L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 242)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« l'hospitalité avec toutes nos sœurs, chantez« lui bien de beaux cantiques, et surtout « adorez-le bien fortement et doucement, et « en lui sa pauvreté, son humilité, son obéis« sance et sa douceur, à l'imitation de sa « très sainte Mère et de saint Joseph ; et « prenez-lui une de ses chères larmes, douce « rosée du ciel, et la mettez sur votre cœur, « atin qu'il n'ait jamais de tristesse que celle « qui réiouit ce doux Enfant ; et quand vous « lui recommanderez votre âme, recomman« dez-lui quant et quant la mienne, qui est « certes toute vôtre.

« Je salue chèrement la chère troupe de nos « sœurs, que je regarde comme de simples « berbères veillant sur leurs troupeaux, c'est« à-dire sur leurs affections ; qui, averties « par l'Ange, vont faire l'hommage au divin « Enfant, et pour gage de leur éternelle ser« vitude, lui oôrent le plus beau de leurs « agneaux, qui est leur amour, sans réserve « ni exception. »

La veille de la Naissance du Sauveur, saisi par avance des joies de la nuit qui va donner son Rédempteur à la terre, François s'épanche déjà avec sa fille de prédilection, JeanneFrançoise de Chantai, et la convie à goûter avec lui les charnies de l'Enfant divin et à profiter de sa visite.

« Le grand petit Enfant de Bethléhem soit « à jamais les délices et les amours de notre « cœur, ma très chère mère, ma fille ! Hélas ! « comme il est beau, ce pauvre petit poupon ! « Il me semble que je vois Salomon sur son « grand trône d'ivoire, doré et ouvragé, qui « n'eut point d'égal es royaumes, comme dit

« l'Ecriture : et ce roi n'eut point de pair en « gloire ni en magnificence. Mais j'aime cent « fois mieux voir te cher enfançon en la crèche, ( que de voir tous les rois en leurs trônes. « Mais si je le vois sur les genoux de sa sacrée Mère ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette, comme un petit bouton de rose, attachée au lys de ses saintes mamelles, ô Dieu! je le trouve plus magnifique en ce trône, non seulement que ■ Salomon dans le sien d'ivoire, mais que jamais même ce Fils éternel du Père ne le fut au ciel; car si bien le ciel a plus d'être visible, la Sainte Vierge a plus de perfec>■ tions invisibles ; et une goutte du lait qui « flue virginalement de ses sacrés sucherons, « vaut mieux que toutes les affluences des <• cieux. Le grand saint Joseph nous fasse « part de sa consolation, la souveraine Mère « de son amour; et l'Enfant veuille à jamais ' répandre dans nos cœurs ses mérites!

« Je vous prie, reposez le plus doucement a que vous pourrez auprès du petit céleste « enfant : il ne laissera pas d aimer votre « cœur bien-aimé tel que vous l'avez, sans « tendreté et sans sentiment. Voyez-vous « pas qu'il reçoit l'haleine de ce gros bœuf « et de cet âne qui n'ont sentiment"ni mouve« ment quelconque ? Comment ne recevra-t-il « pas les aspirations de notre pauvre cœur, « lequel , quoique non tendrement pour le « présent, solidement néanmoins et ferme« ment, se sacrifie à ses pieds pour être à « jamais serviteur inviolable du sien, et de « celui de sa sainte Mère, et du grand gou« verneur du petit Roi ? d

La nuit sacrée s'est écoulée, apportant avec elle la Paix aux hommes de bonne volonté ; François cherche encore le cœur de la fille que Jésus lui a confiée, pour y verser toutes les douceurs qu'il a goûtées dans la contemplation du mystère d'amour.

« Hé, vrai Jésus ! que cette nuit est douce, « ma très chère fille ! Les cieux, chante « l'Eglise, distillent de toutes parts le miel ; « et moi, je pense que ces divms Anges, qui « résonnent en l'air leur admirable cantique, « viennent pour recueillir ce miel céleste sur « les lys où il se trouve, sur la poitrine de « la très douce Vierge et de saint Joseph. J'ai « peur, ma chère fille, que ces divins Esprits « ne se méprennent entre le lait qui sort des « mamelles virginales, et le miel du ciel qui « est abouché sur ces mamelles. Quelle dou« ceur de voir le miel sucer le lait !

« Mais je vous prie, ma chère fille, ne suis« ie pas si ambitieux que de penser que nos « bons Anges, de vous et de moi, se trouvè« renten la chère troupe de musiciens célestes « qui chantèrent en cette nuit ? O Dieu ! s'il « leur plaisait d'entonner derechef, aux 0 oreilles de notre coeur, cette même céleste « chanson, quelle joie ! quelle jubilation ! Je « les en supplie, afin que gloire soit au ciel, « et en terre paix aux cœurs de bonne vo« lonté.

« Revenant donc d'entre les sacrés mys« tères, je donne ainsi le bonjour à ma chère « fille : car je crois que les pasteurs encore, « après avoir adoré le céleste poupon que le « ciel môme leur avait annonce, se reposèrent a un peu. Mais, ô Dieu ! que de suavité,

(( comme je pense, à leur sommeil ! il leur « était avis qu'ils oyaient toujours la sacrée (( mélodie des Anges qui les avaient salués « si excellemment de leur cantique, et qu'ils « voyaient toujours le cher Enfant et la Mère « qu'ils avaient visités.

« Que donnerions-nous à notre petit Roi, « que nous n'a}'ons reçu de lui et de sa divine « libéralité ? Or sus, je lui donnerai donc, à « la sainte Grand'xMesse, la très unic^uement « fille bien-aimée qu'il m'a donnée. Hé ! « Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d'or « en charité, toute de myrrhe en mortifica« tion, toute d'encens en oraison ; et puis « recevez-la entre les bras de votre sainte « protection ; et que votre cœur dise au sien : '< .le suis ton salut au siècle des siècles. »

Parlant ailleurs à une autre épouse du Christ, il l'exhorte, en ces termes, à se nourrir de la douceur du nouveau-né :

« Que jamais votre âme, comme une abeille « mystique, n'abandonne ce cher petit Roi, « et qu'elle fasse son miel autour de lui, en « lui, et pour lui ; et qu'elle le prenne sur « lui, duquel les lèvres sont toutes détrem« pées de grâce, et sur lesquelles, bien plus « heureusement que l'on ne vit sur celles de « saint Ambroise, les saintes avettes, amas« sées en essaim, font leurs doux et gracieux (( ouvrages. »

Mais il faut bien s'arrêter ; écoutons cependant encore une dernière fois notre seraphique Pontife nous raconter les charmes du très saint Nom de Jésus, imposé au Sauveur dans les douleurs de la Circoncision ; il écrit encore à sa sainte coopératrice :

« O Jésus, remplissez notre cœur du baume <( sacré de votre Nom divin, afin que la suaii vite de son odeur se dilate en tous nos « sens, et se répande en toutes nos actions. « Mais pour rendre ce cœur capable de recec voir une si douce liqueur, circoncisez-le, et « retranchez d'icelui tout ce qui peut être <( désagréable à vos saints yeux. O Nom glo(' rieux ! que la bouche au Père céleste a « nommé éternellement, soyez à jamais la (( superscription de notre âme, afin que, (( comme vous êtes Sauveur, elle soit éter<( nellement sauvée ! O Vierge sainte, qui, la (( première de toute la nature humaine, avez « prononcé ce Nom de salut, inspirez-nous la « Façon de le prononcer ainsi qu'il est con<* venable, afin que tout respire en nous le <' salut que votre ventre nous a porté.

« iMa très chère fille , il fallait écrire la « première lettre de cette année à Notre« Seigneur et à Notre-Dame; et voici la se« conde par laquelle, 6 ma fille, je vous <c donne le bon an, et dédie notre cœur à la <( divine bonté. Que puissions-nous tellement (( vivre cette année, qu'elle nous serve de <« fondement pour l'année éternelle! Du moins « ce matin, sur le réveil, j'ai crié à vos oreilles : 0 vive Jésus ! et eusse bien voulu épandre c cette huile sacrée sur toute la face de la «terre.

« Quand un baume est bien fermé dans « une fiole, nul ne sait discerner quelle lift queur c'est, sinon celui qui l'y a mise ; « mais quand on a ouvert la fiole, et qu'on « en a répandu quelques gouttes, chacun dit : ft C'est du baume. Ma chère fille, notre cher

(( petit Jésus était tout plein du baume de « salut; mais on ne le connaissait pas jusqu'à c tant qu'avec ce couteau doucement cruel « on a ouvert sa divine chair ; et lors on a « connu qu'il est tout baume et huile répan« due, et que c'est le baume de salut. C'est K pourquoi saint Joseph et Notre-Dame, puis K tout le voisinage, commencent à crier : '* Jésus, qui signihe Sauveur.

« Plaise à ce divin poupon de tremper nos X cœurs dans son sang, et les parfumer de » son saint Nom, afin que les roses des bons « désirs que nous avons conçus, soient toutes € pourprées de sa «teinture, et toutes odoran« tes de son onguent ! »

Lisons maintenant le court récit de la vie de François de Sales, dans les Offices de l'E- glise.

FRANÇOIS, né de parents nobles et vertueux, au château de Sales, d'où sa famille a reçu son surnom, fit présager dès ses plus tendres années, par l'innocence et la gravité de ses mœurs, quelle serait un jour sa sainteté. Dans sa jeunesse, il fut instruit dans les sciences libérales ; bientôt après, il se rendit à Paris, où il s'adonna à la Philosophie et à la Théologie ; et, afin que rien ne mancjuât à la culture de son esprit, il reçut, à Padoue, avec de grands applaudissements, le bonnet de docteur en l'un et l'autre Droit. Il renoirs-ela, dans l'église de LoFRANCiscus in oppido Salesio, unde familiaecognomen, piis et nobilibusparentibus natus, a teneris annis futuras sanctitatis indicia praebuit morum innocentia et gravitate. Adolescens liberalibus disciplinis eruditus, mox Philosophiae ac Theologiaî Parisiis operam dédit : et ne quid sibi deesset ad animi culturam, Juris utriusque lauream summa cum laude Patavii obtinuit. In sacra iEde Lauretana perpétuas virginitatis votum, quopridem Parisiis se obsLe Temps de Noël.

trinxerat, innovavit : a cujus virtutis proposito nullis unquam daemonum fraudibus, nullis sensuum illecebris potuit dimoveri.

RECUSATA in Sabaudiae Senatu amplissima dignitate, clericali militiae nomen dédit : tum sacerdotio initiatus, et Genevensis Ecclesiae Praeposituram adeptus, ejus muneris partes adeo perfecte explevit, ut eum Granerius Episcopus vindicandis ab haeresi Calviniana Chaballicensibus, aliisque Genevae finitimis populis, divini verbi praeconem destinarit. Quam expeditionera alacri animo suscipiens, asperrima quaeque perpessus est, saepe ab haereticis conquisitus ad necem, variis(jue calumniis et insidiis vexatus. Sed inter tôt discrimina et agones, insuperabilis ejus constantia semper enituit ; Deique ope protectus, septuaginta duo millia haereticorum ad Catholicam fidem reduxisse dicitur, inter quos multi nobilitate et doctrina insignes numerantur.

rette, le vœu de perpétuelle virginité qu'il avait fait à Paris; et jamais' ni les artifices du démon, ni les attraits des sens, ne purent le détourner de la résolution qu'il avait prise au sujet de cette vertu.

IL refusa une grande charge dans le Sénat de Savoie, et s'engagea dans la cléricature. Ordonné prêtre et fait Prévôt de l'Eglise de Genève, il remplit si parfaitement les devoirs de cette charge, que Granier, son Evêque, le destina pour travailler, par la Brédication de la parole de lieu, à la conversion des Calvinistes du Chablais, et autres lieux voisins de Genève. Ayant reçu cet office avec allégresse, il y eut à souffrir les plus rudes tribulations de la part des hérétiques, qui souvent le cherchèrent pour lui donner la mort, le poursuivirent de difiFérentes calomnies, et lui dressèrent grand nombre d'embûches. Mais, au milieu de tant de périls et de combats, son inébranlable constance brilla toujours ; et, aidé du secours de Dieu, on rapporte qu'il ramena à la foi catholique soixante-douze mille hérétiques, parmi lesquels on en compte plusieurs qui étaient distingués par leur noblesse et leur science.

APRÈS la mort de Granier, qui l'avait choisi pour coadjuteur, il fut consacré évèque, et répandit de tous cotés les rayons de sa sainteté, par son zèle pour la discipline ecclésiastique. son amour pour la paix, sa miséricorde envers les pauvres, et par toute sorte de vertus. Pour l'accroissement du culte divin, il institua un nouvel Ordre de religieuses sous le nom de la Visitation SainteMarie, et sous la règle de saint Augustin, à laquelle il ajouta des Constitutions admirables par la sagesse, la discrétion et la douceur. Il a éclairé l'Eglise par des écrits remplis d'une doctrine céleste, dans lesquels il enseigne un chemin siir et facile pour arriver à la perfection chrétienne. Enfin, âgé de cinquante-cinq ans, comme il retournait de France à Annecy, après avoir célébré la Messe à Lyon, le jour de Saint-Jean l'Evangéliste, il fut atteint d'une maladie mortelle ; et, le jour suivant, il monta au ciel, l'an de notre Seigneur mil six cent vingtdeux. On transporta son corps à Annecy, et on l'ensevelit honorablement dans l'église des religieuses dudit Ordre. Il éclata aussitôt par des miracles; le Pape Alexandre VII, après en avoir constaté la vérité selon les

MORTUO Granerio, qui eum sibi coadjutorem decerni curaverat, episcopus consecratus, sanctitatis suae radios circumquaque difFudit, zelo ecclesiasticae disciplinae, pacis studio, misericordia in pauperes, omnique virtute conspicuus. Ad divini cultus augmentum novum Ordinem sanctimonialium instituit. a Visitatione beatae Virginis nuncupatum, sub régula sancti Augustini, cui addidit Constitutiones sapientia, discretione et suavitate mirabiles. Suis etiam scriptis cœlesti doctrina refertis Ecclesiam illustravit, quibus iter ad christianam perfectionem tutum, et planum demonstrat. Annum denique agens quinquagesimum quintum, dum e Gallia Annesium regreditur, post Sacrum in die sancti Johannis Evangelistas Lugduni celebratum, gravi morbo correptus, sequenti die migravit in cœlum, anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo secundo. Ejus corpus Annesium delatum, in ecclesia monialium dicti Ordinis honorifice conditum fuit, cœpitque statim miracuLe Temps de Noël.

règles, le mit au nombre des Saints, en assignant, pour sa fête, le vingt-neuvième jour de janvier ; et le Souverain Pontife Pie IX, de lavis de la Congrégation des Sacrés Rites, 1 a déclaré Docteur de l'Eglise universelle.

lis clarescere. Quibus rite probatis, ab Alexandre S.eptimo, Pontifice Maximo, in Sanctorum numerum relatus est, assignata ejus festivitati die vigesima nona januarii ; et a Summo Pontifice Pio Nono, ex Sacrorum Rituum Congregationis consulto, universalis Ecclesiaî Doctor fuit declaratus.

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