L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 72)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ne tradas bestiis animas confîtentes tibi : * et animas pauperum tuoO Dieu, jusques à quand l'ennemi nous insultera-i-il ? Votre ennemi et le nôtre outragcra-t-il donc toujours votre nom ?

Pourquoi tenez-vous toujours cachée votre main ? que ne la tirez-vous enfin de votre sein, ou elle est immobile?

Dieu est notre roi dès avant tous les siècles; il a opéré plus d'une fois notre salut à la face de la terre entière.

Vous avez suspendu les eaux de la mer par votre puissance ; vous avez brisé dans ses flots les têtes des dragons.

\ ous avez écrasé la tête du dragon ; vous l'avez donné en proie aux peuples de l'E- thiopie.

Vous avez rompu la roche, et elle a versé des torrents; vous avez desséché les fleuves d'Ethan.

Le jour est à vous, et la nuit vous appartient: vous avez créé l'aurore et le soleil.^

C'est vous qui avez fixé les bornes de la terre : le printemps et l'été, c'est vous qui les avez formés.

Souvenez-vous, Seigneur, des outrages de votre ennemi, de ce peuple insensé qui a défié votre nom.

N'abandonnez pas aux bétes farouches ceux qui chantent vos louanges, et

Ayez égard à votre alliance; votre terre est couverte de ténèbres, et elle est peuplée d'impies, couverte de maisons d'iniquités.

Que l'humble qui s'adresse à vous n« s'en retourne pas couvert de confusion ; le pauvre et l'indigent loueront votre Nom.

O Dieul levez-vous et jugez votre cause; souvenez -vous des outrages que les insensés vous font durant tout le jour.

N'oubliez pas les blasphèmes de vos ennemis ; car l'insolence de ceux qui vous haïssent monte toujours.

% Tirez-moi de la puissance du violateur de votre loi et de l'injuste.

L'Eglise lit, au second Nocturne, un passage des Enarrations de saint Augustin sur les Psaumes prophétiques de la Passion du Sauveur.

Respice in testamentum tuum : * quia repleti sunt, qui obscurati sunt terrae, domibus iniquitatum.

Ne avertatur humilis factus confusus :* pauper et inops laudabunt Nomen tuum.

Exsurge, Deus, judica causam tuam : * memor esto improperiorum tuorum, eorum quae ab insipiente sunt tota die.

Ne obliviscaris voces inimicorum tuorum : * superbia eorum qui te oderunt, ascendit semper.

despcxcris deprecationem meam : iotendc mihi, et exaudi me. Satagentis, sollicili, in tribulationc positi verba sunt ista. Orat multa patiens, de malo liberari desiderans. Superest ut videamus in cjuo malo sit; et cum dicere cœperit , agnoscamus ibi nos esse : ut communicata tribulatione conjungamus orationem. Contristatus sum , inquit , in exercitatione mea, etconturbatus sum. Ubi contristatus ? ubi conturbatus ? In exercitatione mea , inquit. Homines malos, quospatitur, commemoratus est : eamdemque passionem malorum nominum, exercitationem suam dixit. Ne putetis gratis esse malos in hoc mundo, et nihil boni de illis agere Deum. Omnis malus, aut ideo vivit, ut corrigatur : aut ideovivit, ut per illum bonus exerceaîur.

^ A Micus meusosl\ culi me tradidit signo: Quem osculatus fuero. ipse est, tenete earn ; hoc malum fecit signum, qui per osculum adimplevit homicidium.

supplication ; soyez attentif à mes paroles, et exaucezmoi. Ces paroles sont d'un homme qui est dans l'inquiétude et dans Tafiliction. Dans le fort de ses souffrances, il demande d'être délivré du mal qui le presse. Il nous reste maintenant à entendre en quoi consiste le mal dont il se plaint; et quand il aura commencé à parler , nous reconnaîtrons que nous sommes dans la même peine ; afin que, ayant part à son affliction , nous joignions notre prière à la sienne. J'ai été, dit-il , accablé de tristesse, dans la peine qui m'exerce ; et j'ai été troublé. Où a-t-il été accablé de tristesse ? où a-t-il été troublé ? C'est , dit-il , dans la peine qui m'exerce. Il parle des méchants qui le font souifrir, et la persécution des méchants est ce qu'il appelle son exercice. Ne pensez pas que les méchants soient en ce monde pour rien, et que Dieu ne tire aucun bien d'eux. Il les laisse vivre, ou afin qu'ils se corrigent, ou afin qu'ils exercent les bons.

ON ami m'a trahi par le signal d'un baiser : Celui que je baiserai, a-t-il dit, c'est lui-même; arrêtez-le. Tel est le signal coupable (jue donna celui qui par un baiser consomma l'iioLe Jeudi Saint.

micide. * Le malheureux ! il ne garda pas même le prix du sang , et à la fin il se pendit.

* Le malheureux ! il ne garda pas même le prix du sang, et à la fin il se pendit.

* Infelixpraetermisit pretium sanguinis, et in fine laqueo se suspendit.

PUISSENT donc se convertir et mériter d'être exercés avec nous ceux qui maintenant nous exercent 1 Mais pendant qu'ils nous sont ainsi à charge, gardons-nous de les haïr, parce que nous ne savons pas si le méchant persévérera jusqu'à la fin dans sa malice. Il arrive souvent qu'en pensant haïr votre ennemi, c'est votre frère que vous haïssez, sans le savoir. Il n'y a que le diable et ses anges que nous sachions, par les saintes Ecritures, être présentement dans les flammes éternelles. Il n'y a qu'eux dont nous ne pouvons espérer de changement , eux contre lesquels nous avons à soutenir ce combat invisible, auquel l'Apôtre nous prépare, lorsqu'il dit : Nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, c'est-à-dire contre les hommes que vous voyez, mais contre les principautés et les puissances, contre les princes de ce

TiNAM ergo qui nos modo exercent^ convertantur , et nobiscum exerceantur : t a m e n quamdiuita sunt, utexerceant nos, n©n eos oderimus : quia in eo quod malus est quis eorum , utrum usque in finem perseveraturus sit, ignoramus. Et çlerumque cum tibi videns odisse inimicum, fratrem odisti, et nescis. Diabolus, et angeli ejus in Scripturis sanctis manifestati sunt nobis , quod ad ignem aeternum sint destinati : ipsorum tantum desperanda est correctio, contra quos habemus occultam luctam : ad quam luctam nos armât Apostolus, dicens : Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem : id est , non adversus homines quos videtis, sed adversus principes, et potestates , et

rectores mundi, tencbrarum harum. Ne forte cum dixisset, mundi, inIcUigcrcs daemoncs esse rectores cœli et terroe : mundi dixit, tcncbrarum harum : mundi dixit , amatorum mundi : mundi dixit, impiorum et iniquorum : mundi dixit, de quodicitEvangelium: Et mundus eum non cognorit.

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