L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 150)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

au séjour de Satan, il y fait sentir sa présence ; et il faut à ce moment que le superbe prince de ce monde fléchisse le genou et s'humilie. Dans ce Jésus qu'il a fait crucifier par les Juifs, il reconnaît maintenant le propre Fils de Dieu. L'homme est sauvé, la mort est détruite, le péché est effacé ; désormais ce n'est plus au sein d'Abraham que descendront les âmes des justes : c'est au ciel, avec les Anges fidèles, qu'elles s'élèveront pour y régner avec le Christ, leur divin Chef. Le règne de l'idolâtrie va succomber ; les autels sur lesquels Satan recevait l'encens de la terre sont ébranlés et crouleront partout. La maison du fort armé est forcée par son adversaire divin ; ses dépouilles lui sont enlevées 1 ; la cédule de notre condamnation est arrachée au serpent, et la Croix qu'il avait vu s'élever pour le Juste, avec tant de joie, a été pour lui, selon l'énergique expression de saint Antoine, comme un hameçon meurtrier que l'on présente sous un appât au monstre marin qui meurt en se débattant, après l'avoir avalé.

L'âme de Jésus fait sentir aussi sa présence aux justes qui soupirent dans les feux de l'expiation. Sa miséricorde allège leurs souffrances et abrège le temps de leur épreuve. Plusieurs d'entre eux voient finir leurs peines durant ces trois jours, et se joignent à la foule des saints, pour entourer de leurs vœux et de leur amour celui qui ouvre les portes du ciel. Il n'est pas contraire à la foi chrétienne de penser, avec de doctes théolo'^56 Le Samedi Saint.

gicns, que le séjour de l'Homme-Dicu dans la région voisine du limbe des enfants leur apporta aussi quelque consolation ; et qu'ils connurent alors qu'un jour ils reprendront leurs corps, et verront s'ouvrir pour eux une demeure moins sombre et plus riante que celle où la divine justice les retient captifs jusqu'au jour du grand jugement.

Nous vous saluons et nous vous adorons, âme de notre Rédempteur, durant ces heures que vous daignez passer avec nos pères, dans les entrailles de la terre. Nous glorifions votre bonté ; nous admirons votre tendresse envers vos élus dont vous avez daigné faire vos frères. Nous vous rendons grâces d'avoir humilié notre redoutable ennemi ; daignez l'abattre toujours sous nos pieds. Mais, o Emmanuel, assez longtemps vous avez habité la tombe : il est temps de réunir votre âme à son corps. Le ciel et la terre attendent votre résurrection, et déjà votre Eglise impatiente de revoir son Epoux a prononcé l'Allcluia ! Sortez du sépulcre, auteur de la vie ! triomphez de la mort et régnez à jamais.

Le Missel ambrosien nous donnera, pour terminer cette journée et ce volume, Tune de ses plus belles pièces liturgiques. C'est la Préface pour la bénédiction du Cierge pascal, dans laquelle le mystère de cette dernière P-uit est traité avec une onction touchante et un accent poétique digne d'un si grand sujet.

IL est digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions de continuelles actions de grâces, ici, en tout lieu , Seigneur saint , Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez consacré la Pâque à laquelle vous conviez tous les peuples, non par le sang et la graisse des agneaux , mais par le sanget par le corps de votre Fils unique JésusChrist notre Seigneur. En abolissant le rite d'une nation ingrate, vous avez fait succéder la grâce à la loi ; et une victime unique offerte une seule fois et par ellemême à votre Majesté, a suffi à la réparation des offenses du monde entier.

C'est là cet Agneau figuré sur les tables de pierre ; non tiré d'un troupeau, mais venu du ciel ; non conduit par un pasteur , mais lui-même le bon et unic^ue Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui l'a reprise de nouveau; la bonté divine nous donnant en lui la leçon de l'humilité et l'espérance de la résurrection pour nos corps. Cet Agneau ne fit point entendre son bêlement plaintif à celui qui le tondait ; mais il prononça alors cet oracle évangélique : Un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Majesté divine.

VERE, quia dignum et justum est, aequum et salutare, nos tibi semper hic, et ubique gratias agere, Domine sancte , Pater omnipotens, aeterne Deus. Qui populorum Pascha cunctorum, non pecudum cruore , nec adipe, sed Unigeniti tui Domini nostri Jesu Christi sanguine , corporeque dedicasti ; ut supploso ritu gentis ingratae, legi gratia succcderet, et una victima,per semetipsam tuae Majer statl semel oblata, mundi totius expiaret offensam.

Hic est Agnus lapideis praefiguratus in îabulis : non abductus e gregibus, sed evectus e cœlo : non pastore indigens, sed Pastor bonus ipse tantummodo : qui animam suam pro suis posuit ovibus, çt rursus assumpsit ; ut nobis et humilitatem divina dignatio, et spem resurrectio corporalis ostenderet. Qui coram tondente se non vocem queruli balatus emisit , sed evangelico proclamavit oraculo, dicens : Amodo videbitis Filium hominis

sedentem ad dexteram Majcstatis. Ipse nobis et te rcconciliet, Fatcr omnipotens, et pari tccum Majestate fultus indulgeat.

Nam quae patribus in figura coiitingebant, nobis in veritatc proveniunt. Ecce jam ignis columna resplendet, quae plebem Domini beatae noctis tempore ad salutaria fluenta praeibat : in quibus persécuter mergitur, et Christi populus liberatus emergit. Nam Sancti Spiritus unda conceptus , per Adam natus ad mortem, per Christum regignitur ad vitam. Solvamus igitur voluntarie celebrata jejunia , quia Pascha nostrum immolatus est Christus : nec solum corpore epulemur Agni, sed etiam inebriemur et sanguine. Hujus enim tantummodo cruor non créât piaculum bibentibus, sed salutem. Ipso quoque vescamur et Azymo , quoniam non de solo pane vivit homo, sed de omni verbo Dei. Siquidem hic est Panis, qui descendit e cœlo, longe praestantior illo quondam mannae imbre frugifluo, (^uo tune Israël epulatus interiit. Hoc

Qu'il daigne donc nous réconcilier avec vous , Père tout-puissant ; et qu'il nous soit propice lui-même dans sa Majesté égale à la vôtre.

Voici maintenant que s'accomplit pour nous en réalité ce qui arriva en figure à nos pères. Déjà resplendit la colonne de feu qui guida, durant la nuit sacrée, le peuple du Seigneur vers les eaux dans lesquelles il devait trouver son salut ; vers ces eaux qui engloutissent le persécuteur, et du sein desquelles le peuple du Christ remonte délivré. Conçu de nouveau dans l'eau fécondée par le Saint-Esprit, le fils d'Adam, né pour la mort, renaît à la vie par le Christ. Hâtonsnous donc de rompre notre jeiine solennel ; car le Christ notre Pâque a été immolé. Non seulement nous sommes conviés au festin du corps de l'Agneau, mais nous devons encore nous enivrer de son sang. Ce breuvage n'est point imputé à crime pour ceux qui le boivent, mais il est en eux le principe du salut. Nourrissons-nous aussi de celui qui est l'Azyme ; car l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole de Dieu. Le Christ est le pain descendu du ciel, bien supérieur à celui qui pleuvait du ciel dans la manne, et dont Israël

fit son festin i>our mourir ensuite. Celui dont ce corps sacré est l'aliment devient possesseur de l'éternelle vie.

Les choses anciennes ont disparu, tout est devenu nouveau : le couteau de la circoncision mosaïque est émoussé et le rude tranchant de la pierre employée par Josué est hors d'usage. C'est au front et non en secret, que le peuple du Christ reçoit sa marque glorieuse ; c'est par un bain et non par une blessure, par le Chrême et non par le sang.

Il convient donc, en cette nuit de la résurrection de notre Seigneur et Sauveur, d'allumer un flambeau de cire dont la blancheur flatte les regards, dont le parfum réjouisse l'odorat, dont l'éclat illumine, dont la matière ne cause pas de dégoiit, dont la flamme n'exhale pas une noire famée. Quoi, en effet, de plus convenable, de plus joyeux, que de célébrer les veilles de la nuit en l'honneur de celui qui est la fleur de Jessé, avec des torches dont la matière est empruntée aux fleurs ? La Sagesse a chanté, parlant d'elle-même ; Je suis la fleur des champs et le lis des vallons. La cire n'est point une sueur arrachée au pin par le feu ; elle n'est point une larme enlevée au cèdre par les coups répétés

Ecce vetera transierunt : facta sunt omnia nova. Nam Circumcisionis Mosaicas mucro jam scabruit, et Jesu Nave acuta lapidum obsolevitasperitas ; Christi vero populus insignitur in fronte, non inguine : lavacro non vulnere : Chrismate non cruore.

Decet ergo in hoc Domini Salvatoris nostri vespertinae Resurrectionis adventu ceream nos adolere pinguedinem , cui suppetit candor in specie, suavitas inodore, splendor in lumine : quas nec marcescenti liquore defluit, nec offensam tetri nidoris exhalât. Quid enim magis accommodum, magis festivum, quam ut Jesseico flori floreis excubemus et taedis ? Praesertim cum et Sapientia de semetipsa ceccinerit : Ego sum flos agri, et lilium convallium. Ceras igitur nec pinusexusta desudat, nec crebris sauciata bipennibus cedrus illacrymat ; sed est illis arcana de virginitate creatio ; et

ipsœ transfigurationc nivei candoris albescunt, Eamdem vero papyrum liquida fontis unda producit : quœ instar insontis animae nullis articulatur sinuata compagibus ; sedvirginali circumsepta materie fit hospitalis ignibus alumna rivorum.

Decet ergo adventum Sponsi dulcatis Ecclesiam luminaribus operiri : et largitatemsanctitatis acceptam quanta valet devotionis dote, pensare: nec sanctas interpolare tenebris excubias ; sed taedam sapienter perpetuis praeparare luminibus : ne, dum oleum candelis adjungitur, adventum Domini tardo prosequamur obsequio : qui certe in ictu oculi, ut coruscus, auveniet.

Igitur in hujus diei vespere cuncta venerabilis sacramenti plénitude colligitur : et, quae diversis sunt praefigurata, vel gesta temporibus, faujus noctis curriculo devoluta supplentur.

Nam primum hoc vesdc la hache ; sa source est mystérieuse et virginale ; et si elle éprouve une transformation, c'est en prenant la blancheur de la neige. Devenue liquide par la fusion, sa surface est unie comme le papyrus; pareille à l'âme innocente, aucune division ne vient la briser, et sa substance, toujours pure , descend en ruisseaux pour devenir l'aliment de la flamme.

Il convient que TEglise attende l'arrivée de son Epoux à la lueur de si doux flambeaux, et qu'elle reconnaisse par ses démonstrations le don si abondant de sainteté qu'elle en a reçu. Il convient que les ténèbres n'aient aucune part dans une si sainte veille, et que cette Vierge sage prépare son flambeau, pour préluder à l'éternelle lumière ; de peur que si nous avions encore à verser l'huile dans nos lampes, nous ne fussions tardifs dans nos hommages, à l'avènement du Seigneur qui doit arriver en un clin d'œil, et semblable à l'éclair.

Le soir de ce jour recueille à lui seul la plénitude des plus augustes mystères. Tout ce qui fut figuré ou accompli en divers temps est rassemblé dans la solennité de la nuit qui va suivre. Ce flambeau du soir ouvre d'abord la fête, semblable à l'étoiiâ

?[ui conduisit les Mages. La ontaine mystérieuse de régénération paraît ensuite, semblable au Jourdain, théâtre de la miséricorde du Seigneur. Vient après la voix apostolique du prêtre, annonçant la Résurrection du Christ. Enfin, pour complément du mystère tout entier, la foule des fidèles se nourrit de la chair du Sauveur. Rendue sainte par la prière et les mérites de votre grand-Prêtre et Pontife Ambroise, qu'elle reçoive donc, par le secours du Christ, toutes les faveurs du grand jour de la résurrection.

pertinum lumen, sicut illa dux Magorum Stella, praecedit. Deinde mysticae regenerationis unda subsequitur, velut difnante Domino, fluenta ordanis. Tertio resurrectionem Christi vox apostolica Sacerdotis annuntiat. Tum ad totius mysterii supplementum, Chrlsto vescitur turbafidelium. Quaesummi Sacerdotis, et Antistitis tui Ambrosii oratione sanctificata et meritis, resurrectionis Dominicas diem, Christo in omnibus prospérante suscipiat.

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