L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 146)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Puis, prenant le vase du Saint-Chrôme, en verse aussi dans la fontaine, en disant :

OUE l'infusion du Chrême de notre Seigneur JésusChrist et du Saint-Esprit Consolateur s'opère au nom de la sainte Trinité. Amen.

INFUsio Chrismatis Domini nostri Jesu Christi, et Spiritus Sancti ParacHti, fiât in nomine sanctae Trinitatis. Amen.

Enfin, tenant dans sa main droite le Chrême et dans sa main gauche THuile des Catéchumènes, il verse des deux fioles à la fois sur les eaux, et dit en accomplissant cette libation sacrée qui exprime la surabondance de la grâce baptismale :

COMMixTio Chrismatis sanctificationis , et Olei unctionis, et aquae baptismatis, pariter fiât, in noraine Patris, et Filii , et Spiritus Sancti. % Amen.

QUE le mélange du Chrême de sanctification et de IHuile d'onction avec l'eau baptismale s'opère, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. ^. Amen.

Après ces paroles, l'Evêque étend avec la main les Huiles saintes sur la surface de l'eau, afin qu'elle participe tout entière à ce dernier degré de sanctification ; et après avoir essuyé ses mains, il se retire un moment à l'écart, pour dépouiller ceux des vêtements sacrés qui pourraient gêner son action dans l'administration du Baptême.

LE Pontife reparaît bientôt au bord de la fontaine sacrée, et l'on appelle successivement les élus. Ils s'avancent un à un, conduits, les hommes par le parrain, et les

femmes par la marraine. L'Evêque se place sur une estrade d'où il domine la fontaine. Le catéchumène, dépouillé de ses habits en la partie supérieure, descend les degrés du bassin et pénètre dans l'eau, à portée de la main du Pontife. Alors celui-ci, élevant la voix, l'interroge : « Croyez-vous, lui dit-il, en Dieu Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre ? — J'y crois, répond le catéchumène. — Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui est né et a souffert ? — J'y crois. — Croyez-vous au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle ? — J'y crois. » Après avoir reçu la confession de la foi, le Pontife adresse à l'élu cette demande : « Voulez-vous être baptisé ? — Je le veux », répond Télu. Alors le Pontife, étendant la main sur la tête du catéchumène, la plonge par trois fois dans les eaux de la fontaine, en disant : « Je vous baptise, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »

Trois fois l'élu a disparu entièrement sous les eaux ; elles se sont refermées au-dessus de lui, et le dérobaient à tous les regards. Le grand Apôtre nous expliq^ue cette partie du mystère. Les eaux ont été pour l'élu le tombeau où il s'est trouvé enseveli avec le Christ, et comme le Christ, il en sort rendu à la vie. La mort qu'il vient de subir est la mort au péché ; la vie qu'il possède désormais est la vie de la grâce i. Le mystère comj3o Le Samedi ^aint.

plet de la résurrection de THomine-Dieu se reproduit ainsi dans le chrétien baptisé. Mais avant que l'élu sorte de l'eau, un rite profond vient compléter en lui la ressemblance avec le P'ils de Dieu. Jésus était encore dans les eaux du Jourdain, lorsque la divine Colombe descendit sur sa tête ; avant que le néophyte soit sorti de la fontaine, un Prêtre répand ainsi sur sa tête le Chrême, don de l'Esprit-Saint. Cette onction indique dans l'élu le caractère royal et sacerdotal du chrétien qui, par son union avec JésusChrist son chef, participe, dans un certain degré, à la royauté et au Sacerdoce de ce divin Médiateur. Comblé ainsi des faveurs du Verbe éternel et de l'Esprit-Saint, adopté par le Père qui voit en lui un membre de son propre Fils, le néophvte sort de la fontaine par les degrés du bord opposé, semblable à ces brebis du divin uantigue qui remontent du lavoir où elles ont purifié leur blanche toison 1. Le parrain l'attend sur le bord ; il lui donne la main pour remonter, et s'empresse de le couvrir d'un linge et d'essuyer l'eau sainte qui ruisselle de ses membres.

L'Evèque continue sa noble fonction ; autant de fois qu'il plonge un pécheur dans les eaux, autant de fois un juste renaît de la fontaine. Mais il ne peut continuer longtemps d'opéreràlui seul un ministèredans lequel les prêtres peuvent le suppléer. Lui seul peut conférer aux néophytes l'auguste sacrement qui doit les confirmer par le don de l'Esprit-Saint ;

et s'il attendait pour exercer ce pouvoir divin le moment où tous les catéchumènes auront été régénérés, on arriverait au grand jour avant d'avoir accompli tous les mystères de cette sainte nuit. Il se borne donc à conférer par lui-même le saint Baptême à quelques élus, hommes, femmes et enfants, et laisse aux prêtres le soin de recueillir le reste de la moisson du Père de famille. Dans le Baptistère, est un lieu spécial appelé Chrismariurriy parce que c'est là que le Pontife doit conférer le sacrement du Chrême; il s'y rend, et monte sur le trône qui lui a été préparé. On le revêt de nouveau des ornements sacrés qu'il avait déposés pour descendre à la fontaine ; et tout aussitôt on amène à ses pieds les néophytes qu'il vient de baptiser, et successivement ceux qui sont régénérés par le ministère des prêtres. Il remet à chacun d'eux une robe blanche qu'ils porteront jusqu'au Samedi suivant, et il leur dit : « Recevez le vêtement blanc, saint et immaculé ; et portez-le au tribunal de notre Seigneur JésusChrist pour avoir la vie éternelle. » Les néophytes, ayant reçu cet éloquent symbole, se retirent sous les tentes qui ont été dressées dans le Baptistère ; ils y dépouillent leurs vêtements trempés d'eau, en prennent d'autres qui leur ont été préparés, et avec l'aide de leurs parrains ou de leurs marraines, se revêtent par-dessus de la robe blanche qu'ils ont reçue de l'Evêque. Ils retournent alors au Chrismarium, où le sacrement de la Confirmation va leur être conféré solennellement par le Pontife.

EUDi, au milieu des solcnités de la consécration du Chrême, le Pontife rappelait à Dieu lui-même, dans un langage sublime, que lorsque les eaux eurent accompli leur ministère, en purifiant la terre, la Colombe parut sur le monde renouvelé, portant en son bec le rameau d'olivier qui annonçait la paix et le règne de celui qui a emprunté à l'Onction le nom sacré c^u'il porte à jamais. Nos néophytes, purifies aussi dans l'eau, attendent maintenant aux pieds du Pontife les faveurs de la divine Colombe, et le gage de paix dont l'olive est le symbole. Déjà le Chrême sacré a été répandu sur leur tête; mais il n'était alors que le signe de la dignité à laquelle ils venaient d'être élevés. A ce moment, il ne signifie plus seulement la grâce, il l'opère dans les âmes; mais il n'est pas au pouvoir du Prêtre de donner cette onction qui confirme le chrétien; elle réclame la main sacrée du Pontife, de qui seul aussi procède la consécration du Chrême.

Devant lui sont rangés les néophytes: les hommes d'un côté, les femmes de l'autre; les enfants entre les bras de leurs parrains et de leurs marraines. Les adultes appuient leur pied droit sur le pied droit de ceux qui leur ont servi de père ou de mère, marquant par ce signe d'union la filiation de la grâce dans l'Eglise.

A la vue de ce troupeau tendre et fidèle réuni autour de lui, le Pasteur se réjouit dans son cœur, et se levant bientôt de son trône, il s'écrie : « Que l'Esprit-Saint descende en vous,

et que la vertu du Très-Haut vous garde de tout péché ! )) Puis imposant les mains, il appelle sur eux l'Esprit aux sept dons, à (jui seul appartient de confirmer dans les néophytes les grâces qu'ils ont reçues dans les eaux de la divine fontaine.

Conduits par leurs répondants, ils s'approchent ensuite du Pontife, les uns après les autres, saintement avides de recevoir la plénitude du caractère de chrétien. L'Evêque ayant plongé son pouce dans le vase qui contient le Chrême, marque chacun d'eux au front du sceau ineftaçable, en disant : « Je vous marque du signe de la Croix, et je vous confirme du Chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » Et donnant sur leur joue un léger soufflet, qui était chez les anciens le signe de Faflfranchissement d'un esclave, il les introduit dans la liberté complète des enfants de Dieu, en leur disant : « La paix soit avec vous ! » Les ministres du Pontife entourent la tête des nouveaux confirmés d'une bandelette destinée à garantir de tout contact profane la partie du front qui a reçu l'impression du Chrême sacré. Le néophyte doit garder durant sept jours ce bandeau, et ne le déposer qu'avec la robe blanche dont il vient de se revêtir.

Cependant, au milieu de tous ces sublimes mystères, les heures de la nuit se sont succédé ; et le moment approche de célébrer, par un sacrifice de joie, l'instant suprême où le Christ va sortir du tombeau. Il est temps que le Pasteur reconduise au temple saint son neureux troupeau qui vient de prendre un si glorieux accroissement. Il est temps de donj34 Le Samedi Saintr

ncr à ces chères brebis la nourriture divine à laquelle ellcsont droit désormais. Les portes du Baptistère s'ouvrent, et laproccssion se met en marche vers la Basilique, l.e Cierge pascal, colonne de feu, précècie Tessaim des néophytes, dont les robes blanches reçoivent les premiers rayons de l'aurore. Le peuple fidèle suit le Pontife et le clergé, qui rentrent triomphants dans l'église. Durant la marche, on chante de nouveau le cantique de Moïse, après le passage de la mer Rouge L'Evéaue se rend au Secrétarium, où il seVevêt des nabits sacrés, tout resplendissants de la pompe pascale; et durant cet intervalle, les chantres exécutent la dernière Litanie, dont les invocations se répètent trois fois. Dans la liturgie actuelle, on ne chante plus qu'une seule fois la Litanie, dans tout le cours de cette Fonction ; elle accompagne le retour du clergé au chœur, après la oénédiction des Fonts, et les invocations ne s'y répètent que deux fois. Dans les églises qui ne possèdent pas de Fonts baptismaux, on chante cette Litanie après l'Oraison qui suit la douzième Prophétie ; et jusqu'à l'invocation qui commence par le mot Peccatores, le Célébrant et ses ministres se tiennent prosternés sur les marches de l'autel, implorant la bénédiction céleste pour les néophytes que l'Eglise enfante aujourd'hui, sur les divers pomts de la terre. Nous donnons ici la Litanie telle qu'elle se chante actuellement, avec les divers accroissements dont elle s'est enrichie par le cours des siècles.

SEIGNEUR, ayez pitié ! Christ, ayez çitié ! Seigneur, ayez pitié ! Christ, écoutez-nous. Christ, exaucez-nous. Dieu Père, du haut des cieux,

nous. Saint Gabriel, Saint Raphaël, Tous les saints Anges et Archanges, priez pour nous.

KYRIE eleison. Christe eleison. Kyrie eleison. Christe, audi nos. Christe, exaudi nos. Pater de cœlis Deus,

nobis. Sancte Gabriel, Sancte Raphaël, Omnes sancti Angeli et

nobis. Sancte Laurenii, SancteVincenti, Omnes sancti Martyre»,

nobis. Sancte Gregori, Sancte Augustine, Omnes sancti Pontifices

nobis. Sancte Bénédicte, Sancte Dominice, Sancte Francisce, Omnes sancti Sacerdotes

nobis. Sancta Maria Magdalena, ora pro nobis. Sancta Agnes, Sancta Caecilia, Sancta Agatha, Sancta Anastasia , ora

nous. Saint Laurent, Saint Vincent, Tous les saints Martyrs,

nous. Saint Grégoire, Saint Augustin, Tous les saints Pontifes et

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