L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 245)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'ÉVÉNEMENT qui suit montra combien Dieu avait pour agréable le désir du saint homme. Une nuit qu'il priait et qu'il cherchait dans son esprit les moyens de secourir les Chrétiens captifs, la bienheureuse Vierge lui apparut, et lui dit que ce serait une chose très agréable à

PETRUS Nolascus, Recaudi prope Carcassonam in Gallia nobili génère natus, singulari erga proximum charitate excelluit ; cujus virtutis praesagium fuit, quod cum adhuc in cunabulis vagiret infans, examen apum ad eum convolavit, et favum mellis in ejus dextera construxit. Adolescens parentibus orbatus, Albigensium hasresim, quas tune in Gallia grassabatur, exsecrans, divendito patrimonio, in Hispaniam secessit, et apud beatam Virginera Montis Serrati, votum, quo pridem se obstrinxerat, exsolvit. Tum Barcinonam pergens, quum Christi fidelibus ab hostium servitute redimendis, omnem pecuniam consumpsisset, seipsum pro iis liberandis venum ire, aut inillorum vincula suffici, cupere dictitabat.

QUAM gratum Deo fuerit hoc sancti viri de^ siderium subsequens declaravit eventus. Nam noctu oranti, et deChristianorum in captivitate degentium subsidio

multa animo volventi, beata Virgo apparens : Filio suo sibique accepLe Temps de Noël.

tissimum fore suggessit, si ad sui honorem religiosorurn Ordo institueretur, quibus prœcipue esset cura captivos ab infidelium tyrannide liberare. Huic cxDelesti monito illico obtemperans, una cuva sancto Raymundo de Pennafort, et Jacobo Primo, rege Aragonise, de eadem re a Dei Génitrice ipsa nocte praemonitis, Religionem Beatas Mariae de Mercede redemptionis captivorum instituit ; sodalibus suis quarto voto obstrictis, manendi in pignus sub paganorum potestate, si pro Christianorum liberatione opus fuerit.

EDITO virginitatisvoto, illibatam perpetuo castitatem servavit. Patientia, humilitate, abstinentia, cïeterisque virtutibus mirabiliter enituit Prophétise donoillustris, futura praedixit inter quœ maxime celebratur, quod Jacobus rex Valentiam a Maoris occupatam expugnaverit , accepta prius ab eo obtinendoe victoriae securitate. Angeli Custodis, ac Deiparas \'irginis frequenti apparitione recreabatur. Senio tandem

son Fils et à elle, s'il' instituait en son honneur un Or-' dre de religieux dont le soin principal serait dedélivrer les captifs de la tyrannie des infidèles. Obéissant aussitôt à cet avertissement divin, de concert avec saint Raymond de Pegnafort, et Jacques !"■, roi d'Aragon, auxquels, la même nuit, la bienheureuse Vierge avait fait également cette révélation, il institua l'Ordre de Notre-Dame de la !^Ierci pour la rédemption des captifs. Les religieux qui en font partie s'engagent, par un quatrième vœu, à demeurer en otage sous la puissance des païens, s'il était nécessaire, pour la délivrance des Chrétiens.

AYANT fait vœu de virginité, il conserva toute sa vie une chasteté sans tache. Il éclata merveilleusement par sa patience, son humilité, son abstinence et par toutes les autres vertus. Doué du don de prophétie, il fit plusieurs prédictions, dont la plus célèbre est celle par laquelle il donna au roi Jacques l'assurance qu'il reprendrait Valence, dont les Maures s'étaient emparés ; et l'événement justifia la prophétie. Souvent il était favorisé de l'apparition de son Ange Gardien, et même de

la Vierge, Mère de Dieu. Epuisé de vieillesse et ayant reçu l'assurance de sa mort prochaine, il tomba malade. Après s'être muni des sacrements et avoir exhorté ses frères à la charité envers les captifs, il récita, avec une grande dévotion, le Psaume : (' Je vous louerai , € Seigneur, de tout mon « cœur» ; et étant arrivé à ces paroles : « Le Seigneur a (I envoyé la Rédemption à 0 son peuple », il rendit son esprit à Dieu, sur le minuit de la Vigile de Noël, l'an mil deux cent cinquante-six. Alexandre VII a ordonné de célébrer sa fête le trenteunième de janvier.

confectus, de imminent! morte certior factus, in morbum incidit, sanctisque refectus Sacrameritis, fratres suos ad charitatem erga captivos cohortatus. et Psalmum, Confitebor tibi. Domine, in tolo corde mec, devotissime recitans. ad illa verba, Redemptionem misit Dominas populo suo. spiritum Deo reddidit. média nocte Vigiliae Nativitatis Domini, anno millesimo ducentesimo quinquagesimo

sexto. Cujus festivitatem Alexander Septimus die trigesima prima januarii celebrari prœ- cepit.

Vous êtes venu apporter du ciel un feu sur la terre, ô Emmanuel, et vous nous dites que votre plus ardent désir est de le voir s'enflammer. Votre désir a été comblé dans le cœur de Pierre Nolasque, et dans celui de ses enfants. C'est ainsi que vous daignez associer des hommes à vos desseins d'amour et de miséricorde, et qu'en rétablissant l'harmonie entre Dieu et nous, vous resserrez l'union primitive entre nous et nos frères. Nous ne pouvons vous aimer, ô céleste Enfant, sans aimer tous les hommes; et si vous venez à nous comme notre rançon et notre victime, vous voulez que nous soyons prêts aussi à nous sacrifier les uns aux autres.

O Pierre ! vous avez été l'apôtre et le mo5à6 Le Temps de Noël.

dèle de cette charité; c'est pour cela que le Seigneur a voulu vous glorifier en vous appelant à la cour de son Fils, au jour anniversaire de la Naissance de ce Sauveur. Ce doux mystère qui, tant de fois, soutint votre courage, ranima vos dévouements, vous est apparu dans toute sa grandeur; mais vos yeux ne voient plus seulement, comme nous, le tendre Enfantqui sourit dans son berceau; c'est le Roi vainqueur, le Fils de Jéhovah dans sa splendeur divine, qui éblouit vos regards. Marie ne vous apparaît plus, comme à nous, pauvre et humblement penchée sur la crèche qui contient tout son amour; à vos yeux, elle brille éclatante sur son trône de Reine, et resplendit d'un éclat qui ne le cède qu'à celui de la majesté divine. Et votre cœur n'est point troublé de cette gloire; car, au ciel, vous êtes dans votre patrie. Le ciel est le temple et le palais de la charité, et la charité, dès ici-bas, remplissait votre cœur; elle était le principe de tous ses mouvements. Priez, afin que nous connaissions davantage ce véritable amour de Dieu et des hommes cjui nous rend semblables à Dieu. Il est écrit que celui qui demeure dans la charité^ demeure en Dieu et Dieu en lui (I Johan. iv); faites donc que le mystère de charité que nous célébrons nous transforme en celui qui fait l'objet de tous nos sentiments, dans ce temps de grâces et de merveilles. Donneznous d'aimer nos frères comme nous-mêmes, de les supporter, de les excuser, de nous oublier pour leur être utiles. Que nos excmg les les soutiennent, que nos paroles les édient; que leurs âmes soient gagnées et conSaint Pierre Noiasque, Confesseur. 56 j

solées par notre affection ; que leurs corps soient soulagés par nos largesses.

Priez pour la France, votre patrie, ô Pierre ! Secourez l'Espagne, au sein de laquelle vous avez fondé votre sublime Institut. Protégez les restes précieux de cet Ordre par lequel vous avez opéré tant de miracles de charité. Consolez et délivrez les captifs que la main des hommes retient dans les prisons ou dans l'esclavage. Obtenez pour nous tous cette sainte liberté des enfants de Dieu dont parle l'Apôtre, et qui consiste dans lobéissance à la loi de Dieu. Quand cette liberté régnera dans les cœurs, elle affranchira les corps. En vain l'homme extérieur cherche à être libre, si l'homme intérieur est asservi. Faites, ô Rédempteur de vos frères, que les liens de l'erreur et du péché cessent d'enchaîner nos sociétés ; c'est alors que vous les aurez rendues à la vraie liberté, qui produit et règle toutes les autres.

UN saint Evêque de l'âge apostolique, un disciple du grand Paul, s'offre aujourd'hui à notre vénération. Ses actions nous sont peu connues; mais en lui adressant une de ses Lettres inspirées, le Docteur des Gentils l'a rendu immortel. Partout où la foi du Christ a été et sera portée, Tite, ainsi que Timothée, sera connu des fidèles; jusqu'à la fin des temps, la sainte Eglise consultera, avec un souverain respect, cette Epître adressée à un simple évèque de l'île de Crète, mais dictée par l'Esprit-Saint, et par là même destinée à faire partie du corps des Ecritures sacrées qui contiennent la pure Parole de Dieu. Les conseils et les directions que renferme cette admirable lettre furent la règle souveraine du saint Evêque à qui Paul avait voué une si affectueuse tendresse. Tite eut la gloire d'établir le Christianisme dans cette île fameuse eu le paganisme avait un de ses principaux centres. Il survécut à son maître immolé dans Rome par le glaive de Néron; et comme saint .lean, à Ephèse, il s'endormit paisiblement

I. La fête de saint Tite que nous insérons ici est plus ou moins différée, selon les lieux, par la liberté qu'a laissée le Saint-Siège de la placer au premier jour qui ne se trouve pas occupé par une autre fête. Dans la plupart des Eglises, elle n'est célébrée qu'en février. -

dans une heureuse vieillesse, entouré des respects de la chrétienté qu'il avait fondée. Sa vie a laissé peu de traces; mais les quelques traits qui nous restent à son sujet donnent l'idée d'un de ces hommes de vertu supérieure que Dieu choisit au commencement, pour en faire les premières assises de sOn Eglise.

TITE , évéque de Crète, fut initié par les enseignements de l'Apôtre saint Paul aux mystères de la foi chrétienne ; et, préparé par les sacrements, il répandit une telle lumière de sainteté sur l'Eglise encore au berceau, qu'il mérita de prendre place entre les disciples du Docteur des Gentils. Appelé à partager le fardeau de la prédication, son ardeur à répandre l'Evangile et sa fidélité le rendirent si cher à saint Paul, que celui-ci étant venu à Troade, pour prêcher la foi dans cette ville, atteste luimême qu'il n'y trouva pas le repos de son esprit , parce qu'il n'y rencontra pas Tite son frère. L'Apôtre, s'élant rendu peu après en Macédoine, e.xprime son affection pour ce disciple par ces paroles : « Dieu qui console les humbles nous a consolés par Karrivée de Tite. »

ENVOYÉ à Corinthe par l'A- pôtre, il sut s'acquitter de cette mission qui consistait

TITUM Cretensium E- piscopum vix Pauli Apostoli verbo christianae fidei sacramentis , mysteriisque excultum, ea sanctitatis luce Ecclesias tune vagienti effulsisse compertum est, ut inter ejusdem Doctoris Gentium discipulos meruerit cooptari. Adscitus in partem onerîs praedicationis, adeo evangelizandi ardore et fidelitate Paulo exstitit carus , ut ipse cum venisset Troadem propter Evan^elium Christi, testatus sit non habuisse requiem spiritui suo, eo quod Titum fratrem suum ibi non invenerit. Et paulo post Macedoniam petens, rursus suam in eum charitatem ita exprimit : Sed qui consolatur humiles , consolatus est nos Deus in adventu Titi.

lenitate legationis hujus munere functus est , quae praesertim de fidelium pietate eleemosynascoUigendas ad sublevandam Ecclesiae Hebrseorura inopiam spectabat . ut Corinthios non solum in Christi fide continuerit, sed etiam desiderium , fletum, aemulationera inter eos pro Paulo qui illos primum instituit, excitaverit. Ad eÉFundendum intérim inter gentes linguis, locisque distinctas, divini verbi semen, piuribus terra, marique itineribus relectis, magnaque animi firmitate pro Crucis trophaeo curis laboribusque exantlatis, una cum duce Paulo Cretae insulam appulit. Cum or ro huic Ecclesiae piècopus ab ipso Apostolo delectus esset, dubitandum non est, quin in eo munere ita versatus sit, ut juxta ipsius Pauli praeceptoris monita, seipsifm praebuerit exemplum bonorum operum m doctrina, in integriute, in gravitate.

1TAQUE tamquam lucerna inter eos qui.inidololatriae et menJaciorum

principalement à recueillir les aumônes offertes par la piété des fidèles pour soulager la pauvreté de l'Eglise des Hébreux , avec tant de sagesse et de douceur, que non seulement il maintint les Corinthiens dans la foi du Christ, mais qu'il excita en eux des regrets accompagnés de larmes, et l'empressement le plus vif pour revoir Paul qui leur avait donné la première instruction. Après de nombreux voyages sur terre et sur mer, pour répandre. la semence de la divine parole chez les nations les plus dissemblables par le langage et par la situation géographique ; après avoir supporté avec la plus grande fermeté d'âme raille soucis et mille travaux pour établir ainsi létendard de la Croix, il aborda à l'ile de Crète avec Paul son maître. L'Apôtre le choisit pour remplir la charge d'E- véque dans l'église qu'il fonda en cette île ; et il est certain que Tite y remplit ses fonctions de manière à devenir le modèle des fidèles dans les bonnes œuvres, et que, selon les conseils de son maître Paul, il brilla par la doctrine, par son intégrité et la gravite de ses mœurs.

SEMBLABLE à un flambeau, il répandit les rayons du christianisme sur ceux qui

étaient assis sous les ombres de la mort, dans les ténèbres de ridolàtrie et du mensonge. Une tradition prétend qu'il serait ensuite passé chez les Dalmates, et qu'il aurait essuyé les plus rudes fatigues pour planter la foi chez ces peuples. Enfin, plein de jours et de mérites, âgé de quatre-vingt-quatorze ans. il sendormit dans le Seigneur, de la mort précieuse des justes, la veille des nones de janvier ; et il fut enseveli dans l'église où l'Apôtre l'avait établi ministre de la parole. Son nom couvert d'éloges par saint Jean Chrysostome et par saint Jérôme se lit en ce même jour au Martyrologe romain ; mais, en établissant sa fête pour être célébrée avec l'Office et la Messe dans tout le monde catholique par le clergé séculier et régulier, le Souverain Pontife Pie IX l'a fixée au premier jour libre qui suit l'anniversaire de la mort du saint.

Heureux disciple du grand Paul, la sainte Eglise a voulu qu'un )our dans l'année fût employé à célébrer vos vertus et à implorer votre suffrage ; soyez propice aux fidèles qui glorifient le divin Esprit pour les dons qu'il a répandus en vous. \'ous avez rempli avec zèle et constance la charge pastorale ; tous les traits que Paul énumère dans l'Épître qu'il vous a adressée comme devant former

tenebris, veluti in umbra mortis, sedebant, religionis jubar diffudit, Traditur eum inter Dalmatas, ut Crucis vexillum explicaret. strenue consudasse. Tandem meritorum et dierum plenus, quarto supra nonagesimum anno. pridie nonas januarii. pretiosa justorum morte obdormivit in Domino, et sepultus est in Ecclesia. ubi ab Aposiolo minister fuerat constitutus. Hujus nomen a sancto Johanne Chrysostomo et a sancto Hieronymo p rase i pue commendatum. Martyrologio Romano eadem die inscriptum legitur ; verum pro ejus die festo cum Officio et Missa in catholico orbe recolendo ab utroque Clero, primam insequentem diem liberam Summus Pontifex Plus Nonus assignavit.

le caractère de l'Evêque, se sont trouvés réunis en votre personne ; et vous brillez sur la couronne du Christ, le Prince des Pasteurs, comme l'un de ses plus riches diamants. Souvenez-vous de l'Eglise de la terre dont vous avez soutenu les premiers pas. Depuis le jour où vous lui fûtes ravi, dix-huit siècles ont achevé leur cours. Souvent ses jours ont été mauvais ; mais elle a triomphé de tous les obstacles, et elle chemine dans la voie, recueillant les âmes et les dirigeant vers son céleste Epoux, jusqu'à l'heure où il viendra arrêter le temps, et ouvrir les portes de l'éternité. Tant que cette heure n'a pas sonné, nous comptons, 6 Tite, sur votre puissant suffrage ; du haut du ciel, sauvez les âmes par votre intercession, comme vous les sauviez ici-bas au moyen de vos saintes fatigues. Demandez pour nous à Jésus des Pasteurs qui vous soient semblables. Relevez la Croix dans cette île que vous aviez conquise à la vraie foi, et sur laquelle s'étendentaujourd'hui les ombresde l'inhdélité et les ravages du schisme ; que par vous la chrétienté d'Orient se ranime, et qu'elle aspire enfin â l'unité, qui, seule, peut la préserver d'une dissolution complète. Exaucez, 6 Tite, les vœux du Pontife qui a voulu que votre culte s'étendît à l'univers entier, afin d'accélérer par votre suffrage les jours de paix et de miséricorde que le monde attend.

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