L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 243)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Le Pape Alexandre VII voulut composer lui-même la Collecte pour l'Office et la Messe du saint Prélat. Récitons-ia en union avec l'Eglise.

T\ EUS, qui ad animarum *^ salutem, beatum Franciscum Confessorem tuum atque Pontificem, omnibus omnia factura esse voluisti : concède propitius, ut charitatistuae dulcedine perfusi, ejus dirigenlibus monitis, ac suftragantibus meritis, aeterna gaudJa consequamur. Per Christum Dominumnostrum. Amen.

/^ Dieu, qui, pour le salut ^-^ des âmes, avez voulu que le bienheureux François, votre Confesseur et Pontife, se fît tout à tous ; daignez nous remplir de la douceur de votre amour, afin que, dirigés par ses enseignements, et soutenus par ses mérites, nous obtenions les joies éternelles. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Conquérant pacifique des âmes. Pontife aimé de Dieu et des hommes, nous célébrons en vous la douceur de notre Emmanuel. Ayant appris de lui â être doux et humble de cœur, vous avez, selon sa promesse, possédé la terre. (M.\tth. v, 4.) Rien ne vous a résisté :

les sectaires les plus obstinés, les pécheurs les plus endurcis, les âmes les plus tièdes, tout a cédé aux charmes de votre parole et de vos exemples. Que nous aimons à vous contempler, auprès du berceau de l'Enfant qui vient nous aimer, mêlant votre gloire avec celle de Jean et des Innocents : Apôtre comme le premier, simple comme les hls de Rachel ! Fixez pour jamais notre cœur dans cette heureuse compagnie ; qu'il apprenne enfin que \ejoug de l'Emmanuel est doux, et son fardeau léger.

Réchauffez nos âmes au feu de votre charité ; soutenez en elles le désir de la perfection. Docteur des voies spirituelles, introduise:(- nous dans cette Vie sainte dont vous avez tracé les lois; ranimez dans nos cœurs l'amour du prochain, sans lequel nous ne pourrions espérer de posséder l'amour de Dieu ; initieznous au zèle que vous avez eu pour le salut des âmes ; enseignez-nous la patience et le pardon des injures, afin que nous nous aimions tous, non seulement de bouche et de parole, comme parle Jean votre modèle, mais en œuvre et en vérité. (I Johan. m, 18.) Bénissez l'Eglise de la terre, au sein de laquelle votre souvenir est encore aussi présent que si vous veniez de la quitter pour celle du ciel ; car vous n'êtes plus seulement l'Evêque de Genève, mais l'objet de l'amour et de la confiance de l'univers entier.

Hâtez la conversion générale des sectateurs de l'hérésie Calviniste. Déjà vos prières ont avancé l'œuvre du retour ; et le Sacrifice de l'Agneau s'offre publiquement au sein même de Genève. Consommez au plus tôt le triom54S Le Temps de Noël

phe de l'Eglise-Mère. Extirpez du milieu de nous les oerniers restes de l'hérésie Jansénienne, qui se préparait à semer son ivraie dans la France, aux jours même où le Seigneur vous retirait de ce monde. Purgez nos contrées des maximes et des habitudes dangereuses qu'elles ont héritées des temps malheureux où cette secte perverse triomphait dans son audace.

Bénissez de toute la tendresse de votre coeur paternel le saint Ordre que vous avez fondé, et que vous avez donné à Marie sous le titre de sa Visitation. Conservez-le dans l'état où il fait l'édification de l'Eglise ; donnez-lui accroissement,dirigez-le, afin que votre esprit se maintienne dans la famille dont vous êtes le père. Protégez l'Episcopat dont vous êtes l'ornement et le modèle; demandez à Dieu, pour son Eglise, des Pasteurs formés à votre école, embrasés de votre zèle, émules de votre sainteté. Enfin, souvenez-vous de la France, avec laquelle vous avez contracté des liens si étroits. Elle s'émut au bruit de vos vertus, elle convoita votre Apostolat, elle vous a donné votre plus fidèle coopératrice ; vous avez enrichi sa langue de vos admirables écrits; c'est de son sein même que vous êtes parti pour aller à Dieu : du haut du ciel, regardez-la aussi comme votre patrie.

UNE troisième Vierge romaine, le front ceint de la couronne du martyre, vient partager les honneurs d'Agnès et d'Emérentienne, et otfrir sa palme à l'Agneau. C'est Martine, dont le nom rappelle le dieu païen qui présidait aux combats, et dont le corps glorieux repose au pied du mont Capitolin, dans un ancien temple de Mars, devenu aujourd'hui la somptueuse Eglise de SainteMartine. Le désir de se rendre digne de l'Epoux divin que son cœur avait choisi, l'a rendue forte contre les tourments et la mort, et sa blanche robe a été aussi lavée dans son sang. L'Emmanuel est le Dieu fort, puissant dans les combats (Psalm. xxiii, 8); mais comme le faux dieu Mars, il n'a pas besoin de fer pour vaincre. La douceur, la patience, l'innocence d'une vierge lui suffisent pour terrasser ses ennemis ; et Martine a vaincu d'une victoire plus durable que les plus grands capitaines de Rome.

Cette illustre Vierge, l'une des patronnes de Rome, a eu l'honneur d'être chantée par un Pape. Urbain VIII est l'auteur des Hymnes que nous plaçons à la suite de la Légende.

MARTINE, Vierge romaine, de naissance illustre. était fille d'un père consulaire. Dès ses plus tendres

MARTINA, Virgo romana, pâtre consulari, illustri génère nata, teneris adhuc annis orLe Temps de Noël.

bâta parentibus , christianae pietatis ardore succensa , divitlas quibus affluebat, mira in pauperes liberalitate distribuit. Sub Alexandre principe cum deos inanes colère juberetur, immane facinus summa libertate detestatur. Quapropter iterum atque iterum affecta verberibus, uncis, ungulis ferreis, testarum fragmentis lacerata, acutissimis gladiis membratim concisa, adipe ferventi peruncta, demum in amphithéâtre damnatur ad bestias : a quibus illassa divinitus evadens, in ardentem rogum injecta, incoltimis pari bénéficie servatur.

TJc ejus tortoribus nonC nulli miraculi novitate correpti, Dei aspirante gratia, Chrisd fidem amplexi, post cruciatus gloriosam martyrii palmam capitis abscissione promeruere. Ad ejusdem preces nunc terra; motibufc exortis, nunc ignibus e cœlo tenante delapsis, deorum templa prostrata sunt, et simulacra consumpta. Interannées, elle perdit ses parents, et embrasée du feu de la piété chrétienne, elle distribua aux pauvres, avec une admirable libéralité, les richesses abondantes dont elle jouissait. Seus l'Empire d'Alexandre Sévère, on lui ordonna d'adorer les faux dieux ; mais elle repoussa ce crime horrible avec une noble liberté. C'est pourquoi on la frappa de verges à plusieurs reprises, on la déchira avec des crocs, des ongles de fer, des têts de pots cassés, en lui lacéra tous les membres avec des couteaux aigus ; puis elle fut enduite de graisse bouillante, enfin condamnée aux bêtes de l'amphithéâtre. Mais ayant été miraculeusement protégée contre elles, en la jeta sur un bûcher ardent, d'eu elle sertit saine et sauve par un nouveau prodige.

QUELQUES-UNS de ses bourreaux, frappés de la nouveauté de ce miracle, et touchés de la grâce de Dieu, embrassèrent la foL de Jésus-Christ ; et, après plusieurs tourments, ils eurent la tète tranchée, et méritèrent ainsi la palme glorieuse du martyre. Aux prières de la Sainte, il y eut des tremblements de terre; des feu.x tombèrent du ciel au milieu des tonnerres, renversèrent

les temples des faux dieux, et consumèrent leurs statues. Tantôt l'on voyait couler de ses blessures du lait avec du sang, et de son corps s'échappait une très brillante splendeur et une odeur très suave ; tantôt elle semblait élevée sur un trône royal, chantant les louanges de Dieu avec les Saints.

CES merveilles, et surtout la fermeté de la Vierge, exaspérèrent le juge, qui ordonna de lui trancher la tête. Aussitôt après, l'on entendit une voix d'en haut qui appelait au ciel la Vierge ; toute la ville trembla, et plusieurs adorateurs des idoles se convertirent à la foi de JésusChrist. Martine souffrit sous le Pontificat de saint Urbain I*' ; et sous celui d'Urbain VIII, on trouva son corps dans une antique Eglise, avec ceux des saints martyrs Concordius, Epiphane et leurs compagnons, près de la prison Mamertine, sur le penchant du mont Capitolin. On disposa cette Eglise dans une forme plus digne, on la décora convenablement, et on y déposa le corps de la Sainte, avec une pompe solennelle, en présence d'un grand concours de peuple, et aux cris de joie de la ville entière.

dura ex vulneribus lac cum sanguine erupit, splendorque nitidissimus ac suavissimus odor e corpore emanavit : interdum sublimis regia in sede divinis laudibus una cum ccelitibus interesse visa est.

HISCE prodigiis, ejusque in primis constantia, acriter permotus judex, caput Virgini amputari praecepit ; qua perempta, auditaque de ccelo voce, qua ad Superos evocabatur, urbs tota contremuit, ac multi idolorum cultoresad Christi fidem conversi sunt. Sacrum Martinae corpus, sedente sancto Urbano Primo, martyrio affectum, Urbano Octavo Pontifice Maximo, in pervetusta ejusdem Ecclesia, ad Mamertinum carcerem in Capitolini clivi radicibus, cum sanctorum Martyrum Concordii, Epiphanii, et sociorum corporibus repertum, eodem loco in meliorem formam redacto, atque decentius ornato, magno populi concursu, totius Urbis lastitia, solemni ritu ac pompa repositum est.

Nous donnons ensuite, en les réunissant sous une seule doxologie, les trois Hymnes d'Urbain VIII, dans lesquelles la sainte Eglise prie chaque année pour la délivrance de Jérusalem. C'est le dernier cri de la Croisade.

orta parentibus, Inter delicias, inter amabiles Luxus illecebras, ditibus

munifica manu Christi pauperibus distribuens opes, Quaerit praemia cœlitum.

CHANTE Martine, ô Rome, célèbre son nom, applaudis à sa gloire; chante l'illustre Vierge, célèbre la Martyre du Christ.

Issue de noble race, entourée des délices et des charmes séduisants d'une vie livrée au luxe, elle vécut au milieu des trésors d'un palais opulent.

Mais elle dédaigne ces jouissances d'une vie terrestre ; elle se donne au Seigneur ; et sa main généreuse, versant les richesses au sein des pauvres du Christ, cherche la récompense des cieux.

Ni les ongles de fer, ni les bêtes, ni les verges qui sillonnent cruellement ses membres, n'ont ébranlé son courage. Descendus du séjour des bienheureux, les Anges la fortifient par un pain céleste.

Le lion même , oubliant sa férocité, se prosterne paisible à tes pieds, ô Martine ! Au glaive seul est réservé l'honneur de t'ouvrir la demeure des cieux.

Tes autels , sur lesquels l'encens s'élève en nuage odorant, font monter vers toi nos prières assidues ; ton nom vient effacer, par une pieuse relation , le souvenir profane d'une fausse divinité.

Protège le sol qui t'a vu naître; accorde un repos paisible à la terre des chrétiens ; renvoie sur le pays infidèle des Thraces le bruit des armes et les cruels combats.

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