L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 125)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

tectus, Visus sed non intellectus, Redit ad palatium ? Aquilam Ezechielis Sponsa? misit quae de

Die, dilecte, dedilecto, Qualis sit, et ex dilecto Sponsus sponsas nuncia; Die quis cibus Angelorum, Quae sint festa superorum, De sponsi prœsentia.

pectus Christi sumptam resera Ut cantemus de patrono, Coram Agno , coram

Révèle le pain qui nous initie à la vérité, cette Cène du Christ que tu goûtas sur la poitrine du Christ • afin que devant l'Agneau , devant son trône, nous chantions par delà les deux tes louanges , en retour de ta protection.

Nous vous saluons aujourd'hui, le cœur plein de reconnaissance, 6 bienheureux Jean . qui nous avez assistés avec une si tendre charité dans la célébration des mystères de la Nativité de votre divin Roi En relevant vos ineffables prérogatives, nous rendons gloire à celui qui vous en a décoré boyez donc béni, 6 vous l'ami de Jésus, le Fils de la Vierge! Mais avant de nous quitter, recevez encore nos prières.

Apôtre de la charité fraternelle, obtenez que nos cœurs se fondent tous dans une sainte union; que les divisions cessent; que la simplicité delà colombe, dont vous avez été un exemple si touchant, renaisse au cœur du chrétien de nos jours. Que lafoi, sans laquelle lâchante ne saurait exister, se maintienne pure dans nosEglises; quele serpent de l'héresie soit écrase, et que ses affreux breuvages ne soient plus présentés aux lèvres dun peuple complice ou indifférent; que 1 attachement à la doctrine de l'Eglise soit terme et énergique dans les cœurs catholiques; que les mélanges profanes, la lâche tolérance des erreurs ne viennent plus affadir les mœurs religieuses de nos pères; que les enfants de lumière se tranchent d'avec les enfants de ténèbres.

Souvenez-vous, 6 saint Prophète, de la sublime vision dans laquelle vous fut révélé l'état des Eglises de l'Asie-Mineure obtenez pour les Anges qui gouvernent les nôtres cette fidélité" inviolable qui mérite seule la couronne et la victoire. Priez aussi pour les contrées que vous avez évangélisées, et qui méritèrent de perdre la foi. Assez longtemps elles ont souffert l'esclavage et la dégradation ; il est temps qu'elles se régénèrent par Jésus-Christ et son Eglise. Du haut du ciel, envoyez la paix à votre Eglise d'Ephèse, et à ses sœurs de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée ; qu'elles se réveillent de leur sommeil ; qu'elles sortent de leurs tombeaux ; que l'Islamisme achève promptement ses tristes destinées ; que le schisme et l'hérésie qui dégradent l'Orient s'éteignent, et que tout le troupeau se réunisse dans l'unique bercail. Protégez la sainte Eglise romaine qui fut témoin de votre glorieuse Confession, et l'a enregistrée parmi ses plus beaux titres de gloire, à la suite de celles ce Pierre et de Paul. Qu'elle reçoive, de nos jours où la moisson blanchit de toutes parts, une nouvelle effusion de lumière et de charité. Enfin, ô Disciple bien-aimé du Sauveur des hommes, obtenez que nous soyons admis, au dernier jour, à contempler la gloire de votre corps virginal ; et après nous avoir présentés sur cette terre à Jésus et à Marie, en Bethléhem, présentez-nous alors à Jésus et à Marie, dans les splendeurs de l'éternité.

L~ Martyrologe de l'Eglise romaine nous présente aujourd'hui le nom d'une sainte vierge dont la mémoire est trop chère à l'Eglise de Paris, et à toutes celles de la France entière, pour qu'il nous soit possible de passer sous silence ses glorieux mérites. Dans ia compagnie des Martyrs et du Confesseur et Pontife Silvestre,la vierge Geneviève brille d'un doux éclat à côté de la veuve Anastasie. Elle garde avec amour le berceau de l'Enfant divin dont elle imita la simplicité, et dont elle a mérité d'être l'Epouse. Au milieu des mystères de l'enfantement virginal, il est juste de rendre de solennels honneurs aux Vierges fidèles qui sont venues après Marie. S'il nous était possible d'épuiser les Fastes delà sainte Eglise, quelle magnifique pléiade d'Epouses du Christ n'aurmns-nous pas à glorifier, dans ces quarante jours de la Naissance de l'Emmanuel !

Déjà nous avons nommé la grande Martyre Eugénie ; nous aimerions a célébrer Colombe de Sens , Euphrosyne d'Alexandrie, Emilienne de Rome, Macra de Reims, Syn^ clétique d'Alexandrie, Véronique de Binasco, Brigitte d'Ecosse, Viridiana de Vallombreuses et tant d'autres; mais les bornes de notre plan,

nous contraignent à ne dépasser que rarement les limites tracées par le Cycle lui-même. Toutefois, empruntant les belles paroles de saint Augustin dans son VIIIe Sermon pour la fête de Noël, nous dirons à toutes ces amantes du Dieu nouveau-né : « Saintes Vierges, qui « avez méprisé les noces terrestres , célé<c brez avec allégresse l'enfantement de la « Vierge. Celui qui vient combler vos désirs « n'a point enlevé à sa Mère cette pureté « que vous aimez. Il a guéri en vous la bles« sure que vous aviez contractée par Eve : il

Mais ce Fils que vous n'avez pu, comme « elle, enfanter selon la chair, vous l'avez « senti votre Epoux dans votre cœur. Vous « n'avez pas été stériles ; car la pureté de la « chair est le principe de la fécondité de a l'âme. »

Geneviève a été célèbre dans le monde entier. Elle vivait encore en cette chair mortelle, que déjà l'Orient connaissait son nom et ses vertus ; du haut de sa colonne, le stylite Siméon la saluait comme sa sœur dans la perfection du Christianisme. La capitale delà France lui est confiée; une simple bergère protège les destinées de Paris, comme un pauvre laboureur, saint Isidore, veille sur la capitale des Espagnes.

L'élection que le Christ avait daigné faire de la jeune fille de Nanterre pour son épouse, fut déclarée par l'un des plus grands évêques de la Gaule au ve siècle. Saint Germain d'Auxerre se rendait dans la Grande-Bretagne où le Pape saint Boniface Ier l'envoyait pour combattre l'hérésie pélagienne. Accompagné

de saint Loup, évêque de Troyes, qui devait partager sa mission, il s'arrêta au village de Nantene, et comme les deux prélats se dirigeaient vers l'église où ils voulaient prier pour le succès de leur voyage, le peuple fidèle les entourait avec une pieuse curiosité. Eclairé d'une lumière divine, Germain discerna dans la foule une petite fille de sept ans, et il fut averti intérieurement que le Seigneur se l'était choisie. Il demanda aux assistants le nom de cette enfant, et pria qu'on l'amenât en sa présence. On fit donc approcher les parents, le père nommé Sévère et la mère appelée Geruntia. L'un et l'autre furent attendris à la vue des caresses dont le saint évêque comblait leur fille. — « Cette enfant i est à vous ? » leur dit Germain. — « Oui, a seigneur », répondirent-ils — « Heureux i parents d'une telle fille ! » reprit l'évêque « A la naissance de cette enfant, sachez-le, « les Anges ont fait grande fête dans le ciel. « Cette fille sera grande devant le Seigneur; « et, par la sainteté de sa vie, elle arrachera « beaucoup d'âmes au joug du péché. » Puis, se tournant vers l'enfant : « Geneviève, ma « fille ? » lui dit-il. — a Père saint, rcpondit« elle, votie servante écoute. » Alors , Germain : « Parle-moi sans crainte : vou« drais-tu être consacrée au Christ dans une '< pureté sans tache, comme son épouse ? » — « Béni soyez-vous, mon Père ! » s'écria l'entant ; « ce que vous me demandez est le plus « cher désir de mon cœur. C'est tout ce que « je veux ; daignez prier le Seigneur qu'il me « Taccorde. » — « Aie confiance, ma fille, re« prit Germain ; sois ferme dans ta résolution ;

« que tes œuvres soient d'accord avec ta foi, « et le Seigneur ajoutera sa force à ta beauté. »

Les deux évêques accompagnés du peuple entrèrent dans l'église, et 1 on chanta l'office de None, qui tut suivi des Vêpres. Germain avait fait amener Geneviève auprès de lui, et durant toute la psalmodie il tint ses mains imposées sur la tête de l'entant. Le lendemain, au lever du jour, avant de se mettre en route, il se fit amener Geneviève par son père. « Salut, Geneviève, ma fille! » lui dit-il; « te « souviens-tu delà promesse d'hier ? » — « O « Père saint! reprit l'enfant, )e me souviens « de ce que )'ai promis à vous et à Dieu ; mon « désir est de garder à jamais, avec le se« cours céleste, la pureté de mon âme et de « mon corps. » A ce moment, Germain aperçut à terre une médaille de cuivre marquée de l'image de la Croix. Il la releva, et, la présentant à Geneviève, il lui dit : « Perce-la, mets« la à ton cou, et garde-la en souvenir de « moi. Ne porte jamais ni collier ni bague « d'or ou d'argent, ni pierre précieuse ; car « si l'attrait des beautés terrestres venait à « dominer ton cœur, tu perdrais bientôt ta « parure céleste qui doit être éternelle. » Après ces paroles, Germain dit à l'enfant de penser souvent à lui dans le Christ, et l'ayant recommandée à Sévère comme un dépôt deux fois précieux, il se mit en route pour la Grande-Bretagne avec son pieux compagnon.

Nous nous sommes complu à retracer cette gracieuse scène, telle qu'elle est racontée dans les Actes des Saints, dans le but de montrer la puissance de l'Enfant de Bethléhem, qui agit avec tant de liberté dans le choix

des âmes qu'il a résolu de s'attacher par un lien plus étroit. Il s'y conduit en maître, rien ne lui fait obstacle, et son action n'est pas moins visible en ce siècle de décadence et d'attiédissement qu'aux jours de saint Germain et de sainte Geneviève. Quelques-uns, hélas ! s'en irritent ; d'autres s'étonnent ; la plupart ne réfléchissent pas : les uns et les autres sont cependant en face d'un des signes les plus frappants de la divinité de l'Eglise.

Nous donnerons ici la Légende que le Bréviaire de Paris de 1680 a consacrée à sainte Geneviève, et qui a été conservée dans les éditions suivantes.

Genovefa, Nemptoduri, in agro Parisiensi, Severo et Geruntia parentibus nata, inauditae virtutis splendore a teneris annis claruit. Germanus Autissiodorensis in Britanniam transmissurus cum Lupo Trecensi, ut pelagianae haeresis reliquias profligaret, conjectis in eam oculis, Deo caram et vitae sanctitate illustrem fore praedixit. Ab ea cum postulasset num virginitatem Deo vellet consecrare , Genovefa. vtiltu ad modestiam composite statim respondit, id unum se vehementer optare. Germanus itaque Ecclesiam frequenti populo in^ressus, puella?

Geneviève, née à Nanterre, au territoire de Paris, fille de Sévère et de Géruntia, fit briller dès ses plus tendres années l'éclat d'une rare vertu. L'évëque Germain d'Auxerre. allant en Bretagne avec Loup de Troyes, pour extirper les restes de l'hérésie Pélagienne, ayant aperçu Geneviève, reconnut et prophétisa qu'elle serait agréable à Dieu et illustre par la sainteté de sa vie. Lui ayant demandé si elle voulait consacrer à Dieu sa virgini» té, Geneviève répondit avec un visage plein de modestie qu'elle le désirait vivement et uniquement. Germain entrant donc dans l'Egli>e, avec un nombreux cortège de peuple, imposa les mains

à la jeune filie et la consacra vierge au milieu du chant des psaumes et des plus solennelles oraisons. Le lendemain, lui ayant demande si elle se souvenait encore du vœu qu'elle avait tait, elle l'assura qu'elle s en souvenait, et qu'avec laide de Dieu elle persévérerait dans son propos. Alors, l'évêque aperçut à ses pieds, non sans une volonté de Dieu, une pièce de cuivre marquée d'une croix ; il la ramassa, la donna à la vierge, et lui ordonna de la porter à son cou, et de ne plus désormais souffrir la parure d'un collier qui ne sied point à une épouse du Christ.

Elle excella par le don et l'abondance des miracles, surtout à l'égard des énergumènes qu'elle délivrait de la tyrannie des démons, en 'es oignant d'une huile bénite. Elle fit plusieurs prophéties, entre autres à l'approche d'Attila, roi des Huns. Elle exhorta les habitants de Paris à ne point abandonner leurs foyers, et à ne pas transporter ailleurs leurs biens, promettant que la ville tiendrait debout, tandis que d'autres cités plus rortes étaient renversées. L'événement prouva la vérité de la promesse ; et on l'attribua a la protection de Geneviève.

manus imposuit et inter crebros psalmorum concentus prolixasque orationes, virginem consecravit. Postridie sciscitanti anvoti jam emissi memor esset ; memorem vero se. et in eo proposito permansuram, Deo opérante, asseveravit. Ille nummum œreum signo crucis insignitum, nec sine Dei nu;u, humi conspicatus, collegit , virgini dédit, praecepitque ut collo appensum gestaret, nec ullis deinceps monilibus, quae sponsae Christi non conveniunt, ornari se pateretur.

MIRACULORUM dono et multitudine excelluit, maxime circa energumenos, quos oleo consecrato inungens, a dasmonum tyrannide liberabat. Pîurima prophetico Spiritu edixit ; atque in primis, accedente Attila Hunnorum Rege, cives Parisienses adhortata est, ne, relictis sedibus, fortunas.suas alio transferrent, urbem pollicita, subversis aliis munitioribus, perstituram. Rei veritatem probavit eventus ; idque Genovefa; patrocinio datum. Grassante deinde

famé, et in maxima annonae caritate, urbem magna frumenti copia, et pauperes innumeros erogatis panibus sustentavit. Neque tamen tôt editis miraculis effugere potuit quin malevolorum odio et contumeliis premeretur. Germanus. in Britanniam iterun; profecturus, eam adiit, et variis impetitam calumniisdivinoeloquio consolatus est ; habitaque gravi ad populum oratione. quanti esset apud Deum meriti exposuit, et locum in quo preces illa fundebat, lacrymis ejus madefactum ostendit.

» B anno setatis decimo /\ quinto, ad usque quinquagesimum, dominica tantum die et quinta feria jejunium solvit, sumpto pane hordeaceo ac modico pulmento,

3uod ante quindecim ies coctum, ut minus sapidum esset. frigida aqua temperabat. Post id tempus, suadentibus Episcopis. quibus non obtemperare nefas putabat, pisciculis et lacté usa est. Neque vero intra Galli.T limites tanta virtus contineri potuit. Simeon ilie stylites, audita

Pendant une famine, et dans une grande cherté de vivres, •lie fournit à la ville une grcnde quantité de blé, et distribua des pains à d'innombrables pauvres. Toutefois, malgré tant de miracles, elle ne put échapper à la haine et aux insultes des malveillants. Germain, se rendant une seconde fois en Bretagne, l'alla trouver, et par ses divines paroles la consola de toutes ces calomnies ; puis , adressant au peuple une grave remontrance, il fit voir le grand mérite de Geneviève devant Dieu, et montra le lieu où elle répandait ses prières tout arrosé de ses larmes.

DE la quinzième à la cinquantième année de son âge, elle ne rompit le jeûne que le dimanche et le jeudi, par un peu de pain d'orge et quelques mets cuits quinze jours à l'avance, afin qu'ils fussent moins succulents : sans autre breuvage que l'eau fraîche. Après ce temps, à la persuasion des Evéques, auxquels elle eût jugé un grand crime de ne pas obéir, elle usa de petits poissons et de lait. Une si grande vertu ne put être iongtemps sans franchir les limites de la Gaule. SiraéoB le Stylite, ayant ouï le brait

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