L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 115)
Abscindetur de ovili pecus : * et non erit armentum in prsesepibus.
Ego autem in Domino gaudebo : * et exultabo in Deo Jesu meo.
Deus Dominus fortitudo mea : * et ponet pedes meos quasi cervorum.
Et super excelsa mea deducet me victor : * in psalmis canentem.
Ant. Cum conturbata fuerit anima mea : Domine, misericordiag memor eris.
Le dernier Psaume de Laudes est Laudate Dominum de cœlis, ci-dessus, page 414. On le chante sous l'Antienne suivante :
Ant C *^uvenez-vous de ■ O moi, Seigneur, lorsque vous serez dans votre royaume.
Après ce verset, on chante le Cantique Benedictus, ci-dessus, page 418, sous l'Antienne suivante :
capul e)us causam ipsius scri{■)tam : Jésus Nazarcnus <ex Judaeorum.
Ant I ^* placèrent au1 dessus de sa tête cette inscription pour expliquer sa condamnation : .Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.
Après la répétition de cette Antienne, le chœur chante sur un mode mélodieux et touchant les paroles suivantes que l'Eglise répète, en ces jours, à la fin de tous ses offices ; mais elle ajoute aujourd'hui que la mort à laquelle le Fils de Dieu a daigné se soumettre a été la mort de la Croix, c'est-à-dire la plus honteuse et la plus cruelle.
CHRisTUS factus est I E Christ s'est fait obéispro nobis obediens L sant pour nous jusqu'à la
On dit ensuite à voix basse Pater noster, suivi du Miserere, qui est récité à deux chœurs, sans chanter. Enfin, celui qui préside prononce pour conclusion l'Oraison suivante :
RESPICE, qusesumus Domine, super hanc familiam tuam. pro qua Dominus noster Jésus Christus non dubitavit mauibus tradi nocentium, et Crucis subire tormentum. Qui tecum vivit et régnât in sœcula saeculorum. Amen.
DAIGNEZ. Seigneur, jeter un regard sur votre famille ici présente, pour laquelle notre Seigneur JésusChrist a bien voulu être livré aux mains des méchants, et souffrir le supplice de la Croix . Lui qui vit et règne avec vous, dans les siècles des siècles. Amen.
LE soleil s'est levé sur Jérusalem; mais les pontifes et les docteurs de la loi n'ont pas attendu sa lumière pour satisfaire leur haine contre Jésus. Anne, qui avait d'abord reçu l'auguste prisonnier, l'a fait conduire chez son gendre Caïphe. L'indigne pontife a osé faire subir un interrogatoire au Fils de Dieu. Jésus, dédaignant de répondre, a reçu un loufflet d'un des valets. De faux témoins avaient été préparés; ils viennent déposer leurs mensonges à la face de celui qui est la Vérité ; mais leurs témoignages ne s'accordent pas. Alors le grand-prêtre, voyant que le système qu'il a adopté pour convaincre Jésus de blasphème n'aboutit qu'à démasquer les complices de sa fraude, veut tirer de la bouche même du Sauveur le délit qui doit le rendre justiciable de la Synagogue. « Je vous adjure, par le Dieu vivant, de répondre. Etes-vous le Christ Fils de Dieu i ? » Telle est l'interpellation que le pontife adresse au Messie. Jésus, voulant nous apprendre les égards qui sont dus à l'autorité, aussi longtemps qu'elle en conserve les titres, sort de son silence, et répond avec fermeté : « Vous l'avez dit : je le suis; au reste, je vous déclare qu'un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel 2. )> A ces mots, le pontife sacrilège se lève, il déchire ses
vOtemcnts, et s'écrie»: <^ Il a blasphème! qu'avons-nous besoin de témoins f Voui venez d'entendre le blasphème : que vous en semble ? » De toutes parts, dans la salle, on crie : « Il mérite la mort ^ ! »
Le propre Fils de Dieu est descendu sur la terre pour rappeler à la vie l'homme qui s'était précipité dans la mort; et par le plus affreux renversement, c'est l'homme qui, en retour d'un tel bienfait, ose traduire à son tribunal ce Verbe éternel, et le ju^ge digne de mort. Et Jésus garde le silence, et il n'anéantit pas dans sa colère ces hommes aussi audacieux qu'ils sont ingrats ! Répétons en ce moment ces touchantes paroles par lesquelles l'Eglise grecque interrompt souvent aujourd'hui la lecture du récit de la Passion : « Gloire à votre patience, Seigneur! »
A peine ce cri épouvantable : « Il mérite la mort ! » s'est-il fait entendre, que les valets du grand-prêtre se jettent sur Jésus. Ils lui crachent au visage, et lui ayant ensuite bandé les yeux, ils lui donnent des soufflets, en lui disant : « Prophète, devine qui t'a frappé -. » Tels sont les hommages de la Synagogue au Messie dont l'attente la rend si nère. La plume hésite à répéter le récit de tels outrages faits au Fils de Dieu; et cependant ceci n'est que le commencement des indignités qu'a dû subir le Rédempteur.
Dans le même temps, une scène plus affligeante encore pour le cœur de Jésus se passe hors de la salle, dans la cour du grand-prêtre.
Pierre, qui s'y est introduit, se trouve aux prises avec les gardes et les gens de service, qui l'ont reconnu pour un Galiléen de la suite de Jésus. L'Apôtre, déconcerté et craignant pour sa vie, abandonne lâchement son maître, et va jusqu'à affirmer par serment qu'il ne le connaît même pas. Triste exemple du châtiment réservé à la présomption ! Mais, ô miséricorde de Jésus! les valets du grandprêtre l'entraînent vers le lieu où se tenait l'Apôtre; il lance sur cet infidèle un regard de reproche et de pardon ;, Pierre s'humilie et pleure. Il sort à ce moment^ de ce palais maudit; et désormais tout entier à ses regrets, il ne se consolera plus qu'il n'ait revu son maître ressuscité et triomphant. Qu'il soit donc notre modèle, ce disciple pécheur et converti, en ces heures de compassion où la sainte Eglise veut que nous soyons témoins des douleurs toujours croissantes de notre Sauveur ! Pierre se retire ; car il craint sa faiblesse; restons, nous, jusqu'à la fin; nous n'avons rien à redouter; et daigne le regard de Jésus, qui fond les cœurs les plus durs, se diriger vers nous !
Cependant les princes des prêtres, voyant que le jour commence à luire, se disposent à traduire Jésus devant le gouverneur romain. Ils ont instruit sa cause comme celle d'un blasphémateur, mais il n'est pas en leur pouvoir de lui appliquer la loi de Moïse, selon laquelle il devrait être lapidé. Jérusalem n'est plus libre, et ses propres lois ne la régissent plus. Le droit de vie et de mort n'est plus exercé que par les vainqueurs, et toujours au nom de César. Comment ces pontifes et
CCS docteurs ne se rappellent-ils pas en ce moment Toraclc de Jacob mourant, qui déclara que le Messie viendrait, lorsque le sceptre serait enlevé à Juda ? Mais une noire jalousie les a égarés; et ils ne sentent pas non plus que le traitement qu'ils vont faire subir à ce Messie se trouve décrit par avance dans les prophéties qu'ils lisent et dont ils sont les gardiens.
Le bruit qui se répand dans la ville que 'Jésus a été saisi cette nuit, et qu'on se dispose à le traduire devant le gouverneur, arrive aux oreilles du traître Judas. Ce misérable aimait l'argent; mais il n'avait aucun motit de désirer la mort de son maître. Il connaissait le pouvoir surnaturel de Jésus, et se flattait peut-être que les suites de sa trahison seraient promptement arrêtées par celui à qui la nature et les éléments ne résistaient jamais. Maintenant qu'il voit Jésus aux mains de ses plus cruels ennemis, et que tout annonce un dénoûment tragique, un remords violent s'empare de lui; il court au Temple, et va jeter aux pieds des princes des prêtres ce fatal argent qui a été le prix du sang. On dirait que cet homme est converti, et qu'il va implorer son pardon. Hélas ! il n'en est rien. Le désespoir est le seul sentiment qui lui reste, et il a hâte d'aller mettre fin à ses jours. Le souvenir de tous les appels que Jésus fit à son cœur, hier encore, durant la Cène et jusque dans le jardin, loin de lui donner confiance, ne sert qu'à l'accabler ; et pour avoir douté d'une miséricorde qu'il devrait cependant connaître, il se précipite dans l'éternelle damnation, au moment
même où le sang qui lave tous les crimes a déjà commencé de couler.
Or les princes des prêtres, conduisant avec eux Jésus enchaîné, se présentent au gouverneur Pilate, demandant d'être entendus sur une cause criminelle. Le gouverneur paraît, et leur dit avec une sorte d'ennui : « Quelle accusation apportez-vous contre cet homme ? — Si ce n'était pas un malfaiteur, répondentils, nous ne vous l'aurions pas livré. » Le mépris et le dégoût se trahissent déjà dans les paroles du gouverneur, et l'impatience dans la réponse que lui adressent les princes des prêtres. On voit que Pilate se soucie peu d'être le ministre de leurs vengeances : « Prenez-le, leur dit-il, et jugez-le selon votre loi. — Mais, répondent ces hommes de sang, il ne nous est pas permis de faire mourir personne i. »
Pilate, qui était sorti du Prétoire pour parler aux ennemis du Sauveur, y^ rentre et fait introduire Jésus. Le Fils de Dieu et le représentant du monde païen sont en présence. « Etes-vous donc le roi des Juifs ? demande Pilate. — Mon royaume n'est pas de ce monde, répond Jésus; il n'a rien de commun avec ces royaumes formés par la violence ; sa source est d'en haut. Si mon royaume était de ce monde, j'aurais des soldats qui ne m'eussent pas laissé tomber au pouvoir des Juifs. Bientôt, à mon tour, j'exercerai l'empire terrestre; mais à cette heure mon royaume n'est pas d'ici-bas. — Vous êtes donc roi, enfin ? reprend Pilate. — Oui, je suis roi, » dit le Sauveur. Après avoir confessé sa dignité
auguslc, l'Hommc-Dicu fait un effort pour élever ce Romain au-dessus des intérêts vulj^aires de sa tV^riune ; il lui propose un but plus digne de Thomme que la recherche des honneurs de la terre. « Je suis venu en ce monde, lui dit-il, pour rendre témoignage à Ja Vérité; quiconque est de la Vérité écoute ma voix. — Et qu'est-ce que la Vérité r w reprend Pilate; et sans attendre la réponse à oa question, pressé d'en finir, il laisse Jésus, et va retrouver les accusateurs. « Je ne reconnais en cet homme aucun crime ', » leur ditil. Ce païen avait cru rencontrer en Jésus un docteur de quelque secte juive dont les enseignements ne valaient pas la peine d'être écoutés, mais en même temps un homme inoffensif dans lequel on ne pouvait , sans injustice, chercher un homme dangereux.
A peine Pilate a-t-il exprimé son avis favorable sur Jésus, qu'un amas d'accusations est produit contre ce Roi des Juifs par les princes des prêtres. Le silence de Jésus, au milieu de tant d'atroces mensonges, émeut le gouverneur : (( Mais n'entendez-vous pas, lui ditil, tout ce qu'ils disent contre vous ? » Cette parole, d'un inipérêt visible, n'enlève point Jésus à son noble silence ; mais elle provoque de la part de ses ennemis une nouvelle explosion de fureur. « Il agite le peuple, s'écrient les princes des prêtres; il va prêchant dans toute la Judée, depuis la Galilée jusqu'ici 2. » Dans ce mot de Galilée, Pilate
croit avoir un trait de lumière. Hérode, tétrarque de Galilée, est en ce moment à Jérusalem. Il faut lui remettre Jésus; il est son sujet; et cette cession d'une cause criminelle débarrassera le gouverneur, en même temps qu'elle rétablira la bonne harmonie entre Hérode et lui.