L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 123)
CRL'CKM tuam adoramus, Domine : et sanctam Resurrectioncm tuam laudamus, et glorificamus : ecce enim proptcr lignum venit gaudium in universo mundo. Ps. Dcus miscrcaïur nostri, et bencdicai nobis : illuminet vultum suum super nos, et miscr.atur nostri.
Si l'adoration de la Croix n'est pas encore terminée, on entonne cette Hymne célèbre que Mamcrt Claudien comp)osa au vr siècle, en l'honneur de l'arbre sacré de notre rédemption. Une des strophes, divisée en deux, sert de refrain pendant la durée de ce beau cantique.
CRUX fidelis,inter omnes, Arbor una nobilis : Nulla silva talem profert, Fronde, flore, geim'ne.
O Croix, notre ecnérance. arbre le plus u.^ole de tous : nulle forêt n'a produit ton pareil pour le feuillage, la fleur et le fruit.
Tu nous es cher, ô bois, et plus cher encore le doux fardeau susre::du à tes clous sacrés.
Chantons, ma langue, la couronne du glorieux coinLe Vendredi Saint.
bat ; célèbre le noble triomphe dont la Croix est le trophée, et la victoire que le Rédempteur du monde remporta dans sa propre immolation.
Le Créateur, compatissant au malheur que la séduction enfanta pour le premier homme notre père, précipité dans la mort pour avoir mangé d'un fruit funeste, daigna dès ce jour désigner le bois pour réparer le désastre causé par le bois.
Tel fut le plan divin dressé pour notre salut, afin que la sagesse y déjouât la ruse de notre cauteleux ennemi, et que le remède nous arrivât par le moyen même qui avait servi pour nous faire la blessure.
Lors donc que le temps marqué par le décret divin fut arrivé, celui par qui le monde a été créé fut envoyé du trône de son Père, et ayant pris chair au sein d'une Vierge, il parut en ce monde.
De parentis protoplasti Fraude factor condolens, Quando pomi noxialis In necem morsu ruit, Ipse lignum tune notavit, Damna ligni ut solverei.
Hoc opus nostrae salutis Ordo depoposcerat, Multiformis proditoris Ars ut artem falleret; Et medelam ferret inde, Hostis unde lasserat.
Quando venit ergo sacri Plenitudo temporis, Missus est ab arce Patris Natus orbis conditor ; Atque ventre virginali Carne amictus prodiit.
Vagit infans , intcr arcta ConJitus prasscpia : Mcmbra pannis involuta Virgo mater alligat, Va Dci manus, pcdcsquc
Lustra scx qui jam peregit, 1 empus implcns corporis : Sponte libéra Redemptor Passioni deditus : Agnus in Crucis levatur Immolandus stipite.
Felle potus, ecce languet ; Spina. clavi, lancea. Mite corpus perforarunt; Unda manat et cruor : Terra, pondus, astra,
Crux fideFlecte ramos arbor alta, Tensa laxa viscera : Et rigor lentescat ille, Quem dédit nativitas :
A sa naissance, on le couche dans une crèche; c'est de là qu'il fait entendre ses vagissements* la Vicrgc-Mcre enveloppe ac langes ses membres délicats ; les mains et les pieds d'un Dieu sont captifs sous les bandelettes, comme ceux des autres enfants.
Après avoir vécu six lustres, le temps de sa vie mortelle approche de son terme ; c'est librement qu'il est descendu pour être notre Rédempteur ; et le jour est venu où cet Agneau est élevé sur l'arbre de la Croix, pour y être immolé.
C'est là qu'on l'abreuve de fiel dans son agonie ; là que les épines, les clous, la lance, déchirent son corps délicat ; l'eau et le sang s'épanchent de sa plaie ; la terre, la mer, les astres, le monde tout entier, reçoivent ce jet qui les purifie.
Arbre auguste, laisse Béchir tes rameaux : soulage, en pliant, les membres tendus de l'Agneau ; amollis cette dureté que la nature t'avait donnée, et sois un lit plus
Seule tu as été trouvée digne de porter entre tes bras la victime du monde; pour ce monde naufragé, tu as été l'arche qui le ramène au port, toi qui fus inondée du sang divin de l'Agneau.
Gloire éternelle à l'heureuse Trinité ; honneur égal au Père, au Fils, au Paraclet ; louange de la part de tous les êtres à celui qui réunit la Trinité à l'Unité.
Sola digna tu fuisti Ferre mundi victimam, Atque portum praeparare Arca mundo naufrago : Quam sacer cruor perunxit, Fusus Agni corpore.
Sempiterna sit beatae Trinitati gloria ; iEqua Patri, Filioque, Par decus Paraclito : Unius Trinique nomen Laudet universitas.
Vers la fin de l'adoration de la Croix, on allume les cierges de l'autel, et le Diacre vient y étendre un corporal, pour recevoir l'Hostie sainte qui va bientôt y être déposée. Tous les fidèles avant rendu leur homnnage à la Croix, le Célébrant la rapporte à l'autel, sur lequel elle est placée découverte au lieu qu'elle occupait auparavant.
LE souvenir du grand sacrifice accompli aujourd'hui sur le Calvaire occupe tellement la pensée de l'Eglise en ce douloureux
anniversaire, qu'elle renonce à renouveler sur l'autel l'immolation de la divine victime; elle se borne à participer au mystère sacré par la communion. Autrefois, tout le clergé et les fidèles même étaient admis à cette faveur ; dans la discipline actuelle, le Prêtre célébrant est le seul a qui elle soit accordée. Après qu'il a repris le vêtement sacerdotal, une procession formée de tout le clergé se dirige en silence vers le reposoiroù, la veille, a été placée mystérieusement l'Hostie sainte. Le Diacre extrait d'un asile secret le calice qui la contient ; et lorsque le Prêtre a offert 1 hommage de l'encens au Rédempteur des hommes, il prend entre ses mains le calice qui renferme celui que le ciel et la terre ne peuvent contenir. La procession se met en marche vers l'autel, portant des cierges allumés, et chantant l'Hymne de la Croix.
VEXiLLA Régis prodeunt, Fulget Crucis mysterium, Qua Vita mortem pertulit, Et morte vitam protulit.
' Quae vulnerata lanceae Mucrone diro, criminum Ut nos iavaret sordibus, Manavit unda et sanguine.