L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 36)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Un siècle plus tard, c'était le tour de la race anglo-saxonne. L'Apôtre de l'île des Bretons, le moine saint Augustin, après avoir converti au vrai Dieu le roi Ethelred, s'avançait à la conquête des âmes. S'étant dirigé vers York, il y fait entendre la parole de vie, et un peuple entier s'unit pour demander le Baptême Le jour de Noël est fixé pour la régénération de ces nouveaux disciples du Christ ; et le fleuve qui coule sous les murs de la cité est choisi pour servir de fontaine baptismale à cette armée de catéchumènes. Dix mille hommes, non compris les femmes et les enfants, descendent dans les eaux dont le courant doit emporter la souillure de leurs âmes. La rigueur de la saison n'arrête

f>as ces nouveaux et fervents disciples de 'Enfant de Bethléhem, qui, peu de jours auparavant, ignoraient jusqu'à son nom. Du

sein des ondes glacées, sort pleine de joie et éclatante d'innocence, toute une armée de néophytes ; et au jour de sa naissance, le Christ compte une nation de plus sous son empire.

Mais ce n'était pas assez encore pour le Seigneur qui tient à honorer le jour de la naissance de son Fils.

Une autre naissance illustre devait encore embellir cet heureux anniversaire. A Rome, dans la basilique Saint-Pierre, en la solennité de Noël de l'an 800, naissait le SaintEmpire-Romain auquel était réservée la mission de propager le règne du Christ dans les régions barbares du Nord, et de maintenir l'unité européenne, sous la direction du Pontife Romain. En ce jour, saint Léon III plaçait la couronne impériale sur la tète de Charlemagne ; et la terre étonnée revoyait un César, un'Auguste, non plus successeur des Césars et des Augustes de la Rome païenne, mais investi de ces titres glorieux par le Vicaire de celui qui s'appelle, dans les saints Oracles, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs.

Ainsi Dieu a fait luire aux yeux des hommes la gloire du roval Enfant qui'naît aujourd'hui ; ainsi a-t-il préparé, de distance en distance, à travers les siècles, de riches anniversaires de cette Nativité qui donne gloire à Dieu et paix aux hommes. La suite des temps apprendra au monde en quelle manière le Très-Haut se réserve encore de glorifier, en ce jour, lui-même et son Emmanuel.

En attendant, les nations de l'Occident, émues de la dignité d'une telle fête, et la conjidérant avec raison comme le principe de toutes choses dans l'ère de la régénération

du monde, comptèrent longtemps leurs années à partir de Noël, comme on le voit sur d'antiques Calendriers, sur les Martyrologes d'Usuard et d'Adon, et sur un si grand nombre de Bulles, de Chartes et de Diplômes. Un concile de Cologne, en i3io, nous montre cette coutume encore subsistante à cette époque. Plusieurs peuples de l'Europe catholique, les Italiens principalement, ont gardé jusqu'aujourd'hui l'usage de fêter le nouvel an à la Nativité du Sauveur. On souhaite le bon Noël, comme, chez nous, au premier janvier, la bonne année. On fait échange de compliments et de cadeaux ; on écrit aux amis absents : précieux restes des anciennes mœurs, dont la foi était le principe et l'invincible rempart.

Mais telle est aux yeux de la sainte Eglise la joie qui doit remplir les fidèles dans la Naissance du Sauveur, que, s'associant par une insigne indulgence à une si légitime allégresse, elle relâche pour la journée de demain le précepte de l'abstinence de la chair, si Noël tombe le vendredi ou le samedi. Cette dispense remonte au Pape Honorius III, qui siégeait en 12 16; mais déjà, dès le ixe siècle, saint Nicolas Ier, dans sa réponse aux consultations des Bulgares, avait montré une semblable condescendance, afin d'encourager la joie des fidèles dans la célébration non seulement de la solennité de Noël, mais encore des fêtes de saint Etienne, de saint Jean l'Evangéliste de l'Epiphanie, de l'Assomption de Notre-Dame, de saint Jean-Baptiste, etde saint Pierre et saint Paul. Mais cette indulgence ne fut point universelle, et la relaxation ne

s'est maintenue que pour la fête de Noël dont elle augmente l'allégresse populaire.

Dans le désir de témoigner à sa manière l'importance qu'elle attachait à une fête si chère à toute la chrétienté, la législation civile du moyen âge accordait aux débiteurs la faculté de suspendre le paiement de leurscréanciers durant toute la semaine de Noël, qui, pour cela, était appelée semaine de rémission, comme celles de Pâques et de la Pentecôte.

Mais suspendons un moment ces renseignements familiers que nous nous plaisons a réunir sur la glorieuse solennité dont l'approche émeut si doucement nos cœurs ; il est temps de diriger nos pas vers la maison de Dieu, où nous appelle l'Office solennel des premières Vêpres. Durant le trajet, portons notre pensée vers Bethléhem, où Joseph et Marie sont déjà arrivés. Le soleil matériel s'abaisse rapidement au couchant ; et le divin Soleil de justice demeure caché pour quelques instants encore sous le nuage, au sein de la plus pure des vierges. La nuit approche ; Joseph et Marie parcourent les rues de la Cité de David, cherchant un asile pour s'y mettre à l'abri. Que les cœurs fidèles soient donc attentifs, et s'unissent aux deux incomparables pèlerins. Mais l'heure est venue où le chant de gloire et de reconnaissance doit s'échapper de toute bouche humaine. Acceptons avec empressement pour notre organe la voix de la sainte Eglise : elle n'est pas au-dessous d'une si noble tâche.

A près l'invocation ordinaire du secours **• divin, l'Eglise entonne successivement, sur un chant majestueux, les cinq Antiennes suivantes , qui accompagnent les Psaumes que nous allons indiquer.

i. Ant. Rex pacificus magnificatus est, cujus vultum desiderat

i. Ant. Le Roi pacifique, celui que la terre entière désire, a fait paraître sa grandeur.

2. Ant. Il a montré sa gloire, ce Roi pacifique, audessus de tous les rois de la terre entière.

2. Ant. Magnifîcatus est Rex pacificus super omnes reges universas terrae.

3. Ant. Les jours sont accomplis après lesquels Marie doit enfanter son premier-né.

3. Ant. Impleti sunt dies Marias , ut pareret Filium suura primogenitum.

4. Ant. Sachez que le royaume de Dieu est proche : je vous le dis en vérité, il ne tardera pas.

4. Ant. Scitote quia prope est regnum Dei : amen dico vobis quia non tardabit.

5._ Ant. Levez vos têtes; 1 5. Ant. Levate capita voici que votre rédemption vestra ; ecce appropinapproche. | quat redemptio vestra.

Toutes les nations, louez le I Laudate Dominum , Seigneur ; tous les peuples, omnes gentes : * laudate proclamez sa gloire. | eum, omnes populi.

Quoniam confirmata e<t super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in sternum.

Car sa miséricorde s'est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

Après avoir exalté dans ces divins cantiques la génération éternelle, \a fidélité, la miséricorde, la grandeur et la vérité de son divin Epoux qui approche et qui dans peu d'instants se laissera voir, la sainte Eglise se repose un moment en écoutant, au Capitule, les consolantes paroles de l'Apôtre des Gentils sur l'avènement du Dieu Sauveur.

LA bénignité et lhumanité de notre Dieu Sauveur ont apparu au monde ; il nous a sauvés, non pour les œuvres de justice que nous avons faites, nous pécheurs, mais pour sa seule miséricorde.

Encouragée de nouveau par ces touchantes paroles, la sainte Eglise n'emprunte plus le secours de la psalmodie ; elle soupire, du fond de son cœur, un hymne à son Epoux, et chante la grandeur et la tendresse du sublime anniversaire qui émeut la nature entière et apporte une si chère allégresse à toutes les âmes qui goûtent l'amour du divin Enfant. Saint Ambroise, l'abeille de Milan, composa cette Hymne touchante qui retentit aujourd'hui avec une si suave mélodie par toute la terre.

Apparut benignitas et hiwnanitas Salvatoris nostri Dei. non ex operibus justitiae quas fecimus nos, sed secundum suam misericordiam salvos nos fecit.

EST, redemptor om- | | Ésus, Rédempteur de tous les hommes, vous qu'avant

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