L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 57)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ps. Domine, exaudi orationem meam : et clamor meus ad te veniat. In nomine.

Qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre, et dans les enfers ; parce gue le Seigneur s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la Croix ; c'est pour cela que le Seigneur Jesus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père.

Ps. Seigneur, exaucez ma prière, et que mon cri monte jusqu'à vous. Qu'au nom de Jésus,

Dans la première Collecte, l'Eglise confesse que ses enfants ont péché ; mais elle représente au Seigneur la Passion qu'a soufferte pour eux son Fils unique, et elle se laisse aller a l'espérance.

FAITES, s'il vous plaît. Dieu tout-puissant, que, par les mérites de la Passion de votre Fils unique, nous soyons délivrés des maux qui sans cesse nous affligent, à cause de nos péchés; nous vous en supplions par lui, qui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles. Amen. Lecture du Prophète Isaïe, Chap. lxii et Lxiii.

VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Dites à la fille de Sioa : Ton Sauveur vient ;

PRJESTA, quaesumus omnipotens Deus : ut qui nostrisexcessibus incessanter affligimur, per unigeniti Filii tui Passionem liberemur. Qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saculorum. Amen.

H^c dicit Dominus Deus : Dicite filiae Sion . Ecce Salvator

voici sa récompense avec lui. Quel est celui qui vient d'E- dom, qui arrive de Bosra avec sa robe teinte de frais, qui éclate en la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute-puissante ? C'est moi dont la parole est toute de justice, moi qui viens défendre et sauver. Pourquoi donc votre robe estelle rouge, et vos vêtements "" comme les habits de ceux qui ^*oulent le vin dans le prèsHoir ? J'ai été ?eul à fouler le ' vin, nul d'entre les hommes n'a travaillé avec moi. J'ai foulé mes ennemis dans ma fureur ; je les ai broyés sous mes pieds dans ma colèie ; leur sang a jailli sur ma robe, et tous mes vêtements en sont tachés ; car c'est le jour de la vengeance qu'appelaient mes désirs ; le temps de racheter les miens est arrivé. J'ai regardé autour de moi, et personne n'était là pour m'aider; j'ai cherché : et je n'ai point trouvé de secours ; mon bras seul m'a sauvé, et ma colère a été mon seul auxiliaire. Et. j'ai foulé les peuples sous mes pieds dans ma fureur ; et je les ai enivrés dans ma colère, et j'ai renversé par terre toute leur force. Je me souviendrai des miséricordes du Seigneur ; je louerai le Seigneur pour tous les biens qu'il nous a faits, lui le Seigneur notre Dieu.

tuus venit, ecce merces ejus cum eo. Quis e st iste, qui venit de Edom, tinctis vestibus de Bosra ? Iste formosus in st ola sua, gradiens in multitudinefortitudinis suae. Ego, qui loquor justitiam . et propugnator sum ad salvandum. Quare ergo rubrum est indumentum tuum, et vestimenta tua sicut calcan» tium in torculari ? Tor* cular calcavi solus : et d gentibus non est vir mecum. Calcavi eos in furore meo : et conculcavï eos in ira mea. Et aspersusest sanguis eorum super vestimenta mea, et omnia indumenta mea inquinavi. Dies enim ultio' nis in corde meo : annus redemptionis meag venit, Circumspexi, et non erat auxiliator : et quaesivi, et non fuit qui adjuvaret. Et salvavit mihi brachi^ um meum : et indignatio mea ipsa auxiliata est mihi. Et conculcavi populos in furore meo ; et inebriavi eos in indignatione mea, et detraxi in terram virtutem eorum, Miserationum Domini recordabor, laudem Domini super omnibus, quae reddidit nobis Dominus Deus noster.

Qu'il est terrible ce libérateur qui foule ses ennemis sous les pieds, comme les grappes ilu pressoir, au point que ses vêtements sont teints de leur sang ! Mais n'est-ce pas aujourd'hui qu'il importe de relever et d'exalter la vigueur de son bras, aujourd'hui qu'il est abreuvé d'humiliations, que ses ennemis, par le plus ignoble de tous les marchés, l'ont acheté d'un de ses disciples ? Il ne sera pas toujours dans l'abaissement; il se relèvera bientôt , et la terre apprendra quelle est sa puissance, à la vue des châti. ments dont il accablera ceux qui ont osé K fouler aux pieds Jérusalem s'apprête à lapider ceux qui prêcheront en son nom ; elle sera la plus cruelle des marâtres pour ces vrais Israélites qui , dociles aux enseignements des Prophètes, ont reconnu dans Jésus tous les caractères du Messie. La Synagogue tentera d'étouffer l'Eglise dans son berceau; mais à peine l'Eglise, secouant la poussière de ses pieds contre Jérusalem, se sera tournée vers les nations, que, semblable à une tempête, la vengeance du Christ viendra fondre sur la ville qui l'a acheté, qui l'a trahi, qui l'a crucifié. C'est alors que le sang du Juit coulera par torrents, à ce point que, dans une des rues de Jérusalem que dévorait l'incendie, il lutta avec la flamme et l'arrêta. Nous savons cet affreux détail par l'historien juif Josèphe, témoin oculaire du désastre de sa patrie. C'est ainsi que le Seigneur se vengera d'un peuple parricide, au jour où s'accompliront les menaces qu'il proférait avanthier sur la montagne des Oliviers, en vue de la cité ingrate et perfide.

Et cependant la ruine de Jérusalem n'a été que la figure de cette autre ruine à laquelle le monde coupable est destiné, lorsque le divin vengeur que nous entendons contredire et bafouer tous les jours, reparaîtra sur les nuées du ciel pour rétablir son honneur outragé. Présentement il se laisse livrer, conspuer et méconnaître ; mais lorsque « le temps de racheter les siens sera venu, le jour de vengeance qu'appellent les désirs du juste », heureux ceux qui l'auront connu, qui auront compati à ses abaissements et à ses douleurs ! Malheur à ceux qui n'auront vu en lui qu'un homme ! Malheur à ceux qui, non contents de secouer son joug pour eux-mêmes, lui auront enlevé l'empire sur les autres ! Car il est Roi; et il est venu en ce monde pour régner, et ceux qui auront repoussé sa clémence ne pourront fuir sa justice.

Le Graduel qui suit cette sublime lecture d'Isaïe est un cri de détresse que le Messie fait entendre par la bouche de David.

NE détournez pas votre visage de votre serviteur ; l'affliction me presse, hâtezvous de m'exaucer.

y. O Dieu, sauvez-moi, car un torrent de maux a inondé mon âme ; je suis descendu dans un abîme, et ]e ne trouve pas le fond.

NE avertas faciem tuam a puero tuo, quoniam tribulor : velociter exaudi me.

j^. Salvum me fac , Deus, quoniam intraverunt aquae usque ad animam meam : infixus sum in limo profundi, et non est substantia,

Dans la seconde Collecte, la sainte Eglise rappelle encore au Père céleste le supplice que son Fils a daigné endurer pour nous

atVranchir du joug de notre ennemi infernal, et demande que nous ayons part à la résurrection glorieuse de ce divin Médiateur.

DEiis . qui pro nobis Filium tuum Crucis f)atibulum subire vouisti. ut inimici a nobis expelleres potestatem : concède nobis famulis tuis , ut resurrectionis gratiam consequamur. Fer eumdem Dominum nostrum Jesum Chrietum. Amen.

ODiEU, qui avez voulu que votre Fils souffrît pour nous le supplice de la Croix, afin de nous délivrer de la puissance de l'ennemi ; accordez à vos serviteurs la grâce d'avoir part à sa résurrection. Par le même JésusChrist notre Seigneur. Amen.

IN diebus illis : Dixit Isaias : Domine, quis credidit auditui nostro; et brachium Domini cul revelatum est ? Et ascendet sicut virgultum coram eo : et sicut radix de terra sitienti. Non est species ei, neque décor. Et vidimus eum : et non erat aspectus, et desideravimus eum : despectum, et novissimum virorum , V'irum dolorum, et scientem infirmitatem. Et quasi absconditus vultus ejus, et despectus : unde nec reputavimus eum. Vere languores nostros ipse

EN ces jours-là, Isaïe dit*. Qui a cru à notre parole ? à qui le Christ, bras du Seigneur, a-t-il été révélé ? Il s'élèvera comme un faible arbrisseau devant le Seigneur, comme un rejeton qui sort d'une terre dévorée du soleil : il n'a ni beauté ni éclat; nous l'avons vu : rien en lui n'attirait les regards ; nous l'avons méconnu. Il nous a semblé un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, voué à la souffrance. Son visage éiait comme caché: il ne paraissait digne que de mépris ; et nous n'avons fait de lui ancun cas.

Véritablement il a pris sur lui nos maladies ; il s'est chargé de nos douleurs. Nous l'avons pris pour un lépreux , pour un homme frappé de Dieu et humilié sous ses coups. C'est pour nos iniquités qu'il a été couvert de plaies ; pour nos crimes qu'il a été broyé. Le châtiment qui devait nous ménager la paix est tombé sur lui ; et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Tous nous nous étions égarés comme des brebis errantes ; chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie ; et le Seigneur a mis sur lui l'iniquité de nous tous. Il a été sacrifié parce que lui-même la voulu, et il n'a pas ouvert la bouche. Il sera mené à la mort comme une brebis ; il demeurera dans le silence sans ouvrir la bouche, semblable à l'agneau devant celui qui le tond. Il a été enlevé au milieu des douleurs, après avoir été jugé. Qui racontera sa génération? Il a été retranché de la terre des vivants ; je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple. Le Seigneur lui donnera des impies pour garder son sépulcre , et un homme riche pour l'ensevelir après sa mort. Car il n'a point commis l'iniquité, et le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Et le Seigneur a voulu le briser dans

tulit : et dolores nostros ipse portavit. Et nos putavimus eum quasi leprosum, et percussum a Deo, et humiliatum. Ipse autem vulneratusest propter iniquitates nostras : attritus est proptet scelera nostra : disciplina pacis nostrae super eum : et livore ejus sanati sumus. Omnesnos quasi oves erravimus : unusquisque in viam suam declinavit : et posuit Dominus in eo iniquitatem omnium nostrum. Oblatus est, quia ipse voluit : et non aperuit os suum. Sicut ovis ad occisionem ducetur; et quasi agnus coram tondente se, obmutescet: et non aperiet os suum. De angustia, et de judicio sublatus est. Generationem ejus quis enarrabit ? Quia abscissus est de terra viventium. Propter scelus populi mei percussi eum. Et dabit impios pro sepultura, et divitem pro morte sua ; eo quod iniquitatem non fecerit, neque dolus inventus fuerit in ore ejus. Et Dominus voluit conterere eum in infirmitate. Si posuerit pro peccato animam suam, videbit semen longcevum : et voluntas Dominiinmanu

cj'isdirigclur.Proeoquod laboravit anima cjus, videbit, et saturabitur. In scientia sua justificabit ipse justus scrvus meus multos : et iniquitates corum ipse portabit. Ideo dispertiam ci plurimos, et fortium clividet spolia : pro eo quod tradidit in mortem animam suam , et cum Bceleratis reputatus est. Et ipse peccatamultorum tulit, et pro transgressoribus rogavit.

•on infirmité; mais, parce qu'il a donné sa vie pour l'expiation du péché, il verra sa race durer longtemps, cl la volonté de Dieu s'exécutera son bras. Il verra le que son âme aura souffert, et il en sera rassasié. Mon serviteur est juste, et par l'enseignement de sa doctrine il rendra justes an grand nombre d'hommes , et il prendra sur lui-même leurs iniquités : c'est pourquoi je lui donnerai

pour partage une multitude de disciples ; il vaincra ses puissants ennemis et distribuera leurs dépouilles, parce qu'il a livré son âme à la mort, été mis au nombre des scélérats, porté les péchés de tous, et prié pour les transgresseurs de la loi.

C'est encore Isaïe que nous entendons dans cette prophétie ; mais ce n'est plus le poète sublime qui chantait tout à l'heure les vengeances de l'Emmanuel. Le fils d'Amos soupire sur le ton de l'élégie les angoisses de l'Homme-Dieu, « du de^-nier des hommes, de l'homme de douleurs et voué à la souffrance ». C'est bien ici que le plus éloquent des Prophètes mérite d'être appelé le cinquième Évangéliste, comme parlent les Pères. Ne résume-t-il pas par avance le récit de la Passion, en nous montrant le Fils de Dieu « semblable à un lépreux, à un homme frappé de Dieu et humilié sous ses coups » ? Mais nous, à qui la sainte Eglise lit ces pa^es inspirées, et qui voyons se réunir l'Ancien et le Nouveau Testament pour nous donner tous les traits de la Victime universelle,

comment reconnaîtrons-nous l'amour que Jésus nous témoigne en assumant sur lui seul toutes les vengeances que nous avions méritées?

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