L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 238)
^. Beatissimus Julianus Cenomanensium Pontifex primus, virtutum fulgore clarissimus, antiqui hostis superbia superata : * Hodie felix et Victor régna subiit sempiterna.
f. Immortalis palmœ adeptus bravium régnât cum Christo in aeternum. • Hodie.
^. De même que l'étoile brillante du matin, après les ombres d'une nuit agitée, annonce le soleil ; ainsi Julien, après les ténèbres de l'erreur, * Annonce aux Manceaux le Soleil de justice.
f. A ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, Julien, prédicateur de la vérité, ' Annonce.
^. Le très heureux Julien, premier Pontife des Manceaux, resplendissant de l'éclat des prodiges, ayant abattu l'orgueil de l'ancien ennemi, * Aujourd' hui heureux et vainqueur, pénètre au royaume éternel.
f. Il a acquis pour récompense une palme immortelle, il règne avec le Christ pour l'éternité. * Aujourd'hui.
L'Eglise du Mans chantait, en la fête de son saint Evêque, l'antique Séquence Christo inclyta, qui est propre à la fête de la Toussaint, et qu'on adaptait pour la solennité, en y insérant simplement le nom de saint Julien. Mais nous trouvons dans les anciens Missels, pour les Messes votives, la suivante, qui est une des imitations du Victimœ Paschali^ si communes aux xv et xvi" siècles.
nt Julien que les nges soient chantées par tous les Chrétiens.
Un aveugle recouvre la vue ; soudain le Roi est baptisé, il croit au Christ qui vit et règne.
— Une fontaine jaillissante, que sa prière a fait sortir en un instant.
Il baptise les témoins du prodige, qui déposent leurs vêtements.
L'enfant assiste au souper, et se rend après le Christ en Galilée.
Les ardents sont guéris ; les possédés sont délivrés du démon fallacieux qui les tourmentait.
Caeco lumen redditur ; statim Rex baptizatur, credens quod Christus régnât vivus.
Igné curantur accensi : sanantur obsessi, qui vexabantur daemone fallaci.
Vous veniez nous annoncer, ô saint Pontife, celui qui est la source vive de la vie éternelle, et inviter nos Pères à se désaltérer aux fontaines du Sauveur. Pour exciter leurs désirs vers cette eau jaillissante qui procède de la Citerne de Bethléhem, votre main apostolique frappa la terre, et une source féconde en sortit à l'instant, symbole de la régénération dont vous alliez être le ministre pour tout un peuple. Des siècles se sont écoulés depuis ce )our où l'Evangile du salut fut annoncé par vous à notre province ; et le champ du Seigneur, que vous aviez arrosé, a plus d'une
fois souffert de la sécheresse qui désolait nos contrées. Jetez donc les yeux sur cette terre où vos travaux ont mérité la couronne ; rendez-lui sa fertilité première. Ranimez la foi; réchauffez la charité, donnez la fécondité à la semence, et veillez à ce cjue l'ivraie n'étouffe pas le bon grain. Protégez le Pontife qui siège dans votre Chaire ; secondez les efforts du clergé, veillez sur le peuple fidèle, afin que l'Eglise du Mans, que votre nom a rendue illustre, redevienne par vos soins une des riches portions de l'héritage de l'Emmanuel.
CNQ jours après le martyre de la Vierge Emérentienne, les parents de la sainte et courageuse Agnès étaient venus, à la nuit, prier et pleurer sur son sépulcre. C'était le huitième jour depuis son martyre. Ils repassaient dans leur douleur les circonstances de cette mort cruelle qui lui avait mérité la palme, en l'enlevant "à leur amour. Tout à coup, Agnès leur apparaît, couronnée et radieuse, au milieu d'une troupe de vierges éblouissantes de beauté et de lumière. A côté d'elle, à sa droite, était un agneau d'une blancheur éclatante, sous les traits duquel se manifestait le divin Amant d'Agnès.
La Vierge triomphante se tourne avec tendresse vers ses parents et leur dit : « Ne u pleurez plus ma mort; félicitez-moi plutôt « de l'heureuse société qui m'environne. <( Sachez que je vis maintenant dans le ciel « auprès de celui qui, sur la terre, a eu tout « mon amour. »
En mémoire de cette glorieuse apparition, la sainte Eglise revient encore aujourd'hui sur la douce mémoire d'Agnès ;et cette fête s'appelle: Saint Agnès pour la seconde fois : Sanctce Agnetis secundo. Prions la tendre Amante de l'Agneau sans tache de se souvenir de nous
auprès de lui, et de nous présenter à ce divin Sauveur, en attendant qu'il nous soit donné de le posséder sans nuages au séjour de sa gloire. Unissons-nous à la sainte Eglise, et chantons avec elle aujourd'hui :
TANS a dextris ejus Agnus nive candidior,Chri8- tus sibi Sponsam etMartyrem consecravit.
Deus qui nos annua beatae Agnetis Virginis et Martyris tuae solemnitate latificas : da quaesumus, ut quam veneramur officie, etiam piae conversationis sequamur exemplo. Per Christum Dominum nostrura. Amen.
un us blanc que la neige, le Christ, apparut , qui la consacrait comme son Epouse et sa Martyre.
O Dieu, qui nous réjouissez par cette solennité annuelle de la bienheureuse Agnès, votre Vierge et votre Martyre ; daignez nous faire la grâce d'imiter par une sainte vie les exemples de celle à qui aujourd'hui nous rendons nos devoirs. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
AU gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d'Eglises, surtout en Allemagne, associent aujourd'hui la mémoire imposante du pieux empereur Charlemagne. L'Emmanuel, en venant en ce monde, doit recevoir le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ; il doit ceindre répée et tenir sous son sceptre la multitude des nations: quoi de plus juste que d'amener à son berceau le plus grand des princes chrétiens, celui qui se fit toujours gloire de mettre son épée au service du Christ et de son Eglise ?
Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l'antipape Pascal III, en ii65: c'est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu'on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cepen= dant les nombreuses Eglises qui honorent, depuis près de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le martyrologe Romam où son nom ne
Avant l'époque de la Réforme, le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos Eglises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l'avaient conservé jusqu'à nos jours. L'Eglise de Paris le sacrifia, de bonne neure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du xvi" siècle. La Réforme avait conçu de l'antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d'une canonisation en règle que l'on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever lescandale. Sur cette question, comme sur bien d'autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d'étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.
Plus de trente Eglises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand Empereur; sa chère Eglise d'Aix-laChapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Les Vies clés Saints publiées en France, même celle de_ Baillet et de Godescard, n'ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l'Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus
d'un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie. Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribue aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les mœurs de Charlemagne furent toujours pures i, et que le préjugé contraire, qui n'a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l'esprit protestant. Nous rappellerons que D. Mabillon, qui insiste sur le fait de la répudiation d'Hermengarde, que cet Empereur quitta pour reprendre Himiltrude, sa première femme, comme sur une action qui fut justement blâmée, conclut le récit des actions de Charlemagne, dans ses Annales Bénédictines, en avouant qu'il n'est pas démontré que la pluralité des femmes de ce prince ait été simultanée. Le P. le Ceinte et le P. Noël Alexandre, auteurs non suspects de partialité, et qui ont examiné à fond la question, monI. Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et EXEMPLAIRE DANS SA VIE, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très chrétien daas toutes ses œuvres. Sermon sur l'unité de l'Eglise.