L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 228)
Le troisième jour n'est pas écoulé depuis le martyre de sainte Agnès; et la Liturgie, fidèle à recueillir tomes les traditions, nous rappelle à son tombeau. Voici que la Vierge Emérentienne, amie et sœur de lait de notre héroïne de treize ans, s'en est allée prier et pleurer sur le lieu où repose celle qui lui a été si tôt et si cruellement ravie. Emérentienne n'a pas encore été régénérée dans les eaux du Baptême , elle suit encore les exercices du catéchuménat ; mais son cœur est déjà au Christ par la foi et par le désir.
Tandis que la jeune fille épanche ses regrets et son admiration sur la tombe d'Agnès, des païens surviennent; insultant à sa douleur, ils veulent troubler ces hommages rendus à leur victime. C'est alors que Em'érentienne, enflammée du désir de se réunir au Christ, et d'être bientôt dans les bras de sa douce compagne, puisant un mâle courage sur ce sépulcre glorieux, se tourne vers les barbares, et, confessant Jésus-Christ, maudissant les idoles, leur reproche l'atroce cruauté dont l'innocente Agnès est tombée victime.
La férocité païenne s'indigne dans les cœurs de ces hommes asservis au culte de Satan, et à peine la jeune fille a cessé de parler, qu'elle tombe sur le sépulcre de son amie, accablée sous les pierres meurtrières
que îui lancent ceux qu'elle a osé défier. Baptisée dans son propre sang, Emérentienne laisse sur la terre sa dépouille sanglante; et son âme s'envole sur le sein de l'Emmanuel, pour jouir éternellement de ses embrassements divins, et de la chère présence d'Agnès.
Unissons-nou^s à l'Eglise, qui recueille avec tant d'amour de si touchants souvenirs; demandons à Emérentienne la grâce d'être réunis â Jésus et â Agnès, et saluons son triomphe par les prières de la sainte Liturgie.
^^^- Y Christi, accipe coronam quam tibi Dominus prasparavit in aeternum.
Indulgentiam nobis, quaesumus Domine beaiaEmerentiana Virgo et Martyr imploret : quae tibi grata semper exstitit, et merito castitatis et tuae professione virtutis. Per Christum Dominum nostrum.
Akt \71ENS, Epouse du ^^^- V Christ;; reçois la couronne que le Seigneur t'a préparée pour l'éternité.
Faites, Seigneur, que nous obtenions le pardon de nos péchés par l'intercession de la bienheureuse Emérentienne, Vierge et Martyre, qui vous a toujours été agréable par le mérite de la cnasteté, et par la profession Qu'elle a faite de la vertu dont vous êtes la source. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L'Eglise Gothique d'Espagne députe aujourd'hui un de ses plus grands Prélats au berceau du divin Enfant, avec la charge de célébrer sa naissance inénarrable. La louange que fait entendre Ildefonse semble au premier abord n'avoir pour objet que l'honneur de Marie; mais peut-on honorer la Mère sans proclamer la gloire du Fils, à l'enfantement duquel elle doit toutes ses grandeurs ?
Au milieu du chœur de ces grands Pontifes qui ont illustré le brillant épiscopat de l'Espagne au VII® et au vin* siècles, entre les Léandre, les Isidore, les Fulgence, les Braulion, les Eugène, les Julien, les Helladius, paraît au premier rang Ildefonse, avec la gloire d'avoir été le Docteur de la Virginité de Marie, comme Athanase est le Docteur de la Divinité du Verbe ; Basile, le Docteur de la divinité du Saint-Esprit ; Augustin, le Docteur de la Grâce. Le saint Évêque de Tolède a exposé son dogme tout entier, avec une profonde doctrine et une éloquence du cœur, prouvant à la fois contre les Juifs, que Marie a conçu sans perdre la virginité ; contre les adeptes de Jovinien, qu'elle est demeurée Vierge dans son enfantement; contre les sectateurs d'Helvidius, qu'elle est
restée Vierge, après avoir mis le Christ au monde. D'autres Docteurs, avant lui, avaient traité séparément ces questions sublimes; Ildetbnse a réuni toutes leurs lumières comme dans un faisceau, et il a mérité qu'une Vierge Martyre sortît de son sépulcre pour le féliciter d'avoir protégé l'honneur de la Souveraine des Cieux. Enfin, Marie elle-même, de ses mains virginales, l'a revêtu de cette merveilleuse chasuble qui présageait l'éclat du vêtement de lumière sous lequel Ildetbnse brille à jamais, au pied du trône de la Mère de Dieu.
Nous emprunterons au Bréviaire Monastique les Leçons de l'Office de notre saint Eveque :
1LDEFONSUS, natione Hispanus, Toleli nobilissimis Stéphane et Lucia parentibus ortus, omnique cura nutritus, liberalibus disciplinis instructus est. Primum habuit praeceptorem Eugenium Toletanum antistitem. a quo ob prœ- claram indolem, Hispalim ad Isidorum, magna tune eruditione pollentem, missus est. Apud quem duodecim annos commoratus , tandem fruge bona, doctrinaque sana imbutus, Toletum remeavit ad Eugenium : a quo, propter eximias virtu'.es, peritiamque non vulgarem, Ecclesiae ToILDEFONSE , Espagnol de nation, né à Tolède, d'E- tienne et Lucie, ses parents très nobles, fut élevé avec grand soin, et instruit dans les arts libéraux. 11 eut-pour
êremier maître Eugène, ivèquedeTolède, qui, frappé de ses heureuses dispositions, l'envoya à Séville. auprès de saint Isidore, dont la vaste érudition était alors en honneur. Il demeura douze ans auprès du saint Prélat, jusqu'à ce que, formé dans les bonnes mœurs, et rempli de la saine doctrine, il revînt à Tolède, auprès d'Eugène, qui le fit Archidiacre de cette Eglise, à cause de ses excellentes vertus et de sa science remarquable. UdeSaint Ildefonse, Evéque et Confesseur. 447
fonse, voulant éviter les pièges du monde, embrassa l'institut monastique de l'Ordre de saint Benoît, dans le monastère d'Agalie, malgré l'opposition de ses parents, qui employèrent les prières et les menaces pour'le détourner de son pieux dessein.
PEU de temps après, les moines l'élurent à la place de leur abbé qui venait de mourir ; car ils admiraient en lui, outre les autres vertus, son équité, son caractère aimable, sa prudence, et une admirable sainteté. Un si grand éclat, une si vive lumière de vraie piété^ ne purent longtemps demeurer cachés ; et c'était ce qu'avait craint Ildefonse , Car, Eugène étant mort, il fut élu Archevêque de Tolède, par le consentement du clergé, des grands et de tout le peuple. Il serait impossible d'expliquer en peu de mots combien, dans cette dignité, il fut utile par ses paroles et ses exemples au peuple confié à ses soins, à combien de titres il mérita de la Vierge-Mère. 11 bâtit un monastère de Vierges, dans le lieu appelé Deilfa, «t l'enrichit de revenus abondants. Il réfuta savamment et chassa d'Espagne certains hérétiques, qui répanletanaï Archidiaconus effectus, mundi cupiens laqueos declinare, in Agaliensi monasterio Ordinis sancti Benedicti, monasticum institutum amplexus est, frustra parentibus precibus et minis omnia tentantibus ut eum a sancto proposito revocarent.
MONACHi non multo post in defuncti Abbatis locum eum subrogarunt ; suspiciebant siquidem in eo, praeter virtutes reliquas, aequitatem, morum facilitatem, prudentiam, et admirabilem sanctitatem. Tantus itaque fulgor, tanta Verae pietatis lux, quod ipse timebat, latere non potuit. Eugenio hamque vita functo, cleri, senatus, totiusque populi decreto, Toletanus Archiepiscopus electus est In qua dignitate, quantum populo sibi commisso, verbo et exemple profuerit, quae miracula ediderit, quam multis faerit nominibus de Virgine Matre benemeritus, non potest paucis explicari. Cœnobium virginum in Deilfensi villula asdificavit, ac magnis muneribus auxit. Haereticos quosdam, qui
in Hispania haeresim Helvidianam, toUentem perpetuam Maria? Dei Genitricis virginitatem disseminabant, doctissime confutavit, et ab Hispania ejecit.Ejus autem hac de re disputatio, libro quem scripsil de beatae Mariae virginitate conlinetur : ipsa miraculo servi sui zelum confirmante. Cum enim Ildefonsus ad preces matutinas Expectationis beatae MariaeinEcclesiamnocte descenderet. comités ejus in Ecclesiae limine, fulgore quodam repentino deterriti retrocesserunt . ille vero intrepidus ad aram progressas, Virginem ipsam vidit et adoravit, ab eademque vestem. qua in Sacrificiis qteretur, accepit.
CUM etiam dies Leocadiae festus ageretur, et Clerus frequensque populus convenisset, Ildefonsusad sepulcrum Virginis accedens, flexis genibus orabat ; et ecce reserato repente sarcophage, Leocadia sanctissima prodiit ; videntibusque cunctis, et audientibus, Ildefonsi mérita de Virgine Maria commendavit, dicens : O lldefonse, per te vivit Domidaient dans ce pays l'hérésie d'Helvidius, qui niait la perpétuelle virginité de Marie, Mère de Dieu. La discussion sur ce sujet est contenue dans le livre qu'il a écrit de la Virginité de la bienheureuse Marie. Cette puissante Reine récompensa par un miracle le zèle de son serviteur. Ildefonse étant descendu de nuit pour l'Office des Matines de i'Expectation de la Sainte Vierge, ceux qui l'accompagnaient, étant arrivés au seuil de l'Eglise, aperçurent tout à coup dans 1 intérieur une splendeur qui les effraya, et les fit revenir sur leurs pas. Le saint avança intrépidement jusqu'à l'autel ; il vit la Sainte Vierge elle-même, il la vénéra, et reçut d'elle un vêtement pour l'usage du Sacrifice.
j T NE autre fois, on célébrait Ij la fête de sainte Léocadie ; le Clergé et un peuple nombreux étaient rassemblés dans l'Eglise ; lldefonse, s'étant approché du tombeau de cette Vierge, priait à genoux, lorsque tout à coup la très sainte Léocadie sort de son sépulcre qui s'entr'ouvre, et, en présence de tous les assistants, elle célèbre les mérites d'Ildefonse envers la Vierge Marie, par ces paroles : « O lldefonse 1 par toi
« triomphe ma souveraine c Maîtresse, qui habite les <( hauteurs du ciel. " Au moment où elle disparaissait, Ildefonse, saisissant l'épée de Recesvinthe, qui était présent à cette apparition, coupa "une partie du voile dont la tête de Léocadie était couverte, et la renferma, avec une grande pompe, ainsi que l'épée du Roi, dans le trésor de l'Eglise, où on la garde encore aujourd'hui.
IL écrivit beaucoup de livres d'un style rempli de clarté ; mais il en a laissé quelques-uns imparfaits, à cause de ses grandes occupations. Enfin il termina sa vie par une heureuse mort, ayant siégé; comme Evêque. neuf ans et deux mois. Il fut enseveli dans la Basilique de Sainte-Léocadie. vers lan du Seigneur six cent soixantesept, Recesvinthe régnant en Espagne. Durant l'occupation générale de ce pays par les Sarrasins, son corps fut transféré dans la ville de Zamora. II y repose avec honneur, dans l'Eglise de SaintPierre, entouré des marques de la vénération du peuple.
na mea, quae cœli culmina tenet. Illa vero recedente, Ildefonsus,arreptoRecesvinthi, qui forte tunj aderat,gladiolo,velaminij partem, quo caput Leocadiae tegebatur, resecuit, eamque cum regio simul cultro, celebri pompa iu sacrarium intulit, ubi usque hodie servatur.
SCRiPsixmultalucuIentiori sermone, sed variis molestiarum occupationibus impeditus, aliqua imperfecta reliquit. Obiit tandem féliciter, cum sedisset in Episcopatu annos novem, menses duos; sepultusque est in Basilica Leocadise, circa annum Domini sexcentesimum sexagesimum Sv:ptimum, Recesvintho in Hispania régnante. Cujus corpus in geperali a Sarracenis Hispaniarum occupa - tione, in civitatem Zamorensem translatum est, et in Ecclesia beati Pétri honorifice quiescens, magna illius populi religione colitur.
Honneur à vous, saint Pontife, qui vous élevez, avec tant de gloire, de cette terre d'Espagne si féconde en vaillants chevaliers
de Marie! Allez prendre place auprès du berceau où cette Mère incomf)arable veille avec amour sur l'Enfant, qui, étant à la fois son Dieu et son fils, a consacré sa virginité, loin de l'altérer. Recommandez-nous à sa tendresse ; rappelez-lui qu'elle est aussi notre Mère. Priez-la d'entendre les hymmes que nous chantons à sa gloire, et de faire agréer à son Emmanuel l'hommage de nos cœurs. Pour être accueillis par cette auguste Souveraine, nous oserons, ô Docteur de la Virginité de Marie, emprunter votre organe, et lui dire avec vous :
« Je viens à vous maintenant, ô vous, « seule Vierge Mère de Dieu : je me prosterne 0 à vos pieds, seule coopératrice de l'incar« nation de mon Dieu; je m'humilie devant « vous, seule Mère de mon Seigneur. Je « vous supplie, unique servante de votre Fils, « d'obtenir que mon péché soit effacé, d'or« donner que je sois purifié de l'iniquité de « mes œuvres. Faites-moi aimer la gloire de « votre virginité ; révélez-moi la douceur de « votre Fils ; donnez-moi de parler, selon la « sincérité, de la foi de votre Fils, et de la <( défendre. Accordez-moi de m'attacher à « Dieu et à vous, de servir votre Fils et vous : « lui, comme mon Créateur; vous, comme la (' Mère de mon Créateur; lui, comme le Sei« gneur des armées ; vous, comme la servante «( du Maître de toutes choses; lui, comme un « Dieu; vous, comme la Mère d'un Dieu; lui, « comme mon Rédempteur ; vous, comme « l'instrument de ma rédemption.
« Sil a été le prix de mon rachat, sa chair a « été formée de votre chair; c'est de votre
<( substance mortelle qu'il a pris le corps « mortel par lequel il a effacé mes péchés ; « ma nature qu'il a emportée, au-dessus des « Anges, jusque dans la gloire du trône de « son Père, il a daigné l'emprunter à votre « substance.