L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 188)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Samson, le Nazaréen, dans sa vigoureuse adolescence, fut la figure de votre force, il déchira le lion, symbole de la mort que vous avez écrasée. Cette mort, vous l'avez déchirée ; aussi de son ventre plein d'amertume, vous avez fait sortir la vie, si déli-r cieuse à la bouchedes mortels.

« C'était vous que l'heureuse Anne pressait contre son cœur en la personne de Samuel, de ce Prophète qui deux fois figura votre ministère : la première, en faisant éclater votre juste sévérité, au jour où il mutila le roi Agag, figure du démon ; la seconde, en imitant votre miséricorde, quoique sous des traits imparfaits, lorsqu'on le vit déplorer sans relâche la réprobation de Saiil, avec des larmes tendres et sincères. »

Les Menées de l'Eglise Grecc^ue nous offrent encore ces belles strophes à la gloire de la Mère de Dieu.

C»MME une terre vierge, tu nous as produit sans culture le divin épi, auguste Marie, le Seigneur Jésus qui nourrit l'univers, et qui, devenu notre aliment, nous rap-' pelle à la vie.

Contemplant le Dieu in.carnéentoi, ô chaste Vierge 1 nous te confessons véritablement Mère de Dieu, toi qui, sans aucun doute, est devenue la cause de la régénération de toutes choses.

Celui qui est au-dessus de toute substance, et qui n'avait rien de commun avec la chair, s'est incarné, et a été formé de ton sang digne de nos hommages, ô très purel II s'est fait chair sans subir aucun changement, et il a conversé avec les hommes.

Chaste Vierge, les lois de la nature sont interverties en toi ; tu demeures vierge après l'enfantement, comme avant l'enfantement par lequel tu as mis au jour le Christ législateur.

Guéris les passions de ma pauvre âme. Mère de Dieu très pure; rends la paix à mon âme agitée par les invasions de l'ennemi, comme par

TERRA inarata apparuisti, o augustissi* ma, quae spicam nobis protulisti, universi nutritorem Dominum Jesum, ex quo nos comedentes, ad vitam revocamur.

Deum ex te incarnatum videntes, o Virgo casta, Deiparam te proprie confitemur, quae omnium reformationis, absque ulla dubitatione, causa fuisti.

Superessentialis ille, qui carnis erat expers, ex venerandis sanguinibus tuis incarnatus est, 0 castissima ; et caro sine ulla mutatione factus, cura hominibus conversatus est.

• Naturae leges in te, o purissima Virgo, rêvera innovantur : Virgo quippe post partum mânes velut ante partum, Christum legislatorem enixa.

Èassionibus medere, o >ei Genitrix castissima ; raentem tranquilla hostilibus invasionibus veLe Temps de Noël.

lut tempestatibus jactatam, et cor meum pacatum redde, o puella.

Rosam in medio spinarura te vere invenit in hujus mundi convallibus, o casta Virgo, Jésus omnium plantator, atque ex utero tuo natus, nos divinae cognitionis suavissimo perfudit odore.

Te spirituale candelabrum, quae lucem inaccessibilem suscepisti, agnovimus, o Virgo Maria, quae omnium fidelium animos illuminasti, et peccati tenebras eliminasti.

Vocibus gratiarum actione plenis ad te clamamus : Ave, immaterialis lucis habitaculum purissim.um ; ave, causa deificationis omnium ; ave, maledictionis dissolutio ; ave, terrigenarum expulsorum revocatio.

une tempête continuelle, et donne la sérénité à mon cœur, ô Vierge !

Jésus, le jardinier de ce monde, t'a rencontrée comme une rose au milieu des épines, dans les vallons de cette terre, ô Vierge sans tache! et ayant daigné naître de ton sein, il nous a embaumés des suaves parfums de la doctrine qui fait connaître Dieu.

Nous te reconnaissons, ô Vierge Marie, pour le candélabre spirituel qui a porté la lumière inaccessible ; c'est, toi qui as illuminé les âmes de tous les fidèles et dissipé les ténèbres du péché.

Dans nos cantiques d'actions de grâces, nous réunissons nos voix pour te dire : Salut, 6 la très pure demeure de la lumière immatérielle! Salut, toi qui es l'auteur de la déification de tous! Salut, toi qui abolis la malédiction! Salut, toi qui rappelles de l'exil les habitants de la terre !

E second Mystère de l'Epiphanie, le Mystère du Baptême du Christ dans le Jourdain, ocr cupe aujourd'hui tout spécialement l'attention de l'Eglise. L'Emmanuel s'est manifesté aux Mages après s'être montré aux bergers; mais cette manifestation s'est passée "dans l'enceinte étroite d'une étable à Bethléhem, et les hommes de ce monde ne Tout point connue. Dans le mystère du Jourdain, le Christ se manifeste avec plus d'éclat. Sa venue est annoncée par le Précurseur ; la foule qui s'empresse vers le Baptême du fleuve en est témoin ; Jésus prélude à sa vie publique. Mais qui pourrait raconter la grandeur des traits qui accompagnent cette seconde Epiphanie?

Elle a pour objet, comme la première, l'avantage et le salut du genre humain; mais suivons la marche des Mystères. L'étoile a

conduit les Mages vers le Christ ; ils attendaient, ils espéraient ; maintenant, ils croient. La foi dans le Messie venu commence au sein de la Gentilité. Mais il ne* suffit pas de croire pour être sauvé ; il faut que la tache du péché soit lavée dans Teau. « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé i » : il est donc temps qu'une nouvelle manifestation du Fils de Dieu se fasse, pour inaugurer le grand remède qui doit donner à la Foi la vertu de produire la vie éternelle.

Or, les décrets de la divine Sagesse avaient choisi l'eau pour l'instrument de cette sublime régénération de la race humaine. C'est pourquoi, à l'origine des choses, l'Esprit de Dieu nous est montré planant sur les eaux, afin que, comme le chante l'Eglise au Samedi saint, leur nature conçût déjà un principe de sanctification. Mais les eaux devaient servir à la justice envers le monde coupable, avant d'être appelées à remplir les desseins de la miséricorde. A l'exception d'une famille, le genre humain, par un décret terrible, disparut sous les flots du déluge.

Toutefois, un nouvel indice de la fécondité future de cet élément prédestiné apparut à la fin de cette terrible scène. La colombe, sortie un momentde l'archedu salut, y rentra, portant un rameau d'olivier, symbole de la" paix rendue à la' terre, après l'effusion de l'eau. Mais l'accomplissement du mystère annoncé était loin encore.

En attendant le jour où ce mystère serait manifesté, Dieu multiplia les figures destinées

à soutenir l'attente de son peuple. Ainsi, ce fut en traversant les flots de la Mer Rouge, que ce peuple arriva à la terre promise -^ci durant ce trajet mystérieux, une colonne de nuée couvrait à la fois la marche d'Israël, et ces flots bénis auxquels il devait son salut.

Mais le contact des membres humains d'un Dieu incarné pouvait seul donner aux eaux cette vertu purifiante après laquelle soupirait l'homme coupable. Dieu avait donné son Fils au monde, non seulement comme le Législateur, le Rédempteur, la Victime de salut.^mais pour être aussi le Sanctificateur des eaux; et c'était au sein de cet élément sacré qu'il devait lui rendre un témoignage divin, et le manifester une seconde fois.

Jésus donc, âgé de trente ans, s'avance vers le Jourdain," fleuve déjà fameux par les merveilles prophétiques opérées dans ses eaux. Le peuple juif, réveillé par la prédication de Jean-Baptiste, accourait en foule pour recevoir un Baptême, qui pouvait exciter le regret du péché, mais qui ne l'enlevait pas. Notre divin Roi s'avance aussi vers le fleuve, non pour y chercher la sanctification, car il est le principe de toute justice, mais pour donner enfin aux eaux la vertu d'enfanter, comme chante l'Eglise, une rac.^ nouvelle et sainte. Il descend dans le lit du Jourdain, non plus comme Josué, pour le traverser à pied sec, mais afin que le Jourdain l'environne de ses flots, et reçoive de lui, pour la communiquer à l'élément tout entier, cette vertu sanctifiante que celui-ci ne perdra jamais. Echauffées par les divines ardeurs du Soleil de justice, les eaux deviennent

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