L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 116)
Le Sauveur est donc traîné dans les rues de Jérusalem, du Prétoire au palais d'Hérode. Ses ennemis Vy poursuivent avec la même rage, et Jésus garde le même silence. Il ne recueille là que le mépris du misérable Hérode, du meurtrier de Jean-Baptiste; et bientôt les habitants de Jérusalem le voient reparaître sous la livrée d'un insensé, entraîné de nouveau vers le Prétoire. Ce retour inattendu de l'accusé contrarie Pilate; cependant il croit avoir trouvé un nouveau moyen de se débarrasser de cette cause qui lui est odieuse. La fête de Pâque lui fournit occasion de gracier un coupable; il va essayer de faire tomber cette faveur sur Jésus. Le peuple est ameuté aux portes du Prétoire; il n'y a qu'à mettre en parallèle Jésus, ce même Jésus que la ville a vu conduire en triomphe il y a quelques jours, avec Barabbas, ce malfaiteur qui est un objet d'horreur pour Jérusalem; le choix du peuple ne peut manquer d'être favorable à Jésus. « Qui voulez-vous que je \^ous délivre, leur dit-il, de Jésus ou de Barabbas ? » La réponse ne se fait pas attendre; des voix tumultueuses s'écrient : « Non Jésus, mais Barabbas! — Que faire donc de Jésus ? reprend le gouverneur interdit. — Crucifiez-le ! — Mais (quel mal a-t-il fait ? Je vais le châtier, et je le renLe Vendredi Saint.
verrai ensuite. — Non, non; crucificz-lc ' ! )> L'épreuve n'a pas réussi; et la situation tlu lâche gouverneur est devenue plus critique qu'auparavant. En vain il a cherché à ravaler l'innocent au niveau d'un malfaiteur; la passion d'un peuple ingrat et soulevé n'en a tenu aucun conijne. Pilate est réduit à promettre qu'il va faire châtier Jésus d'une manière assez barbare pour étanchcr un peu la soit de sang qui dévore cette populace; mais :1 n'a fait que provoquer un nouveau cri de mort.
N'allons pas plus loin sans offrir au Fils de Dieu une réparation pour l'indigne outrage dont il vient d'être l'objet. Mis en balance avec un homme infâme, c'est ce dernier qu'on lui préfère. Si Pilate essaie par pitié de lui sauver la vie, c'est à condition de lui faire subir cette ignoble comparaison, et c'est en pure perte. Les voix qui chantaient Hosannah au fils de David, il y a quelques jours, ne font plus entendre que des hurlements féroces; et le gouverneur, qui craint une sédition, a osé promettre de punir celui dont il a tout à l'heure confessé l'innocence.
Jésus est livré aux soldats pour être flagellé par eux. On le dépouille avec violence de ses vêtements, et on l'attache à la colonne qui servait pour ces exécutions. Les fouets les plus cruels sillonnent son corps tout entier, et le sang coule par ruisseaux le long de ses menabres divins. Recueillons cette seconde eftusion du sang de notre Rédempteur, par laquelle Jésus expie pour l'humanitc tout
entière les complaisances et les crimes de la chair. C'est par la main des Gentils que ce traitement lui est infligé; les Juifs Tont livré, et les Romains sont les exécuteurs; tous nous avons trempé dans l'affreux déicide.
Mais cette soldatesque est lasse enfin de frapper ; les bourreaux détachent leur victime; en auront-ils enfin pitié ? Non, ils vont faire succéder à tant de cruauté une dérision sacrilège, Jésus a été appelé le Roi des Juifs; les soldats prennent occasion de ce titre pour donner une forme nouvelle à leurs outrages. Un roi porte la couronne; les soldats vont en imposer une au fils de David. Tressant à la hâte un horrible diadème avec des branches d'arbrisseaux épineux, ils la lui enfoncent sur la tête, et pour la troisième fois, le sang de Jésus coule avec abondance. Puis, afin de compléter l'ignominie, les soldats lui jettent sur les épaules un manteau de pourpre, et placent dans sa main un roseau, en guise de sceptre. Alors ils se mettent à genoux devant lui, et disent : « Roi des Juifs, salut ! » Et cet hommage insultant est accompagné de soufflets sur le visage de l'Homme-Dieu, et d'infâmes crachats ; et de temps en temps on lui arrache le roseau des mains pour l'en frapper sur la tête, afin d'enfoncer toujours davantage les cruelles épines dont elle .est ceinte.
A ce spectacle, le chrétien se prosterne dans un douloureux respect, et dit à son tour : « Roi des Juifs, salut! Oui, vous êtes le fils de David, et, à ce titre, notre Messie et notre Rédempteur. Israël renie votre royauté
qu'il proclamait naguère; la gentilitc n'y trouve qu'une occasion de plus pour vous outrager; mais vous n'en régnerez pas moins par la justice sur Jérusalem, qui ne tardera pas à sentir le poids de votre sceptre vengeur; par la miséricorde sur les Gentils, que bientôt vos Apôtres amèneront à vos pieds. En attendant, recevez notre hommage et notre soumission. Régnez dès aujourd'hui sur nos cœurs et sur notre vie tout entière, o
On conduit Jésus à Pilate dans l'affreux état où l'a mis la cruauté des soldats. Le gouverneur ne doute pas qu'une victime réduite aux abois n'obtienne grâce devant le peuple ; et faisant monter avec lui le Sauveur à une galerie du palais, il le montre à la multitude, en disant : « Voilà l'homme ^ ! » Cette parole était plus profonde que ne le croyait Pilate. Il ne disait pas : Voilà Jésus, ni voilà le Roi des Juifs; il se servait d'une expression générale dont il n'avait pas la clef, mais dont le chrétien possède l'intelligence. Le premier homme, dans sa révolte contre Dieu, avait bouleversé, par son péché, l'œuvre entière du Créateur; en punition de son orgueil et de sa convoitise, la chair avait asservi l'esprit ; et la terre elle-même, en signe de malédiction, ne produisait plus que des épines. Le nouvel homme qui porte, non la réalité, mais la ressemblance du péché, paraît; et l'œuvre du Créateur reprend en lui son harmonie première ; mais c'est par la violence. Pour montrer que la chair doit être asservie àj l'esprit, la chair en lui est brisée sous le|
fouets ; p)our montrer q^ue l'orgueil doit cédet la place à l'humilité, s'il porte une couronne, ce sont les épines de la terre maudite qui la forment sur sa tête. Triomphe de l'esprit sur les sens, abaissement de la volonté superbe sous le joug de la sentence : voilà l'homme.
Israël est comme le tigre ; la vue du sang irrite sa soif; il n'est heureux qu'autant qu'il s'y baigne. A peine a-t-il aperçu sa victime ensanglantée, qu'il s'écrie avec une nouvelle fureur : « Crucifiez-le! crucifiez-le! < — Eh bien! dit Pilate, prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; pour moi, je ne trouve aucun crime en lui, » Et cependant on l'a mis, par son ordre, dans un état qui, à lui seul, peut lui causer la mort. Sa lâcheté sera encore déjouée. Les Juifs répliquent en invoquant le droit q[ue les Romains laissaient aux peuples conquis : « Nous avons une loi, et selon cette loi il doit mourir; car il s'est dit le Fils de Dieu. » A cette réclamation, Pilate se trouble; il rentre dans la salle avec Jésus, et lui dit : « D'où êtes-vous ? » Jésus se tait; Pilate n'était pas digne d'entendre le Fils de Dieu lui rendre raison de sa divine origine. Il s'irrite cependant : « Vous ne me répondez pas ? dit-il; ne savez-vous pas que j'ai le pouvoir de vous crucifier, et le pouvoir de vous absoudre ? » Jésus daigne parler ; et c'est pour nous apprendre que toute puissance de gouvernement, même chez les infidèles, vient de Dieu, et non de ce qu'on appelle le pacte social : « Vous n'auriez pas ce pouvoir, repondit-il, s'il ne vous avait été donné d'en haut; ^ c'est pour cela que le péché de celui qui
La noblesse et la dignité dé ces paroles subjuguent le gouverneur; et il veut encore essayer de sauver Jésus. Mais les cris du peuple pénètrent de nouveau jusqu'à lui : « Si vous le laissez aller, lui dit-on, vous n'êtes pas l'ami de César. Quiconque se fait roi, se déclare contre César. » A ces paroles, Pilate, essayant une dernière fois de ramener à la pitié ce peuple furieux, sort de nouveau, et monte sur un siège en plein air; il s'assied et fait amener Jésus : « Le voilà, dit-il, votre roi; voyez si César a quelque chose à craindre de lui. )) Mais les cris redoublent : « Otez-le ! ôtez-le! Crucifiez-le! — Mais, dit le gouverneur, qui affecte de ne pas voir la gravité du péril, crucifierai-je donc votre roi ?')) Les Pontifes répondent : « Nous n'avons point d'autre roi que César *^. » Parole indigne qui, lorsqu'elle sort du sanctuaire, annonce aux peuples que la foi est en péril; en même temps parole de réprobation pour Jérusalem; car si elle n'a pas d'autre roi que César, le sceptre n'est plus dans Juda, et l'heure du Messie est arrivée.
Pilate, voyant que la sédition est au comble, et que sa responsabilité de gouverneur est menacée, se résout à abandonner Jésus à ses ennemis. Il porte enfin, quoique à contrecœur, cette sentence qui doit produire en sa conscience un affreux remords dont bientôt il cherchera la délivrance dans le suicide. Il trace lui-même sur une tablette, avec un
pinceau, l'inscription qui doit être placée audessus de la tête de Jésus. Il accorde même à la haine des ennemis du Sauveur que, pour une plus grande ignominie, deux voleurs seront crucifiés avec lui. Ce trait était nécessaire à l'accomplissement de l'oracle prophétique : (( Il sera mis au rang des scélérats ^ » Puis lavant ses mains publiquement, à ce moment où il souille son âme du plus odieux forfait, il s'écrie en présence du peuple : « Je suis innocent du sang de ce juste : cela vous regarde. » Et tout le peuple répond par ce souhait épouvantable : « Que son sang soit sur nous et aur nos enfants 2. » Ce fut le moment où le signe du parricide vint s'empreindre sur le' front du peuple ingrat et sacrilège, comme autrefois sur celui de Gain; dix-neuf siècles de servitude, de misère et de mépris, ne l'ont pas effacé. Pour nous, enfants de la gentilité, sur lesquels ce sang divin est descendu comme une rosée miséricordieuse, rendons grâces à la bonté du Père céleste, qui <( a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique 3; » rendons grâces à l'amour de ce Fils unique de Dieu, qui, voyant que nos souillures ne pouvaient être lavées que dans son sang, nous le donne aujourd'hui jusqu'à la dernière goutte.
Ici commence la Voie douloureuse, et le Prétoire de Pilate, où fut prononcée la sentence de Jésus, en est la première Station. Le Rédempteur est abandonné aux Juifs par l'au2. Matth. xxvn, 24, 2 5.
torité du gouverneur. Les soldats s'emparent de lui et remnièncnt hors de la cour du Prétoire. Ils lui enlèvent le manteau de pourpre, et le revêtent de ses vêtements qu'ils lui avaient otés pour le flat^ellcr; enfin ils chargent la Croix sur ses épaules déchirées. Le lieu où le nouvel Isaac reçut ainsi le bois de son sacrifice est désigné comme la seconde Station. La troupe des soldats, renforcée des exécuteurs, des princes des prêtres, des docteurs de la loi, d'un peuple immense, se met en marche. Jésus s'avance sous le fardeau de sa Croix ; mais bientôt, épuisé par le sang qu'il a perdu et par les souffrances de tout genre, il ne peut plus se soutenir, et tombant sous le faix, il marque par sa chute la troisième Station.
Les soldats relèvent avec brutalité le divin captif qui succombait plus encore sous le poids de nos péchés que sous celui de l'instrument de son supplice. Il vient de reprendre sa marche chancelante, lorsque tout à coup sa mère éplorée se présente à ses regards. La femme forte, dont l'amour maternel est invincible,s'est rendue sur le passage de son fils; elle veut le voir, le suivre, s'attacher à lui, jusqu'à ce qu'il expire Sa douleur est au-dessus de toute parole humaine ; les inquiétudes de ces derniers jours ont déjà épuisé ses forces; toutes les souffrances de son fils lui ont été divinement manifestées; elle s'y est associée, et elle les a toutes endurées une à une Mais elle ne peut plus demeurer loin du regard des hommes ; le sacrifice avance dans son cours, la consommation est proche; il lui faut être avec son fils, et rien ne la pourrait reteLe Vendredi Saint. 55 t
nir en ce moment. La fidèle Madeleine est près d'elle, noyée dans ses pleurs. Jean, Marie mère de Jacques avec Salomé, l'accompagnent aussi; ils pleurent sur leur maître; mais elle, c'est sur son fils qu'elle pleure. Jésus la voit, et il n'est pas en son pouvoir de la consoler ; car tout ceci n'est encore que le commencement des douleurs. Le sentiment des angoisses qu'éprouve en ce moment le cœur de la plus tendre des mères vient oppresser d'un nouveau poids le cœur du plus aimant des fils. Les bourreaux n'accorderont pas un moment de retard dans la marche, en faveur de cette mère d'un condamné; elle peut se traîner, si elle le veut, à la suite du funeste convoi; c'est beaucoup pour eux qu'ils ne la repoussent pas; mais la rencontre de Jésus et de Marie sur le chemin du Calvaire désignera pour jamais la quatrième Station.
La route est longue encore ; car, selon la loi, les criminels devaient subir leur supplice hors des portes de la ville. Les Juifs en sont à craindre que la victime n'expire avant d'être arrivée au lieu du sacrifice. Un homme qui revenait de la campagne, nommé Simon de Cyrène , rencontre le douloureux cortège; on l'arrête, et, par un sentiment cruellement humain envers Jésus, on oblige cet homme à partager avec lui l'honneur et la fatigue de porter l'instrument du salut du monde. Cette rencontre de Jésus avec Simon de Cyrène consacre la cinquième Station.
A quelques pas de là, un incident inattendu vient frapper d'étonnement et de stupeur jus?[u'aux bourreaux eux-mêmes. Une femme end la foule, écarte les soldats et se préci55 2 Le Vendredi Saint.
pile jusqu'auprès du Sauveur. Elle tient entre ses mains son voile qu'elle a détaché, cl clic en essuie tl'unc main tremblante le visage de Jésus, que le sang, la sueur et les crachats avaient rendu méconnaissable. Elle l'a reconnu cependant, parce qu'elle l'a aimé; et elle n'a pas craint d'exposer sa vie pour lui otlrir ce léger soulagement. Son amour sera récompensé; la face du Rédempteur, empreinte par miracle sur ce voile, en fera désormais son plus cher trésor ; et elle aura eu la gloire de désigner, par son acte courageux, la sixième Station de la Voie douloureuse.
Cependant les forces de Jésus s'épuisent de plus en plus, à mesure que l'on approche du terme fatal. Une subite défaillance abat une seconde fois la victime, et marque la septième Station. Jésus est bientôt relevé avec violence par les soldats, et se traîne de nouveau sur le sentier qu'il arrose de son sang. Tant d'indignes traitements excitent des cris et des lamentations dans un groupe de femmes qui, émues de compassion pour le Sauveur, s'étaient mises à la suite des soldats et avaient bravé leurs insultes. Jésus, touché de l'intérêt courageux de ces femmes qui, dans la faiblesse deleur sexe, montraient plus de grandeur d'âme que le peuple entier de Jérusalem, leur adresse un regard de bonté, et reprenant toute la dignité de scn langage de prophète, il leur annonce, en présence des princes des prêtres et des docteurs de la loi, l'épouvantable châtiment qui suivra bientôt l'attentat dont elles sont témoins, et qu'elles déplorent avec tant de larmes.
« Filles de Jérusalem, leur dit-il, à cet endroit même qui est compté pour la huitième Station ; filles de Jérusalem ! ce n'est pas sur moi qu'il faut pleurer ; c'est sur vous et sur vos enfants; car il viendra des jours où l'on dira: Heureuses les stériles, et les entrailles qui n'ont point porté, et les mamelles qui n'ont point allaité ! Alors ils diront aux montagnes: Tombez sur nous; et aux collines Couvrez-nous; mais si l'on traite ainsi le bois vert aujourd'hui, comment sera alors traité le bois sec ^ ? »
Enfin on est arrivé au pied de la colline du Calvaire, et Jésus doit encore la gravir avant d'arriver au lieu de son sacrifice. Une troisième fois son extrême fatigue le renverse sur la terre, et sanctifie la place où les fidèles vénéreront la neuvième Station. La soldatesque barbare intervient encore pour faire reprendre à Jésus sa marche pénible, et après bien des coups il parvient enfin au sommet de ce monticule qui doit servir d'autel au plus sacré et au plus puissant de tous les holocaustes. Les bourreaux s'emparent de la Croix et vont l'étendre sur la terre, en attendant qu'ils y attachent la victime. Auparavant, selon l'usage des Romains, qui était aussi pratiqué par les Juifs, on offre à Jésus une coupe qui contenait du vin mêlé de myrrhe. Ce' breuvage, c^ui avait l'amertume du fiel, était un narcotique destiné à engourdir jusqu'à un certain point les sens du patient, et à diminuer les douleurs de son supplice. Jésus touche un moment de ses lèvres cette
potion que la coutume, plutôt que Thuinanité, lui faisait offrir ; mais il refuse d'en boire, voulant rester tout entier aux souffrances qu'il a* daigné accepter pour le salut des hommes. Alors les bourreaux lui arrachent avec violence ses vêtements collés à SCS plaies, et s'apprêtent à le conduire au lieu où la Croix l'attend. L'endroit du Calvaire où Jésus fut ainsi dépouillé, et où on lui présenta le breuvage amer, est désigné comme la dixième Station de la Voie doufoureuse. Les neuf premières sont encore visibles dans les rues de Jérusalem, de l'emplacement du Prétoire jusqu'au pied du Calvaire; mais cette dernière, ainsi que les quatre suivantes, sont dans l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre, qui renferme dank sa vaste enceinte le théâtre des dernières scènes de la Passion du Sauveur.
Mais il nous faut suspendre ce récit ; déjà même nous avons devancé un peu les heures de cette grande journée, et nous avons à revenir plus tard sur le Calvaire. Il est temps de nous unir à la sainte Eglise dans la lugubre fonction par laquelle elle s'apprête à célébrer le trépas de son divin Epoux. L'airain sacré ne convoquera pas aujourd'hui les fidèles à la maison de Dieu ; la foi et la componction seules les invitent à franchir au plus tôt les degrés du temple.
:e divin de cette matinée en quatre parties, dont nous allons expiiLe Vendredi Saint.
quer successivement les mystères. Il y a d'abord les Lectures , elles sont suivies des Prières ; vient ensuite l'adoration de la Croix, et enfin la Messe des Présanctifiés. Ces rites solennels et inaccoutumés annoncent au peuple fidèle la grandeur de cette journée, en même temps qu'ils font sentir la suspension du Sacrifice quotidien dont ils occupent la place. L'autel est nu ; la Croix voilée de noir s'élève entre les chandeliers qui ne portent plus que des flambeaux d'une cire grossière ; le pupitre de l'Evangile est sans tapis ; tout annonce la désolation. L'Heure de None ayant été récitée, le Célébrant s'avance avec ses ministres ; leurs ornements noirs expriment le deuil de la sainte Eglise. Arrivés au pied de l'autel, ils se prosternent sur les degrés et prient quelque temps en silence. En même temps, les acolytes étendent sur la table de l'autel une seule nappe, en place de trois qui sont nécessaires pour offrir le Sacrifice. Le Célébrant s'étant relevé de sa prostration, on commence aussitôt les Lectures.
La première partie de cet Ofîice est employée à lire d'abord deux passages des Prophéties, et ensuite le récit de la Passion. On commence par un fragment du prophète Osée, dans lequel le Seigneur annonce ses vues de miséricorde envers son peuple nouveau, le peuple de la gentilité, qui était mort, et qui doit, dans trois jours, ressusciter avec ce Christ qu'il ne connaît pas ,encore. Ephraïm et Juda ne seront pas traités
ainsi ; leurs sacrifices matériels n'ont point apaisé un Dieu qui n'aime que la miséricorde, et qui rejette ceux qui n'ont que la uarcté du cccur.