate probaverit. Sed sciendum est hoc sapientissima dispositione provisum, utpote a viro pleno Spiritu omnium justorum, scilicet ut contemplativa sicut habitu, ita etiam officio ab activa discerneretur et monasticae disciplinas religio hoc privilegio commendaretur. (Honorius Augustodun. Gemma animae, lib. II, cap. LXV.)
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de l'Office bénédictin, comme un précieux reste de l'antiquité et un monument de la piété monastique qui doit paraître surtout dans la célébration incessante des offices divins.
D'un autre côté, l'Ordre bénédictin, pour montrer son attachement à l'Église romaine, s'est fait de bonne heure un devoir de compléter l'ensemble de ses offices, en adoptant, avec les fêtes du Calendrier romain, toutes les pièces du Responsorial grégorien qui se trouvaient compatibles avec la forme de l'office monastique ; et, quant à ce qui est du saint sacrifice de la messe, dans tous les temps et dans tous les lieux, il s'y est toujours servi des Sacramentaires et Antiphonaires romains. Seulement, on voit par plusieurs anciens manuscrits des principaux monastères de l'Europe, que, jusqu'à une époque assez rapprochée, les Sacramentaires dont se servaient les moines, quoique formés du grégorien pour la plus grande partie, avaient retenu plusieurs choses du gélasien.
La Liturgie monastique est suivie par toutes les familles de moines qui gardent la règle de saint Benoît, et sous ce nom il faut entendre, non-seulement les moines noirs proprement dits, mais encore les camaldules, les cisterciens, les olivétains, ceux de Vallombreuse, les célestins et même les chartreux, quoique ces derniers aient retenu plusieurs coutumes qui leur sont propres.
Nous conclurons ce chapitre en faisant ressortir, suivant notre usage, les inductions qui se présentent à la suite des faits qui y sont énoncés.
En premier lieu, on voit qu'il y a eu dans l'Occident plusieurs Liturgies plus ou moins différentes de la Liturgie romaine, et qu'il y en a même encore quelques-unes, mais que ces Liturgies remontent à une haute antiquité ;
En second lieu, que ces Liturgies particulières ont toujours tendu à se fondre plus ou moins dans la romaine ;
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En troisième lieu, que leur qualité de Liturgies particulières les a souvent exposées au danger de l'altération et de la corruption ;
En quatrième lieu, que c'est une idée fausse et contradictoire, en matière de Liturgie, que de prétendre n'employer dans les offices divins que les seules paroles des saintes Écritures, à l'exclusion du langage de la tradition ;
En cinquième lieu, que dans toutes les églises, la Liturgie a toujours été considérée comme une chose capitale, à laquelle le clergé et le peuple prenaient le plus ardent intérêt; en sorte qu'on n'y pouvait toucher sans exciter des troubles considérables.
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NOTES DU CHAPITRE VIII
NOTE A
Extrait d'une lettre de Saint Chartes Borromée, à Monseigneur César Speciano, Protonotaire apostolique, à Rome. (Lebrun, Explication de la Messe, tom. II.)
M. R. S. Je dois avoir et je conserve tant de respect pour notre Saint-Père, qu'il peut être assuré que je prendrai toujours en bonne part tout ce qu'il aura ordonné; je me sens pourtant obligé de lui représenter combien serait opposé au service de Dieu ce que je vois qui]résulterait de la résolution qu'on a extorquée avec peu de sincérité, et par des vues peu conformes à la bonne volonté de Sa Sainteté. Je dis ceci à l'occasion du bref accordé, comme vous me le marquez, au gouverneur, pour faire dire la messe selon le rite romain dans toutes les églises où il ira. Si notre Saint-Père ne remédie à cette concession, je suis persuadé qu'elle produira beaucoup d'inconvénients que vous pouvez prévoir vous-même, à cause de l'usage qu'il pourra faire de la permission qu'il a obtenue après tant d'empressement.
Il y a dans cette ville un grand nombre d'églises de réguliers où l'on peut entendre la messe à l'usage de Rome. Sa Sainteté lui avait déjà permis de la faire dire dans sa chapelle, et je ne lui ai jamais refusé une semblable permission. Qu'est-ce qui l'a pu porter présentement à abuser de la bonté de Sa Sainteté pour obtenir une chose qu'il ne s'était jamais avisé de demander depuis tant d'années qu'il est gouverneur, non plus que ses prédécesseurs, ni le Roi, ni les souverains de cet État, ni même les légats qui ont passé par ici, ou qui y ont demeuré, autant que je puis le savoir? Je puis citer un exemple dont j'ai été témoin, c'est celui du cardinal Moroni qui, quoique légat avec une pleine autorité, étant venu au Dôme, entendit une messe basse suivant le rite ambrosien ; et le Visiteur apostolique n'y a jamais dit la messe, pour ne pas introduire dans cette église un usage différent de celui qui est si ancien.
Quand il a été nécessaire pour la commodité des prêtres étrangers, ou des religieux qui faisaient la quête, je leur ai facilement accordé de dire la messe suivant leur rite dans les lieux du diocèse où il n'y a ni église, ni chapelle du rite romain, et quoique je l'aie fait avec restriction, cela n'a pas laissé de causer quelquefois des murmures et du déplaisir au clergé. Lorsqu'une fois je permis de la dire dans l'église de Saint-Ambroise de Milan pour favoriser la dévotion d'un religieux, qui ne devait la dire que dans une chapelle obscure et secrète, on en fit tant de
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bruit et il y eut tant de dépositions, que je fus d'abord "obligé de la révoquer, en sorte qu'elle n'eut aucun effet.
Je laisse à juger ce que produirait cette permission accordée à un magistrat aussi considérable qu'est le gouverneur qui, sans aucun besoin, s'en servirait dans les principales églises de la ville où il a accoutumé d'aller accompagné d'un grand nombre de personnes, particulièrement les jours de fête et lorsqu'il y a musique...... Vous parlerez à notre Saint-Père conformément à cette lettre, afin qu'il remédie à cette concession......
De la Vallée de Gerça, le 12 novembre 1578.
NOTE B
Coetus honorifici decus et gradus ordinis ampli,
Quos colo corde, fide, religione patres :
Jamdudum obliti desueto carmine plectri,
Cogitis antiquam me renovare lyram.
En stupidis digitis stimulatis tangere chordas,
Cum mihi non solito currat in arte manus.
Scabrida nunc resonat mea lingua rubigine verba,
Exit et incompto raucus ab ore fragor.
Vix dabit in veteri ferrugine cotis acumen,
Aut fumo infecto splendet in aere color.
Sed quia dulcedo pulsans quasi malleus instar,
Et velut incude cura relisa terit.
Pectoris atque mei succenditis igne caminum
Unde ministratur cordis in arce vapor;
Obsequor hinc, quia me veluti fornace recocto,
Artis ad officium vester adegit amor.
Celsa Parisiaci cleri reverentia pollens,
Ecclesiae genium, gloria, munus, honor.
Carmine Davidico divina poemata pangens,
Cursibus assiduis dulce revolvit opus.
Inde sacerdotes, Leviticus hinc micat ordo,
Illos canities, hos stola pulchra tegit.
Illis pallor inest, rubor his in vultibus erret,
Et candent rutilis lilia mixta rosis.
Illi jam senio, sed et hi bene vestibus albent,
Ut placeat summo picta corona Deo.
In medio Germanus adest, antistes honore,
Qui regit hinc juvenes, subrigit inde senes.
Levitae præeunt ; sequitur gravis ordo ducatum ;
Hos gradiendo movet, hos moderando trahit.
Ipse tamen sensim incedit, velut alter Aaron;
Non de veste nitens, sed pietate placens.
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Non lapides, coccus cidarim, aurum, purpura, byssus,
Exornant humeros, sed micat alma fides.
Iste satis melior veteri quam lege sacerdos,
Hic quia vera colit, quod prius umbra fuit.
Magna futura putans, praesentia cuncta refellens,
Antea carne carens, quam caro fine ruens.
Sollicitus, quemquam ne devoret ira luporum,
Colligit ad caulas pastor opimus oves.
Assiduis monitis ad passua salsa vocatus,
Grex vocem agnocens, currit amore sequax.
Miles ad arma celer, signum mox tinnit in aures,
Erigit excusso membra sopore toro.
Advolat ante alios, mysteria sacra requirens,
Undique quisque suo templa petenda loco.
Flagranti studio populum domus irrigat omnem,
Certatimque monent, quis prior ire valet.
Pervigiles noctes ad prima crepuscula jungens,
Construit angelicos turba verenda choros.
Gressibus exertis in opus venerabile constans,
Vim factura polo, cantibus arma movet.
Stamina psalterii lyrico modulamine texens,
Versibus orditum carmen amore trahit.
Hinc puer exiguis attemperat organa cannis,
Inde senex largam ructat ab ore tubam.
Cymbalicas voces calamis miscentur acutis,
Disparibusque tropis fistula dulce sonat.
Tympana rauca senum puerilis tibia mulcet,
Atque hominum reparant verba canora lyram.
Leniter iste trahit modulus, rapit alacer ille,
Sexus et setatis sic variatur opus.
Triticeas fruges fervens terit area Christi,
Horrea quandoquidem construitura Dei.
Voce Creatoris reminiscens esse beatos,
Quos Dominus vigiles, dum redit ipse, videt.
In quorum meritis, animo, virtute, fideque,
Tegmine corporeo lumina quanta latent !
Pontificis monitis clerus, plebs psallit et infans,
Unde labore brevi fruge replendus erit.
Sub duce Germano felix exercitus hic est,
Moses, tende manus, et tua castra juva.
(Venantii Fortunati opera, lib. II, caput XIII. Edit. Luchi.)
NOTE C
De hymnis etiam canendis, et Salvatoris et Apostolorum habemus exemplum : nam et ipse Dominus hymnum dixisse perhibetur, Matthaso Evangelista
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testante :Et hymno dicto, exierunt in montent Oliveti. (Matth. XXVI.) Et Paulus Apostolus ad Ephesios scripsit, dicens : Implemini Spiritu, loquentes vos in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus. (Ephes. v.) Et quia nonnulli hymni humano studio in laudem Dei, atque Apostolorum et Martyrum triumphos compositi esse noscuntur, sicut hi quos beatissimi Doctores Hilarius atque Ambrosius ediderunt, quos tamen quidam specialiter reprobant, pro eo quod de Scripturis sanctorum canonum, vel apostolica traditione non existunt; respuant ergo et illum hymnum ab hominibus compositum, quem quotidie publico privatoque Officio, in fine omnium psalmorum dicimus : Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui sancto, in secula seculorum. Amen. Nam et ille hymnus, quem, nato in carne Christo, Angeli cecinerunt : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis; reliqua quae ibi sequuntur, ecclesiastici Doctores composuerunt. Ergo nec idem in Ecclesiis Scanendus est, quia in Scripturarum sanctarum libris non invenitur. Componuntur ergo hymni, sicut componuntur missas, sive preces vel orationes, sive commendationes, seu manus impositiones : ex quibus si nulla dicantur in Ecclesia, vacant Officia omnia ecclesiastica. (Concil. Toletanum IV, canon, XIII.)
I - CHAPITRE IX
CHAPITRE IX : AUTRE DIGRESSION SUR L'HISTOIRE DES LITURGIES ORIENTALES : — LITURGIES APOSTOLIQUES ; — GRECQUE MELCHITE ; — COPTE, ÉTHIOPIENNE, SYRIENNE, ARMÉNIENNE, POUR LA SECTE MONOPHYSITE ; — COPTE, SYRIENNE, ARMÉNIENNE UNIES ; — MARONITE ; — ET CHALDEENNE, POUR LA SECTE NESTORIENNE.
Les Liturgies des Églises de l'Orient offrent à l'observateur un spectacle bien différent de celui que lui présentent les Liturgies de l'Occident. Déjà notre histoire est arrivée au IX° siècle, et les progrès de la Liturgie dans l'Église latine, loin de s'arrêter, promettent de s'étendre et de se développer dans les siècles suivants : dans l'Église orientale, au contraire, dès le IX° siècle, tout s'apprête à finir pour la Liturgie, comme pour l'unité et la dignité du christianisme.
Cependant le point de départ de la Liturgie dans l'Orient fut imposant : elle commença, comme Liturgie chrétienne, à Jérusalem, non-seulement par les actes et les paroles du Rédempteur des hommes, mais encore par les ordonnances des Apôtres qui fixèrent, ainsi que nous l'avons dit, la forme dans laquelle devaient être célébrés les mystères chrétiens.
Devant traiter, dans une des divisions spéciales de cet ouvrage, tout ce qui a rapport aux livres liturgiques de toutes les Églises, nous ne ferons ici qu'une brève énumération des diverses formes usitées dans les Églises orientales, pour les offices divins.
D'abord, viennent les Liturgies apostoliques. Celle
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attribuée à saint Jacques est la principale et la plus authentique, au moins dans la généralité de sa teneur. Elle fut longtemps suivie dans l'Église de Jérusalem, à l'exclusion de toute autre, et l'on voit assez clairement que c'est cette Liturgie que saint Cyrille explique dans ses Catéchèses. Il paraît démontré que l'Église de Jérusalem la gardait encore au IX° siècle, puisque Charles le Chauve, dans une lettre au clergé de Ravenne, atteste avoir fait célébrer en v sa présence les saints mystères, suivant la Liturgie de Jérusalem, composée par l'apôtre saint Jacques. Depuis lors, l'autorité du patriarche de Constantinople a interdit, même à Jérusalem, l'usage de cette Liturgie, hors le 23 d'octobre, jour où cette Église célèbre la fête de saint Jacques. Tous les autres jours de l'année, on doit employer les Liturgies usitées à Constantinople, et dont nous allons parler bientôt.
L'Église d'Antioche, dans l'origine, dut se servir d'une forme liturgique instituée par saint Pierre, puisque le Prince des apôtres fut le premier évêque de cette ville. ! Cette Liturgie de saint Pierre n'était-elle point la même que celle de saint Jacques ? si elle en différait, quelle était sa forme ? Ces questions sont aujourd'hui devenues à peu près insolubles. Il est vrai que les jacobites de Syrie, qui ' ont dans leurs livres un grand nombre de Liturgies ou Anaphores, en ont une qui porte le nom de saint Pierre : mais l'autorité de ces sectaires est complètement nulle en matière de critique.
Quoi qu'il en soit, le patriarche melchite d'Antioche, ainsi que tout le clergé de son ressort, est contraint de suivre, comme celui de Jérusalem, la Liturgie de Constantinople, au moins depuis le XII° siècle. Nous rappellerons ici l'origine du nom de melchite. Après la condamnation de Dioscore, patron du monophysisme, dans le concile de Chalcédoine, il s'éleva entre les catholiques d'Alexandrie et d'Antioche et les disciples d'Eutychès, un
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schisme violent qui dure encore. Les monophysites donnèrent aux catholiques le nom de melchites, formé de l'arabe melek, qui signifie partisans du Prince, parce qu'ils se conformaient à l'édit de l'empereur Marcien pour la publication et la réception du concile de Chalcédoine. Longtemps, ce nom de melchite a été le synonyme d'orthodoxe : depuis le schisme grec, il ne désigne plus que les Grecs qui sont unis au patriarche de Constantinople. Aujourd'hui, la ville d'Antioche ayant été presque entièrement détruite, soit par les guerres, soit par les tremblements de terre, le patriarche melchite a transféré son siège à Damas. Mais telle est l'ignorance et la dégradation du clergé de ce patriarcat, que l'on est obligé de traduire la Liturgie du grec en arabe, non-seulement pour l'usage du peuple, mais afin que les clercs puissent en lire et en comprendre les paroles.
L'Église d'Alexandrie, fondée par saint Marc, s'est servie, dans l'antiquité, d'une Liturgie qui porte le nom de cet évangéliste, et qui a été complétée par saint Cyrille. Depuis le XIIe siècle, l'usage de cette Liturgie est entièrement aboli dans les églises qui dépendent du patriarche melchite d'Alexandrie. Ce patriarche, qui réside au Grand-Caire, est astreint, ainsi que tout son clergé, à la Liturgie de Constantinople.
Enfin, le siège principal de l'Église grecque melchite, la Nouvelle Rome, Constantinople, qui fait subir le joug de sa Liturgie aux églises qui lui sont restées fidèles, ne connaît que deux Liturgies, au moyen desquelles elle célèbre le service divin toute l'année. La première, appelée la Liturgie de saint Jean Chrysostome, sert tous les jours, sauf les exceptions ci-après ; c'est la seule qui contienne l'ordre de la messe et les rubriques. La seconde, qui est celle de saint Basile, est en usage seulement la vigile de Noël, la vigile des Lumières ou de l'Épiphanie, les dimanches du Carême, sauf le dimanche des Rameaux ; la sainte et grande Férie
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ou le jeudi saint ; le samedi saint, et enfin le jour de la fête de saint Basile. Elle est plus longue que la première ; mais elle ne contient pas l'ordre de la messe et les rubriques : on les prend dans la Liturgie de saint Chrysostome. Ce saint docteur n'est point l'auteur de la Liturgie qui porte son nom : il paraît même qu'on l'a appelée, jusque dans le vie siècle, la Liturgie des Apôtres. Quant à celle qui est connue sous le nom de saint Basile, il est mieux prouvé qu'elle appartient à ce saint docteur.
Le premier monument dans lequel on trouve la manifestation du pouvoir du patriarche de Constantinople sur la Liturgie des autres Églises patriarcales melchites, est un passage de Théodore Balsamon, cité par Leunclavius au livre cinquième de son Droit gréco-romain. Ce jurisconsulte, membre distingué de l'Église de Constantinople, ; fut promu au siège d'Antioche en 1186. Il raconte que Marc, patriarche d'Alexandrie, étant venu à Constantinople, prétendit célébrer les saints mystères suivant une Liturgie particulière, et que lui, Balsamon, en présence de l'empereur, disputa contre Marc, et soutint comme une vérité incontestable : « Que toutes les Églises de Dieu devaient suivre la coutume de la nouvelle Rome, et célébrer le sacrifice suivant la tradition des grands docteurs et luminaires de là piété, saint Jean Chrysostome et saint Basile (1). »