L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 4)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

malgré le refroidissement de la charité, voit encore en ces jours d'innombrables fidèles célébrer la Naissance de l'Agneau qui ôte les péchés du monde, par la participation réelle à son corps et à son sang.

Sachez-le donc bien, ô pécneurs : cette fête de Noël est une fête de grâce et de miséricorde, dans laquelle le juste et l'injuste se trouvent réunis à la même table. Pour la naissance de son Fils, le Père céleste a résolu d'octroyer grâce à de nombreux coupables ; il veut même n'exclure du pardon que ceux qui s'obstineraient eux-mêmes à repousser la miséricorde. Ainsi, et non autrement , doit être célébrée la venue de l'Emmanuel.

Au reste, ces paroles d'invitation, nous ne les proférons point de notre chef et avec imprudence ; c'est au nom de l'Eglise même, qui vous invite à commencer l'édifice de votre vie nouvelle, en ce jour où le Fils de Dieu ouvre le cours de sa vie humaine. Nous les empruntons à un grand et saint Evêque du moyen âge, le pieux Rhaban Maur, qui, dans une Homélie sur la Naissance du Sauveur, ne craignait pas de convier les pécheurs à venir s'asseoir à côté des justes, dans cette heureuse Etable où les animaux dépourvus de raison surent reconnaître leur Maître.

« Je vous en supplie, Frères bien-aimés, « disait-il, recevez de bon coeur les paroles « que le Seigneur me donnera pour vous, « dans cette très douce journée qui donne la « componction aux infidèles mêmes et aux pé« cheurs, en cette journée qui voit le pécheur

« implorer le pardon dans les larmes de la « componction, le captif ne plus désespérer « de son retour à la patrie, le blessé désirer « son remède. C'est en ce jour que naît « l'Agneau qui ôte les péchés du monde, le « Christ, notre Sauveur : nativité qui est la « source d'une joie délicieuse pour celui « dont la conscience est en paix ; qui réveille « la crainte en celui dont le cœur était ma« lade ; jour vraiment doux et rempli de parce don pour les âmes pénitentes. Je vous le « promets donc, 6 mes petits enfants ! et je le « dis avec certitude : quiconque, en ce jour, « voudra se repentir et ne retourner plus au « vomissement de son péché, tout ce qu'il « demandera lui sera accordé. Une seule « condition ^ui sera imposée : qu'il ait une « foi sans hésitation, et qu'il ne recherche « plus ses vains plaisirs.

« Certes, aujourd'hui que le péché du « monde entier est détruit, comment le pé« cheur pourrait-il désespérer ? En ce jour « où naît le Seigneur, promettons, Frères « très chers, promettons à ce Rédempteur, a et tenons nos promesses, ainsi qu'il est a écrit : Vene\ au Seigneur votre Dieu, et ren« dez-lui vos vœux. Promettons avec paix et « confiance ; il saura bien nous donner le « moyen de tenir nos engagements. Toute« fois, comprenez bien qu'il ne s'agit point « ici d'offrir des choses périssables et ter« restres^ Chacun de nous doit offrir cela « même que le Sauveur a racheté en nous, « savoir son âme. Que si vous me dites : « Et comment offrirai-je mon âme au Sau« veur, qui déjà Va dans sa puissance ? je

« vous répondrai : Vous offrirez votre âme « par des mœurs pieuses, des pensées chas« tes, des œuvres vivantes, en vous détour« nant du mal, en vous tournant vers le « bien, en aimant Dieu et le prochain, en « faisant miséricorde, parce que nous fûmes « nous-mêmes misérables avant de recevoir « miséricorde ; en pardonnant à ceux qui « pèchent contre nous, parce que nous« mêmes avons été en péché ; en foulant « sous nos pieds l'orgueil, parce que c'est « l'orgueil qui égara le premier homme. »

Ainsi s'exprime la miséricorde de la sainte Eglise, conviant les pécheurs au festin de l'Agneau jusqu'à ce que la salle soit remplie l. Cette Epouse de Jesus-Christ est dans la joie par l'effet de la grâce de renaissance que lui octroie le divin Soleil. Une nouvelle année commence pour elle, et doit être féconde comme toutes les autres en fleurs et en fruits. L'Eglise renouvelle sa jeunesse comme celle de" l'aigle ; elle va présider encore une fois sur cette terre au développement du Cycle sacré, et répandre tour à tour sur le peuple fidèle les grâces dont ce Cycle est le moyen. Présentement, c'est la connaissance et l'amour du Dieu enfant qui nous sont offerts : soyons dociles à cette initiation première, pour mériter de croître avec le Christ en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes 2. Le mystère de Noël est la porte de tous les autres ; mais il est de la terre et non du ciel. « Nous ne pouvons pas

« encore, dit saint Augustin ( Sermon xi° « sur la Naissance du Seigneur), nous « ne pouvons pas encore contempler « Téclat de celui qui est engendré parle Père « avant l'aurore l ; visitons celui qui est né « d'une Vierge aux heures de la nuit. Nous « ne comprenons pas comment son nom est « avant le soleil 2 ; confessons qu'il a placé « son tabernacle dans celle qui est pure « comme le soleil 3. Nous ne voyons pas « encore le Fils unique qui habite au sein « du Père; remettons-nous en mémoire « Y Epoux qui sort de sa chambre nuptiale 4 . « Nous ne sommes pas encore mûrs pour le « festin de notre Père ; reconnaissons la Crè« chede Jésus-Christ notre Maitre •', »

u temps de Noël, le chrétien, dès son réveil, s'unira à la sainte Eglise qui, dans l'Office des Matines de la Nativité du Sauveur, convoque tous les fidèles à venir adorer le Messie

LE Christ nous venez, adoronsII adorera profondément cette Majesté devenue si familière, et accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l'Eglise elle-même, la forme de ses sentiments.

D'abord, la louange et l'adoration à la très sainte Trinité :

fr r^ Énissons Dieu , le y- D Père, le Fils et le Saint-Esprit :

fi|. Comme il était au commencement , maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Ê|. Sicut erat inprincipio. et nunc et semper, et in sœcula sasculorum. Amen.

R). De ce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

Venez, Esprit-Saint, rem- w eni, Sancte Spiritus, plissez les cœurs de vos V reple tuorum corda

Après ces actes fondamentaux, on récitera l'Oraison Dominicale, demandant à Dieu, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il veuille bien glorifier son saint Nom sur la terre, maintenant qu'il a envoyé son Fils, sur le berceau duquel les Anges ont chanté :

Gloire à Dieu au plus haut des deux ! Ce divin Messie vient établir le règne de Dieu ; il vient taire la volonté de son Père, et nous apprendre à la faire sur la terre comme on la fait au ciel. Associons-nous à ses divines intentions. Demandons avec instance de participer à ce Pain céleste qui vient de naître en Bethléhem.

Pater noster qui es in coelis . sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnura tuum : fiât voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis débita nostra, sicut etnos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libéra nos a malo. Amen.

Notre Père qui êtes aux cieux. que votre Nom soit sanctifié ; que votre règne arrive; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donnez-nous aujourd'hui notre Pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laissez pas succomber à la tentation ; mais délivreznous du mal. Ainsi soit-il.

On adressera ensuite la Salutation angélique à Marie. C'est maintenant qu'elle est bénie entre toutes les femmes : son sein virginal a produit le Fruit divin que la terre attendait ; et toute créature doit la proclamer Mère de Dieu.

JE vous salueh Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et iésusjefruit de vos entrailles, est béni.

Axe. Maria, gratia plena ; Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus. et benedictus fructus ventris tui, Jésus.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs , maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.

Sancta Maria , Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus , nunc et in hora mortis nostrse. Amen.

Il convient de réciter ensuite le Symbole de la Foi, en prononçant avec une attention particulière ces paroles : Est né de la Vierge Marie ; et adorant le Sauveur qui a daigné descendre des cieux dans une étable.

JE crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ;

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