L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 58)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Nous avions été guéris par ses meurtrissures. » O médecin céleste, qui prend sur lui les maladies de ceux qu'il veut guérir ! Mais il n'a pas seulement été « meurtri » pour nous ; il a encore été égorgé comme l'agneau à la boucherie. Mais peut-être n'at-il fait que se soumettre à l'inflexible justice du Père, « qui a mis sur lui l'iniquité de nous tous » ? Ecoutez le Prophète : « S'il a été sacrifié, c'est parce que lui-même Tg voulu. » Son amour pour nous est égal à sg soumission envers son Père. Voyez comme il se garde de parler devant Pilate, qui pourrait d'un seul mot l'arracher à ses ennemis. « Il demeure dans le silence, sans ouvrir la bouche, semblable à l'agneau devant celui qui le tond. » Adorons ce divin silence qui nous sauve; recueillons tous ces détails d'un dévouement que l'homme n'eut jamais pour l'homme, et qui ne pouvait se rencontrer que dans le cœur d'un Dieu. Comme il nous aime, nous « sa race », les fils de son sang, le salaire de son sacrifice ! Eglise sainte, postérité de Jésus mourant, tu lui es chère; il t'a achetée d'un grand prix, et il se complaît en toi. Ames fidèles, rendez-lui amour pour amour; âmes pécheresses, redevenez fidèles, puisez la vie dans son sang, et souvenez-vous que si « nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes », le Seigneur « a mis sur lui l'iniquité de nous tous ». Il n'est pas de pécheur si coupable,

pas de païen, pas d'infidèle, qui n'ait sa part dans ce sang précieux, dont la vertu infinie est telle quelle pourrait racheter des millions de mondes plus criminels encore que le nôtre.

Le Trait qui fait suite à cette Lecture est formé de quelques versets du Psaume ci% dans lequel David exprime les souffrances de la nature humaine dans le Christ, au milieu des délaissements qu'il éprouve.

j^. Ne avertas faciem tuam a me : in quacumque die tribulor, inclina ad me aurem tuam.

f. Quia defecerunt sicut fumus dies mei : et ossa mea sicut in frixorio confrixa sunt.

f. Percussus sum sicut fœnum, et aruit cor meum, quia oblitus sum manducare panemmeum.

j^. Tu exsurgens, Domine, misereberis Sion, quia venit tempus miserendi ejus.

SEIGNEUR , exaucez ma prière ; et que mon cri s'élève jusqu'à vous.

,t. Ne détournez pas de moi votre face; en quelque moment que je tombe dans la tribulation, inclinez vers moi votre oreille.

j^. En quelque jour que je vous invoque , hâtez-vous de m'exauccr.

j^. Tous mes jours se sont évanouis comme la fumée , et mes os sont desséchés comme ce qui a passé par le feu.

f. Je suis semblable à l'herbe que l'on a fauchée; mon cœur a défailli, parce que j'ai oublié de prendre ma nourriture.

j^. Vous vous lèverez. Seigneur ; vous aurez pitié de Sion ; le temps est venu d'avoir compassion d'elle.

Evangéliste donne un grand nombre de détails que les deux premiers avaient omis de rapporter; à son aide, nous pénétrons toujours plus avant dans le divin mystère des douleurs et du sacrifice de l'Homme-Dieu.

La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Luc. Chap. XXII.

EN ce temps-là, la fête des Azymes, que l'on appelle la Pâque, approchait. Et les princes des prêtres et les scribes cherchaient comment ils pourraient faire mourir Jésus; mais ils craignaient le peuple. Or Satan entra dans Judas surnommé Iscariote, l'un des douze. Et il alla conférer avec les princes des prêtres et les officiers du Temple, touchant la manière en laquelle il le leur livrerait. Et pleins de joie, ils convinrent de lui donner de l'argent. Et, s'étant engagé, il cherchait l'occasion de le leur livrer sans tumulte.

Vint le jour des Azymes, où il était nécessaire d'immoler la Pâque. Et Jésus envoya Pierre et Jean, disant : Allez, et préparez-nous ce qu'il faut pour manger la Pâque. Et ils lui dirent : Où voulez-vous que nous la préêarions ? Et il leur répondit : !n entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme porPassio Domini nostri Jesu Christi secundum Lucam. Cap. xxii.

IN illo tempore : Appropinquabat dies festus Azymorum, qui dicitur Pascha : et quaerebant principes sacerdotum et scribae, quomodo Jesum interficerent : timebant vero plebem. Intravit autem Satanas in Judam, qui cognominabatur Iscariotes, unum de duodecim; et abiit et locutus est cum principibus saicerdotum et magistratibus, quemadmodum illum traderet eis. Et gavisi sunt : et pacti sunt pecuniam illi dare. Et spopondit. Et quaerebat opportunitatem ut traderet illum sine turbis. Venit autem dies Azymorum, in qua necesse erat occidi Pascha. Et misit Petrum et Johannem, dicens : Euntes parate nobis Pascha, ut manducemus. At illi dixerunt : Ubi vis paremus ? Et dixit ad eos : Ecce introeuntibus vobis in civi. tatem, occurret vobis hoLe Mercredi Saint.

mo quidam amphoram aqucC portans ; sequimini eum in domum, in qiiam inlral, et dicetis patrifamiiias domus : Dicit tibi Magister : Ubî est diversorium, ubi Pascha cum discipulis meis manducem .-'Et ipse ostendet vobis cœnaculum ma^mum stratum, et ibi parate.

Eunles autem invenerunt sicut.dixit illis : et paraverunt Pascha. Et cum facta esset hora, discubuit, et duodecim Apostoli cum eo : et ait illis : Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar. Dico enim vobis : quia ex hoc non manducabo illud, donec impleatur in regno Dei. Et accepto calice, gratias egit, et dixit : Accipite, et dividite intcrvos. Dico enim vobis : quod non bibam de generatione vitis, donec regnum Dei veniat. Et accepto pane, gratias egit, et fregit. et dédit eis, dicens : Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur. Hoc facile in meam commemorationem. Similiter et calicem, postquam cœnavit, dicens : Hic est calix novum testamentum in sanguine meo, qui pro vobis fundetur. Veruratant une cruche d'eau : suivez-le dans la maison où il entrera, et vous direz au maître de cette maison : Le Maître vous envoie dire : Où est le lieu où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande salle meublée : préparez-y ce qu'il faut.

S'en allant donc, ils trouvèrent tout comme il leur avait dit, et préparèrent la Pâque. Et l'heure étant venue, il se mit à table, et les douze Apôtri^s avec lui, et il leur dit : J'ai souhaité avec ardeur de manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. Car, je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Et, prenant la coupe, il rendit grâces, et dit : Prenez, et partagez entre vous. Car, je vous le dis, je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'à ce

Sue vienne le royaume de ► ieu. Et ayant pris du pain , il rendit grâces, et le rompit, et le leur donna, disant : Ceci est mon corps, qui est donné pour vous : faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même la coupe, après le souper, disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang, qui sera répandu pour vous. Cependant la main de I celui qui me trahit est avec

moi à cette table. Pour ce qui est du Fils de l'homme, il s'en va, selon ce qui a été déterminé ; mais malheur à cet homme par qui il sera trahi ! Et ils commencèrent à s'entre-demander qui était celui d'entre eux qui ferait cela.

Il s'éleva aussi parmi eux une contestation : lequel d'entre eux devait être estimé le plus grand ? Mais il leur dit : Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui ont puissance sur elles sont appelés bienfaisants. Entre vous , il n'en est pas ainsi ; mais que celui de vous qui est le plus grand soit comme le moindre, et celui qui gouverne comme celui qui sert. Car quel est le plus grand, celui qui est assis à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Or, moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. C'est vous qui êtes demeurés constamment avec moi durant mes épreuves : et moi, je vous prépare -le royaume, comme mon Père me l'a préparé ; afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume, et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Le Seigneur dit ensuite : Simon, Simon, voilà que Satan

tamen ecce manus tradentis me, mecum est in mensa. Et quidem Filius hominis, secundum quod definitum est, vadit : verumtamenvaehomini illi, per quem tradetur. Et ipsi cœperunt quaerere inter se, quis esset ex eis, qui hoc facturus esset.

Facta est autem et contentio inter eos, quis eorum videretur esse major. Dixit autem eis : Reges gentium dominantur eorum : et qui potestatem habent super eos, benefici vocantur. Vos autem non sic : sed qui major est in vobis fiât sicut minor ; et qui praecessor est, sicut ministrator. Nam quis major est, qui recumbit, an qui ministrat ? Nonne qui recumbit ? Ego autem in medio vestrum sum, sicut qui ministrat : vos autem estis, qui permansistis mecum in tentationibus meis. Et ego dispono vobis, sicut disposuit mihi Pater meus regnum : ut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo, et sedeatis super thronos, judicantes duodecim tribus Israël. Ait autem Dominus : Simon, Simon, ecce Satanas expew,

livit vos, ut cribaret sicut triticiim. Ego autem roî^avi pro te, ut non defioat fidestua : et tu aliquando conversus, confirma fratres tuos. Qui dixit ci : Domine, tccum paratus sum, et in carcerem et in morlem ire, i\t ille dixit : Dico tibi, Petre, non cantabit hodie gallus, donec ter abneges nosse me. Et dixit eis : Quandomisi vos sine sacculo et pera et calceamentis, numquid aliquid defuit vobis ? At illi dixerunt : Nihil. Dixit ergo eis : Sed nanc, qui habet sacculum tollat similiter et perara. Et qui non habet vendat tunicam suam, et emat gladium. Dico enimvobis : quoniam adhuc hoc, quod scriptum est, oportet impleri in me: Etcum iniquis deputatus est. Etenim ea quas sunt de me, finem habent. At illi dixerunt : Domine, ecce duo gladii hic. At ille dixit eis : Satis est.

Et egressus ibat secundum, consuetudinem in montem Olivarum : secuti sunt autem illum et discipuli. Et cum pervenisset ad locum, dixit illis : Orate, ne intretis in tentationem. Et ipse avulsus est ab eis, quanvous a demandés pour vou^ cribler comme le froment ; mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; ci toi, quand tu seras converti, confirme tes frères. Pierre lui dit : Seigneur, je suis prêt à aller avec vous en prison et a la mort. Jésus lui répondit : Je te le dis, Pierre, le coq aujourd'hui ne chantera point que, par trois fois, tu n'aies nié me connaître. Et il leur dit : Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, quelque chose vous a-t-il manqué .-' lis répondirent : Kien. Et il ajouta : Mais maintenant, que celui qui a une bourse la prenne, et un sac pareillement ; et que celui qui n'en a point vende sa tunique et achète une épée. Car je vous le dis, il faut que ceci encore qui a été écrit s'accomplisse en moi : Il a été mis au rang des malfaiteurs ; et toutes les choses qui ont été prédites de moi touchent à leur fin. Ils lui dirent : Seigneur, voici deux épées. Il répondit : C'est assez.

Et étant sorti, il s'en alla, suivant sa coutume, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Et arrivé en ce lieu, il leur dit : Priez, afin de ne point entrer en tentation. Et il s'éloigna d'eux à la distance d'un jet de pierre; et s'étant mis à genoux, il

priait disant : Père, si vous le voulez, éloignez de moi ce calice : cependant que votre volonté se fasse, et non pas la mienne. Alors un Ange du ciel lui apparut, qui le fortifiait. Et, étant tombé en agonie, il redoublait sa prière. Et il lui vint une sueur , comme de gouttes de sang, qui tombaient à terre. Et, s'étant levé après sa prière, il vint à ses disciples, et les trouva endormis par l'effet de leur tristesse. Et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? levez-vous, priez, afin de ne point entrer en tentation.

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