L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 148)
L'encensement de l'autel est terminé. Tout à coup, 6 triomphe du Fils de Dieu ressuscité! la voix du Pontife entonne avec transport l'Hymne Angélique : <i Gloire à Dieu au Clus haut des cieux ; et sur la terre paix aux ommes de bonne volonté ! )> A ces accents, les cloches, muettes depuis trois jours, retentissent en volée dans le Campanile aérien de la Basilique ; et l'enthousiasme de notre sainte foi fait palpiter tous les cœurs. Le peuple saint continue avec ardeur le Cantique céleste ; et lorsqu'il est achevé, l'Evéque résume dans l'Oraison suivante les vœux de toute l'Eglise en faveur de ses nouveaux enfants.
DEUS, qui hanc sacratissimam noctem gloria Dominicae Resurrectionis illustras : conserva in nova familiae tuae progenie adoptionis Spiritum quem dedisti : ut corpore et mente renovati, puram tibi exhibeant servitutem. Fer
/^DiEU, qui illuminez cette ^*-^nuit sacrée des splendeurs de la Résurrection du Seigneur, conservez dans ces nouveaux enfants de votre famille l'Esprit d'adoption que vous leur avez donné, afin que, renouvelés de corps et d'esprit, ils vous servent dans la pureté. Par le même
Jésus-Christ notre Seigneur. I eumdera Dominum nosAmen, trum Jesum Christum I Filium tuura. Amen.
Après la Collecte, le Sous-Diacre monte à l'ambon de l'Epître, et lit ces imposantes paroles que le grand Apôtre adresse auxnéo^ phytes en ce moment même où ils viennent de ressusciter avec Jésus- Christ.
Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Colossiens. Chap. m.
MES frères , si vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu ; goûtez ce qui est en haut, non ce qui est sur la terre ; car vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ. Lorsque le Christ, qui est votre vie, apparaîtra, vous apparaîtrez aussi avec lui dans la gloire.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Colossenses. Cap. m.
FRATRES , si consurrexistis cum Christo, quae sursum sunt quasrite, ubi Christus est in dextera Dei sedens ; qua sursum sunt sapite, non quae super terram. Morlui enim estis : et vita vestra est abscondita cum Christo in Deo. Cum autem Christus apparuerit vita vestra : tune et vos apparebitis cum ipso in gloria.
Cette lecture si brève, mais dont tous les mots sont si profonds, étant achevée, le SousDiacre descend de l'ambon, et vient s'arrêter devant le trône de l'Evêque. Après avoir salué la majesté du Pontife par une profonde inclination, il prononce d'une voix éclatante ces paroles qui retentissent dans toute la Basilique, et vont réveiller de nouveau l'allégresse dans toutes les âmes : c( Vénérable Père, je vous annonce une grande joie: c'est IXlleLe Samedi Saint.
luia !» L'Evôquc se lève, et plein d'un feu divin, il chante A llcluiasur un naode joyeux. Le chœur répète après lui Allcluia et deux fois encore l'échange de ce cri céleste a lieu entre le chœur et le Pontife. A ce nnoment, toutes les tristesses passées s'évanouissent ; on sent que les expiations de la sainte Quarantaine ont été agréées par la Majesté divine, et que le Père des siècles, par les mérites de son Fils ressuscité, pardonne à la terre, puisqu'il lui rend le droit de faire entendre le cantique de l'éternité. Le chœur ajoute ce verset du Roi-Prophète, qui célèbre la miséricorde de Jéhovah.
CONFITEMINI Domino quoniam bonus : quoniam in saeculum misericordia ejus.
CELEBREZ le Seigneur, parce qu'il est bon ; parce que sa miséricorde est à jamais.
Il manque cependant quelque chose encore aux joies de cette journée. Jésus est sorti du tombeau; mais à l'heure où nous sommes, il ne s'est pas encore manifesté à tous. Sa sainte Mère, Madeleine et les autres saintes femmes, sont seules à l'avoir vu ; ce soir seulement, il se montrera à ses Apôtres. Nous sommes donc encore à l'aurore de la Résurrection ; c'est pourquoi l'Eglise exprime une dernière fois la louange du Seigneur sous la forme quadragésimale du Trait.
LAUDATE Dominum omnes gentes : et coUaudate eum omnes populi. f. Quoniam confirmata est supernos misericordia
Pendant que le chœur chante ce cantique de David sur un mode qui retient encore quelque accent de tristesse, le Diacre se dirige vers Tambon, d'où il doit faire entendre les paroles du saint Evangile. Les Acolytes ne l'accompagnent pas avec leurs flambeaux ; mais le thuriféraire le précède avec l'encens. C'est encore ici une allusion aux événements de cette grande matinée. Les femmes sont venues au tombeau avec des parfums ; mais la foi de la résurrection ne brillait pas dans leurs âmes. L'encens figure leurs parfums ; l'absence des flambeaux signifie que cette foi n'était pas encore en elles.
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xxvni.
APRES le Sabbat, à la première lueur du jour qui suit le Sabbat, Marie-Madeleine et une autre Marie vinrent pour voir le sépulcre. Et tout à coup il se fit un grand tremblement de terre. Car l'Ange du Seigneur descendit du ciel ; et s'approchant, il roula la pierre et s'assit dessus. Son visage était comme l'éclair, et son vêtement comme la neige. Les gardes, à sa vue, frappés d'épouvante, devinrent comme morts. Et l'Ange dit aux femmes : Vous, ne craignez
V ESPERE autem Sabbati quae lucescit in prima Sabbati : venit Maria Magdalene , et altéra Maria videre sepulcrum. Et ecce terrae motus factus est magnus. Angélus enim Domini descendit de cœlo, et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum. Erat autem aspectus ejus, sicut fulgur : et vestimentun. ejus, sicut nix. Prae timoré autem ejus, exterriti sunt custodes : et facti sunt velut mortui.
Respondcns autem Angélus, dixit mulieribus : Nolite timere vos. Scio cnim, quod Jesum, qui crucifixus est, quœritis. Non est hic. Surrexit enim, sicut dixii: vcnite, et videte locum, ubi positus erat Dominus. Et cito euntes, dicite disciÊulis ejus, quia surrexit. t ecce praecedit vos in Galilaeam. Ibi eum videbitis, ecce pracdixi vobis.
point ; car je sais cjue vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici. car il est ressuscité, comme il l'avait dit : venez, et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Et allez promptemcnt dire à ses disciples qu'il est ressuscité. Il sera avant voui en Galilée ; c'est là que vous le verrez : je vous le dis à l'avance.
Après la lecture de l'Evangile, le Pontif« n'entonne point le majestueux Symbole de la foi. La sainte Eglise le réserve pour la Messe solennelle qui réunira de nouveau le peuple fidèle. Elle suit heure par heure les phases du divin mystère, et veut rappeler en ce moment l'intervalle qui s'écoula avant que Ic^' Apôtres, qui devaient annoncer partout la foi de la résurrection, lui eussent eux-mêmes rendu hommage.
Après avoir donné le salut au peuple, le Pontife se prépare à offrir à la majesté divine le pain et le vin qui vont servir au Sacrifice ; et par une dérogation à Tusage observé dans toutes les Messes, le chœur des chantres n'exécute pas la solennelle Antienne connue sous le nom d'Offertoire. Chaaue jour, cette Antienne accompagne la marche des fidèles vers l'autel, lorsqu'ils vont présenter le pain et le vin qui doivent leur être rendus, dans la communion, transformés au corps et au sang de Jésus-Christ. Mais la fonction s'est
déjà beaucoup prolongée ; si l'ardeur des âmes est toujours la même, la fatigue des corps se fait sentir, et les petits enfants que l'on tient à jeun pour la communion annoncent déjà par leurs cris la souffrance qu'ils éprouvent. Le pain et le vin, matière du divin Sacrifice, seront aujourd'hui fournis pair l'Eglise; et les néophytes n'en viendront pas moms s'asseoir à la table du Seigneur, bien qu'ils n'aient pas présenté eux-mêmes le pain et le vin à la barrière sacrée.
Après avoir fait l'offrande, et encensé le pain et le vin préparés, puis l'autel lui-même, le Pontife résume les vœux de l'assistance dans la Secrète, qui est suivie de la Préface pascale.
DAIGNEZ, Seigneur, recevoir les prières de votre peuple avec les hosties que nous vous offrons, afin que, sanctifiées par le mystère pascal, elles opèrent en nous, par votre grâce, le secours qui conduit à l'éternité. Par Jésus-Christ votre Fils notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit,
SUSCITE , qusesumus Domine, preces populi tui cum oblationibus hostiarum : ut Paschàlibus initiata mysîeriis, âd aeternitatis nobis medelam, te opérante profîciant. PerDominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecura vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus.
r). Et cum spiritu tuo. j^. Sursum corda. R). Habemus ad Dominum.
VERE dignum et justum est, aequum et salutare, te quidem Domine, omni tempore, sed in iiac potissimum nocte gloriosius praedicare, cum Pascha nostrum immolatus est Christus. Ipse enim verus est Agnus, qui abstulit peccata mundi : qui mortem nostram moriendo destruxit, et vitam resurgendo reparavit. Et ideo cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cum(jue omni militia cœlestis exercitus, hymnum glorias tuae canimus, sine fine dicentes: Sanctus ! Sanctus ! Sanctus l
Le Canon s'ouvre, et le mystère divin s'opère. Rien n'est changé dans l'ordre des cérémonies sacrées, jusqu'au moment qui précède la communion. C'est un usage qui remonte aux temps apostoliques, que les fidèles, avant de participer au corps et au sang du Seigneur, se donnent mutuellement le baiser fraternel, en prononçant ces paroles : « La paix soit avec vous ! » A cette première Messe pascale, on omet cette touchante coutume. Ce n'est qu'au soir du jour de sa résurrection que Jésus adressa ces mêmes paroles à ses disciples rassemblés, La sainte