L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 16)
LA grâce insigne que vous m'avez accordée, ô mon Dieu, en me faisant connaître les plaies de mon âme, m'a révélé toute la profondeur de mes maux. J'ai compris que je n'étais que ténèbres, et quel besoin j'avais de votre divine lumière. Mais si le flambeau de la fui a éclairé pour moi les tristes ombres de ma nature, il m'a fait voir aussi tout ce que votre amour pour une créature ingrate vous a fait entreprendre, dans le but de la relever et de la sauver. C'est pour moi que vous avez pris naissance dans une chair mortelle ; c'est pour moi que, dans ces jours, vous avez versé tout votre sang sur l'arbre de la croix ; tels sont les prodiges de votre bonté que vous m'ordonnez de croire. Je les crois, ô mon Dieul avec autant de soumission que de reconnaissance. Mais je crois aussi d'une foi non moins vive que dans peu d'instants, par le plus ineffable des mystères, vous allez venir vous unir à moi dans votre sacrement. Votre parole est formelle ; malgré le cri de mon indignité, je m'abaisse devant votre souveraine raison. Il n'y a rien de commun entre le Dieu de toute sainteté et ma misère coupable : cependant, vous dites cjuc c'est vous-même qui venez à moi. Je tremble, mais je crois en vous, ô vérité éternelle ! Je confesse que votre amour pour moi est infini, et que rien ne saurait l'arrêter, quand il a résolu de se communiquer à une humble et infidèle créature.
LORSQUE naguère je vous contemplais, ô mon Dieu, descendant des splendeurs de votre gloire dans le chaste sein d'une fille des hommes, unissant à votre divine substance notre faible et mortelle nature, naissant enfin dans la crèche abandonnée d'une pauvre étable, de tels abaissements d'un Dieu, en même temps qu'ils touchaient mon cœur, me révélaient toute la profondeur de mon néant. Je sentais mieux quelle distance infinie sépare la créature de son créateur, et je confessais avec bonheur ma bassesse, à la vue des miracles de votre
amour. Aujourd'hui, ô mon Sauveur, ce n'est plus seulement la faiblesse de ma nature que je reconnais en moi ; le néant n'est pas coupable de n'être que le néant; mais ce que je considère avec effroi, c'est le mal qui m'a si longtemps dominé, et qui règne encore par ses suites, par les tendances qu'il m'a inspirées, par la faiblesse avec laquelle je le combats. Adam , après son péché, alla se cacher, comme pour fuir vos regards; et vous m'appelez en ce moment, non pour prononcer contre moi une trop juste sentence, mais pour me donner la
't vous êtes, ô mon Dieu, la sainteté même 1 Je me rends à votre appel ; car vous êtes mon maître, et nul ne saurait vous résister; mais je m'humilie et m'anéantis devant votre majesté offensée, la suppliant de considérer que c'est par son ordre seulement que j'ose approcher d'elle.
MAIS que me servirait de reconnaître, ô mon Sauveur, la grandeur et le nombre de mes fautes, si mon coeur n'était pas dans la résolution de s'en détacher pour jamais? Ces péchés, j'en connais maintenant toute l'énormité; je sais que par eux j'ai attenté à votre vie ; que par eux je vous ai attaché à une croix infâme, où vous avez épuisé jusqu'à la dernière goutte de votre sang. Vous voulez vous réconcilier avec votre ennemi, le presser contre votre cœur ; et il se contenterait de reconnaître l'honneur que vous lui faites, sans rompre avec la malheureuse cause qui lui fit encourir votre disgrâce et le mit en hostilité avec vous ! Il n'en peut être ainsi, ô mon Dieu 1 Je ne chercherai pas, comme le premier homme, â fuir inutilement l'œil de votre justice ; comme le Prodigue, je me lève et je vais vers mon père; comme Madeleine, j'ose entrer dans la salle du festin ; je me rends tout tremblant à l'invitation de votre amour. Mais mon cœur a renoncé sincèrement au péché ; je hais, je déteste cet ennemi de votre gloire et de mon bonheur. Désormais, je veux l'éviter et le poursuivre en moi sans ménagement. Je romps avec cette mollesse qui engourdissait ma volonté, avec cette indifférence calculée qui endormait ma conscience, avec ces habitudes
dangereuses qui entraînaient mon âme loin de vous. Ne rejetez pas, ô mon Dieu, un cœur contrit et humilié.
TEL est, ô mon Sauveur, votre amour pour nous en ce monde, que, selon votre consolante promesse, vous n'êtes pas venu pour juger, mais pour sauver. Je ne m'acquitterais donc pas avec vous en ce moment, si je n'avais à vous offrir que cette crainte salutaire qui ma ramené à vous, que cette confusion si légitime qui porte le pécheur à trembler en votre présence. C'est dans votre amour que vous venez me visiter. Le sacrement qui va m'unir à vous est le sacrement de votre amour, vous lavez institué au moment même où vous vous prépariez à donner votre vie pour moi. Lorsque mes péchés vous eurent cloué à la croix, vous deviez me maudire, et vous avez demandé grâce pour moi. (^uel est donc votre amour pour ce pauvre pécheur ! \ ous l'avez dit, ô Pasteur plein de tendresse: C'est celui à qui on a remis davantage qui aime le plus son bienfaiteur. Il faut donc que mon cœur ose vous aimer, qu'il éprouve le besoin de votre amour. Aidez-le, ô mon Dieu ! rassurez-le ; chassez ses terreurs, et faites-vous sentir à lui. C'est parce qu'il vous a craint, qu'il s'est tourné vers vous ; s'il vous aime, il vous demeurera fidèle. O Marie 1 refuge du pécheur, aider mon cœur à ai^mer celui qui est votre fils et notre frère. Saints Anges, vous vivez éternellement de cet amour qui ne s'est jamais éteint en vous : souvenez-vous qu'il m'a créé, comme vous-mêmes, pour l'aimer. Saints et Saintes, par l'amour dont il vous enivre au ciel, daignez vous souvenir de , moi, et préparer mon cœur à s'unir à lui.
VOUS êtes en moi, ô majesté de mon Dieu ! Vous résidez en ce moment dans le cœur d'un pécheur; c'est là votre temple, votre trône, le lieu de votre repos. Que
ferai-je pour vous adorer dignement, vous qui avez daigné descendre jusque dans l'abîme de ma bassesse et de ma misère ? Les Esprits bienheureux se voilent la face devant vous ; vos Saints déposent à vos pieds leurs couronnes immortelles ; et moi, qui suis encore dans la condition de pécheur, puis-je m'anéantir assez devant vous, qui êtes infini en puissance, en sagesse, en bonté ? Cette âme dans laquelle vous résidez en ce moment, osa se mesurer avec vous ; souvent elle eut l'audace de vous désobéir et d'enfreindre vos volontés ; que dis-je ? elle est coupable de votre mort. Vous venez cependant en elle, et vous y faites descendre toutes vos grandeurs ! Recevez, Seigneur, l'hommage qu'elle vous offre, en ce moment où elle succombe sous le poids de l'insigne honneur que vous lui faites. Oui, mon Dieu, je vous adore, je vous reconnais pour le souverain Etre, pour l'auteur et le conservateur de toutes choses, pour mon maître absolu; je confesse avec bonheur ma dépendance, et je vous offre de tout mon cœur mon humble service.
ous êtes grand, ô mon Dieu ! mais vous êtes aussi plein de bonté envers votre pauvre créature. Votre présence en moi n'est pas seulement un trait de cette puissance qui se glorifie de la manière qu'elle veut ; elle est un nouveau gage de votre amour pour moi. Vous venez vous unir à mon âme, la rassurer, la régénérer, lui apporter tous les biens. Oh ! qui me donnera de sentir un tel bienfait, de vous en remercier dignement ? Je ne le puis faire, ô mon Dieu ! car, dans ma faiblesse, je suis incapable de mesurer toute l'étendue de votre amour, tout le besoin que j'avais de votre présence. Et si je viens à considérer les moyens qui sont à ma disposition pour reconnaître la faveur que vous me faites, je tombe accablé sous mon impuissance. Cependant vous voulez, ô mon Dieu, que ce cœur, tout faible qu'il est, vous rende grâces; vous prenez plaisir à recevoir l'hommage de sa chétive reconnaissance. Agréez-le donc : mon âme tout entière vous l'offre, en vous suppliant de lui révéler de plus en plus l'immensité de vos dons, et de prendre pitié de son insuffisance.
MAIS je ne puis m'acquitter avecvousque par l'amour, ô mon souverain bien ! Vous m'avez aime, vous m'aimez ; il faut que je vous aime. Vous m'avez supporté ; vous m'avez pardonné, vous venez de me combler d'honneur et de richesse : en venant en moi , l'amour vous a fait accomplir tous ces prodiges ; et c'est mon amour que vous demandez en retour du vôtre. La reconnaissance ne vous suffit pas, vous voulez être aimé, vous qui m'avez racheté à un si grand prix. Si je jette un regard sur le passé, ces longs jours qui s'écoulèrent loin de vous dans la désobéissance, se présentent à ma pensée, et il me semble que je devrais fuir vos bontés. Mais où irai-je. ô mon Dieu, que je ne vous y porte avec moi, maintenant que vous êtes établi au centre de mon âme ? Je m'inclinerai donc sous votre miséricorde ; et. comme si jamais je ne vous eusse trahi, je réunirai toutes les forces de mon cœur pour vous dire que je vous aime, que votre divine charité a rassuré mon âme, qu'elle est à vous, qu'elle vous préfère à tout, qu'elle met désormais toute sa joie, tout son bonheur a vous complaire, à faire vos volontés.
JE sais, ô mon Dieu, que ce que vous demandez de moi, ce n'est pas l'effusion passagère d'un cœur touché de vos bontés. Vous m'avez aimé de toute éternité ; dans le temps, vous vous êtes livré pour moi à la mort, vous avez pensé à moi sur la croix ; vous m'avez gardé votre prédilection, alors même que je ne vous servais pas. Tant de lumières que vous m'avez données de l'état de mon âme, tant de protection contre votre propre justice, tant de miséricorde à me pardonner, tant d'amour à vous incliner vers moi en ce moment ; toutes ces œuvres de votre droite n'avaient qu'un seul but : celui de m'attacher à vous, de m'amener à vivre enfin pour vous. Ce but, vous avez voulu l'atteindre, en me donnant aujourd'hui le précieux gage de votre amour. Vous avez dit, en parlant de ce don ineffable : De même que je vis par mon Père^ ainsi celui qui mange ma chair vivra par moi.
Vous êtes désormais, 6 Pain vivant descendu du ciel, le principe de ma vie ; elle est donc à vous plus que jamais. Je vous la donne; je vous dévoue mon âme, mon corps, mes facultés, mon existence tout entière. Dirigezmoi, réglez-moi ; je m'abandonne à vous. Je suis aveugle, mais votre lumière me conduira ; je suis faible, mais votre force me soutiendra ; je suis inconstant, mais votre fermeté me maintiendra. Je me repose de tout sur votre miséricorde, qui ne manque jamais à ceux qui espèrent en vous.
O Marie ! Mère de douleur I gardez en moi le fruit de cette visite de votre divin Fils ! Anges de Dieu, montrez-vous jaloux de conserver intacte la demeure que votre Maître a daigné habiter. Saints et Saintes de Dieu, priez pour le pécheur auquel il a donné un tel gage de réconciliation.
ES Vêpres, ou Office du soir, se composent d'abord de cinq Psaumes accompagnés d'Antiennes. Nous les donnons ciaprès, en les faisant précéder, selon notre usage, de quelques lignes dans lesquelles nous nous attachons à relever, dans ces divins Cantiques , les passages qui conviennent le mieux au temps de l'Année liturgique que nous parcourons,
jours , et dans les siècles saeculasaeculorum.Amen. des siècles. Amen.
Le premier Psaume est prophétique sur les grancieurs du Messie; mais il ne passe pas sous silence ses humiliations. Ce divin cantique annonce les triomphées du Christ; mais il nous apprend qu'avant d'être élevé en gloire, il éoira Veau du torrent.
CELUI qui est le Seigneur a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , et régne:^ avec moi ;
Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier Avènement , je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c'est de là que vous partire:^, pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; ccrr le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant : DieuHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédech.
Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex Sion : * dominare inmedio inimicorum tuorum.
Tecum principium in die virtutis tuae in splendoribus Sanctorum ; * ex utero ante luciferum genui te.
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum: * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au Jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations; il consommera la ruine du mondcy et brisera contre terre la tête de plusieurs.
Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent ^es afflictions ; mais c'est pour cela même qu'un jour il élèvera la tête.
Le Psaume suivant célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple; mais le premier de tous ces bienfaits est le don qu'il a daigné nous faire d'un Rédempteur. 11 a fait avec nous une alliance éternelle) mais cette alliance a été scellée du sang de son propre Fils.
Judicabit in nationibus, implebit ruinas * : conquassabit capita in terra multorum.