L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 66)
Afin que je publie, ô Dieu, votre puissance, votre justice, et les merveilles que vous avez opérées. Qui donc, ô Dieu, est semblable à vous ?
Par combien de nombreuses et amères tribulations vous m'avez fait passer ! Un retour de votre bonté m'a rendu la vie, et vous m'avez rappelé du fond des abîmes de la terre.
Vous avez multiplié sur moi vos dons, et vous tournant vers moi, vous m'avez consolé.
Je chanterai donc sur le psaltérion la fidélité de vos promesses : ô Dieu ! je vous célébrerai sur la harpe, ô Saint d'Israël !
Quoniam non cognovi litteraturam, introibo in potentias Domini : * Domine, memorabor justitiae tuae solius.
Deus, docuisti me a juventute mea : * et usque nunc pronuntiabo mirabilia tua.
Et usque in senectam et senium : * Deus, ne derelinquas me.
Donec annuntiem brachium tuum: * generationi omni, quae ventura est.
Potentiam tuam, et justitiam tuam, Deus, usque in altissima, quae fecisti magnalia : * Deus, quis similis tibi ?
Quantas ostendisti mihi tribulationes multas et malas, et conversus vivificasti me : * et de abyssis terras iterum reduxisti me.
Multiplicasti magnificentiam tuam : * et conversus consolatus es me.
Nam et ego confitebor tibi in vasis psalmi veritatem tuam : * Deus,psallam tibi in cithara, Sanctus Israël.
Sed et lingua mea tota die meditabitur justitiam tuam : * cum confusi et reveriti fuerint qui quaerunt mala mihi.
votre gloire, et mon âme que vous avez délivrée tressaillera de bonheur.
Ma langue publiera tout le jour votre justice, lorsque ceux qui cherchaient ma perte seront eniin couverts de nonte et d'ignominie.
Les Leçons du premier Nocturne de chacun de ces trois jours sont empruntées aux Lamentations de Jérémie. Nous v voyons le désolant spectacle qu'offrit la ville de Jérusalem, lorsque son peuple eut été emmené captif à Babylone, en punition de son idolâtrie. La colère de Dieu est empreinte sur ces ruines que Jérémie déplore avec des paroles si vraies et si terribles. Cependant ce désastre n'était que la tigure d'un autre désastre plus épouvantable encore. Jérusalem prise et réduite en solitude par les Assyriens conserve du moins son nom; et le Prophète qui se lamente aujourd'hui sur elle avait annoncé lui-même que la désolation ne durerait pas au delà de soixante-dix ans. Mais, dans sa seconde ruine, la ville infidèle perdit jusqu'à son nom. Rebâtie par ses vainqueurs, elle porta pendant plus de deux siècles le nomd'.^lia Capitolina; et si, à la paix de l'Eglise, on l'appela de nouveau Jérusalem, ce n'était point un hommage rendu à Juda, mais un souvenir au Dieu de l'Evangile que
Juda avait crucifié dans cette ville. Ni la piété de sainte Hélène et de Constantin, ni les vaillants efforts des croisés, n'ont pu rendre d'une manière durable à Jérusalem l'ombre même d'une ville d'ordre secondaire; son sort est d'être esclave, et esclave des infidèles, jusc[ue vers la fin des temps. Cette affreuse malédiction, c'est en ces jours qu'elle l'a attirée sur elle: voilà pourquoi la sainte Eglise, pour nous faire comprendre la grandeur du crime commis, fait retentir à nos oreilles les plaintes navrantes du Prophète qui seul a pu égaler les lamentations aux douleurs. Cette touchante élégie se chante sur un mode plein de mélancolie, qui remonte peut-être à l'antiquité judaïque. Les noms des lettres de l'alphabet hébreu, qui divisent chaque strophe, indiquent la forme acrostiche que ce poème retient dans l'original. On les chante, parce que les Juifs les chantaient eux-mêmes.
K^ elle assise dans la solitude, cette ville autrefois si peuplée ? La maîtresse des nations est devenue semblable à une veuve désolée ; celle qui commandait à tant de provinces est maintenant assujettie au tribut.
Beth. Elle pleure toute la nuit, et ses joues sont inondées de larmes. De tous ceux qu'elle aimait, pas un ne la
V^ sedet sola civitas plena populo ? facta est quasi vidua domina gentium, princeps provinciarum facta est sub tributo.
Beth. Plorans ploravit in nocte, et lacrymae ejus inmaxillisejus : non est qui consoletur eam ex
omnibus charis cjus. Omnes amici ejus spreverunt oam, et facti sunt ei inimici.
Ghimel. Migravit Judas propter amictionem, et multitudinem servitutis : habitavit inter Rentes, nec invenit requiem. Omnes persecutores ejus apprehenderunt eam inter angustias.
Daleth. Viae Sion lurent eo quod non sint qui veniant ad solemnitatem : omnes portae ejus destructas, sacerdotes ejus gementes, virgines ejus squalidas, et ipsa oppressa amaritudine.
He. Facti sunt hostes ejus in capite, inimici ejus locupletati sunt : quia Dominas locutus est super eam propter multitU' dinem iniquitarum ejus. Parvuli ejus ducti sunt in captivitatem, ante faciem tribulantis.
^ iN monte Oliveti ^* 1 oravit ad Patrem : Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste: * Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma.
console. Tous ses amis l'ont méprisée, et sont devenus scg ennemis.
Ghimel. La fille de Juda est sortie de son pays pour fuir l'affliction et la rigueur de la servitude; elle est allée parmi les nations, et n'y a pas trouvé le repos; ses persécuteurs l'ont serrée de si près, qu'elle est enfin tombée entre leurs mains.
Daleth. Les rues de Sion pleurent, parce que personne ne vient plus à ses fêtes ; toutes ses portes sont détruites, ses prêtres ne font que gémir ; ses jeunes filles ont caché sous la cendre leurs attraits, et elle-même est plongée dans l'amertume.
He. Ses ennemis ont marché sur sa tête ; ils se sont enrichis de ses dépouilles : parce que le Seigneur l'a ainsi ordonné, à cause de la multitude de ses iniquités. Ses petits enfants ont été emmenés en captivité; le persécuteur les chassait devant lui.