L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 244)
Rassemble tous les rois avec leurs bataillons, sous l'étendard de la croix; délivre Jérusalem de la captivité, venge le sang innocent , et renverse à jamais les remparts du Turc notre ennemi.
O Vierge, notre appui, notre gloire éclatante, reçois l'hommage de nos cœurs. Agrée les vœux de Rome qui te chante et t'honore dans son amour.
vaporibus Quas fumât, precibus jugiter invocat. Et falsum perimens auspicium, tui Delet nominis omine.
bras soutient les Martyrs ; Unité, Trinité, donne à tes serviteurs cette lumière par laquelle tu daignes faire le bonheur des âmes. Amen.
C'est par ces chants, ô Vierge magnanime, que Rome chrétienne continue de remettre entre vos mains le soin de sa défense. Elle est captive ; si vous la protégez, elle reprendra possession d'elle-même et reposera dans la sécurité. Ecoutez ses prières, et repoussez loin de la ville sainte les ennemis qui l'oppriment. Mais souvenez-vous qu'elle n'a pas seulement à craindre les bataillons qui lancent la foudre et renversent les remparts ; même dans la paix, des attaques ténébreuses n'ont jamais cessé d'être dirigées contre sa liberté. Déjouez, ô Martine, ces plans perfides ; et souvenez-vous que vous fûtes la fille de l'Eglise romaine, avant d'en être la protectrice. Détruisez de plus en plus la puissance du Croissant ; affranchissez Jérusalem, amenez l'Europe à sentir enfin ses entrailles émues pour les Eglises de Syrie.
Demandez pour nous à l'Agneau votre Epoux la force nécessaire pour enlever de notre coeur les idoles auxquelles il pourrait encore être tenté de sacrifier. Dans les attaques que les ennemis de notre salut dirigent contre nous, prêtez-nous l'appui de votre bras. Il a ébranlé les idoles au sein môme de Rome païenne ; il ne sera pas moins puissant contre le monde qui cherche à nous envahir. Pour prix de vos victoires, vous brillez auprès du berceau de notre Rédempteur ; si, comme
vous, nous savons combattre et vaincre, ce Dieu fort daignera nous accueillir aussi. Il est venu pour soumettre nos ennemis ; mais il exige que nous prenions part à la lutte. Fortihez-nous, ô Martine, afin que nous ne reculions jamais, et que notre confiance en Dieu soit toujours accompagnée de la défiance de nous-mêmes.
Aux côtés de la sainte veuve Paule, qui, par amour pour Bethléhem, a fui les grandeurs de Rome et les douceurs de la vie humaine, assiste aujourd'hui une autre veuve, une pieuse reine des Francs qui, pour suivre Jésus dans les abaissements de sa vie cachée, a quitté le palais où elle siégeait en souveraine, et naguère dictait des lois à tout un peuple. Mère de trois rois, Bathilde, après avoir, dans une brillante régence, réglé les destinées des Francs, porté des lois sages, contenu l'indocilité des seigneurs, aboli l'esclavage, fait tîeurir la religion, s'arrache à l'amour des peuples pour s'enfermer, durant les quinze dernières' années de sa vie, dans sa chère Abbaye de Chelles. Comme les Rois Mages de l'Orient, elle aperçoit l'étoile qui l'appelle à Bethléhem ; et la contemplation du divin Enfant dans la crèche a plus de charmes pour elle, et remplit mieux son cœur, que la pompe des cours et les douceurs de ce palais qu'elle remplissait de l'éclat de sa piété et du mérite de ses saintes œuvres.
Fidèle jusou'à la tin, dans la recherche du Dieu de Bethléhem, ce n'est pas pour être servie, mais pour servir, qu'elle vient chercher un asile dans le monastère qu'elle a fondé. Elle veut y être la dernière de toutes, et s'empresse à tous les offices dans lesquels
paraît davantage l'humilité de son Sauveur. Ainsi se montre encore la force de notre Emmanuel, cjui dès son berceau séduit les cœurs, et attire les âmes jusqu'à leur faire oublier tout ce qui n'est pas lui.
Félicitons ces deux illustres veuves, Bathilde et Paule, d'être admises dans la compagnie des Vierges qui triomphent en ces jours du virginal enfantement. L'Emmanuel ne dédaigne pas l'épouse de l'homme, quand elle conserve pour lui son suprême amour ; et s'il est juste que les premiers honneurs de sa cour soient pour les Vierges c^ui l'ont aimé uniquement, il met sa félicité a remplir tout cœur qui soupire vers lui.
Nous prenons les Leçons de sainte Bathilde dans le Bréviaire de Paris de 1680,
BATHILDE naquit en Angleterre de la race des Saxons ; des pirates la vendirent à Archambaud, Maire du palais, qui lui confia l'emploi de présenter la coupe; et après la mort de sa femme, il lui offrit sa main, Bathilde, pour éviter cette alliance , s'enfuit dans la retraite; mais bientôt les excellentes qualités de son esprit et de son corps la firent épouser par Clovis II, sans qu'elle s'y attendît. Elle employa tout son zèle à lui recommander les pauvres et les Eglises : ce dont le Roi fut si charmé, qu'il lui donna pour l'aider dans ses œuvres de piété l'abbé Génésius, qui fut dans
BATHiLDis, in Anglia, Saxonum génère orta, a praedonibus Erkunvv-aldo, Majori domus regiae vendita, ab eo ad porrigenda sibi pocula adhibita est, ac demum, mortua conjuge, in uxorem expetita. Quas illa ut vitaret nuptias, latebras quaesivit ; sed postmodum ob eximias corporis et animi dotes, ad Clodovaei Secundi conjugium insperato pertrahitur. Tum pauperes et Ecclesias Clodovaeo studiose commendavit : quod adeo gratum fuit principi , ut Genesium abbatem, postes LugduLe Temps de Noël.
nensem episcopura, Reginne piis operibus exsequendis adjutorem dederit. Mortuo Clodovaeo, trium filiorum, Clotarii, Childerici el Theodorici, quorum natu maximus vix quintum annum attigerat, tutelam gessit : regnumque ac palatium, consiliis Chrodoberti, Parisiensis episcopi, et Audoeni Rotomagensis, sapientissime moderata est.
MULTA praeclare sanxit: simoniacas ordi-, nationes abolevit hortatu sacerdotum : prohibuit ne quis christianos venderet exteris, aut alio vendendos abduceret ; plures etiam a servitute suis sumptibus redemit. Effecit ut pontificum et abbatum studio, regularis disciplina in Monasteriis Sanctorum Dionysii, Germani, Pétri, Medardi, Aniani, Martitti, et aliis, aut servaretur, aut restitueretur. Corbeiae ad Summam Cœnobium extruxit ; aliudque Calae ad Matronam, in que relicta Clotario jam adulto reg n i administratione , ipsa, suscepto religionis habitu , sub obedientia Bertillae abbatissae omnila suite évêque de Lyon. A la mort de Clovis, elle fut chargée de la tutelle de ses trois fils, Clotaire, Childéric et Thierry, dont le plus âgé avait à peine atteint sa cinquième année; mais, aidée du conseil de Chrodobert, évêque de Paris, et de saint Ouen de Rouen, elle gouverna avec une rare sagesse le royaume et le palais.
ELLE fit un grand nombre de règlements excellents; sur les instances des Evéques, elle abolit les ordinations simoniaques ; elle défendit de vendre les chrétiens aux étrangers, et de les conduire hors du pays pour les vendre; elle en racheta ellemême plusieurs de l'esclavage, à ses propres frais. Elle excita le zèle des évêques et des abbés à conserver ou à rétablir la discipline régulière dans les monastères de Saint-Denys, Saint-Germain, Saint-Pierre, Saint-Medard, Saint-Aignan, Saint-Martin et plusieurs autres. Elle bâtit un monastère à Corbie sur la Somme, et celui de Chelles sur la Marne. Puis, laissant le gouvernement du royaume à Clotaire qui était déjà adulte, elle prit elle-même, dans ce dernier monastère,
bus exemplo et admiration! fuit : ibique mortua est, anno setatis quinquagesimo quinto.
l'habit de la religion; et là, sous l'obéissance de l'abbesse Bertille, elle parut un modèle de perfection et un sujet d'admiration. Elle y mourut en la cinquante-cinquième année de son âge.
Vous avez compris, ô Bathilde, que le souverain bien pour l'homme est dans l'amour et la possession du Sauveur qui nous est né, et que nous ne le pouvons goûter qu'en nous associant à ses sentiments et à ses œuvres. C'est pourquoi, dès qu'il vous a été possible, vous avez brisé vos liens, vous avez pris les ailes de la colombe, et vous êtes enfuie dans la solitude, pour être plus
Eres de lui. Qu'ils sont donc irrésistiles, les charmes du Dieu qui s'est caché sous les dehors de notre faiblesse ! Il attire à lui, jusque du sein des cours de la terre, les âmes généreuses; et nulle force humaine ne les saurait retenir. Que de fois l'exemple donné par vous, 6 sainte Reine, a été suivi dans le cours des siècles ! Qui pourrait compter les princesses, les reines, et jusqu'aux impératrices qui sont descendues du trône pour chercher l'Enfant divin ! Mais ce Sauveur qui appelle les grands de la terre, ne dédaigne pas les petits; et les bergers de Bethléhem reçurent ses premières caresses. Marie, la Reine de Bethléhem, chante dans son ineffable Cantique: Jl a renversé de leurs trônes les puissants, et il a élevé les humbles. Obtenez-nous d'être humbles et simples, ô Bathilde ! afin que nous soyons admis avec vous dans cet heureux palais de notre commun
Roi. Souvenez-vous aussi de la France que vous avez gouvernée; donnez-lui l'ordre et la paix. Remettez la piété en honneur dans notre patrie; multipliez-y les asiles de la perfection chrétienne ; et puisque vous fûtes sainte au milieu du siècle et des affaires publiques, priez pour ceux que les liens du devoir attachent encore à ce monde ; faitesleur trouver au fond de leurs cœurs cette solitude où l'âme, dégagée des illusions, trouve et possède son Dieu dans la paix promise en ces jours aux hommes ae bonne volonté.
LE Rédempteur des captifs, Pierre Nolasque, vient s'associer aujourd'hui sur le Cycle à son maître Raymond de Pegnafort; et tous deux présentent pour hommage au Rédempteur universel les milliers de chrétiens qu'ils ont rachetés de l'esclavage, par la vertu de cette charité, qui, partie de Bethléhem, a trouvé asile en leurs cœurs.
Né en France,.dans notre Languedoc, Pierre a choisi pour seconde patrie l'Espagne, parce qu'elle offrait à son zèle une terre de dévouement et de sacrifices. Comme le Médiateur descendu du ciel, il s'est voué au rachat de ses frères; il a renoncé à sa liberté pour procurer la leur; et afin de leur rendre une patrie, il est resté en otage sous les liens de la servitude. Son dévouement a été fécond; par ses efforts, un nouvel Ordre religieux s'est élevé dans l'Eglise, composé tout entier d'hommes généreux, qui, durant six siècles, n'ont prié, travaillé, vécu, que pour procurer le bienfait de la liberté a d'innombrables captifs, qui, sans eux, languissaient dans les fers, au péril de leurs âmes.
Gloire à Marie, qui a suscité ces Rédempteurs mortels! Gloire à l'Eglise catholique, qui les a produits de son sein toujours
econd ! Mais par-dessus tout, gloire à l'Emmanuel, oui dit, en entrant dans ce monde: K O Père ! les holocaustes pour le péché de K l'homme ne vous ont point apaisé ; « suspendez vos coups ; me voici. Vous m'avez (( donné un corps; je viens, je m'immole! » fPsALM. XXXIX, 8.) Le dévouement du divin Enfant ne pouvait demeurer stérile. Il a daigné nous appelerses frères, et s'offrir en notre place; quel cœur d'homme pourrait désormais être insensible aux maux et aux dangers de ses frères ?
L'Emmanuel a récompensé Pierre Nolasque, en l'appelant à lui à l'heure même où, douze siècles plus tôt, il naissait à Bethléhem. C'est du milieu des joies de la nuit de Noël que le Rédempteur mortel est parti pour aller rejoindre l'immortel Rédempteur. Au dernier moment, les lèvres défaillantes de Pierre murmuraient leur dernier cantique de la terre; et quand il fut arrivé à ces paroles : Le Seigneur a envoyé la Rédemption à son peuple, il a scellé avec lui son alliance pour jamais, son âme bienheureuse s'envola libre au ciel.
La sainte Eglise a dû assigner à la mémoire de Pierre un autre anniversaire que celui de son heureux trépas, puisque ce jour appartient tout entier à l'Emmanuel; mais il était juste que l'élu marqué par une si haute faveur que de naître au ciel à l'heure où Jésus naît à la terre, reçût une place sur le Cycle avant la fin des Quarante jours consacrés à la Naissance du divin libérateur.
Repassons, dans le récit liturgique des actions de saint Pierre Nolasque, ses titres à la vénération des enfants de l'Eglise.
PIERRE Nolasque, né d'une noble famille dans le Lauragais, près de Carcassonne, en France, se distingua surtout par sa charité envers le prochain. On vit un présage de cette vertu un jour que Pierre étant encore enfant et pleurant dans son berceau, un essaim d'abeilles vola vers lui et construisit un rayon de miel dans sa main droite. Dès sa jeunesse il perdit ses parents. L'hérésie des Albifeois se développait alors en 'rance ; et l'horreur qu'il professait pour cette secte l'obligea de se retirer en Espagne, après avoir vendu son patrimoine ; et il accomplit à Notre-Dame de Mont-Serrat un vœu qu'il avait fait depuis longtemps. Il se rendit ensuite à Barcelone ; et après y avoir employé tout l'argent qu'il possédait à racheter les fidèles du Christ de la servitude des ennemis, il répétait souvent qu'il désirait se vendre pour leur rachat, ou se charger de leurs chaînes.