L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 220)
reau de l'émouvoir par l'appareil des tourments ; la vierge au cœur invincible se tenait inébranlable ; elle offrait son corps aux plus cruelles toitures, et la mort ne rétonnait pas.
« Tu braves les supplices, « lui dit le tyran farouche ; « tu es capable de surmonter « la souffrance ; la vie n'est « pour toi qu'une chose mé« prisable ; mais à une vier« ge consacrée la pudeur est « chère.
« Je puis ordonner de (1 traîner celle-ci dans un « lupanar destiné au public, « si elle refuse encore d'in« cliner sa tête devant l'autel, « et d'implorer le pardon de « Minerve qui est vierge (1 aussi, et que cette vierge « insolente persiste à mépri« ser. Elle verra alors toute « la jeunesse se précipiter « vers cet asile de honte, « pour y chercher la proie « nouvelle offerte à ses pas« sions. M
« — Le Christ, répond « Agnès, n'oublie pas à ce « point ceux qui sont à lui ; « il ne sacrifie point le trésor « de leur pureté. Loin de « nous abandonner, il assiste « ceux qui sont pudiques, et « ne souffre pas que leur
minis, Stabat feroci robore pertinax, Corpusque duris excruciatibus Ultro offerebat. non
caput applicet, Ac de Minerva jam veniam roget, Quam virgo pergit temnere virginem. Omnis juventus irruat, et
frequentia, Aversa vultus, ne petulantius Quisquam verendum conspiceret locum.
Intendit unus forte procaciter Os in puellam, nec trépidât sacram Spectare formam lumine
palpitât. ToUunt sodales seminecem solo. Verbisque deflent exequialibus.
(I intégritésoit souillée. Libre « à toi de rougir ton glaive « de mon sang ; mais tu ne « saurais profaner mon corps c par la luxure. 9
Ainsi parle Agnès. Le juge ordonne qu'on la dépouille, et que la vierge soit ainsi conduite dans le repaire secret du cirque. La foule détourne ses regards à cet aspect ; un sentiment de pudeur quelle ne connaissait pas semble la maîtriser tout à coup.
Un seul homme a osé arrêter son œil audacieux et profane sur la vierge sacrée. Mais soudain un Ange prompt comme la foudre l'a frappé de son glaive étincelant. Le coupable a perdu la lumière de ses yeux ; il roule sur la poussière et s'agite convulsivement. Ses compagnons l'enlèvent deraimort. et déjà prononcent sur lui l'adieu suprême.
La vierge s'avançait triomphante, adressant à Dieu le Père et au Christ un cantique sacré. Délivrée du péril, elle rendait grâces au pouvoir céleste qui pour elle avait fait
du lupanar un lieu chaste, et conservé sans atteinte l'honneur de la virginité.
Il en est même qui racontent qu'elle adressa ses supplications au Christ, pour qu'il daignât rendre la lumière au coupable humilié jusqu'à terre, et que le jeune homme recouvra le souffle de sa poitrine et l'usage de ses yeux.
Agnès a conquis un premier degré dans la céleste cour ; une nouvelle victoire va lui en assurer un second. Le tyran sanguinaire s'enflamme de fureur à la nouvelle qu'il reçoit, f Je serai « donc vaincu ! dit-il avec « émotion. Soldat, tire ton « glaive, et accomplis les « ordres de l'autorité souve« raine. »
La vierge aperçoit cet homme farouche qui tient le glaive pour l'immoler ; dans les transports de sa joie, elle s'écrie : « Que j'aime ce guer« rier qui vient fondre sur « moi avec fureur ! Combien « je le préfère à ce jeune « homme plein de mollesse, fl exhalant autour de lui « l'odeur des parfums, pour « tendre un piège mortel à « ma fidélité !
Sunt. qui rogatam retulerint preces Fudisse Cnristo, redderet ut reo Lucem jacenti : tum ju«
hase ait : Exsulto, talis quod potius venit Vesanus, atrox, turbidus
armiger, Quam si veniret languidus, ac tener MoIIisque ephebus tinctus aromate, Qui me pudoris furvers
obviam, Nec demorabor vota calentia : Ferrum in papillas omne
gladii traham. Sic nupta Christo transiliam poli Omnes tenebras aethere
januas Cœli, obseratas terrigenis prius ; Ac te sequentem, Christe, animam voca, Quum virginalem, tum
ut imminens Cervix subiret prona paratius. Ast ille tantam spem
« Voici l'amant auquel « j'aspire ; au-devant de lui t je m'élance ; je narréte plus « l'ardeur de mes désirs. Qu'il « plonge tout entier son fer « dans mon sein : que je « sente avec transport ce '( glaive pénétrer ma poit trine : alors, épouse du « Christ, mon àme, franchis« sant la région des ténèbres, « va s'élever au plus haut des (I cieux.
« Roi éternel, daigne ou« vrir les portes de ton céleste « palais si longtemps fermées « aux habitants de la terre. « O Christ, appelle à toi cette " âme qui n'aspire qu'à te « rejoindre ; elle est vierge ; « et on l'immole à la gloire « de ton Père. »
Elle dit, et, inclinant la tête, elle adore humblement le Christ, offrant ainsi avec ardeur son cou au glaive qui se lève au-dessus d'elle. Le bras du bourreau accomplit à l'instant l'espoir de la vierge; d'un seul coup il abat la tête innocente d'Agnès: trépas rapide, qui à peine laisse place à la souffrance.
L'âme brillante et afiFranchie s'élance libre à travers les airs ; un groupe d'Anges l'accompagne sur le sentier lumineux.
Dans son vol, elle voit audessous d'elle le globe de la terre et les ténèbres qui l'environnent ; mais elle dédaigne cette région inférieure que le soleil visite dans son cours. tout ce que le monde entraîne et confond dans sa march"e, tout ce qui vit au sein du noir tourbillon , tout ce que la vaine mobilité du temps emporte avec elle.
Maintenant elle domine de son regard les rois, les tyrans. les empires, les dignités publiques ; les honneurs et les pompes qui enflent d'orgueil les mortels insensés ; l'argent et l'or si puissants, dont ils ont tous une soif ardente, et qu'ils recherchent par toutes sortes de crimes ; les palais construits avec splendeur, la vanité des parures brillantes ; la colère, les craintes, les désirs, les dangers de toutes parts ; les joies si rapides, les chagrins si longs à s'épuiser ; les torches de l'envie qui souillent de leur noire fumée l'espérance des hommes et leurs succès ; enfin, le plus affreux de tous les maux, le nuage honteux de l'idolâtrie planant sur le monde.