L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 3)
Avec le sang de l'Agneau qui enlève nos péchés, la sainte Eglise nous recommande en ces jours de vénérer aussi la Croix, qui est comme l'autel sur lequel notre incomparable Victime est immolée. Deux fois, dans le cours de l'année, aux fêtes de son Invention et de son Exaltation, ce bois sacré nous sera montré pour recevoir nos hommages, comme trophée de la victoire du Fils de Dieu; à ce moment, il ne nous parle que de ses douleurs,
il n'oflrc qu'une idée de honte el d'ignominie. Le Seigneur avait dit dans l'ancienne alliance : « Maudit celui qui est suspendu au bois K » L'Agneau oui nous sauve a daigné affronter cette malédiction : mais, par là même, combien nous devient cher ce bois autrefois infâme, désormais sacré ! Le voilà devenu l'instrument de notre salut, le gage sublime de l'amour du Fils de Dieu pour nous. C'est pourquoi l'Eglise va lui rendre chaque jour, en notre nom, les plus chers hommages; et nous, nous joindrons nos adorations aux siennes. La reconnaissace envers le Sang qui nous a rachetés, une tendre vénération envers la sainte Croix, seront donc, durant cette quinzaine, les sentiments qui occuperont particulièrement nos cœurs.
Mais que ferons-nous pour l'Agneau luimême, pour celui qui nous donne ce sang, et qui embrasse avec tant d'amour la croix de notre délivrance? N'est-il pas juste que nous nous" attachions à ses pas ; que, plus fidèles que les Apôtres lors de sa Passion, nous le suivions jour par jour, heure par heure, dans la Voie douloureuse? Nous lui tiendrons donc fidèle compagnie, dans ces derniers jours où il est réduit à fuir les regards de ses ennemis; nous envierons le sort de ces quelques familles dévouées qui le recueillent dans leurs maisons, s'exposant par cette hospitalité courageuse à toute la race des Juifs ; nous compatirons aux inquiétudes mortelles de la plus tendre des mères; nous pénétrerons par la pensée dans
cet horrible Sanhédrin où se trame l'affreux complot contre la vie du Juste. Tout à coup l'horizon, si chargé de tempêtes, semblera un moment s'éclaircir, et nous entendrons le cri d'Hosanna retentir dans les rues et les places de Jérusalem. Cet hommage inattendu au fils de David, ces palmes, ces voix naïves des enfants hébreux, feront trêve un instant à tant de noirs pressentiments. Notre amour s'unira à ces hommages rendus au Roi d'Israël qui visite avec tant de douceur la fille de Sion, pour remplir l'oracle prophétique; mais (^ue ces joies subites seront de peu de durée, et que nous retomberons promptement dans la tristesse !
Le traître disciple ne tardera pas à consommer son odieux marché ; la dernière Pâque arrivera enfin, et nous verrons l'agneau figuratif s'évanouir en présence du véritable Agneau, dont la chair nous sera donnée en nourriture et le sang en breuvage. Ce sera la Cène du Seigneur. Revêtus de la robe nuptiale, nous y prendrons place avec les disciples; car ce jour est celui de la réconciliation qui réunit à une même table le pécheur repentant et le juste toujours fidèle. Mais le -temps presse : il faudra partir pour le fatal jardin; c'est là que nous pourrons apprécier le poids de nos iniquités, à la vue des défaillances du cœur de Jésus, qui en est oppressé jusqu'à demander grâce. Puis tout à coup, au milieu d'une nuit sombre, les valets et la soldatesque , conduits par l'infâme Judas, mettront leurs mains impies sur le Fils de l'Eternel ; et les légions d'Anges qui l'adorent resteront comme désar2 s La Passion et la Semaine sainte.
mées en présence d'un tel forfait. Alors commencera cette série d'injustices dont les tribunaux de Jérusalem seront l'odieux théâtre : le mensonge, la calomnie, la soif du sang innocent, les lâchetés du gouverneur romain, les insultes des valets et des soldats, les cris tumultueux d'une populace aussi ingrate que cruelle: tels sont les incidents dont se rempliront les heures rapides qui doivent s'écouler depuis l'instant où le Rédempteur aura été saisi par ses ennemis, jusqu'à celui où il gravira, sous sa croix, la colline du Calvaire. Nous verrons de près toutes ces choses ; notre amour ne nous permettra pas de nous éloigner dans ces moments ou, au milieu de tant d'outrages, le Rédempteur traite la grande affaire de notre salut.
Enfin, après les soufflets et les crachats, après la sanglante flagellation, après le cruel opprobre du couronnement d'épines, nous nous mettrons en marche à la suite du Fils de l'homme ; et c'est à la trace de son sang que nous reconnaîtrons ses pas. Il nous faudra fendre les flots d'un peuple avide du supplice de l'innocent, entendre les imprécations qu'il vomit contre le fils de David. Arrivés au lieu du sacrifice, nous verrons de nos yeux l'auguste Victime, dépouillée de ses vêtements, clouée au bois sur lequel elle doit expirer, élevée dans les airs, entre le ciel et la terre, comme pour être plus exposée encore aux insultes des pécheurs. Nous nous approcherons de l'Arbre de vie, afin de ne perdre ni une seule goutte du san^ qui purifie, ni une des paroles que, par intervalles, le RédempLa Passion et la Semaine sainte. 2 g
teur fera descendre jusqu'à nous. Nous compatirons à sa Mère, dont le cœur est transpercé du glaive de douleur, et nous serons près d'elle au moment où Jésus expirant nous léguera à sa tendresse. Enfin, après les trois heures de son agonie, nous le verrons pencher la tête, et nous recevrons son dernier soupir.
Et c'est là ce qui nous reste : un corps inanimé et meurtri, des membres ensanglantés et roidis par le froid de la mort; c'est tout ce qui nous reste de ce Fils de l'homme dont nous avions salué avec tant d'allégresse la venue en ce monde ! Il ne lui a pas suffi, à lui. Fils de l'Eternel, de « s'anéantir, en prenant la forme d'esclave 1 »; cette naissance dans la chair n'était que le début de son sacrifice: son amour devait l'entraîner jusqu'à la mort , et jusqu'à la mort de la croix. Il avait vu qu'il n'obtiendrait le nôtre qu'au prix d'une si généreuse immolation, et son cœur n'a pas reculé. « Maintenant donc, nous dit saint Jean, aimons Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier 2. )) Tel est le but que l'Eglise se propose dans ces solennels anniversaires. Après avoir abattu notre orgueil et nos résistances par le spectacle effrayant de la justice divine, elle entraîne notre cœur à aimer enfin celui qui s'est livré, en notre place , aux coups de cette inflexible justice. Malheur à nous , si cette grande semaine ne produisait pas dans nos âmes un juste retour envers celui qui avait
tous les droits de nous haïr, et qui nous a aimés plus que lui-même ! Disons donc avec l'Apôtre : « I^a charité de Jésus-Christ nous presse, et désormais tous ceux qui vivent ne doivent plus vivre pour eux-mêmes , mais pour celui qui est mort pour eux i. » Nous devons cette fidélité à celui qui fut notre victime, et qui jusqu'au dernier instant, au lieu de nous maudire, ne cessa de demander et d'obtenir pour nous miséricorde. Un jour, il reparaîtra sur les nuées du ciel ; « les hommes verront alors , dit le Prophète , celui qu'ils ont percé '^. » Puissions-nous être de ceux auxquels la vue des cicatrices de ses blessures n'inspirera que la confiance, parce qu'ils auront réparé par leur amour le crime dont ils s'étaient rendus coupables envers l'Agneau divin !
Espérons de la miséricorde de Dieu que les saints jours où nous entrons produiront en nous cet heureux changement qui nous permettra, lorsque l'heure du jugement de ce monde aura sonné, de soutenir, sans trembler, le regard de celui que nous allons voir foulé sous les pieds des pécheurs. Le trépas du Rédempteur bouleverse toute la nature : le soleil se voile au milieu du jour, la terre tremble jusque dans ses fondements, les rochers éclatent et se fendent; que nos cœurs aussi soient ébranlés , qu'ils se laissent aller de l'indifférence à la crainte, de la crainte à l'espérance , de l'espérance enfin à l'amour; et après être descendus avec notre
libérateur jusc^u'au fond des abîmes de la tristesse , nous mériterons de remonter avec lui à la lumière, environnés des splendeurs de sa résurrection, et portant en nous le gage d'une vie nouvelle que nous ne laisserons plus s'éteindre.
ANS le cours de cette quinzaine, le chrétien, à son réveil, s'unira à la sainte Eglise qui, dans les jours consacrés au culte des douleurs de notre Rédempteur, répète, à chaque Heure de l'Office divin, ces paroles de l'Apôtre :
CHRISTUS factus est pro nobis obediens usque ad raortem, mortem autem crucis.
Jésus-Christ s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort , et à la mort de la croix.
Il adorera profondément cette Majesté redoutable qui n'a pu être apaisée gue par le sang d'un Dieu , et cette bonté intinie qui a daigné se dévouer au sacrifice pour sauver rhomme pécheur. C'est sous cette double impression qu'il s'efforcera d'accomplir les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le mom'ent étant venu de faire la Prière du Matin,
il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l'Eglise elle-même, la forme de ses sentiments.
D'abord , la louange et l'adoration à la très sainte Trinité :
R]. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
P^. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen,
> DORAMUSte, ChriA. ^ous vous adorons, ^* -^-^ ô Christ ! et nous
Après ces actes fondamentaux, on récitera l'Oraison Dominicale, demandant ^ à Dieu qu'il daigne se souvenir de ses miséricordes et vardonner nos offenses par les mérites dn
sang de son Fils ; nous secourir dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du tnal^ en effaçant de nos ânries jusqu'aux dernières traces du péché, qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le mal de l'honame.
PATER noster, qui es in cœlis , sanctificetur Nomen tuum : adveniat Regnum tuum : fiât Voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.
Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis débita nostra, sicut etnosdimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libéra nos a malo. Amen.
NOTRE Père qui êtes aux cieux , que votre Nom soit sanctifié; que votre Règne arrive ; que votre Volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donnez-nous aujourd'hui notre Pain quotidien. Pardonne:^-nGUS nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés : et ne nous laisse:^ fas succomber à la tentation : mais délivre-- nous du mal. Ainsi soit-il.
On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie, en lui rappelant avec amour et confiance qu'elle est le refuge assuré des pécheurs qui l'implorent.
A VE Maria , gratia *^ plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui, Jésus.
Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen.