L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 37)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

la première aurore, en sa paternité suprême, le Père engendra semblable à sa gloire ;

Vous, lumière et splendeur du Père, vous, l'inépuisable espérance de tous, écoutez ces prières que répandent à cette heure vos serviteurs, par le monde entier.

Souvenez-vous, créateur des êtres, qu'un jour, au sein béni de la Vierge, vous prîtes, par votre naissance, la forme de notre chair.

Ce jour même l'atteste, ce jour que ramène l'année dans son cours, où, sortant du sein du Père, vous vîntes à nous, l'unique salut du monde.

Les astres, la terre, la mer, tout ce que le ciel couronne, saluent par un nouveau cantique ce jour auteur d'un salut nouveau.

Et nous, lavés dans les heureux flots d'un sang divin, nous vous offrons, ô Christ, le tribut de cette hymne, à la gloire de votre jour Natal.

Quem, lucis ante originem, Parem paternae glorias Pater supremus edidit.

Mémento, rerum conditor, Nostri quod olim corporis, Sacrata ab alvo Virginis Nascendo, formam sumpseris.

Testatur hoc praesens dies, Currens per anni circulum, Quod soluse sinu Patris, Mundi salus adveneris.

Et nos,beata quos sacri Rigavit unda sanguinis, Natalis ob diem tui, Hymni tributum solvimus.

Qui natus es de Yirgine, Cum Pâtre et almo Spiritu. In sempiterna saecula. Amen.

Vierge, gloire à vous, avec le Père et l'Esprit divin, dans les siècles éternels ! Amen.

Maintenant, c'est la voix de Marie ellemême qui va retentir dans l'assemblée des fidèles. Le doux cantique qu'elle entonna, au jour de la Visitation, lorsque, sublime dépositaire du divin secret, elle célébra dans un hymne ineffable les merveilles de la puissance de Dieu en elle, ce cantique, sans lequel l'Eglise ne laisse jamais se coucher le soleil, va être chante avec pompe. L'heure approche, ô Marie, où cette divine maternité pour laquelle toutes les générations vous appelleront Bieniieureuse, va être déclarée au ciel et à la terre. Permettez que nos âmes s'unissent à la votre pour glorifier le Seigneur, et souffrez que nos cœurs tressaillent avec le vôtre en Dieu leur Sauveur et votre Fils.

CUM ortus fuerit sol de cœlo. videbitis Regem regum procedentem a Pâtre, tamquam sponsum de thalamo suo.

levé au ciel, vous verrez le Roi des rois qui procède du Père ; vous le verrez semblable à l'époux qui sort de la chambre nuptiale.

La sainte Eglise résume enfin tous ses désirs dans l'Oraison suivante, qui doit monter

à l'oreille de Dieu, non seulement à chaque Heure du jour de Noël, mais encore plusieurs fois le jour, dans tout le cours de l'Octave.

DIEU tout-puissant , daignez faire que la nouvelle naissance de votre Fils dans la chair nous rende la liberté . à nous qu'une ancienne servitude retient sous le joug du péché . Par le même Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur . qui . étant Dieu, vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit , dans tous les siècles des siècles. Amen.

CONCEDE, quaesumus omnipotensDeus: ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filiumtuum, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

La solennité des premières Vêpres s'achève dans les ténèbres ; car les dernières lueurs du jour ont disparu au ciel, pendant que n jus étions attentifs à la sainte psalmodie. Les ministres sacrés se retirent dans la pompe des plus riches ornements ; bientôt ils vont reparaître pour s'asseoir de nouveau au tribunal de la Pénitence, et prêter l'oreille aux pécheurs qui veulent se réconcilier à Dieu pour la Naissance de son Fils. L'Eglise, qui retentissait, il y a quelques moments, de chants éclatants, retombe dans un silence solennel. Adorons la majesté du Seigneur ; et demandons une dernière fois au Roi des siècles qu'il daigne envoyer cette rosée dont la terre est si" altérée. A cette prière de notre espérance, mêlons, pour la dernière fois aussi, un éclair de cette crainte salutaire que la pensée du dernier Avènement nous a fait concevoir, avec toute l'E-

glise , durant le saint Temps de l'Avent. Pour exprimer dignement ces sentiments, nous empruntons à la Liturgie Gothique ou Mozarabe la belle oraison suivante :

{En la Nativité de Notre-Seigneur, à l'Ojjice du Soir, Capitula.)

orai'e cœli desuper. utique prophetando Christum, et nubes pluant Justum ; dum sancti omnes ejus praeconantur adventum . Aperiatur terra, ut, Angelo scilicet alloquente , Virgo concipiat, et pariât Salvatorem. Hic igitur ros, qui abs te est, omnipotens Pater , rogamus, et petimus ', ut fiât sanitas infirmorum ; et haec pluvia matutini temporis , prœbe , nostri temporis infundat arentem ,

quae infusa tanta gratia praeteritum facinus abluat, et asternum credentibus justifias lumen infundat ; nec non ejusdem Filii tui Domini nostri indemnes praesentiam contuentes . atque cum cœlicolis cœtui ejus in jubilo occurrentes , hoc canticum lsetitia?

&raecinamus ovantes : enedictus . qui venit in nomine Domini , Deus Dominus, et illuxit nobis ; cujus nos adventus

Cieux , répandez votre rosée , en manifestant enfin le Christ ; que les nuées fassent pleuvoir le Juste en ce moment où tous les saints célèbrent son avènement. Que la terre s'ouvre ; que la Vierge, à la parole de 1 Ange, conçoive et enfante le Sauveur . Or, cette rosée qui émane de vous, ô Père toutpuissant, nous vous supplions et vous demandons qu'elle soit la santé des infirmes : cette pluie du matin, daignez faire qu'elle imbibe le sol aride de notre âge ; qu'elle lave , dans l'effusion d'une grâce si abondante, les iniquités passées, qu'elle verse sur les croyants l'éternelle lumière de justice. Que nous tous, contemplant sans alarmes la présence de votre Fils notre Seigneur, et marchant avec les transports de la jubilation au-devant de lui, mêlés au cortège des habitants du ciel, nous fassions entendre en fc-iomphe ce cantique d'allégresse : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; ce Dieu, ce Seigneur

redemit, et Nativitas illustravit ■ Qui veniens requisivit perditos, illuminavit in tenebris constitutos. Tribue ergo , omnipotens Pater , ut diem Nativitatis ejus ita devotione piissima celebremus, ut judicii diem mitissimum sentiamu? : ut cujus benignitatem in redemptione cognovimus , ejus pietatem in judicio mansuetam sentiamus.

qui a lui sur nous, qui, par son Avènement , nous a rachetés , et par sa Nativité nous a illuminés ; qui, par sa venue, a recherché ceux qui étaient perdus, et éclairé ceux qui languissaient dans les ténèbres. Accordez-nous donc. Père tout-puissant, de célébrer le jour de sa Nativité avec une telle piété et dévotion, que nous méritions de trouver plein de douceur ce souverain Seigneur, au jour de son jugement. Nous avons connu sa bénignité dans la rédemption qu'il nous a offerte ; faites que nous éprouvions sa mansuétude , lorsqu'il siégera sur son tribunal.

Nous quitterons maintenant le saint temple, et en attendant que l'heure des Matines nous y rappelle pour y célébrer l'instant sacré de la Naissance du 'Sauveur, nous vaquerons durant quelques heures aux devoirs que notre condition nous impose. Mais, avant d'aller célébrer cette grande et sainte veille, il importe que les fidèles soient instruits de tout ce qui peut les mettre à même de la passer d'une manière digne d'un si haut mystère, et profitable pour leurs âmes. Il sera utile, peut-être, de reprendre le cours des renseignements familiers sur la Liturgie de Noël, que nous avons suspendus pour célébrer, avec l'Eglise, les premières Vêpres de la solennité.

es fidèles doivent savoir que, dans les r premiers siècles de l'Eglise, on ne celé172 Le Saint Jour de Noël.

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