L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 117)
y La demeure d'un sein pudique devient soudain le temple de Dieu ; la Vierge intacte et sans souillure conçoit, à la parole de l'Ange, un fils, * Le Sauveur.
L'Eglise grecque, au 26 Décembre, jour "onsacré par elle à la Mère de Dieu, prodigue de pompeuses louanges à Marie. Nous empruntons à ses Menées les deux seules strophes qui suivent, dont la première est en même temps l'Antienne de Benedictus du jour delà Circoncision, au Bréviaire Romain.
irabile mystenum declaratur hodie : innovantur naturas, Deus homo factus est : id quod fuit permansit , et quod non erat, asbumpsit : non commixtionem passus, neque divisionem.
Uvam incultam postquam germinasset vitis mystica, in brachiis velut ramusculîs ferebat : Tu,aiebat, fructus meus, tu es vita mea, a te novi quia quod eram adhuc sum, o Deus meus ; sigillum enim virginitatis meae videns infractum. praedico te immutabile Verbum caro factum ; virura non novi ; te autem novi pernicici solutorem. Casta enim sum, te ex me egresso ; sicut invenisti , sic uterum meum reliquisti : ideo
UN mystère admirable se manifeste aujourd'hui : les deux natures s'unissent dans un prodige nouveau ; Dieu se fait homme ; il reste ce qu'il était, il prend ce qu'il n'était pas, sans souffrir ni mélange ni division.
La vigne mystique, après avoir produit sans culture la céleste grappe, la soutenait sur ses oras, comme sur ses rameaux : Tu es mon fruit, disait-elle, tu es ma vie ; je sais de toi-même que je suis encore ce que j'étais, 6 mon Dieu ! car le sceau de ma virginité n'a point été brisé : c'est pourquoi je te proclame immuable et Verbe fait chair. ,1e n'ai point connu l'homme, mais je te reconnais pour le libérateur de la commune perdition ; je suis toujours chaste, même après ta naissance. Tel tu trouvas mon
sein, tel tu l'as laisse : c'est pourquoi toute créature me chante et s'écrie : « Réjouistoi, ô pleine de grâce ! »
concinit omnis creatura ad me damans : Gaude. gra-tia plena.
Considérons, en ce huitième jour de la ^ Naissance du divin Enfant, le grand mystère de la Circoncision qui s'opère dans sa chair. C'est aujourd'hui que la terre voit couler les prémices du sang qui doit la racheter ; aujourd'hui que le céleste Agneau, qui doit expier nos péchés, commence à souffrir pour nous. Compatissons à notre Emmanuel, qui s'offre avec tant de douceur à l'instrument qui doit lui imprimer une marque de servitude.
Marie, qui a veillé sur lui dans une si tendre sollicitude, a vu venir cette heure des premières souffrances de son Fils, avec un douloureux serrement de son cœur maternel. Elle sent que la justice de Dieu pourrait ne pas exiger ce premier sacrifice, ou encore se contenter du prix infini qu'il renferme pour le salut du monde ; et cependant, il faut que la chair innocente de son Fils soit déjà déchirée, et que son sang coule déjà sur ses membres délicats.
Elle voit avec désolation les apprêts de cette dure cérémonie ; elle ne peut ni fuir, ni considérer son fils dans les angoisses de cette première douleur. Il faut qu'elle entende ses soupirs, son gémissement plaintif, qu'elle voie des larmes descendre sur ses tendres joues. « Mais lui pleurant, dit saint « Bonaventure, crois-tu que -a Mère pût
« contenir ses larmes ? Elle pleura donc « quant et quant elle-même. La voyant « ainsi pleurer, son Fils, qui se tenait debout « sur le giron d'icelle, mettait sa petite main « à la bouche et au visage de sa mère, « comme la priant par signe^ de ne pas pleu« rer ; car celle qu'il aimait si tendrement, « il la voulait voir cesser de pleurer. Sem« blablement de son côté, cette douce mère, « de qui les entrailles étaient totalement « émues par la douleur et les larmes de son o Enfant, le consolait par le geste et les « paroles. Et de vrai, comme elle était « moult prudente, e!le entendait bien la vo« lonté a icelui, jaçoit qu'il ne parlât encore. « Et elle disait : Mon Fils, si vous me voulez « voir cesser de pleurer, cesser vous-même , « car je ne puis, vous pleurant, ne point « pleurer aussi. Et lors, par compassion « pour sa mère, le petit fils désistait de san« gloter. La mère lui essuyait alors les yeux. <- et aussi les siens à elle, et puis elle appli« guait son visage sur le visage de son En« fant, l'allaitait et le consolait de toutes les « manières qu'elle pouvait l. »
Maintenant, que rendrons-nous au Sauveur de nos âmes, pour la Circoncision qu'il a daigné souffrir, afin de nous montrer son amour ? Nous devrons suivre le conseil de l'Apôtre (Coloss. n, n), et circoncire notre cœur de toutes ses mauvaises affections, en retrancher le péché et ses convoitises, vivre enfin de cette nouvelle vie dont Jésus enfant
l. Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par saint Bonaventure. Tome 1er, page 5l.
nous apporte du ciel le simple et sublime modèle. Travaillons à le consoler de cette première douleur ; et rendons-nous de plus en plus attentifs aux exemples qu'il nous donne.
A la louange du Dieu circoncis, nous chanterons cette celle Séquence empruntée aux anciens Missels de l'Eglise de Paris.
Aujourd'hui, est apparue la merveilleuse vertu de la grâce, dans la Circoncision d'un Dieu.
Un Nom céleste, un Nom de salut, le Nom de Jésus lui est donné
C'est le Nom qui sauve l'homme , le Nom que la bouche du Seigneur a prononcé dès l'éternité.
Dès longtemps, à la Mère de Dieu, dès longtemps, à l'époux de la Vierge , un Ange l'a révélé.
Nom sacré, tu triomphes de la rage de Satan et de l'iniquité du siècle.
Jésus, notre rançon, Jésus, espoir des affligés, guérissez nos âmes malades.
Nomen ei ccelicum, Nomen et salvificum, Quod est Jésus, indidit.
Nomen salus homini, Nomen quod os Domini Ab asterno nominat.
Dudum Matri Numinis Hoc et sponso Virginis Angélus denuntiat.
Jesu, nostrum pretium, Jesu, spes mcerentium. Mentes sana miseras.
Sanguis fusus sordidos Lavet. riget cridos, Mœstis det soiatium.
Que votre Circoncision épure notre cœur, cautérise ses plaies.
Que votre sang répandu lave nos souillures, rafraîchisse notre aridité , qu'il console nos afflictions.
En ce commencement d'année, pour étrennes fortunées , préparez notre récompense, ô Jésus ! Amen.