L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 96)
Toutes les contrées de la terre se ressouviendront du Seigneur et se convertiront à lui.
Car c'est au Seigneur de régner ; et il exercera son empire sur les nations.
Tous les puissants de la terre mangeront à sa table et l'adoreront ; tous les mortels se prosterneront devant lui.
On célébrera devant le Seigneur la génération qui doit venir ; et les cieux annonceront sa justice à ce peuple qui doit naître, à ce peuple que le Seigneur créera.
Ant. Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma robe.
Apud te laus mea in ecclesia magna : * vota mea reddam in conspectu timentium eum.
Edent pauperes, et saturabuntur, et laudabunt Dominum qui requirunt eum : * vivent corda eorum in saeculum sœ- culi.
Reminiscentur, et convertentur ad Dominum : * universi fines terrae.
Et adorabunt in conspectu ejus : * universae familiae gentium.
Manducaverunt.et adoraverunt omnes pingues terrse : '* in conspectu ejus cadent omnes, qui descendunt in terram.
Annuntiabitur Domino generatio ventura : * et annuntiabunt cœli justitiam ejus, populo qui nascetur, quem fecit Dominus.
Ant. Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem.
Après avoir dépouille l'autel majeur, le Ccicbrant se rend aux autrcsautclsde l'c^lisc, et enlève pareillement les nappes qui les couvraient. L'image de la désolation est partout. Le saint tabernacle lui-même a perdu son hôte divin. Le ciboire, dans lequel est réservée la divine hostie pour le viatit^ue des mourants, a été transporté au reposoir, près du calice qui contient le corps du Seigneur. Tout est muet, tout est glacé dans le saint temple. La majesté de notre Dieu s'est retirée dans le sanctuaire écarté où repose la Victime universelle; et on n'approche de cet asile mystérieux qu'avec le silence du respect et de la componction.
L'après-midi, en quelques églises, selon un usage antique, le Prêtre vient ïaver les autels dépouillés avec du vin et de l'eau, qu'il étend au moyen de quelques branches d'hysope réunies en faisceau Cette coutume, qui s'observe encore dans la Basilique de SaintPierre, au Vatican, et qui a cessé presque partout, est, selon le témoignage de saint Isidore de Séville ^ et de saint Eloi, évêque de Noyon -, un hom^mage rendu au Christ, en retour de l'humilité qu'il a daigné faire paraître en lavant aujourd'hui les pieds de ses disciples.
L3 Sauveur, aujourd'hui, après avoir lavé les pieds à ses disciples, leur a dit : « Savez« vous ce que je vous ai fait ? Vous m'ap(( pelez Maître et Seigneur, et vous dites bien: « car je le suis. Si donc je vous ai lavé les « pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez (( aussi vous laver les pieds les uns aux « autres : car je vous ai donné l'exemple, « afin que, comme je vous ai fait, vous fas« siez aussi. » L'Eglise a recueilli et mis en pratique cette parole, et quoique le précepte qu'elle contient n'ait pas d'autre portée ooligatoire que de nous astreindre, par l'exemple même de l'Homme-Dieu , aux procédés de la charité fraternelle, dans tous les siècles on a vu les chrétiens suivre cet exemple à la lettre, et se laver les pieds les uns aux autres.
A l'origine du christianisme, cette action d'humble charité était fréquente ; saint Paul, énumérant les qualités de la veuve chrétienne, recommande à Timothée d'observer si elle a été empressée « à laver les pieds des saints i », c'est-à-dire des fidèles. Nous voyons, en effet, cette pieuse pratique en usage au temps des martyrs, et même plus tard, dans les siècles de la paix. Les Actes des Saints des six premiers siècles, les Homélies et les traités des Pères y font mille allusions. Dans la suite, la charité se refroidit, et le lavement des pieds tendit à n'être plus
Qu'une pratiûuc pour les monastères. Toutefois de grands exemples étaient donnés de temps en temps, et jusque sur le trône, comme pour empêcher la prescription que l'orgueil humain cherchait à établir contre l'exemple du Rédempteur. La France vit son pieux roi Robert, et plus tard son incomparable saint Louis, laver avec délices les pieds des pauvres. De saintes princesses, une Marguerite d'Ecosse, une Elisabeth de Hongrie et tant d'autres, tinrent à honneur d'imiter à la lettre l'action du Christ. Enhn l'Eglise, qui ne peut rien laisser perdre J.s traditions que lui a recommandées celui qui est son Chef et son Epoux, a voulu que du moins une fois dans l'année la représentation de l'humilité sublime du Sauveur er.- vers ses serviteurs fût mise sous les yeux des fidèles. Elle veut que, dans chaque église importante, le Prélat, ou le supérieur, honore les abaissements du Fils de Dieu, en accomplissant le rite touchant du lavem.ent des pieds. Le Pontife suprême donne aujourd'hui, comme il convient, l'exemple à toute l'Eglise, dans le palais du Vatican; et son action est répétée, par ses frères les Evêques, dans le monde entier; bien plus, dans les cours catholiques, on voit les rois et le^ reines s'agenouiller devant leurs sujets, leur laver numblement les pieds, et les combler de pieuses largesses.
Douze pauvres sont ordinairement choisis pour représenter, en cette occasion, les douze Apôtres; mais le Pontife Romain lave les pieds à treize prêtres de treize nations différentes : ce qui a porté la sainte Eglise, dans
son Cérémonial, à exiger ce nombre pour la fonction du lavement des pieds dans les églises cathédrales. Cet usage a été diversement interprété. Les uns y ont vu l'intention de représenter le nombre parfait du Collège Apostolique, qui est de treize : le traître Judas ayant été remplacé par saint Mathias, et une disposition extraordinaire du Christ ayant adjoint saint Paul aux Apôtres antérieurement choisis. D'autres sont plus fondés à dire, avec le savant pape Benoît XIV i, qu'il faut aller chercher la raison de ce nombre dans un fait de la vie de saint Grégoire le Grand, dont Rome a voulu conserver le touchant souvenir. Cet illustre Pontife lavait chaque jour les pieds à douze pauvres qu'il admettait ensuite à sa table. Un jour, un treizième pauvre se trouva mêlé avec les autres, sans que personne l'eût vu entrer; ce personnage était un Ange que Dieu avait envoyé, afin qu'il témoignât, par sa miraculeuse présence, combien était agréable au ciel la charité de Grégoire.
La cérémonie du lavement des pieds, qui est aussi appelée le Mandatum, à cause du premier mot de l'Antienne que l'on chante à cette fonction, commence par la lecture de FEvangile de la Messe du Jeudi saint, cidessus, page 455. Après cet Evangile, où est racontée l'action du Sauveur, le Célébrant se dépouille du pluvial; on le ceint ensuite d'un linge, et il se dirige vers ceux dont il doit laver les pieds. Il s'agenouille devant chacun d'eux, et baise leur pied droit après l'avoir
lavé. Pendant ce temps-là, le Chœur chante les Antiennes suivantes :
nouveau, qui est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés, dit la Seigneur. f. Heureux ceux dont la voie est pure, et qui marchent dans la loi du Seigneur.
On répète l'Antienne Mandatiim, et ainsi chacune des suivantes après son Verset.
novum do vobis : ut diligatis invicem sicut dilexi vos, dieit Dominus. f. Beat! immaculati in via : ' qui ambulant in Icge Domini.
rexit Dominus a cœna, misit aquam in pelvim, et cœpit lavare pedes discipulorum suorum : hoc exemplum reliquit eis. j^. Magnus Dominus et laudabilis nimis : ' in civitate Dei nostri, in monte sancto ejus. Postquam.
Ant. Dominus Jésus, postquam cœnavit cum discipulis suis, lavit pedes eorum, et ait illis : Scitis quid fecerim vobis ego Dominus et Magister ? Exemplum dedi vobis, ut et vos ita faciatis. j^. Benedixisti. Domine, terram tuam .* avertisti captivitatem Jacob. Dominus.
fut levé de taBle, il mit de leau dans un bassin et commença à laver les pieds de ses disciples : il leur laissa ceci en exemple, f. Le Seigneur est grand et digne de toute louange, dans la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte. Quand le Seigneur, etc.
Ant. Le Seigneur Jésus, lorscju'il eut soupe avec ses disciples, leur lava les pieds et leur dit : Vous savez ce que je viens de vous faire, moi votre Seigneur et Maître ? Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez de même. j^. Vous avez. Seigneur, répandu vos bénédictions sur la terre qui est à vous ; vous avez affranchi Jacob de la captivité. Là Seigneur Jésus, etc.
Ant. Seigneur, vous me laveriez les pieds ! Jésus répondit, et lui dit : Si je ne te lave les pieds, tu n'auras point de part avec moi. j^. Il vint donc à Simon Pierre, et Pierre lui dit : Seigneur, etc. "f. Ce que je fais, tu l'ignores présentement, mais tu le sauras plus tard. Seigneur, etc.
Ant. Si moi votre Seigneur et Maître, je vous ai lavé les pieds, combien plus devez-vous vous laver les pieds l'un à l'autre ! f. Nations, entendez cette parole ; écoutez-la, habitants de la terre. Si moi votre Seigneur, etc.