L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 97)
Ant. Tous les hommes connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. ^. Jésus dit à ses disciples : Tous les hommes, etc.
Ant. Que la foi, l'espérance et la charité, ces trois vertus, demeurent en vous ; mais la charité est la plus grande des trois, f. Présentement, sont la foi, l'espérance, la charité, trois vertus; mais la plus grande est la charité. Que la" foi, etc.
Ant. Bénie soit la sainte Trinité et l'unité indivisible: nous chanterons ses louanges, car elle a exercé sur nous ses miséricordes, t- BénisAnt. Domine, tu mihi lavas pedes l Respondit Jésus, et dixit ei : Si non lavero tibi pedes, non habebis partem mecum. j^. Venit ergo ad Simonem Petrum : * et dixit ei Petrus : Domine. ^ . Quod ego facio tu nescis modo : scies autem postea. Domine.
Ant. Si ego Dominus et Magister vester lavi vobis pedes : quanto magis debetis alter alterius lavare pedes ! f. Audite haec, omnes gentes : auribus percipite qui habitatis orbem. Si ego.
Ant. In hoc cognoscent omnes quia discipuli mei estis, si dilectionem habueritis ad invicem. f. Dixit Jésus discipulis suis. In hoc.
Ant. Maneant in vobis fides, spes, charitas, tria haec : major autem horum est charitas. j^. Nunc autem manent fides, spes, charitas, tria haec : * major horum est charitas. Maneant.
Ant. Benedicta sit sancta Trinitas atque indivisa unitas : confitebimur ei, quia fecit no-« biscum misericordiam
sons le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Que vos ta-- bernacics sont aimés, I)icu des armées ! en songeant aux parvis du Seigneur, mon âme se laisse aller aux transports de l'amour. Bénie soit.
suam. j^. Benedicamus Fatrem et Filium, * cum Sancto Spiritu. j^. Quam dilecta tabernacula tua. Domine virtutum ! concupiscit et déficit anima mea in atria Domini. Benedicta.
Après ces Antiennes, on chante le Cantique suivant, tjui est une exhortation touchante à la charité fraternelle dont le lavement des pieds est le symbole :
UBI charitas et ai Deus ibi est. f. Congrcgavit nos in unum Christi amor. j^. Exultemus, et
Le Célébrant, s'étant revêtu de nouveau du pluvial, conclut la fonction par les prières suivantes :
Le reste de l'Oraison Dominicale se continue à voix basse jusqu'aux deux dernières demandes.
Recevez favorablement , Seigneur, les humbles devoirs que nous vous rendons; et puisque vous n'avez pas dédaigné de laver vousUième les pieds de vos disf. Et ne nos inducas in tentationem.
Adesto, Domine, quassumus, officio servitutis nostrae : et quia tu discipulis tuis pedes lavare dignatus es, ne despicias opéra manuum tuarum,
quœ nobis retincnda mandasti : ut sicut hic nobis, et a nobis cxtcriora abluuntur inquinamenta : sic a te omnium nostrum interiora laventur peccata. Quod ipse praestare digneris. qui vivis et régnas Deus, par omniasaeculasasculorum. Amen.
ciples, ne méprisez pas cette œuvre de vos mains dont vous nous avez imposé l'imitation ; afin qu'après avoir lavé nous-mêmes les taches extérieures de nos corps, nous ayons le bonheur d'être purifiés par vous des souillures intérieures de nos péchés. Accordez-nous celte grâce, vous qui, étant Dieu, vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
DANS les dernières heures de l'après-midi, on anticipe, comme hier, l'Office de nuit du lendemain. Les fidèles s'y rendent sans être avertis par le son des cloches, qui demain encore sera suspendu durant tout le jour.
On trouvera l'Office des Ténèbres pour aujourd'hui, ci-après au Vendredi saint, à l'Office de la nuit, page 496.
Judas est sorti de la salle, et il s'est dirigé, à la faveur des ténèbres, vers les ennemis du Sauveur. Jésus, s'adrecsant alors à ses Apôtres fidèles, a dit : « C'est maintenant que le Fils de l'homme va être glorifié 1. » Il parlait de la gloire qui devait suivre sa Passion ; mais
cette douloureuse Passion commençait déjà, et la trahison de Judas en était le premier acte. Cependant les Apôtres, oubliant trop la tristesse dont ils avaient été saisis, lorsque Jésus leur avait annoncé que l'un d'eux devait le trahir, se laissèrent aller à une contestation. Ils disputaient pour savoir qui d'entre eux était le plus grand. Ils se souvenaient des paroles que Jésus avait adressées à Pierre , lorsqu'il le créa fondement de son Eglise ; ils venaient de voir leur Maître lui laver les pieds avant tous les autres ; mais la familiarité de Jean avec Jésus, durant la Cène, les avait frappés ; et ils se demandaient si enfin le suprême honneur ne serait pas pour celui qui semblait être le plus aimé.
Jésus met fin à ce débat en donnant à ces tuturs Pasteurs des peuples une leçon d'humilité. Il y aura parmi eux un chef; mais (( celui de vous, dit-il, qui est le plus grand, (( doit être comme le moindre, et celui qui <( gouverne, comme celui qui sert. Ne suis-je <( pas moi-même au milieu de vous comme « celui qui sert ^ ? » Puis, s'adressant à Pierre : « Simon, Simon, lui dit-il, Satan vous a « demandés pour vous cribler comme le fro« ment; mais j'ai prié pour toi, afin que ta « foi ne défaille pas; et toi, quand tu seras « converti, confirme tes frères 2. » Ce dernier entretien est comme le testament du Sauveur; il pourvoit au sort de son Eglise, avant de la quitter. Les Apôtres seront les frères de Pierre ; mais Pierre sera leur Chef.
Cette qualité sublime sera relevée en lui par riiumilité; il sera le « serviteur des serviteurs de Dieu w. Le Collège Apostolique aurait tout à craindre de la fureur de l'enfer; mais Pierre seul suffira à confirmer dans la foi ses frères. Son enseignement sera toujours conforme à la vérité'divine, toujours infaillible ; Jésus a prié pour qu'il en soit ainsi. Cette prière est toute-puissante, et par elle l'Eglise, toujours docile a la voix de Pierre, gardera à jamais la doctrine du Fils de Dieu.
Jésus, après avoir ainsi assuré l'avenir de son Eglise par ces paroles qu'il adressait a Pierre, leur dit à tous avec une incomparable tendresse : « Mes petits enfants, je suis encore (( avec vous un peu de temps. Aimez-vous les « uns les autres. On connaîtra que vous êtes (( mes disciples à l'amour que vous vous por« terez mutuellement. » Pierre lui dit : « Seigneur, où allez-vous ? — Tu ne peux « maintenant me suivre où je vais, répondit « Jésus; mais tu me suivras plus tard. — Eî 0 pourquoi, dit Pierre, ne vous suivrais-je pas « dès cette heure ? Je donnerais ma vie pour « vous. — Tu donnerais ta vie pour moi ! ré« pondit Jésus. En vérité, en vérité, je te le « dis : le coq ne chantera pas que tu ne « m'aies renié trois fois ^. » L'amour de Pierre pour Jésus était trop humain : car il n'était pas fondé sur l'humilité. La présomption vient de l'orgueil : elle ne sert qu'à préparer nos chutes. Afin de disposer Pierre à son ministère d'indulgence, et aussi pour nous donner à tous une leçon utile, Dieu permit que
celui qui devait bientôt devenir le prince des Apôtres tombât dans une faute aussi honteuse qu'elle était grave. Mais recueillons encore quelques traits dans les paroles si pénétrantes de notre Sauveur, à ce moment d'adieu.
« Je suis, dit-il encore, la Voie, la Vérité et <( la Vie., Si vous m'aimez, gardez mes com(( mandements. Je prierai mon Père, et il « vous enverra un autre consolateur qui res« tera avec vous toujours. Je ne vous laisserai (( point orphelins, je reviendrai vers vous. Je (( vous laisse la paix; je vous donne ma paix; ({ je ne vous donne pas une paix comme celle (( que donne le monde. Que votre cœur ne (( se trouble donc pas; qu'il ne craigne rien. « Si vous m'aimez, vous vous réjouirez de ce (( que je vais à mon Père. Je n'ai plus que (( peu de temps à vous parler : car voici le (( prince de ce monde qui approche ; il n'a a rien pour lui en moi. Mais afin que le (( monde sache que j'aime mon Père, et que « je fais ce qu'il me commande, levez-vous; a sortons d'ici ^ » Les disciples émus se levèrent ; on récita l'hymne d'action de grâces, et Jésus, toujours accompagné de ses Apôtres, se dirigea vers le m.ont des Oliviers.
Durant le trajet, le Sauveur continue ses divins épanchements, et la rencontre d'une vigne lui fournit occasion d'en tirer une précieuse comparaison qui nous apprend la relation que la grâce divine établit entre lui et nos âmes. « Je suis, dit-il, la vraie vigne, et « mon Père est le vigneron. Toute branche « qui ne porte point de fruit en moi, il la re^S6 Le Jeudi Saint.
K tranchera ; et toute branche qui en portera, f( il la taillera, afin qu'elle en porte davan« tage. Demeurez en moi, et moi en vous. (( Gomme la branche ne peut porter de fruit « qu'autant qu'elle adhère au cep, ainsi vous u n'en pouvez porter qu'autant que vous det( meurerez en moi. Je suis le cep, et vous « êtes les branches : celui qui demeure en c( moi et moi en lui, porte beaucoup de fruit ; (( car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si (( quelqu'un ne demeure pas en moi, il sera « retranché comme une tranche, et se des« séchera; on le ramassera, on le jettera au « feu, et il brûlera. Ce n'est pas vous qui « m'avez choisi ; c'est moi qui vous ai choisis, (( et je vous ai établis afin que vous alliez, et « que vous portiez du fruit, et que votre fruit « demeure ^ »
Il leur parla ensuite des persécutions qui les attendaient, et de la haine que le monde aurait pour eux. Il renouvela la promesse qu'il leur avait faite de leur envoyer son Esprit consolateur, et leur dit qu'il était avantageux pour eux qu'il les quittât ; mais qu'ils obtiendraient tout en le demandant au Père en son nom. « Le Père, ajouta-t-il, vous (( aime, parce que vous m'aimez, et que vous « croyez que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti <( du Père, et je suis venu dans le monde ; a maintenant je quitte le monde, et je m'en « retourne à mon Père. » Les disciples lui dirent : « Nous connaissons maintenant que « vous savez toutes choses, et que vous «n'avez pas besoin que l'on vous interroge :
« c'est pour cela que nous croyons que vous « êtes sorti de Dieu. — Vous croyez mainte(( nant ? leur répondit Jésus; voici l'heure (( cependant où vous allez vous disperser tous, « et vous me laisserez seul 1. Vous serez tous « scandalisés cette nuit à mon sujet : car il est (c écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis (( seront dispersées] mais lorsque je serai re»- « suscité, j'irai devant vous en Galilée 2. »