L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 131)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Si la Vigile de l'Epiphanie tombe le Dimanche, elle partage avec celle de Noël l'honneur de n'être pas anticipée comme les autres Vigiles. Elle jouit de tous les privilèges des Dimanches ; et la Messe est celle du Dimanche dans l'Octave de Noël. Célébrons donc cette Vigile dans l'allégresse de nos cœurs, et préparons nos âmes aux nouvelles faveurs qui leur sont réservées.

L'Eglise Grecque observe le jeûne aujourd'hui, en mémoire de la préparation au Baptême qui s'administrait autrefois, principalement en Orient, dans la nuit qui précédait le saint jour de l'Epiphanie. Elle bénit encore les eaux avec une grande solennité en cette fête ; nous parlerons avec détail de cette cérémonie dont les vestiges ne sont pas encore entièrement effacés dans l'Occident.

La sainte Eglise Romaine fait mémoire en ce jour d'un de ses Papes Martyrs, saint Télesphore. Ce Pontife monta sur le Siège Apostolique l'an 127; et parmi les décrets qu'il rendit, on remarque celui par lequel il établissait l'usage de célébrer la messe durant la nuit de Noël, pour honorer l'heure de la Naissance du Christ, et un autre dans lequel il décrète que l'Hymne Angélique Gloria in excelsis Deo serait chantée ordinairement au commencement du saint Sacrifice. Cette piété du saint Pape envers le grand mystère que nous céléorons en ces jours, rend sa mémoire plus vénérable encore

à l'époque de l'année où elle tombe. Télesphore souffrit un glorieux martyre, selon l'expression de saint Irénée, et fut couronné de la gloire céleste, l'an 1 38.

La Messe de la Vigile de l'Epiphanie est la même que celle du Dimanche dans l'Octave de Noël, sauf la conpmémoration de saint Télesphore et l'Evangile.

Deus qui nos beati Telesphori, Martyris tui atque Pontificis, annua solemnitate laetificas • concède propitius ; ut eujus natalitia colimus, de ejusdem etiam protectione gaudeamus.

f~\ Dieu, qui nous réjouis^■^ sez par la solennité annuelle du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, accordez à nous qui célébrons sa Naissance, de jouir de sa protection.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. ii, . n illo tempore : Defunc] to Herode, ecce Angélus Domini apparuit in somnisJosephjiniEgypto, dicens : Surge, et accipe Puerum et Matrem ejus, et vade in terram Israël ; defuncti sunt enim qui quaerebant animam Pueri. Qui consurgens accepit Puerum et Matrem ejus, et venit in terram Israël. Audiens autem quod Archelaus regnaret in Judaea pro Herode pâtre suo, timuit illo ire: et admonitus in somnis, secessitin partes Galilaeae. Et veniens habitavit in civitate quse vocatur Nazareth, ut adimpleretur quod dictum est per Prophetas : quoniam Nazarasus vocabitur.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. il. ■p N ce temps-là, Herode K étant mort, voici que TAnge du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Egypte, lui disant : Lèvetoi,' et prends l'Enfant et sa Mère, et va dans la terre d'Israël ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l'Enfant. Joseph, s'étant levé, prit l'Enfant et sa Mère, et vint dans la terre d'Israël. Mais ayant appris qu'Archélaùs régnait en Judée, en la place d'Hérode son père, il craignit d'y aller ; et averti en songe, il se retira dans la Galilée. Et il vint habiter dans la ville qui est appelée Nazareth, afin que fût accompli ce qui avait été dit par les Prophètes: Il sera appelé Nazaréen.

et, par l'intercession du bienheureux Télesphore, Martyr et Pontife, qu'ils vous apaisent et attirent sur nous vos regards.

et, intercedente beato Telespboro, Martyre tuo atque Pontifice, per eadem nos placatus intende.

Rassasiés: par la participation du don sacré, nous vous prions, Seigneur notre Dieu, par l'intercession du bienheureux Télesphore, votre Martyr et Pontife, de nous faire ressentir l'effet du Mystère que nous célébrons.

Refecti participatione muneris sacri, quaesumus Domine Deus noster ; ut cujus exsequimur cultum, intercedente beato Telesphoro, Martyre tuo atque Pontifice, sentiamus tum.

effecMémoire de la très sainte Vierge. Haec nos communie page 5 16.

Pour couronnement des pièces liturgiques qui nous ont aidé si suavement à pénétrer le mystère de Noël, nous avons réservé les strophes suivantes. Nulles autres ne pouvaient mieux convenir à ce jour qui prépare l'introduction des Mages près de la Crèche.

Elles sont tirées du poème que le prince des mélodes de l'Eglise Grecque, saint Romanus, consacra, comme prémices de son génie, à la Vierge Mère. Nous regrettons de ne pouvoir donner ici le texte même, remis dans nos temps en honneur par un illustre prince de l'Eglise l, et dont aucune traduction ne saurait rendre l'incomparable harmonie.

Hodie Virgo Natum edit natura sublimiorem ; et terra speluncani offert inaccesso hospiti. Angeli cum pastoribus cantica gemmant ; Magi, Stella duce, iter metiuntur. Propter nos enim natus est infans novus, Deus ante saecula.

Edemura Bethlehemus aperuit ; agedum, videamus : cibum suavem in abscondito reperimus : adeste. sumamus paradisi delicias in spelunca. Ibi emicuit radix sine humore germinans veniam. Ibi inventus est puteus, a nemine fossus, ex quo olim bibere David concupivit. Ibi Virgo, quas puellum peperit, amborum cito explevit sitim, et Adami et Davidis. Ad specum igitur

La Vierge aujourd'hui met au monde celui qui dépasse la nature ; la terre donne une grotte pour gîte à l'inaccessible. Les Anges avec les bergers font assaut de louanges ; les Mages sont en route à la suite de l'étoile. Car pour nous voici qu'est né, enfant d'un jour, le Dieu d avant tous les siècles.

Voici qu enBethléhemEd«n est ouvert ; venez donc, et voyons : quel mets suave est là caché pour nous! venez : dans cette grotte, abreuvonsnous des délices du paradis. Là fleurit, sans être arrosée, la tige qui produit la grâce. Là est le puits qu'aucune main n'a creusé, et lont David un jour eût voulu boire. Ici tout d'un coup, grâce à la Vierge qui enfante, d'Adam et de David la soif est apaisée. Donc hâtons-nous d'aller où vient de naître, enfant

Le père de la mère a voulu être son fils ; le sauveur des enfants gît enfant dans une crèche. Fixant ses yeux sur iui, celle qui l'enfante a dit : « Qu'est-ce cela, ô mon fils ! « En quelle manière as-tu « pris germe en moi ? en h quelle manière as-tu trouvé ■ en moi vie et croissance ? k Je te vois, ô fruit de mes « entrailles, et suis dans la « stupeur ; mon sein s'emplit « de lait, et je n'ai point « connu d'homme. Et tandis « que je t'admire en ces lan« ges, je contemple la fleur « de ma virginité toujours « sauve, ô toi qui l'as gardée, « en daignant naître, enfant ii d'un jour, Dieu avant tous « les siècles.

« Roi très-haut, qui t'at« tire au milieu des men« diants ? Créateur des cieux, « pourquoi viens-tu chez les « habitants de la terre ? Une « grotte fait tes délices, une « crèche est ton amour ! Voii- ci bien que pour ta servante k il n'y a point de place dans " l'hôtellerie ; et non seule•> ment pas de place . pas de « grotte même, car celle-ci « est à d'autres. Pourtant à « Sara, quand elle eut un « fils, beaucoup de terre fut ( donnée : à moi, pas une « tanière ; pour tout j'ai cet

Matris pater ultro filius factus est ; salvator infantium infans in prassepio jacuit. Quem ut agnovit, genitrix ait : Quid hoc est, fili ! Quonam modo in me satus fuisti, et quo pacto innatus es mihi ? Te intueor, viscera mea, et obstupesco ; lacté enim ubera tument, et innupta sum. Equidem te video in his fasciis, sed virginitatem adhuc sentio a te sigillatam, qui eam servasti, dum nasci dignatus es, infans novus, Deus ante saecula.

Opraecelse rex, quidtibi cum egenis ? Tu cœlorum conditor, ad terrigenas cur venisti, specu delectatus es et praesepe adamasti ? En nullus est tuae famulae locus in diversorio : neque lccum aio solum, sed neque speluncam, hœc enim aliéna est. Verum Sarœ, quum filium peperit, concessa est plurimi agri haereditas : mihi autem, ne fovea quidem ; hoc antrum obtinui in quo degere voluisti, infans

Dum ha?c secum verba tacite volvit, dumque arcanorum cognitorem deprecatursupplex, audit adesse Magos, puellum quaeritantcs, ad quos statim : Quinam esti vos ? Yirgo locuta est. At illi ad eam : Immo tu qualis nata es. quœ talem puerum edidisti ? Quis tuus pater , quae genitrix. quum filii sine pâtre mater effecta sis et nutrix ? Cujus stellam quum vidimus. conjectavimus apparuisse infantem novum, Deum ante saecula.

Diligenter enim nobis Balaam proposuit oraculorum intellectum. qua? ipse vaticinatus est. dicens futurum esse ut Stella cxsurgat, Stella qua? omnia extinguat vatumdivinationes et omina ; Stella quas dissolvat sophorum parabolas, eorumque sententias et aenigmata : Stella hoc sidère quod emica,, eo splendidior, quod scilicet cuncta condidit astra ; de qua pra;- dictum est oriturum esse a Jacobo, ut ful^ur,

« antre où tu as voulu ha« biter, enfant d'un jour, « Dieu avant tous les siè— u clés »

Tandis qu'elle formule ces pensées dans son cœur et s'adresse suppliante à celui qui connaît les mystères, elle apprend que les Mages sonl là. cherchant le nouveau-né. Venant à eux : « Qui êtesvous ? » dit la Vierge. Ceuxci lui répondent • « Bien plu« tôt, quelle est-ta naissance, » ô toi qui as mis au monde >i un tel enfant ? De quel père, « de quelle mère es-tu des« cendue. toi qui nourris un « fils dont tu es la mère sans (i qu'il Lit eu de père ? A la « vue de son étoile, nous « avons prononcé de concert « qu'elle annonçait, enfant » d'un jour, le Dieu d'avant « tous les siècles.

« Balaam en effet nous « avait avec soin préparés à « comprendre les oracles « dont il fut le prophète, « lorsqu'il prédit le lever « d'une étoile : étoile étei« gnant toutes divinations « et présages ; étoile résolH vant les paraboles des sa« ges, leurs énigmes et sen» tences ; étoile dont la lu» mière l'emporte d'autant « mieux sur le soleil qui nous « éclaire, qu'elle-même a créé « tous les astres; par elle il « était annoncé que de Jacob ii sortirait comme la lumière,

Avant entendu si merveilleux discours, Marie prosternée adora l'enfant né de ses entrailles, et dit en pleurs : « Grandes pour moi, « ô mon fils, grandes sont « toutes les choses que vous i avez faites avec mon indii gence. Car voici que dehors « se tiennent les Mages, et « ils vous cherchent ; les rois « des nations de l'Orient « désirent votre visage ; le « contempler est la prière « des riches de votre peuple. « Ce peuple n'est-il pas « vôtre, en effet, pour qui vous « êtes né, enfant d'un jour, « Dieu avant tous les siècles ?

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