L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 119)
Trône de Salomon, à qui nul trône n'est semblable, pour l'art et la matière.
En ce trône, l'ivoire par sa blancheur figure le mystère de chasteté, et l'or par son éclat signifie la charité.
Votre palme est à vous seule, et vous demeurez sans égale sur la terre et au palais du ciel.
Gloire du genre humain, en vous sont les privilèges des vertus, au-dessus de tous.
Le soleil brille plus que la lune, et la lune plus que les étoiles ; ainsi Marie éclate entre toutes les créatures.
La lumière sans éclipse, c'est la chasteté de la Vierge; le feu qui jamais ne s éteint, c'est sa charité immortelle.
Salut ! mère de miséricorde, et de toute la Trinité l'auguste habitation.
Mais à la majesté du Verbe incarné vous avez offert un sanctuaire spécial.
O Marie ! étoile de la mer, dans votre dignité suprême, vous dominez sur tous les
Sur votre trône élevé du ciel , recommandez-nous à votre Fils ; obtenez que les terreurs ou les tromperies de nos ennemis ne triomphent pas de notre faiblesse.
Dans la lutte que nous soutenons, défendez-nous par votre appui ; que la violence de notre ennemi plein d'audace et de fourberie cède à votre force souveraine ; sa ruse, à votre prévoyance
Jésus 1 Verbe du Père souveiain, gardez les serviteurs de votre Mère ; déliez les pécheurs, sauvez-les par votre grâce, et imprimez sur nous les traits de votre clarté glorieuse. Amen.
In supremo sita poli, Nos assigna tuae Proli, Ne terrores, sive doli Nos supplantent hostium.
In procinctuconstituti, Te tuente, simus tuti ; Pervicacis et versuti Tuae cedat vis virtuti, Dolus. providentias.
Jesu, Verbum summî Patris, Serva servos tuae Matris, Solve reos, salva gratis, Et nos tuae claritatis Configura gloriae.
Nous avons achevé hier l'Octave de la Naissance du Sauveur ; nous finirons aujourd'hui l'Octave de saint Etienne ; mais nous ne perdrons pas de vue, un seul instant, le divin Enfant dont Etienne, Jean le BienAimé et les Innocents forment la cour. Dans cinq jours, nous verrons arriver les Mages au berceau du Roi nouveau-né ; ils sont en marche, et l'étoile commence à approcher de Bethléhem. Durant ces heures d'attente, glorifions l'Emmanuel, en proclamant les grandeurs de ceux qu'il a choisis pour ses tavoris les plus chers, et admirons encore une fois Etienne dans ce dernier jour de l'Octave que l'Eglise lui a dédiée. Sur une autre partie du Cycle, nous le retrouverons avec allégresse ; sous les feux d'Août, il apparaîtra réjouissant l'Eglise par la miraculeuse Invention de ses Reliques, et répandra sur nous de nouvelles laveurs.
Un antique Sermon attribué longtemps à saint Augustin nous apprend que saint Etienne était dans laJJeur d'une brillante jeunesse, lorsqu'il fut appelé par les apôtres à recevoir, dans l'imposition des mains, le caractère sacré du Diaconat. Six compagnons lui furent donnés ; et cet auguste septénaire.
chargé de veiller autour de l'autel de la terre, représentait les sept Anges que saint Jean a vus assistant près de l'Autel sublime du ciel. Mais Etienne était le chef de cette compagnie sacrée ; et le titre d'Archidiacre lui est clonné par saint Irénée, dès le second siècle.
Or, la vertu du Diacre est la fidélité ; et c'est pour cette raison que les trésors de l'Eglise lui sont confiés ; trésors qui ne consistent pas seulement dans les deniers destinés au soulagement des pauvres, mais dans ce qu'il y a de plus précieux au ciel et sur la terre : le Corps même du Rédempteur, dont le Diacre, par l'Ordre qu'il a reçu, est le dispensateur. Aussi l'Apôtre, dans sa première Epître à Timothée, recommande-t-il aux Diacres de garder le Mystère de la Foi dans une conscience pure.
Le Diaconat étant donc un ministère de fidélité, il convenait que le premier Martyr appartînt à l'ordre des Diacres, puisque le martyre est une épreuve de fidélité ; et cette merveille est déclarée dans toute l'Eglise par la glorieuse Passion de ces trois magnifiques athlètes du Christ qui, couverts de la dalmatique triomphale, éclatent à la tête de l'armée des Martyrs : Etienne, la gloire de Jérusalem ; Laurent, les délices de Rome ; Vincent, l'honneur du royaume Catholique, Dans cet heureux Temps de Noël, le 22 Janvier, nous célébrerons Vincent, associé à Etienne pour la garde du berceau du Sauveur. Août nous donnera à la fois Etienne dans l'Invention de ses reliques, et Laurent avec sa palme victorieuse.
Afin d'honorer le Diaconat dans son premier représentant, l'usage d'un grand nombre d'Eglises est de faire remplir aux Diacres, dans la fête de saint Etienne, tous les offices qui ne sont point incompatibles avec leur caractère. Ainsi, dans plus d'une Cathédrale, le Chantre cède à un Diacre son bâton cantoral, d'autres Diacres assistent comme choristes sous leurs dalmatiques ; l'Epître même de la Messe est chantée par un Diacre, parce qu'elle contient le récit du martyre de saint Etienne.
L'établissement de la fête du premier des Martyrs, et son assignation au lendemain de la Naissance du Sauveur, se perd dans la plus sacrée et la plus haute antiquité. Les Constitutions Apostoliques, recueil compilé au plus tard à la fin du me siècle, nous la montrent déjà établie, et iïxée au lendemain de Noël. Saint Grégoire de Nysse et saint Astère d'Amasée, antérieurs l'un et l'autre à l'époque où les reliques du grand Diacre furent révélées au milieu de tant de prodiges, célèbrent sa solennité dans des Homélies spéciales, et la relèvent entre autres par cette circonstance qu'elle a l'honneur d'être fêtée le jour même qui suit la Naissance du Christ. Quant à son Octave, elle est moins ancienne ; toutefois, on ne saurait donner la date de son institution. Amalaire, au ix° siècle, en parle comme déjà établie, et le Martyrologe de Notker, au xc siècle, la porte expressément.
On ne doit pas s'étonner que cette fête d'un simple Diacre ait reçu tant d'honneurs, tandis que la plupart de celles des Ap< très
demeurent privées d'une Octave. La règle de l'Eglise, dans la Liturgie, est d'affecter les distinctions de son culte dans la proportion des services qu'elle a reçus des Saints. Ainsi honore-t-elle saint Jérôme, simple prêtre, d'un culte supérieur à celui qu'elle défère à un grand nombre de saints Pontifes. La place et le degré d'élévation qu'elle accorde sur le Cycle, "sont en rapport avec sa gratitude envers les amis de Dieu qu'elle y admet ; c'est ainsi qu'elle dirige les affections du peuple fidèle envers les célestes bienfaiteurs qu'il devra vénérer dans les rangs de l'Eglise triomphante. Etienne, en frayant la voie aux Martyrs, a donné le signal de ce sublime témoignage da sang qui fait la force de l'Eglise, et ratifie les vérités dont elle est dépositaire, et les espérances éternelles qui reposent sur ces vérités. A Etienne donc gloire et honneur jusqu'à la consommation des siècles, sur cette terre fécondée de son sang qu'il a mêlé à celui du Christ !
Nous avons relevé le caractère de ce premier des Martyrs, pardonnant à ses bourreaux, à l'exemple du Christ ; et nous avons vu la sainte Eglise puiser dans ce grand fait la matière de son principal éloge envers saint Etienne. Nous appuierons aujourd'hui sur une circonstance du drame si émouvant qui s'accomplit sous les murs de Jérusalem Parmi les complices de la mort sanglante d'Etienne, était un jeune homme nommé Saul. Fougueux et plein de menaces, il gardait les vêtements de ceux qui lapidaient le saint Diacre ; et comme disent les Pères, il le lapidait par les
mains de tous. Un peu après, ce même Saul était renversé par une force divine sur Je chemin de Damas, et il se relevait disciple de ce Jésus que la voix éclatante d'Etienne avait proclamé Fils du Père céleste, jusque sous les coups de ses bourreaux La prière d'Etienne n'avait pas été stérile ; et une telle conquête n'annonçait rien moins que celle de la gentilité, dont le sang d'Etienne enfanta l'Apôtre. « Sublime tableau ! s'écrie saint « Augustin. Vous y voyez Etienne qu'on « lapide; vous y voyez Saul gardant lesvête« ments de ceux qui le lapident. Or, voici « que Saul devient Apôtre de Jésus-Christ, « tandis qu'Etienne est serviteur de Jésusce Christ, i u as été renversé, ô Saul î tu t'es « relevé prédicateur de celui que tu poursui« vais. En tous lieux, on lit tes Epîtres ; en « tous lieux, tu convertis au Christ les cœurs « rebelles : en tous lieux, devenu bon Pas« teur, tu formes de grands troupeaux. Avec « le Christ tu règnes, en la compagnie de « celui que tu as lapidé. Tous deux vous « nous voyez ; tous deux vous entendez ce « que nous disons ; tous deux vous pFiez c pour nous. Celui-là vous exaucera, qui << tous deux vous a couronnés. D'abord, l'un « était un agneau et l'autre un loup ; main« tenant tous deux sont agneaux. Qu'ils nous « protègent donc de leurs regards •, qu'ils <( nous recommandent dans leurs prières ! « qu'ils obtiennent une vie paisible et tran« quille à l'Eglise de leur Maître. » Le temps de Noël ne se terminera pas non plus sans que nous ayons réuni dans notre culte Etienne et Paul ; le 25 janvier, nous célébrerons la
Conversion de l'Apôtre des Gentils , il appartenait à sa glorieuse victime de le présenter au berceau de leur commun Sauveur.
Enfin, la piété catholique, émue par cette mort du premier des Martyrs, cette mort que l'écrivain sacré appelle un sommeil, et qui forme un si frappant contraste avec la rigueur du supplice qui l'occasionne, la piété catholique, disons-nous, a désigné saint Etienne comme un de nos intercesseurs pour la grâce d'une heureuse mort. Implorons donc le secours du saint Diacre, pour l'heure où nous aurons à rendre à notre créateur cette âme qu'il nous a confiée ; et disposons dès maintenant notre cœur à offrir, lorsque le Seigneur le demandera, le sacrifice entier de cette vie fragile qui nous est donnée comme un dépôt, que nous devons être prêts à représenter au moment où il nous sera réclamé.
Nous insérerons encore ici quelques-uns des éloges que la Liturgie a consacrés à saint Etienne, dans lec chants des diverses Eglises, en commençant par deux Répons de l'Eglise Romaine, suivis de l'Oraison qu'elle récite en ce jour de l'Octave.
^' C Dieu, lapidé par les Juifs, vit les cicux ouverts ; il les vit et il y entra : * Heureux mortel, à qui les cieux étaient ouverts !