L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 192)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Johannis praeconium Profert testimonium, Et sumit initium Lex amoris.

Laetatur convivîum Cum facit officium Vini, liquor fontium, Melioris.

In Virginis clausula, Sponsae sine macula, Dulci nubit copula Verbum Patris.

Abluens piacula, Nostra solvat vincula, Protegens in saîcula

L'Eglise Grecque nous fournit, dans ses Menées, ce magnifique ensemble de poésie, de doctrine et de piété, en l'honneur du Baptême de l'Agneau dans le Jourdain :

LE Jourdain remonta un jour vers sa source à l'attouchement de la melote d'Elisée, lorsqu'Elie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s'ouvrit au Prophète, et cette voie était à travers les eaux en figure du Baptême par lequel nous traCONVERSUS est olim Jordanis fluvius Elisei melota, rapto in altum Elia, et divisae sunt aquas hinc et inde, et ipsi sicca facta est via, et humida in typum vere baptismatis, per quod nos fluidum vita» transimus iter. Christus appaLe Temps de Noël.

Hodie aquarum sanctificata natura, scinditur Jordanis, et suorum sistit fluenta fontium, Dominum videns lavatum.

Tamquam horao in flumen venisti, Christe Rex : servile baptisma accipere ; festinas, o bone, sub Prascursoris manu, propter peccata nostra, philanthrope.

Ad vocem clamantis in deserto : Preeparate viam Domini, venisti. Domine, formam servi assumens, baptisma flagitans, qui peccatum nescis : viderunt te aquas et tremuerunt ; contremiscens efFectus est Praecursor, et exclamavit dicens : Quomodo illuminabit lampas Lumen ? Quomodo imponei manus servus super Dominum ? Sanctifica me et aquas, Salvator, qui ToUis mundi peccatum.

Praecursoris et Baptistae et Prophetae, super omnes Prophetas honorati, tremuit dextera, quia contemplabatur Agnum Dei peccata mundi lavantem. et anversoDs le fleuve de la vie. Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.

Aujourd'hui la nature deg eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé ; il suspend le cours de ses sources à l'aspect du Seigneur qui vient s'y baigner.

O Christ Roi ! tu es venu au fleuve comme un homme, recevoir le Baptême des serviteurs ; tu t'empresses, ô miséricordieux, de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, ô ami des hommes 1

A la voix de celui qui crie dans le désert : Prépare^ la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d'esclave, implorant le Baptême, toi qui ignores le péché. Les eaux t'ont vu, et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s'est écrié, disant : « Comment la faible lampe allumera-t-elle la Lumière ? Comment le serviteur iraposerat-il la main sur le Maître ? Sanctifie-moi, et sanctifie les eaux, ô Sauveur ! qui effaces le péché du monde. »

La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les Prophètes ; car il contemplait l'Agneau de Dieu qui lave le péché du monde, et, dans son trouble,

il s'écriait : « O Verbe ! je n'ose mettre ma main sur ta tête : sanctifie-moi et m'éclaire, ô miséricordieux ! car tu es la vie, la lumière, et la paix du monde. »

C'était chose merveilleuse de voir le Seigneur du ciel et de la terre, dépouillé, dans le fleuve, recevant de sa créature le baptême pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des Anges étaient muets dans la crainte et l'allégresse : unis à eux, nous t'adorons ; sauve-nous.

Lève vers lui pour nous, ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance, cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n'avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna l'Agneau ; car par lui tu as été déclaré le plus grand des Prophètes. Tourne aussi vers lui, ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l'Esprit très saint descendre en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assiste-nous de ton concours dans nos chants, et entonne le premier l'hymne de louange.

Le fleuve du Jourdain t'a reçu dans ses eaux, ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de

xietate sollicitus, exclamabat : Non audeo imponere, o Verbum, manum capiti tuo ; tu ipse sanctifica me et illumina, o misericors ; ipse enira es vita et lux et pax mundi.

Mira res erat videre cœli terrœque Dominum in fluvio denudatum, baptismum a se<rvo pro nostra salute suscipientem quasi servum ; et stupebant Angelorum chori in timoré et gaudio : cum illis te adoramus ; salva nos.

Manum tuam, quae Domini intactum tetigit caput, cum qua et digito ipsum nobis submonstrasti, éleva pro nobis ad illum, Baptista, tamquam potestatem habens magnam : nam ab ipso major Prophetis declaratus es, oculosque itierum tuos, qui sanctissimum viderunt Spiritum in columbas specie descendentem, ad ' ipsum converte, Baptista, misericorditer cum nobis operatus, et hic sta nobiscum approbans hymnum, incipiensque primus panegyriam.

Jordanica flumina te fontem receperunt, et Paraclitus in forma columbae descendit. IncliLe Temps de Noël.

nat caput, qui ccelos inoiinavit ; ejulat et clamât lutum plasmanti : Cur mihi jubés quje supra me sunt ; ego opus habeo tuo baptismate, o impeccabilis.

Inclinasti caput Praecursori, capita contrivisti draconum ; in flumina descendisti, illuminasti omnia ad glorificandum te, Salvator, lumen animarum nostrarum.

Qui indutus est lumine sicut vestimento. pro nobis secundum nos neri dignatus est : fluenta induit hodie Jordanica, istis ipse ad purificationem non indigens, sed nobis in seipso dispensans regenerationem : o prodigium !

Venite, imitemur sapientes virgines ; venite. camus obviam manifestato Domino : quia venit tamquam Sponsus ad Johannem. Jordanis te videns conversus est retrorsum ; inflexit se et stetit. Johannes clamabat : Non audeo tangere immortale caput. Spiritus descendeoat in forma columbae ad sanctificandum aquas ; et vox de cœlo : Hic est Filius meus, veniens in

colombe. Il incline la tête, celui qui a incliné les cieux ; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur : « Pourquoi me commander « des choses au-dessus de « moi ? c'est moi qui ai besoin (I de ton baptême, ô impec« cable ! »

Tu as incliné la tête devant le Précurseur, ô Christ 1 Tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, ô Sauveur, lumière de nos âmes !

Celui qui se revêt de la lumière comme d'un vêtement a daigné, pour l'amour de nous, se faire semblable à nous ; il s'est couvert des eaux du Jout^ dain comme d'un vêtement, lui qui n'avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, ô prodige !

Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons audevant du Seigneur manifesté ; car, en sa qualité d'E- poux, il vient vers Jean, son ami. A ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s'est replié siir lui-même et s'est arrêté. Jean s'écriait : n Je n'ose toucher la tète iin« mortelle ». L'Esprit descendait en forme de colombe pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : « Celuia ci est mon t'ils venu dans le

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