L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 124)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'étendard duRoi s'avance; voici briller !e mystère de la Croix, sur laquelle celui qui est la Vie a souffert la mort, et par cette mort, nouj a donne la vie.

C'est là que, transpercé du fer cruel d'une lance, son coté épancha l'eau et le sang, pour laver la souillure de nos crimes.

Il s'est accompli, l'oracle de David qui, dans ses vers inspirés, avait dit aux naLe Vendredi Saint.

Tu es beau, tu es éclatant, arbre paré de la pourpre du Roi ; noble tronc appelé à l'honneur de toucher des membres si sacrés !

Heureux es-tu d'avoir porté suspendu à tes bras celui qui fut U prix du monde ! Tu es la balance où fut pesé ce corps, notre rançon ; tu as enlevé à l'enfer sa proie.

Salut, ô Croix., notre unique espérance ! En ces jours de la Passion du Sauveur, accrois la grâce dans le juste, efface le crime du pécheur.

Que toute âme vous glorifie, b Trinité, principe de notre salut ! vous nous donnez la victoire par la Croix ; daignez y ajouter la récompense.

Le pieux cortège étant de retour dans le sanctuaire, le Diacre reçoit à l'autel, sur la patène, l'Hostie sainte que le Prêtre retire du calice, et il verse du vin et de l'eau dans ce même calice. Tous les regards sont tournés respectueusement vers le divin mystère. Le Prêtre encense l'offrande et ensuite l'autel, selon le rite accoutumé ; mais, afin de marquer le deuil de l'Eglise, il n'est pas

Arbor décora et fulgida, Ornata Régis purpura, Electa digno stipite, Tam sancta membra tangère.

Beata cujus brachiis Pretium pependitsaeculi; Statera facta corporis, Tulitque praedam tartari.

unica ! Hoc Passionis tempore, Piis adauge gratiam, Reisque dele crimina

encense lui-mûmc par le Diacre. Après s'Olre lave les mains, il revient au milieu de l'autel et adresse à Dieu une oraison secrète ; puis, se tournant un peu vers le peuple fidèle, il réclame ses prières ; après quoi il fait entendre, sur le ton le plus simple, l'Oraison dominicale. Unissons-nous avec confiance et empressement aux sept demandes qu'elle renferme, à cette heure où notre divin intercesseur, les bras étendus sur la Croix, les présente pour nous à son Père. C'est dans ce moment môme qu'il obtient de lui aue toute prière adressée au ciel, par sa médiation, sera exaucée.

Après le Pater, le Prêtre ajoute à haute voix une oraison qui se récite secrètement à toutes les Messes. Il y demande que nous soyons délivrés des maux, affranchis du péché, établis dans la paix.

Mais, avant de consommer l'Hostie sainte, le Prêtre veut la présenter à notre adoration. Prenant donc de la main droite le Corps sacré du Rédempteur, il l'élève à nos regards comme le Sauveur fut élevé sur la Croix. Toute l'assistance, qui se tient à genoux durant cette scène touchante, s'incline profondément, et rend au P'ils de Dieu crucifié l'hommage de son adoration et de son amour.

Alors le Prêtre rompt l'Hostie en trois parts, et en fait tomber une dans le calice, afin de sanctifier le vin et l'eau qu'il doit prendre après avoir communié. Le mélange de la parcelle sacrée avec ce breuvage ne le change point dans le sang du Seigneur ; mais il lui confère une bénédiction partiLe Vendredi Saint, 5g5

cuiière, comme celle qui s'attachait aux vêtements de l'Homme-Dieu.

Le Prêtre récite ensuite à voix basse la troisième des Oraisons qui précèdent la communion aux Messes ordinaires ; et ayant pris dans sa main gauche, avec la patène, les .deux grands fragments de l'hostie, il frappe trois fois sa poitrine avec la main droite, en disant :

Ceigneur, je ne suis pas •^ digne que vous entriez en moi ; mais dites seulement une parole, et mon âme sera guérie.

DOMINE, non sum dignus ut intres sub tectum meum ; sed tantum die verbo, et sanabitur anima mea.

Il se communie ensuite ; puis il prend le vin et l'eau avec la particule sacrée qu'il avait mise dans le calice ; et ayant lavé ses doigts, il revient au milieu de l'autel, où il récite à voix basse la prière de conclusion. Ainsi se termine la Messe des Présanctifiés. Lorsque tous ces rites sont accomplis, le Célébrant accompagné de ses ministres, toujours en silence, fait une génuflexion à la Croix et se retire. Aussitôt qu'il a disparu, le Chœur commence les Vêpres, qui sont simplement récitées comme le jour précédent, sans aucun chant.

Les cinq Psaumes et les cinq Antiennes sont les mêmes qu'hier, ci-dessus, page 462.

AYANT pris le vinaigre, il 1 ^'-^UM accepisset Jésus dit : Tout est consommé; | V-# acétum, dixit : ConLe Vendredi Saint.

Kummatum est ; et inclinatf» capitc cmisit spirict baissant la têlc^ il rendit l'esprit.

Après le Cantique Magnificat cl la répétition de TAnticnne, on dit :

Ç^ HRISTUS fnctus est ^^ pro nobis obediens usque ad mortcm, morteni autem Crucis.

On dit ensuite à voix basse Pater noster, suivi du Psaume Miserere, ci-dessus, page 404. Enfin, celui oui préside prononce pour conconclusion l'Oraison suivante :

LE Christ s'est fait poi.r nous obéissant juscju'a la mort, et à la mort de la Croix.

V} ESPICK, quœsumus Domine, super hanc familiam tuam, pro qua Dominus noster Jésus Christus non dubitavit manibus tradi nocentium, et Crucis subira tormentum. Qui tecum vivit et régnât per omnia sascula saeculorum. Amen.

p\ AIGNEZ, Seigneur, jeter •-^ un regard sur votre famille ici présente, pour laquelle notre Seigneur JésusChrist a bien voulu être livré aux mains des méchants et subir le supplice de la Croix ; Lui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.

BIENTOT la sainte Eglise nous invitera de nouveau à venir prendre part à ses divins Offices ; en attendant, il convient que, durant ces heures qui furent celles de notre salut, nous suivions du cœur et de la pensée notre miséricordieux Rédempteur. Nous l'avons laissé sur le Calvaire au moment où on le dépouillait de ses vêtements, après lui

Tous les livres