L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 229)
« Donc, je suis votre esclave, car votre Fils « est mon Seigneur. Vous êtes ma Dame, car « vous êtes la servante de mon Seigneur. Je « suis l'esclave de la servante de mon Sei« gneur, car vous, qui êtes ma Dame, vous « êtes la Mère de mon Seigneur. Faites, je « vous en supplie. Vierge samte, que je pos« sède Jésus, par le même Esprit dont la « vertu vous a fait enfanter Jésus ; que je con0 naisse Jésus, par le même Esprit qui vous « a fait connaître et concevoir Jésus; que je « parle de Jésus, par le même Esprit dans « lequel vous vous êtes dite la servante du « Seigneur; que j'aime Jésus, par le même « Esprit dans lequel vous l'adorez, comme <; votre Seigneur, et le considérez amoureu« sèment comme votre Fils, que j'obéisse « enfin à Jésus, aussi sincèrement que lui« même, étant Dieu, vous était soumis et à « Joseph. »
A LA veille du jour où nous allons rendre grâces à Dieu pour la miraculeuse Conversion de l'Apôtre des Gentils, la marche du Cycle nous ramène la fête du plus cher disciple de cet homme sublime. Timothée, l'infatigable compagnon de Paul, cet ami à qui le grand Apôtre écrivit sa dernière lettre, peu de jours avant de verser son sang pour Jésus-Christ, vient attendre son Maître au berceau de l'Emmanuel. Il y trouve déjà Jean le Bien-Aimé, avec lequel il a porté les sollicitudes de l'Eglise d'Ephèse ; il y salue Etienne et les autres Martyrs qui l'y ont devancé, et leur présente la palme qu'il a lui-même conquise. Enfin, il vient apporter à l'auguste Marie les hommages de la chrétienté d'Ephèse, chrétienté qu'elle a sanctifiée de sa présence, et qui partage, avec celle de Jérusalem, la gloire d'avoir possédé dans son sein celle qui n'était pas seulement, comme les Apôtres, le témoin, mais, en sa qualité de Mère de Dieu, l'ineffable instrument du salut des hommes.
Lisons maintenant, dans les Offices de l'Eglise, le court récit des actions de ce laborieux disciple des Apôtres.
rMOTHEUS, Lystris in 1 nriMOTHÉE, né k Lystres, en Lycaonia natus ex | 1 Lycaonie, d'un père GenSaint Timothée, Évêque et Martyr. 45 3
til et d'une mère Juive, pratiquait déjà la religion chrétienne, lorsque l'Apôtre Paul vint dans ces régions. Celuici, frappé du bruit que répandait la sainteté de Timothée, le prit pour compagnon de ses voyages ; mais, à cause des Juifs qui se convertissaient à Jésus-Christ, et qui savaient que le père de Timothée était païen, il lui donna la circoncision. Etant arrivés tous deux à Ephèse, l'Apôtre l'ordonna Evéque. afin qu'il gouvernât cette Eglise.
PAUL lui écrivit deux Epîtres, l'une de Laodicée, l'autre de Rome, pour le diriger dans l'exercice de sa charge pastorale. Comme Timothée ne pouvait souffrir qu'on offrit aux idoles des démons le sacrifice qui n'est dii qu'à Dieu seul, un jour que les habitants d'Ephèse immolaient des victimes à Diane dans l'une de ses fêtes, il s'efforça de les détourner de cette impiété; mais ils le lapidèrent. Les chrétiens l'enlevèrent à demi-mort, et le portèrent sur une montagne proche de la ville, où il s'endormit dans le Seigneur,le neuf des kalendes de février.
pâtre Gentili et matre Judœa. christianam colebat religionem . cum in ea loca venit Paulus A- postolus. Qui fama commotus quas de Timothei sanctitate percrebuerat , ipsum adhibuit socium suae peregrinationis : sed propter Judasos, qui se ad Christum converterant, scientes Timothei patrem esse Gentilem, eum circumcidit. Cum igitur ambo Ephesum venissent, ibi ordinatus est Episcopus ab Apostolo, ut eam Ecclesiam gubernaret.
AD quem Apostolus ■duas Epistolas scripsit, alteram Laodicea, alteram Roma : quibus in pastoralisofficii cura confirmatus, cum sacrificium, quod uni Deo debetur , fieri dasmonum simulacris ferre non posset, populum Ephesinum Dianae in ejus celebritate immolantem, ab illa impietate removere conatus, lapidibus obrutus est ; ac pêne mortuus a christianis ereptus, et in montem oppido vicinum delatus, nono kalendas februarii obdormivit in Domino.
dans ses Menées, auxquels nous empruntons les strophes suivantes :
PLEIN de la sagesse de Dieu, ô Timothée. tu es entré dans le torrent des délices, et tu t'es désaltéré dans la gnose divine ; tu as imité les fervents amis du Christ, et tu es entré plein de joie dans sa gloire, où tu contemples la très splendide Trinité et tu jouis de la paix la plus sereine.
Plein de la sagesse de Dieu, ô Timothée , les fréquentes faiblesses et infirmités de ton corps fortiâaient ton âme ; gardé par la puissance du Christ, tu as dissous avec facilité la puissance de l'erreur, et tu nous as prêché, d'une manière sublime, le très divin Evangile de la paix.
Le monde entier célèbre aujourd'hui tes prodiges, thaumaturge immortel ; car le Christ t a récompensé par le don des miracles, toi qui as souffert pour lui les tourments ; pour la mort que tu as endurée , il t'a gratifié d'une gloire et d'une béatitude éternelles.
Homme de toute sainteté, la grâce a débordé avec abondance de tes lèvres; elle en a fait couler des fleuves de doctrine, qui ont arrosé l'Eglise du Christ et porté des fruits
-^ EISAPIENS Timothée, !_/ torrentem ingressus es deliciarum, et divinitus hausisti gnosim. ferventes imitatus amatores Christi. cujus nunc laetanter adiisti gloriam. contemplans Trinitatem splendidissimam et pacem placidissimam.
Deisapiens Timothée, frequentibus corporis debilitatibus et infirmitatibus corroboratus secundum mentem, erroris potentiam facile dissolvisti. Christi custoditus potestate, et praedicasti sublimiter divinissimum pacis nobis Evangelium.
Mundi fines tua nunc décantant miracula, thaumaturge immortalis ; miraculis etenim te Chris tus remunerans adornavit, propter ipsum tormenta perpessum, et pro morte tolerata immortali gloria et beatitudine donavit.
Effusa est, omnisancte, abundanter gratiae labiis tuis, et flumina dogmatura scaturire fecit Christi Ecclesiam irrigantia et centuplicera ferentia
au centuple, ô Timothée, prédicateur du Christ, Apôtre divin!
En mortifiant les membres de ta chair, tu les as soumis au Verbe ; en assujettissant la partie vile de toi-même à celle qui est la plus excellente, bienheureux Timothée, tu as dominé tes passions et allégé ton âme, établie dans une harmonie parfaite selon les enseignements de Paul.
Paul , éclatant comme un soleil, t'a lancé comme un de ses brillants rayons, pour illuminer la terre d'une abondante et splendide lumière, pour diriger et confirmer nos âmes, ô Timothée, qui fnanifestes Dieu !
Tu as paru comme un char divin, ô Timothée ! portant le nom de Dieu devant les tyrans impies, sans craindre leur cruauté ; car tu as revêtu la force invincible du Sauveur , ô homme chéri de Dieul
Tu as reçu la couronne de gloire, ô Timothée, plein de toute félicité ; Apôtre doué d'un esprit divin, tu as ceint dignement le diadème du royaume ; tu assistes devant le trône de ton maître, resplendissant avec Paul dans les tabernacles éternels, ô très heureux 1
Mortificans tuae membra carnis Verbo subjecisti ; dans pejoris, béate Timothée, regimen meliori, passionibus dominatus es, et animam alleviasti, Pauli documentis harmonice ordinatus.
Fulgurans quasi sol Paulus te misit quasi radium splendidum terram abundantiori lumine illuminantem lucidissime, Theophantes Timothée, ad directionem nostram et confirmationem.
Currus Dei apparuisti, Timothée, portans divinum nomen. ante impios tyrannos, Deograte, non timens istorum crudelitatem ; tu enim invincibilem Salvatoris fortitudinem induisti.
Coronam gloriosam recepisti, Timothée omnibeate, divina mente praedite, Apostole, et diadema regni digne praecinxisti, et astitisti ante thronum magistri tui, cum Paulo decoratus in aeternis tabernaculis, beatissime.
Nous honorons en vous, saint Pontife, un disciple des Apôtres, un des premiers anneaux
qui nous rattachent au Christ ; vous nous apparaissez tout illuminé des entretiens du grand Paul. Son disciple, le divin Aréopagite, vous choisit pour le confident de ses sublimes contemplations sur les Noms Divins; mais maintenant, inondé de la lumière éternelle, vous contemplez sans nuage le Soleil de justice. Soyez-nous propice, à nous qui ne pouvons que l'entrevoir à travers les voiles de son humilité ; obtenez-nous du moins de l'aimer, afin que nous puissions mériter de le voir un jour dans sa gloire. Pour alléger le poids de votre corps, vous soumettiez vos sens à une pénitence rigoureuse que Paul vous exhortait d'adoucir : aidez-nous à soumettre la chair à l'esprit. L'Eglise relit sans cesse les conseils que l'Apôtre vous donna, et en vous à tous les payeurs, pour le choix et la conduite des membres du clergé; donnez-nous des Evèques, des Prêtres et des Diacres ornés de toutes les qualités qu'il exige dans ces dispensateurs des mystères de Dieu. Enfin, vous qui êtes monté au ciel avec l'auréole du martyre, tendez-nous votre palme, afin que, tout obscurs combattants que nous sommes, nous puissions nous élever jusqu'au séjour où l'Emmanuel reçoit et couronne ses élus pour l'éternité
ous avons vu la Gentilité représentée aux pieds de l'Emmanuel par les Rois Mages, offrir ses mystiques présents, et recevoir en retour les dons précieux de la foi, de l'espérance et de la charité. La moisson des peuples est mûre ; il est temps que le moissonneur y mette la faucille. Mais quel sera-t-il, cet ouvrier de Dieu ? Les Apôtres du Christ vivent encore à l'ombre de la montagne de Sion. Tous ont reçu la mission d'annoncer le salut jusqu'aux extrémités du monde ; mais nul d'entre eux n'a reçu encore le caractère spécial d'Apôtre des Gentils. Pierre, l'Apôtre de la Circoncision, est destiné particulièrement, comme le Christ, aux brebis perdues de la maison dlsraél. (Matth. xv, 24.) Toutefois, comme il est le Chef et le fondement, c'est à lui d'ouvrir la porte de l'Eglise aux Gentils. Il le fait avec solennité, en conférant le Baptême au centurion romain Cornélius.
Cependant, l'Eglise est en travail ; le sang du Martyr Etienne, sa dernière prière, vont enfanter un nouvel Apôtre, l'Apôtre des nations. Saul, citoyen de Tarse, n'a pas vu le Christ dans sa vie mortelle ; et le Christ seul peut faire un Apôtre. Du haut des cieux où il règne impassible et glorifié, Jésus appellera Saul à son école, comme il appelait, durant les années de sa prédication, à suivre ses pas et à